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Full text of "Biographie bibliographie du Briançonnais, canton de Briançon"

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I 



~1 



i 



BIOGRAPIIIK 



BIBLIOGRAPHIE 



DU 



BHTANCONXAIS 



BIOGRAPHIE 
BIBLIOGRAPHIE 



Dr 



BRIANCONNAIS 



CANTON 



DE BRIANÇON 



PAR 



Aristide ALBERT 



GR.E3SrOBL.E 

LIBRAIRIE ALEXANDRE GRATIER ET C'« 

Grand'Rue 

1 89& 



BIOGRAPHIE-BIBLIOGRAPHIE 



DU 



BRI ANÇONNAIS 

CANTON DE BRIANÇON 



■>•<■ 



ALBERT (François). 

A côté cfu nom de François Albert, il n'est point utile, pour 
lui créer une célébrité factice, de faire figurer une généalogie 
plus ou moins maladroitement soudée à celle d'anciennes 
familles homonymes plus en renom dans le Briançonnais, 
au Queyras, soit à Guillestre. Il n^y a pas lieu à ratta- 
cher à ce nom le souvenir de quelque fait historique 
considérable^ non plus que celui de traits éclatants de 
civisme ou d'œuvre d'esprit supérieur; mais si, avoir pris 
part de façon honorable, dans des fonctions diverses et dans 
des temps difficiles, durant le cours et d un bout à Tautre 
d'une longue existence , à la vie sociale , municipale et 



j) J^exprime ici ma gratitude à mes compatriotes et amis qui ont bien 

>; voulu me donner d^utiles indications et renseignements : MM. le Docteur 

^ Chabrand, Gaston Gendron, chef d'escadron de cavalerie, Paul Guillaume, 

^;'- Paul Guillemin, Edmond Maignien et Victor Vincent. 






- 6 — 

politique de sa ville natale; avoir rempli avec zèle, avec 
droiture, avec intelligence^ les charges diverses auxquelles 
peuvent appeler soit la confiance des pouvoirs publics, soit 
le libre suffrage de ses concitoyens, charges les premières 
en importance et en responsabilité dans le pays, donnent 
le droit, dans une chronique Briançonnaise, de figurer au 
catalogue des Briançonnais dignes de mémoire, j'estime 
que François Albert, mon grand-père paternel, y a conquis 
sa modeste place, et que ce serait un scrupule puéril de la 
part de son petit-fils de la lui dénier. 

François Albert est né à Briançon le 12 novembre 1742; 
son père, Etienne Albert, qui était négociant à Briançon, 
venu de la Bâtie-des-Vignaulx, mourut dans la force de 
l'âge, à Grenoble, revenant de Lyon, en voyage d'afYaires. 
Son fils François dut, en association avec sa mère, conti- 
nuer le commerce. Une large aisance étant acquise à la 
famille, François Albert, qui déjà avait été mêlé à la vie 
publique, ayant été 1«' échevin de Briançon en 1783, songea, 
quoique d'âge déjà mûr et père d'une nombreuse famille, à 
donner carrière à une très avouable ambition qui visait 
Texercice d'une profession libérale. Ayant fait de bonnes 
études au collège des Jésuites à Embrun, il prit ses degrés 
universitaires à la Faculté de droit d'Orange, où la rési- 
dence durant le cours des études n'était pas de rigueur. 

Le diplôme de licencié en droit obtenu, François Albert 
acquit de Bonaventure de Pons la charge d'avocat du 
roy près le baillage de Briançon. Il fut reçu à la prestation 
de serment devant le parlement de Grenoble le 14 novem- 
bre 1787, et il prit immédiatement possession de son siège. 

Au mois d'octobre 1788, François Albert fut député 
par les ofïiciers du baillage auprès du Parlement pour le 
féliciter sur son retour. Le discours du magistrat briançon- 
nais, correct et littéraire de forme, mais quelque peu em- 
phatique comme ceux prononcés à cette occasion, est repro- 
duit dans l'imprimé : Récit des fêtes données au retour du 
Parlementf p. 26. 

La charge d'avocat du roy disparut à la Révolution avec 
le baillage. Dans la nouvelle organisation judiciaire, dont 



— 7 — 

le principe fondamental était l'élection, Albert trouva sa 
place. Il fut élu le 11 mars 1791 par l'assemblée générale 
des électeurs départementaux, accusateur public près le 
Tribunal criminel du département. Cette élection était, ce 
semble, pour l'élu, un certificat d'intégrité, de civisme et 
de capacité. 

Le 29 pluviôse an vi, Albert est président de l'adminis- 
tration municipale du canton de Briançon. Il est nommé 
peu après commissaire du (îouvernement près le Tribunal 
et successivement, en 1804, procureur impérial, fonctions 
qu'il exerça jusqu'en 1816. 

En 1811 et 1812, Albert fut appelé à la présidence de l'as- 
semblée du corps électoral du Briançonnais, honneur très 
envié. (Aimé Ghampollion, Chroniques dauphinoises). 

François Albert eut toujours le souci de l'instruction pu- 
blique et de l'assistance charitable. Il fit partie de toutes 
les commissions dont la sollicitude avait pour objet la sur- 
veillance et le développement des institutions de bienfai- 
sance et d'instruction publique. Il avait l'amour des livres. 
Il composa, chose rare et peut-être unique à Briançon, une 
bibliothèque nombreuse et choisie où la philosophie, l'his- 
toire, la littérature et les voyages étaient largement repré- 
sentés. J'ai pu, dans le don de livres que j'ai fait à la ville 
de Briançon comme premiers éléments d'une bibliothèque 
publique, faire figurer quelques ex-libris de mon aïeul 
François Albert. Il est décédé le 12 novembre 1820. 

ALLIEY Frédéric. 

Alliey (Gamille-Théodore-Frédéric) est né à Briançon le 
9 février 1799 ; il suivit tout jeune en Westphalie son frère 
aîné, Pierre Alliey, qui était inspecteur général des postes 
des Etats du roi Jérôme. A la retraite de Russie, Pierre 
Alliey et ses nombreux frères et beaux-frères qu'il avait 
placés dans les postes, rentrèrent ensemble en France avec 
de la fortune. Frédéric, le plus jeune alors, âgé de 14 ans, 
avait sans doute eu sa part. 

Il suivit plus tard les cours de droit de la faculté de Pa- 
ris, obtint le diplôme de licencié et il entra dans la magis- 



- 8 — 

trature. Il occupa durant de longues années un siège de 
juge dans les tribunaux de TArdèche, à Tournon et à Pri- 
vas, notamment. C'était un médiocre magistrat. Mais ce fut 
un technologiste bibliographe, plein d ardeur, de patience 
et d'habileté. Tous les instants quïl pouvait dérober à ses 
fonctions, il les employait à la recherche de tous les livres 
et documents concernant le jeu des échecs, le jeu de da- 
mes, le jeu de tric-trac. 

Il vivait chichement, mais il ne recula ni devant les dé- 
penses d'argent, ni devant les difficultés de voyage loin- 
tains pour se procurer les objets de ses convoitises pas- 
sionnées. Il composa ainsi une collection des plus curieuses 
et probablement unique au monde de livres publiés, de 
découpures de journaux et de documents manuscrits sur 
les échecs, le tric-trac, le jeu de dames. 

Il ne reculait pas devant la dépense d'une traduction dont 
il s'attribuait sans scrupule la paternité, devant les diffi- 
cultés de correspondance en langues étrangères, devant 
remploi de tout un attirail de diplomatie, de ruses, d'im- 
plorations pathétiques , d'invocations de l'intérêt de la 
science, etc. Il montra, par le succès, la puissance que donne 
à rhomme de l'intelligence la plus ordinaire la poursuite, 
sans diversion, sans temps d'arrêt dans les recherches, 
sans vacillation de volonté, d'un but unique. 

Il est mort le 13 juin 1856 laissant une fortune assez ron- 
delette à son neveu, M. Gustave Roux. Il a légué à la ville 
de Briançon une maison pour l'établissement d'une salle 
d'asile et une somme d'argent pour la fondation à l'hospice 
civil d'un lit pour un vieillard infirme. 

« A la charge par l'hospice, dit le testament, de faire 
« placer deux écriteaux ou plaques ostensibles, aussi dans 
« cette intention, l'une dans la salle portant : Salle d'asile 
a fondée à ses frais à perpétuité par Frédéric Alliey, ma- 
« gistrat de cette ville, et l'autre au-dessus du lit portant : 
a A été créé à perpétuité par Frédéric Alliey, magistrat de 
ff cette ville. » 

Libéralité posthume saupoudrée de survivante vanité. 

A la ville de Grenoble, il a légué son immense collection 



- 9 - 

de livres, de brochures, de notes documentées et de tra- 
vaux manuscrits sur les jeux. 

BIBLIOGRAPHIE 

Bibliographie complète^ analytique, raisonnée sur le Jeu 
de Trie-Trac, par AUiey (Camille-Théodore- Frédéric), de 
Briançon, département des Hautes-Alpes, Magistrat. Com- 
merce, 1850. 

Poèmes Hur le Jeu des échecs. — 1" Latin de l'évéque 
d'Albe, Vida, de Crémone; 2*> Polonais, de Jean Kocha- 
nowski; 3*» Anglais, de sir William .lones; 4° Allemand, du 
recteur Fischer. Traduits en français par Frédéric Alliey, 
magistrat; Paris, 1851. 

1984. — « Trois petites pièces de vers fort anciens sur le 
Jeu des échecs », traduites du latin en français par Frédé- 
ric Alliey. Mss. 

1992. — « Du jeu des échecs, traité suivant une méthode 
légale par Thomas Actius Forosemproniensis. A Pisaure, 
chez Jérôme Concorde, 1583. Traduction libre du latin en 
français, c'est-à-dire réduite expressément à ce qui con- 
cerne seulement le jeu des échecs, par Alliey (Camille- 
Théodore- Frédéric), avocat à Briançon, département des 
Hautes-Alpes, 1822. Mss. Bibliot. publique, Grenoble. 



▲LPHAND. 

Le village des Vigneaux en Vallouise a été le berceau de 
la famille Alphand, dont le nom a acquis, de nos jours, de la 
célébrité, par le génie architectural d^Adolphe Alphand, le 
directeur des travaux, le transformateur de Paris, l'émule 
avec plus large portée et sur champ d'action plus vaste, des 
Lenôtre, des la Quintinie. 

Adolphe Alphand a pu compter dans ses ancêtres des 
hommes d'une haute valeur intellectuelle. Trois d'entre eux, 
son bisaïeul, son grand-père, son père appartiennent, à ce 
titre^ à la biographiç du Briançonnais, 



- 10 - 

Jean ALPHAND ^^ 

Jean Alphand, né en 1683, aux Vigneaux-de-Vallouise, 
décédé le 16 juin 1775, quitta, en 1702, la maison paternelle 
où se faisait un humble petit commerce d'épicerie, concur- 
remment avec la culture des quelques champs de la famille. 
Il vint chercher fortune à Briançon. C'était un jeune homme 
d'intelligence supérieure , d'une merveilleuse aptitude 
pour les affaires. Il entra comme clerc, comme saute-ruis- 
seau, dans l'étude de M« Ollagnier, procureur à Briançon. 
Il ne tarda pas à mettre en lumière ses remarquables 
facultés, à imposer à tous la confiance en ses talents et à 
s'assurer, comme légiste, un ascendant professionnel qu'il 
conserva jusqu'au bout d'une très longue existence. • 

Il épousa en 1710, le 27 novembre, Catherine Ollagnier, 
la fille de M" Ollagnier, procureur, en eut un grand nom- 
bre d'enfants et acquit en 1715 le droit de combourgeoisie 
à Briançon. Disons tout de suite que, devenu procureur en 
1716, près le baillage, bientôt en possession de la plus 
nombreuse et de la plus importante clientèle, il fut, à plu- 
sieurs reprises, le premier magistrat municipal de la ville, 
qu'il y envahit toutes les situations lucratives, tous les ti- 
tres honorifiques, et que, malgré la charge d'une nom- 
breuse famille, il acquit la fortune la plus considérable du 
Briançonnais. Ses fils et ses gendres occupèrent presque 
tous, soit dans la magistrature, soit dans les charges de 
judicature, des positions enviées. Jean Alphand, 2<' du 
nom, devint vibailly du Briançonnais; Antoine était procu- 
reur au Châtelet de Paris ; Joseph, procureur au Parle- 
ment de Grenoble ; François, avocat et procureur au bail- 
lage de Briançon. Ses gendres, Telmon et Didier, étaient 
procureurs au même baillage. 

L*acquisition de la charge de vibailly par Jean Al- 
phand II procura à la famille Alphand une prépondérance 
sans limites, dans la distribution des litiges entre les avo- 
cats et les procureurs du baillage. Vainement Alphand 
père et François Alphand, procureurs, sëtaient soumis à 
se démettre de leur charge de procureur, condition exigée 



— 11 — 

par le garde des sceaux pour la nomination du vibailly ; 
cette promesse fut éludée et la famille, sous la direction de 
son chef, forte de l'influence exercée à son profit par le 
nouveau vibailly, tenta de plus belle l'accaparement de 
toutes les affaires litigieuses du baillage. Les procureurs 
étrangers à la famille recoururent au Parlement pour faire 
cesser un état de choses qui leur semblait inique et rui- 
neux. Le procès qui s'ensuivit dura longtemps, hérissé de 
fins de non recevoir, d'enquêtes et d'incidents sans nom- 
bre. La famille'Alphand défendit son monopole avec achar- 
nement, sinon toujours avec succès. Les mémoires impri- 
més des litigants furent nombreux et pleins d'acrimonie. La 
lutte à Briançon fut souvent orageuse. Le plus jeune mem- 
bre de la famille, Alphand (Etienne), VAchille de la famille, 
doué d'une vigueur peu commune, terrorisait les parties 
adverses de sa famille par ses menaces et ses violences. 
En dernier résultat les procureurs obtinrent certains re- 
dresssemcnts des agissements du vibailly et des siens. 

Quoi qu'il en soit, Jean Alphand I*"", homme d^un esprit 
supérieur, d'iine finesse de montagnard sans égale, sut, 
malgré son âpreté au gain bien connue, gardant jusqu'à 
un âge très avancé ses belles facultés, conserver l'autorité 
de sa science de jurisconsulte. On le trouve comme con- 
seil dans toutes les affaires litigieuses ou autres du Brian- 
çonnais, durant presque tout le cours du xviii» siècle. Il 
était consulté, malgré la séparation opérée par le traité 
d'Utrech (1713) par les habitants des vallées depuis lors 
devenues piémontaises. 

Jean ALPHAND U. 

Jean Alphand, fils aîné du précédent, est né à Briançon 
le 16 octobre 1711. Sous la direction de son père, juriste 
consommé, il apprit le droit et la pratique des affaires. Il 
continua et termina ses études à l'Université de Valence et 
y obtint sa licence en droit. Il revint se fixer à Briançon 
où, sous la tutelle et l'influence de son père, et par son pro- 
pre mérite, il ne tarda pas à conquérir une clientèle assez 
nombreuse. Il acquit une charge de procureur au baillage 



- 12- 

et il exerça, suivant l'usage suivi en cette judicature, les 
doubles fonctions d'avocat et de procureur. 

En exécution d'un pacte de famille, dont nous avons dit 
ci-dessus les conditions et les errements d'exécution, il 
acquit l'office de conseiller du roy, vibailly du Briançon- 
nais, charge depuis longtemps vacante à la suite de la rési- 
gnation forcée du sieur Gardon de Péricaud, accusé et con- 
vaincu de malversation. Jean Alphand fut investi de ces 
fonctions par lettres de provision datées de Versailles du 
9 novembre 1748. Nous avons dit, en traçant Ta biographie 
de son père, ce que fut le vibailly vis-à-vis du personnel 
des hommes d'affaires du baillage et quelle situation fausse 
lui fut faite par les ambitieuses menées des membres de sa 
famille, dont il partageait d'ailleurs les vues et secondait 
les irréguliers agissements. Sans entrer dans plus de dé- 
tails, il faut dire cependant que les chefs du Parlement 
eurent à blâmer et à redresser à plusieurs reprises les pro- 
cédés du vibailly, soit vis-à-vis des procureurs, soit envers 
les justiciables. Une lettre du 9 juin 1750, de M. d'Audif- 
fred, lieutenant du roi à Briançon, homme d'un haut mérite 
et dont Voltaire fait l'éloge dans son histoire de Louis XV, 
lettre publiée par les procureurs du baillage, dans leur 
mémoire, contient une appréciation sévère de la conduite 
du vibailly. 

Le vibailly Alphand, en dehors des questions d'intérêt 
qui pouvaient le toucher et l'égarer, était un jurisconsulte 
instruit et éclairé. M. André Latour, qui a été président 
du tribunal de Briançon et qui est décédé président de 
celui de Grenoble, m'a affirmé à plusieurs reprises que le 
vibailly Alphand avait laissé un important recueil manus- 
crit de dissertations et thèses juridiques, œuvre qui témoi- 
gnait de l'instruction solide et du sens droit de l'auteur. Je 
n'ai pu retrouver ces documents au greffe du tribunal de 
Briançon, malgré l'aimable empressement de M. Dumont, 
greffier, à me seconder dans mes investigations. 

Le vibailly Alphand se maria dans un âge relativement 
avancé, avec la demoiselle Antoinette de Pons, le 23 octo- 
bre 1775, quatre mois après la mort de son père. Il avait 



— 13 — 

64 ans. Il appartenait à une race d'athlètes dans laquelle 
la vigueur et la longévité demeuraient de conserve. De 
cette union, il eut deux fils : Antoine, qui fut conducteur 
des ponts et chaussées, et Charles Alphand, qui a été colo- 
nel d'artillerie, tous les deux hommes de forte et belle 
constitution. 

Le vibailly Alphand est décédé à Briançon, le 20 mars 
1790. 

Le colonel ALPHAND. 

S'il y a quelque vérité dans tout ce qui se dit, s'écrit et se 
publie à ce jour sur Vataviame, il faut reconnaître que cette 
transmission héréditaire, étudiée par la science, se mani- 
festa quant à la constitution physique dans la descendance 
du vibailly Alphand; mais il n'en fut point ainsi pour le 
caractère et les tendances morales. Si les Alphand de la 
Vallouise et ceux de Briançon avaient été, jusque-là, 
avides de fortune et portés au gain avec excès, le colonel 
Charles Alphand et son fils Adolphe, l'inspecteur général 
des ponts, furent des modèles de droiture, de désintéresse- 
ment et de bonté. 

Né à Briançon, le 12 septembre 1778, François-Charles- 
Marie Alphand entra à l'Ecole polytechnique en novembre 
1797. Le 16 mai 1800, il était lieutenant d'artillerie à Stras- 
bourg. Sa carrière militaire, au cours de laquelle il mani- 
festa sa bravoure sur les champs de bataille, et sa large 
et solide instruction dans les manufactures d'armes, dans 
la direction des arsenaux de l'artillerie, notamment à 
Toulon et à Lyon, à Maubeuge, à Soissons, lui firent 
parmi ses frères d'armes une brillante réputation, se ter- 
mina le 8 septembre 1834, jour où il fut admis à la retraite 
comme colonnel d'artillerie. Il avait servi dans les armées 
d'Italie, de Hollande, des côtes de l'Océan, dans la grande 
armée, dans celle d'Espagne. Il était officier de la Légion 
d'honneur et chevalier de Saint-Louis. 

Le colonel Alphand était doué de qualités maîtresses : 
belle intelligence, grand cœur, tout pétri d'honneur et de 
loyauté, bravoure, mâle fierté. Il eût conquis à coup sûr le 



— 14 -- 
plus haut grade dans Tarmée (parmi les maréchaux, point 
de plus braves, plusieurs moins intelligents), sans le souci 
extrême, le soin chatouilleux de sa dignité, sans sa pas- 
sion d'indépendance et son républicanisme inébranlable et 
bien connu. Ce furent des obstacles à son avancement ; il 
ne fit rien pour les écarter. 

A sa retraite, il se fixa à Gières, à deux pas de Grenoble, 
sur la route d'Uriage. Là, il se fit adorer par sa bonté, sa 
charité sans bornes, par Tappui donné à toutes les causes 
justes. Accessible à tous, inspirant Testime à tous ceux qui 
rapprochaient, le colonel fut considéré à Grenoble comme 
un type de bonté, de mâle franchise, d'ardente philanthropie, 
de sincère et large libéralisme. 

A la pratique journalière de vertus si rares, le colonel 
joignait une correspondance active avec ses amis les 
savants, les Gay-Lussac, les François Arago, etc. Il prit 
part aussi, dans les rangs des républicains dauphinois, de 
1834 à 1852, à toutes les luttes politiques. 

Des liens de famille lointains quant à l'origine, mais non 
mis en oubli et Tamitié qui avait uni dans leur jeunesse le 
colonel Alphand et mon oncle Auguste Albert, mort juge 
de paix à Briançon, m'avaient valu un accueil aimable 
dans l'hospitalière maison de Gières. Bientôt se fonda, en- 
tre le vieillard plein de feu, plein de foi au progrès, de 
juvénile ardeur, malgré les ans, et Fhumble étudiant 
Briançonnais, une amitié vive et profonde dont, durant de 
belles années, j'ai savouré le charme et dont le souvenir, 
en traçant ces lignes, remue le cœur de celui qui est à son 
tour un vieillard. 

Le colonel Alphand est mort le 8 septembre 1854. 

L'abbé Gérin, homme d'esprit élevé, de caractère ferme 
et indépendant, évêque nommé d'Agen et que Pie IX, par 
les intrigues d'un prélat perdu de mœurs, ne voulut pas 
consacrer, l'abbé Gérin, qui avait été curé à Gières, pro- 
fessait pour le colonel Alphand une admiration sans bor- 
nes. Le souvenir de ce grand homme de bien fut souvent 
le sujet de nos conversations. 



- 15 - 

ARDOUYN, Avocat, 
ARDOX7TN, Médecin. 

Former (Histoire des Alpes-Maritimes j p. 43-515), men- 
tionne deux Briançonnais du nom d'Ardouyn vivant, vers 
le milieu du xvi" siècle, l'un avocat, l'autre médecin. 

Du premier il parle ainsi : 

« Melchior qui ne m'estoit cognu par les archives de 
« Boscaudon et du Chapitre d'Embrun que par la capitale 
« de son nom. M., «l'a esté finalement manifesté par la 
« curieuse intelligence de Monsieur Ardouyn, docteur es 
« droicts et advocat fameux pour son esprit grandement 
« universel, dans le baillage du Hriançonnez. 

« Oultre plusieurs autres obligations que je luy ay, j'ay 
« recouvré par luy cet extrait des remonstrances faictes par 
« le procureur général de la cour du parlement de Paris, le 
« Sieur de la Guesle, contre le livre du Cardinal Bellarmin, 
« touchant la puissance du pape, imprimé à Home, par 
« Barthélémy Zaneti, l'an 1010. » 

Et page 514 : 

« J'ai l'obligation de ces mémoires qui concernent 
« Oronce Fine par la communication que m'en a fait M. 
« Ardouyn, docteur, advocat, fort signalé et des mieux 
« versez dans le balliage de Briançon, balliage qui se peut 
«f glorifier d'avoir eu d'aussi remarquables personnages 
« que guères {sic) autres villes du royaume. » 

Quant au médecin, il en est question quelques lignes plus 
bas en ces termes : 

« L'année 1535 avait encore dedans Briançon deux 
« remarquables hommes en médecine par l'attestation de 
« leurs écrits : l'un Poncet et l'autre Ardouyn. . . le second 
« était de Névaches, du diocèse d'Ambrun. » 

Il y a à se défier peut-être des qualificatifs pompeux à 
l'usage des anciens historiens des Hautes-Alpes. Le curé 
Albert, par exemple, parlant de la communauté de Cerviè- 
res, signale ce petit pays comme étant une pépinière de 
grands hommes : « Il faut convenir, dit-il, que Cervières a 
« produit et produit encore tous les jours de grands hom- 



- 16- 

« mes d'un vaste génie qui assurément ne sont point sim- 
« pies. » N'est-ce pas adorable de candeur et de simplicité? 
Y a-t-il irrévérence en vérité envers la mémoire de nos 
bons chroniqueurs à n'acceptet leur appréciation en bio- 
graphie que sous bénéfices d'inventaire ? 

AUREL (Jean). 

Guy-Allard, dans la bibliothèque du Dauphiné, men- 
tionne Aurel dans les termes suivants : 

« Aurel (Jean) du Briançonnais a#composé un poème 
« latin sur la facture de l'or. » 

Il n'indique, comme on le voit, ni le temps où vivait l'au- 
teur ni la date du livre. 

« Bien certainement, dit Adolphe Rochas (Biographie du 
Dauphiné) Guy-AUard a voulu parler de Jean Aurel Augu- 
rello né à Rimini vers 1454 qui a écrit un poème latin 
Chrisopeiay traduit en français sous ce titre : de la Facture 
de Vor, (Lyon, 1548, in-16.) » 

Jules Janin, dans un opuscule intitulé la Bataille de la 
vie, publié dans les œuvres inédites de Charles Reynaud 
(1854) range le livre d'Aurel (sans enquête préalable sur la 
nationalité de l'auteur), parmi les productions de l'esprit 
Dauphinois, « le poème d'Aurel, la Louange de Vor (il estro- 
pie le titre donné par Guy-Allard). Il ajoute avec humour : 
« Un poème, cet or !! on a oublié les paroles, mais on se 
souvient de l'air sur lequel on le chantait. » 

Jules Janin ne fait pas, on le voit, autorité, quant au livre 
et à l'auteur, mais sa perfide allusion aux penchants des 
Dauphinois, n'est point, peut-être, sans portée. 

Il y a, du reste, peu d'habitants des montagnes (du Jura 
par exemple) qui soient en droit de crier haro I 

Colomb de Batines, biographe prudent et avisé, n'avait 
pas inscrit le nom d'Aurel dans son Catalogue des Dauphi- 
nois, dignes de mémoire (1840), omission qui avait pu don- 
ner l'éveil à Adolphe Rochas. 

AURUZ ou AURUGE. 

La famille Auruz ou Auruce appartenait au Briançonnais 



- 17 — 

et était originaire de Cézanne (en Piémont). (Indication for- 
melle d'un hommage prêté à (iuigues, Dauphin, le 1«'' juil- 
let 1332 : Guigues Auruce de Cézanne), (Inv. de la Cour des 
Comptes). Chorier est dans l'erreur en assignant, pour 
berceau, à cette famille, le Valbonnais. C'est au xiii° siècle 
que les Auruce occupèrent, dans le Dauphiné, une consi- 
dérable position. Othbert Auruce fut élevé par le choix du 
Dauphin Guigues X, dit Guigues-André, à la dignité de ma- 
réchal (commandant en chef de son armée) ; les historiens 
Dauphinois, assignent à ce grade, Timportance et les attri- 
butions de nos anciens connétables. Othbert Auruce fut le 
général, le conseiller, l'ami de Guigues-André, qui lui donna 
dans son testament, de l'23(), la marque de la plus haute 
faveur et de la plus flatteuse confiance en le nommant son 
exécuteur testamentaire, en soumettant la Dauphiné, en cas 
de viduité, à associer Othbert Auruce comme conseiller, à 
la tutelle du jeune Dauphin, son fils (1). Dans tous les actes 
importants de cette époque, Othbert Auruce, Marescalus, 
figure comme témoin. 

Un jour, en 1227 ou 1228, le maréchal Auruce devint le 
prisonnier de Thomas I, Comte de Savoie. Les guerres 
étaient fréquentes entre les Dauphins et les Comtes de 
Savoie, leurs états étant fortement enchevêtrés et chacun 
d'eux pouvant, par les projections territoriales de ses fiefs, 
pénétrer presque jusqu'au cœur des états de son rival. Les 
historiens Chorier, Guichenon, Valbonnays, L'art de véri- 
fier les dates, ne mentionnent aucune guerre dirigée ou sou- 
tenue par le Dauphin Guigues-André, contre les Comtes 
de Savoie, mais ils relatent, en deux mots, le fait d'une 
alliance de Guigues André avec Turin, Pignerol, Testona et 
la confédération Lombarde contre le Comte de Savoie, le 
Marquis de Montferrat, celui de Saluées, ceux d'Asti et 
ceux de Chieri. Ces derniers, les Astesans et leurs alliés 



(t) Item voluit et prœcipit ut dicta comitiasa (Béatrice la Dauphinc) 
tulelam adminiatret Cum consilio Oberti Auritii fidelis aui mareaealii. 
(Valbonnays, II. p. 49 et 60). 

2 * 



- 18- 

de Ghieri poussèrent la guerre avec vigueur et célérité et 
détruisirent Testona de fond en comble. Sur l'emplacement 
de Testona fut bâtie presque contemporainement àce fait, la 
ville de Montcallier (1). C'est sans doute au cours de cette 
expédition rapide que le maréchal Othbert Auruce fut fait 
prisonnier. Sa captivité n'est pas antérieure à 1227, car il est 
témoin à un acte de libertés accordées en juillet 1226, aux 
habitants de St-Laurent-du-Lac (Bourg-d'Oisans) par le 
Dauphin. « Et Omnia Supradicta, dit le Dauphin, tsictis 
Sacrosanctis evangeliis^ promisimus fîrmiter observare : 
Idem juravaverunt Auruz marescallus, Villermus de 
Balma, etc. » 

C'est dans le Chartarium Ulciensis ecclesiaî, que nous 
trouvons des détails assez précis sur la captivité d'Othbert 
Auruce, sur le paiement de sa rançon et sa mise en 
liberté. 

Le maréchal n'était certes point en disgrâce auprès de 
son souverain, et cependant le Dauphin ne fut pas en situa- 
tion de payer sa rançon aux comtes de Savoie, Thomas P' 
ou h son fils aîné Aimon. Les princes savoyards étaient 
exigeants. Le montant de la rançon était d'un chiffre élevé, 
exorbitant peut-être. 

On s'adressa aux moines d'Oulx, grands écumeurs d'ar- 
gent autant qu'accapareurs de possessions territoriales, 
décimateurs dans une multitude de communautés en Dau- 
phiné, en Piémont et autres lieux. Ils avaient été libérale- 
ment rentes par les comtes d'Albon à partir de Guigues le 
Vieux (Senex) et de son fils Guigues le Gras (pinguis), par 
les comtes de Savoie, par ceux de Saluées, de Suze, etc., 



(1) Quindi (nel 1228) Torino^ Pinerolo « Testona lenere le parti delta 
confederazione Lombardo e per premurnirsi contro gli impériali stringere 
Alleanza Con Andréa ^ delfîno Viennese ; contro quesli stare il conte di 
Sauota, i Marcfiesi di Monteferrato e di Salluzzo, gli astigiani edi Chieresi. 
Prima a sperimentare gli effeti di questa lega fu testona che gli astigiani 
e Chieresi prenero e distrussero dalle fondamenta (aujourd'hui Montca- 
lière). {Storia delta Dinastia de Savoia^ p. 85). 



- 19 - 

par les seigneurs possesseurs de fiefs aussi bien que par 
les regas des deux versants des Alpes. Les familles sei- 
gneuriales d'Oulx, de Bardonnèclie, de Cézanne avaient 
fait au monastère de grandes libéralités en terres, bois, 
pâturages, redevances ; la famille Auruce, était de temps 
immémorial, l'une des plus considérables de ces pays. En 
1053, un Auruce fut l'un des témoins de la donation faite 
au monastère par Guignes le Vieux, si toutefois la charte 
qui la mentionne est authentique. 

Les Auruce avaient sans doute suivi, à l'égard de la 
grande Abbaye, Tentraînement général. C'était là, dans 
l'esprit du temps, un acte de rédemption pour les âmes 
pécheresses, opinion soigneusement entretenue par les 
bénéficiaires de ces actes d'abandon des biens terrestres, 
a Pro redemptione animie mex, ut deus demittat nobis pec- 
cala nostra et ut canonici deum pro me deprecenlur die ac 
nocte », telle était, en général, la formule adoptée. Contri- 
tion le plus souvent tardive pour les écarts et les dérègle- 
ments de la vie humaine ! expression d'espoir pour la vie 
future! C'était le ciel ouvert par la prière d'intercesseurs, 
en échange des biens plus tangibles, plus certains, trans- 
mis par le pécheur plus timoré que repentant. Il faut noter 
cependant que dans ces consciences troublées, il y avait à 
ce moment un irrécusable témoignage de la prédominance 
du droit sur la force. 

Les chanoines d'Oulx, mis en demeure de secourir le 
captif, consentirent par politique ou par sincère dévoue- 
ment, à cautionner l'engagement d'Othbert Auruce pour le 
paiement de sa rançon. Us se firent donner cependant, par 
acte formel, par le maréchal, toutes les garanties, tous les 
gages au pouvoir du prisonnier, non seulement pour le 
remboursement éventuel de la rançon, mais aussi pour les 
frais de la négociation. (Chartes 120-121, p. 113-114 du 
Chartarium,) 

Il est à croire, quoique le cartulaire ne le dise pas ex- 
pressément, qu'Othbert ne put payer et que l'abbaye d'Oulx 
fut obligée de procurer réalisation à son cautionnement. Le 
captif recouvra la liberté. 



-20 - 

M. Louis des Ambrois, dans sa notice sur Bardonnèche 
(appendice) attribue, de ce fait, un beau rôle de dévoue- 
ment à l'abbaye et, fort à la légère, fait peser sur la mémoire 
du maréchal Auruce une accusation de déloyauté. 

« En 1228, dit-il (les chanoines d'Oulx) purent, par un 
« acte de patriotisme éclairé, se rendre garants pour la 
« rançon du maréchal Auruce, alors prisonnier du comte 
« de Savoie, et débourser ensuite cette somme considérable 
« que le maréchal, devenu libre , ne se soucia pas de 
« payer. » 

M. des Ambrois a pris sous son bonnet cette assurance de 
Tinsouci du débiteur. Sans doute, le maréchal ne put s'ac- 
quitter sans délai. Mais l'estime du Dauphin, la considéra- 
tion générale qui l'entourait, devaient le mettre à l'abri de 
tout soupçon ou reproche de duplicité. Le cartulaire 
d'Oulx ne contient, au reste, aucune récrimination. Rien ne 
justifie Tin juste allégation de l'auteur piémontais. 

Si M. des Ambrois avait consulté de plus près le contenu 
du cartulaire, il eût pu se convaincre que la dette du maré- 
chal avait été acquittée. Deux chartes (159 et 163) attestent 
le fait du remboursement opéré par Guigues Auruce fils ou 
petit-fils d'Othbert. Guigues Auruce (charte 159) distribue 
entre ses neveux ses immenses propriétés d'Oulx, de Mil- 
laures, de Solemiac, de Cézanne, de Sestrières, du Monô- 
tier et autres lieux, mais oblige chacun des donataires 
(condition absolue de la validité de la donation) à payer à 
l'église d'Oulx une somme d'argent. Ce fut ainsi sans doute, 
quoique la charte ne porte aucune date, que s'effectua la 
libération de la famille Auruce. 

Le maréchal ne conserva point jusqu'à sa mort les hautes 
fonctions à lui conférées par Guigues André; il les résigna 
ou dut les résigner sous le successeur de ce Dauphin. 

Cette cessation de fonctions résulte des termes d'un acte 
intervenu entre le Dauphin et Othbert, acte relevé par 
Ulysse Chevalier, dans l'inventaire des archives des Dau- 
phins à Saint-André de Grenoble en 1:?77 ( 166 , carta 
composicionis factît» inter dom. Delphinum et Ubertum Au- 
rucii Condam isici Marescalum.) 



— 21 — 

La famille Auruce possédait la seigneurie de TArgentière 
en Briançonnais, qu'elle échangea avec le Dauphin pour la 
terre de Montbonnot. près Grenoble. Cette possession de la 
seigneurie de l'Argentière devait être un élément de capi- 
tale importance dans la fortune des Auruce. On peut être 
autorisé à penser que plusieurs membres de cette famille 
durent résider à Briançon, h proximité de leur fief. Cette 
hypothèse qui n'est point dénuée de vraisemblance, nous 
autorisait, ce semble, à donner place, en cet état des 
Briançonnais, dignes de mémoire, à ces notes biographi- 
ques sur le maréchal Auruce. 

BAILE. 

La famille Baile de la Tour des Villards(Bajuli de Turre 
Villardorum) peut être citée comme une des plus anciennes 
ayant occupé dans le Briançonnais. une situation d'une cer- 
taine importance. 

Pierre Baile, évèque d'Apt en 12r)(), mort à Marseille 
en 1*268, était de celte famille {(îhorier, état politique, 
Guy-Allard). 

En 1322, autre Pierre Baile fut investi par le Dauphin de 
la mislralie du Villard-Saint-I^ancrace ; entre parenthèses, 
ces fonctions étaient fort modestes. Le mistral n'était autre 
qu'une sorte de Yice-Châtelain. La mistralie du Villard- 
Saint- Pancrace comprenait : Villard supérieur, Villard 
inférieur, Sachat, La Tour, ^lorandes, Pasquier, les Ayes, 
faisant 125 feux. (Inventaire de la Cour des Comptes). 

Dans le môme inventaire de la Cour des Comptes (Brianç.), 
à la suite d'une description du Château de Briançon, du 
28 mai 1339, se trouve une liste des nobles du Briançon- 
nais qui comprend 85 noms ; on y relève celui de sept mem- 
bres de la famille Baile, savoir : Bertrand, Bermond, 
Pierre, lieymond, autre Bermond, Izoard et Antoine. 

11 août 1342, hommage au Dauphin prêté par noble Ber- 
trand Baile, du Villard-Saint-Pancrace, pour ses posses- 
sions au Villard-Saint-Pancrace et à Briançon. 

En 1462, Antoine de Ba:lc était lieutenant au ])aillage de 
Briançon (Chorien. 



99 __ 

En 1453, Jean Baile était pourvu du titre et de la charge 
de président unique au Parlement. 11 devait sa nomina- 
tion au Dauphin (depuis Louis XI) retiré en Dauphiné 
depuis 1448. 

En 1457, Jean Baile, fils du président, est pourvu de l'Ar- 
chevêché d'Embrun. Il est mort en 1494. 

Il y a eu entre les historiens du Dauphiné divergence 
d'opinions sur le fait de savoir si le président et l'Arche- 
vêque du nom de Jean Baile appartenaient à la famille 
Baile du Villard-St-Pancrace ou à une famille du même 
nom fixée à Embrun. 

Le curé Albert (histoire du diocèse d'Embrun. T. 2, p. 200), 
est très affirmatif à ce sujet. « Jean Baile, dit-il, en parlant 
de l'Archevêque, était d'une famille noble et ancienne du 
Briançonnais qui résidait au Grand- Villard. J'ai encore 
connu deux MM. Baile de cette famille dont l'un était curé 
de Saint-Martin et l'autre docteur en médecine. Noble 
Jean-Joseph 4e Baile, co-seigneur de Baratier, était de la 
même famille. » 

M. de Rivoire de la Bâtie, dans son Armoriai du Dau- 
phiné, confirme, de l'autorité de ses immenses recherches, 
l'opinion du curé Albert. « Nous remarquerons, dit-il, que 
toutes les familles qui vont suivre et que l'on retrouve dans 
les actes sous les divers noms de Baile, Bayle, Beyle et 
Belle (Bajuli), ne sont que des branches d^une même sou- 
che, fort ancienne en Briançonnais, dont les premiers 
membres connus sont : Ismidon Baile ou Belle, vivant au 
xr siècle, qualifié Ismidonus Belli de Auriol, dans un 
acte du Gartulaire de Saint-Hugues ; Pierre Baile, cha- 
noine de l'église de Grenoble, mentionné dans un acte de 
l'an 1132; Pierre Baile, Evêque d'Apt en 1250; Ghabert 
Baile, caution de Robert Bermond, en 1259; Guillaume 
Baile, châtelain de Grest, en 1299. Elle se divisa dès cette 
époque en plusieurs rameaux, ayant des armes différentes. » 
Golomb de Batines se range à la même opinion. 

Nous n'insisterons pas sur ces questions généalogiques. 
Il n'est, ce me semble, nullement désirable de revendi- 
quer pour la biographie Briançonnaise, ces peu estimables 



- 23 - 

personnages, ces rapineulx, suivant l'expression de Louis XI 
qui a flétri le père et le fils par une peinture énergi- 
que de leurs vices (lettre de 1482 à Klie de Bourdeilles, 
Archevêque de Tours), — à ces vices signalés par le monar- 
que, alors sur son déclin et revenu des emportements 
de ses premières colères, impartial dès lors, on peut 
ajouter l'ironie non dissimulée de la devise de leurs armes : 
Qui croit en Dieu, Croïst. Ils faisaient à Dieu l'injure de le 
prendre comme auteur de leur élévation temporelle et 
pour complice de leurs pilleries. (Expression de Louis XI). 
(Voir mes notes sur le canton de TArgentière, p. 2IM) 
à 263.) 

Les deux Jean Haile étaient d'ailleurs réputés pour leur 
intelligence et leurs lumières. 

Le sieur Hrunet de l'Argentièrc consacre ([uelques lignes 
aux Baile de la Tour dans ses mémoires historiques sur le 
Briançonnais (Mss. en ma possession.) 

« La plus ancienne de ces ramilles est celle de Haile de 
la Tour, Ikijuli de Turre Villnrdorum: elle possède une 
partie du fief de ce nom, le seul qui soit dans le Hrian^'on- 
nais et qui était avant \WM), très considérable; cette maison 
est très illustre, et de celles dont on ne peut pas découvrir ni 
remonter jusqu'à l'origine; on sait seulement qu'en 1285, 
elle avait un Evéque d"Apt; elle eut un Archevêque d'Em- 
brun et un premier Président au I*arlement de Grenoble ; 
un de Baile fut pris avec François I'^'" à la bataille de Pavie; 
sa rançon où les pertes qu'il fit consommèrent ses meil- 
leurs biens, et cette famille n'a pu depuis se rétablir dans 
son premier éclat. 

Il y a un manuscrit du Cardinal d'Ostie, Archevêque (1), 
dans la bibliothèque des Jésuites d'Embrun (auquel est 
joint un mémoire) sur les droits que l'Eglise prétendait 
avoir dans le Briançonnais, qui parle des Baile de la Tour, 
et il les qualilie Sires et dit qu'ils sont d'un mérite et d'une 
naissance distingués; ce Cardinal vivait vers le milieu du 
xiv° siècle. 



(i) Henri de t>uze, anlicvùnuc d'Embrun, de 1250 à 1271. 



- 24 - 

Les de Baile de Baratier, près d'Embrun, sont une bran- 
che de cette famille; ils prétendent en être la souche, mais 
cela n'est pas; tous les titres sont contraires à leurs pré- 
tentions. 

Le dernier représentant mâle de la branche Briançon- 
naise des Baile de la Tour du Villard, fut Pierre Baile, 
ancien curé de Saint-Martin-de-Queyrières. Sa nièce, Anne 
Baile^ fille de Reymond Baile, avait épousé en 1778 Antoine 
Rana des Comtes Rana de Suze, receveur des Gabelles 
royales à Turin. 

BIBLIOGRAPHIE 

Œuvre de l'Archevêque Jean Baile : Breviarium Ebre- 
dunense. (Lugduni Joh. Moylin, 1520). 

BAUDRAND. 

Baudrand (Barthélémy), écrivain ascétique, est né à Ncva- 
che en Briançonnais, le 18 septembre 1701. Le l*»" mars 
1721, à rage de moins de vingt ans, il entra en noviciat, 
dans la compagnie de Jésus. Il enseigna, tout d'abord, les 
belles lettres et la rhétorique; en 1751), il devint recteur du 
collège d'Aix-en-Provence, et conserva ces fonctions jus- 
qu'en 1762. Après la suppression de l'ordre des Jésuites, 
Baudrand se fixa à Lyon. Il est mort à Vienne, le 3 juil- 
let 1787. 

Durant le cours de sa résidence à Aix, il fut en butte, 
dit Adolphe Rochas (Biographie du Dauphiné) aux atta- 
ques passionnées des Jansénistes. « Non seulement ils lui 
reprochèrent de se donner trop de mouvement pour enrô- 
ler dans les congrégations les bourgeois de la ville, mais 
encore ils l'accusèrent de certains faits très graves, suffi- 
sants de nos jours, pour amener un homme sur les bancs 
de la police correctionnelle. D'après eux, il aurait employé 
pour soutirer de l'argent aux riches dévotes, certaines ma- 
nœuvres difficiles à qualifier autrement que des noms 
d'abus de confiance et d'esdroquerie. » Mais, ajoute Adol- 



o\ 

phe Rochas, il faut se défier de ces accusations comme de 
toutes celles dictées par l'esprit de parti. 

Que le zèle clérical de Baudrand ne l'ait pas emporté 
jusqu'à Toubli de la morale et à la méconnaissance de la 
loi civile, je veux bien l'admettre ; mais j'estime que son 
zèle intempestif et outré ne fut point sans influence sur le 
Parlement d'Aix, dont l'arrêt de proscription de Tordre des 
Jésuites se distingua, avec celui de Hennés, par la sévé- 
rité de ses considérants. 

Les Jésuites ont multiplié à l'infini les éditions et les 
traductions des œuvres dites ascétiques de Baudrand. Ils 
trouvaient, sans aucun doute, leur compte à plonger les 
âmes naïves et simples dans la contemplation, se réser- 
vant, suivant leur tradition, la gestion et la jouissance des 
intérêts temporels, le pouvoir et la richesse. Les écrits de 
Baudrand ont été traduits dans toutes les langues de l'Eu- 
rope, ainsi qu'en Arménien moderne. 

Les œuvres des savants et des philosophes moralistes de 
premier ordre, ces hommes de haute pensée et de grande 
noblesse de sentiments, ces agents supérieurs de civilisa- 
tion, n'ont pas eu cette bonne fortune de multiple repro^ 
duction. Mais il fallait bien dans l'intérêt de l'état social 
rêvé par la puissante Compagnie, distribuer à ses béats 
prosélites, cette pâture alTadissante, faite pour substituer 
des formules vides à l'activité de la pensée, abaisser Tin- 
telligence, en paralyser les ressorts. 

Le catholique Chateaubriand, n'entendait pas ainsi les 
mouvements et l'expression du sentiment religieux : 

« Le Christianisme, dit-il, quelque part, toujours d'accord 
« avec les cœurs, ne connaît point les vertus abstraites et 
» solitaires, mais des vertus tirées de nos besoins et utiles 
« à tous. » 

Pascal a dit sur les tentatives de l'absorption de l'âme 
en Dieu, le mot de mordante ironie que l'on connaît : 

a L'homme n'est ni ange ni bête, mais le malheur veut 
que qui veut faire l'ange, fait la bête. » 

Avec la même autorité et plus de gravité, il dit ailleurs : 
« La vertu est la raison appliquée à la conduite de la vie. » 



— 26 — 

En dépit de l'insignifiance de ces œuvres, elles sont dans 
une multitude de mains. On pourrait, sans injustice, leur 
appliquer les vers de Boileau à Scudéri : 

Tes écrits, il est vrai, sans art et languissants 
Semblent être formés en dépit du bons sens : 
Mais ils trouvent pourtant quoiqu'on en puisse dire. 
Un marchand pour les vendre et des sots pour les lire. 

BIBLIOGRAPHIE 

Dans Quérard, dans Feller et surtout dans la Bibliothè- 
que de la Compagnie de Jésus des pères de Backer, édition 
du P. Carlos Sommervogel (1890), on trouve rénumération 
aussi complète que possible des œuvres de Baudrand. 

Les imprimeurs Périsse, de Lyon, indiquent comme 
Œuvres Spirituelles de Baudrand, les ouvrages suivants : 

Les Œuvres Spirituelles de P. Baudrand, sont compo- 
sées des volumes suivants, qui se trouvent chez les mêmes 
libraires. 

L'Ame élevée à Dieu, par les réflexions et les sentiments; 
avec l'Ame pénitente, ou le nouveau Pensez-y bien, 1 vol. 
in-12. 

L'Ame contemplant les grandeurs de Dieu. — L'Ame se 
préparant à Téternité, in-12. 

L'Ame éclairée par les oracles de la sagesse. — Explica- 
tions des huit Béatitudes. — Réflexions pour chaque jour 
du mois, tirées des conseils de la sagesse, in-12. 

L'Ame fidèle, animée de l'esprit de Jésus-Christ, in-12. 

L'Ame embrasée de Tamour divin, par son union aux 
Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie, in-12. 

L'Ame intérieure, ou conduite dans les voies de Dieu. — 
L'Ame seule avec Dieu, in-12. 

L'Ame religieuse, élevée à la perfection, in-12. 

L'Ame affermie dans la foi, ou preuves abrégées de la 
religion, in-12. 

L'Ame sur le Calvaire, trouvant au pied de la Croix la 
consolation dans ses peines, in-12. 

L'Ame sanctifiée par la perfection de toutes les actions 
de la vie, ou la Religion pratique, in-12. 



■- '21 - 

Réflexions, sentiments et prcitiques de pieté sur les 
sujets les plus importants de la morale chrétienne, in-l*2. 

Histoires édifiantes et curieuses, avec des réflexions, 
in-12. 

Visites au Saint-Sacrement et à la Sainte-Vierge, pour 
chaque jour du mois, in-i2. 

Couronne de Tannée chrétienne, ou Méditations d'Abelly ; 
ouvrage corrigé par Baudrand, 2 vol. in- 1*2. 

Ouvrnges du mômc.j en petit format. 

Neuvaines au Sacré-Cœur de Jésus, in- 18. 
Visites au Saint-Sacrement et à la Sainte-Vierge, in-18. 
— IjCS mêmes, in-24. Les mêmes, in-iJ'2. 
Le nouveau Pensez-y bien, ou TAme pénitente, in-24. 

Aristide BERARD. 

Berard (Balthazard-Aristide) est né à Briançon, le 4 sep- 
tembre 1811. Il était le fils du mathématicien Berard dit 
Sunderson Berard, dont nous avons, dans la bioamphie du 
cnnton du MomUier, raconté la vie et signalé les remarqua- 
bles travaux scientifiques. 

La famille Berard semblait être vouée par des prédispo- 
sitions natives aux mathématiques et à la mécanique. Le 
chef de la famille était un mathématicien de puissante in- 
telligence; son fils, Aristide, le suivit dans ses errements 
scientifiques et manifesta la même intense activité d'es- 
prit. M"° Rosine devenue M'"«Balmès. M^^IIéloïse et Clara 
Berard possédaient aussi, élèves intelligentes de leur père, 
poussée assez loin, la science du calcul. Elles furent sou- 
vent ses collaboratrices, la cécité du vieillard rendant fort 
difficiles pour lui les opérations de calcul très étendues. 

Aristide Berard fut soumis de bonne heure à la disci- 
pline de la famille, c cst-à-dire à l'étude des mathémati- 
ques, de la physique et de la mécanique. Doué de remar- 
quables aptitudes, il fit^ sous la direction de son père, de 
rapides progrès et fut bientôt en pleine possession d'élé- 
ments étendus de ces sciences. 



— 28 — 

Entré à l'Ecole des mines de Saint-Etienne, il en sortit en 
1831, à 20 ans, avec un brevet de première classe. Il entra 
presque immédiatement comme chef de fabrication aux 
forges de Decazeville. 

Un travail excessif altéra la santé de l'ardent jeune 
homme. Il dut pour la rétablir revenir à Briançon au sein 
de la famille. 

Vers cette époque, une société importante s'était fondée 
dans le but d'exploiter sur une grande échelle les gise- 
ments métallifères du département des Hautes-Alpes et de 
rOisans. 

Aristide Berard connaissait admirablement le Briançon- 
nais et TOisans au point de vue surtout de leurs richesses 
souterraines ; il fut choisi, quoique fort jeune, comme direc- 
teur de cette vaste entreprise. On lui adjoignit un ingé- 
nieur prussien du nom de Warmhols, homme de vive ima- 
gination et fort entreprenant, qui trouva la mort dans le 
cours de ses explorations en tombant d'une hauteur de 5 à 
600 mètres (Voir notre essai sur l'Oisans). Les opérations de 
la Société s'étendaient depuis les mines dites des Ruines, 
près Vizille (Isère) en passant par les mines d'argent d'Al- 
lemont, les vastes gisements du Grand-Clos (Hautes-Alpes), 
les mines du Lauzet et du Gasset, jusqu'aux anciennes et 
riches mines de TArgentière (plomb sulfuré argentifère). 

Il fit construire deux fonderies, l'une à Allemont (Isère) 
contenant sept fourneaux, et l'autre au Lauzet en conte- 
nant deux, des ateliers de préparation mécanique pour le 
minerai^ à Allemont, au Grand-Glos, à l'Alpe et à l'Argen- 
tière, ateliers composés de vastes bâtiments en maçonnerie 
et qui contenaient des bocards de dix à vingt flèches, des 
cylindres à broyer, des tables jumelles et à secousse, des 
lavages à cascade, des cuves à crible, des caissons alle- 
mands, des forges, etc. ; le tout mis en mouvement par de 
puissantes roues hydrauliques et établi à grands frais^ de 
manière à être fort durable. 

Un outillage immense, ustensiles, machines, instruments, 
tombereaux, caissons, brouettes, provisions, etc., compléta 
l'installation et permit un large fonctionnement. 



- 20 - 

Mais, hélas I les frais de premier établissement et de mise 
en œuvre de cette vaste entreprise industrielle, dépassèrent, 
au bout d'un certain temps, les possibilités financières de 
la Société; ainsi qu'il arrive fréquemment, l'entreprise 
s'efTondra, faute de fonds, au moment où la Société allait 
recueillir peut-être le fruit de ses immenses travaux, soit 
d'installation, soit d'exploitation. 

Quelle part de responsabilité est attribuable dans cet 
insuccès de l'entreprise aux deux ingénieurs, Aristide Be- 
rard et Warmhols. Peut-être n'est-ce que justice de dire 
qu'ils furent, avant tout, des ingénieurs et non de prévo- 
yants comptables ; peut-être furent-ils entraînés, outre me- 
sure, soit par un conseil d'administration peu clairvoyant, 
soit par le miroitement de la grandeur des* résultats espérés. 
Dans tous les cas, la réputation de savoir et d'habileté pro- 
fessionnelle d'Aristide Herard ne reçut aucune atteinte de 
l'issue de cette entreprise. 

Ceux qui furent frappés par cette faillite presque autant 
que les actionnaires furent les habitants de l'Oisans, de la 
Grave, du Lauzet, du Gasset, du Monêtier, de l'Argentière, 
qui avaient trouvé dans les multiples travaux de la compa- 
gnie des occupations relativement bien rétribuées. Ges 
pauvres gens furent dépossédés d'un gain qui avait intro- 
duit dans ces rudes contrées une aisance relative. G'est 
l'effet des grands travaux agricoles, des grandes entreprises 
industrielles surtout et partant de la mise en circulation de 
capitaux de chiffre élevé, de transformer toute une région, 
d'améliorer les gîtes, l'alimentation, les cultures et les ha- 
bitants, a Le jour, dit Pindare, que les Hhodiens élevèrent un 
temple à Minerve, il tomba sur l'île une pluie d'or ». G'est, 
il est vrai, parvis componera marjna. 

Dans le cours de ces premiers et importants travaux, 
Berard découvrit le moyen d'opérer la séparation de la 
houille d'avec les schistes et les sulfures de fer. Il imagina 
un appareil mécanique qui porte son nom et qui permet 
d'obtenir le charbon menu très pur, avec lequel on peut 
avoir du coke de l"*" qualité à un prix très réduit, tandis 
que ces mêmes charbons étaient précédemment perdus 



- 30- 

et jetés à la décharge, principalement en Angleterre. 

Les appareils d'épuration de la houille du système Berard 
ont été exploités en P'rance et en Belgique, pendant la du- 
rée des brevets, sous la raison sociale Berard, Levainville 
et G'«, et en Angleterre par M. Morisson^ qui s'est relevé 
d'une situation gravement compromise dans d'autres opé- 
rations. 

Un appareil de ce système fut monté à Newcastle et un 
modèle déposé à l'exposition universelle de Londres en 1851, 
ce qui a valu à son auteur, M. Berard, la médaille d'hon- 
neur, et de la part de la France, la décoration de la légion 
d'honneur. 

Depuis, et à toutes les expositions universelles, M. Berard 
a obtenu les plus hautes récompenses, excepté à la dernière, 
où il était hors concours comme membre du jury. Il publia 
plus tard, en 185G, dans les Annales des mines, un mémoire 
sur l'épuration de la houille. 

En 1840, Berard devint directeur des forges de Bagorry 
(Basses-Pyrénées). Il signala le premier le parti qu'on 
pouvait tirer des minerais de fer carbonate spathique 
d'Ustéléguy pour la fabrication des aciers. 

Au cours de la direction de ces travaux, Berard résolut 
une question métallurgique de haute importance, celle de 
la transformation directe de la fonte en acier au moyen 
d'une action alternativement oxydante et réductrice, en in- 
sufflant dans le bain métallique un mélange d'acier et de 
gaz hydrogène carboné en proportion variable à volonté. 

Devenu l'ingénieur conseil de la maison Lafïite-Gouin, il 
fut envoyé par elle en Algérie pour y étudier des gisements 
métallifères, auxquels la voix publique attribuait une gran- 
de importance. Il obtint, pour assurer sa sécurité et celle 
de ses auxiliaires, une escorte de cavaliers de l'autorité 
militaire et il accomplit sa mission. Ici s'emplace un épi- 
sode du voyage de Berard qu'il a raconté lui-même dans 
des notes autobiographiques qull m'a adressées en 1886. 

« Il eut, dit-il, le désir de voir ce qu'était le désert dont il 
était rapproché. Il exprima cette pensée à l'ofïicier qui 
commandait l'escorte. Celui-ci ne lui dissimula point que 



- 31 - 

lui-même et la plupart des hommes de l'escorte partajçeaient 
tout à fait les mêmes sentiments. Dès lors aucun obstacle 
ne s'opposait à la réalisation d'un désir commun, et on se 
mit en route. La première journée se passa sans incident, 
mais dès le matin de la deuxième journée, un nua;Lî:e de 
poussière fut signalé à l'horizon; c'était sans aucun doute 
un parti de cavaliers arabes qui venait sur eux dans une 
pensée hostile à n'en pas douter. Revenir sur ses pas; il était 
trop tard, et c'eût été d'un mauvais elîet : il n'y avait pas 
à y songer. Ils attendirent de pied ferme. 

L'escorte prit toutes les dispositions nécessaires pour 
couvrir M. Berard en se portant en avant. Bientôt ils furent 
enveloppés par un ennemi beaucoup plus nombreux : la 
mêlée devint des plus vives. 

M. Berard ne tarda pas à reconnaître quel était le chef de 
la bande. Il lança son cheval contre lui et on croisa le fer. 
Après quelques instants d'engagement, la lame de l'adver- 
saire glissant le long du petit sabre d'ofïîcier d'artillerie 
(lorsqu'il était de la garde nationale), et n'ayant qu'une garde 
insuffisante, vint blesser M. Berard à la paume de la main. 
La douleur fut vive : il lâcha son arme ; mais aussitôt il 
prit un pistolet dans la fonte de son cheval et presque à bout 
portant il brûla la cervelle de son adversaire. 

Lorsque les Arabes virent leur chef tomber, ils s'empres- 
sèrent de prendre la fuite. De leur côté, les explorateurs 
regagnèrent le camp sans arrêt. 

La blessure à la main droite fut assez promptement 
guérie et heureusement elle ne l'empêcha pas d'écrire et de 
travailler. » 

Aristide Berard s'est occupé, avec succès, des conditions 
de la fabrication des blocs ignés. Les blocs artificiels desti- 
nés à l'établissement des jetées en mer ont été longtemps 
fabriqués au moyen de la chaux ou des ciments hydrauli- 
ques. Mais l'expérience avait prouvé qu'ils étaient assez 
promptement décomposés par l'action chimique de l'eau de 
mer et l'action mécanique du frottement. Il fallut inventer 
un nouveau mode de fabrication avec autres matériaux. 
L'académie des sciences mit au concours la question. Berard 



- 32 - 

s'emparant de ce champ de recherches et de labeur ouvert 
à son esprit investigateur, fabriqua des blocs par l'agglo- 
mération de l'argile à haute température. Un mémoire qu'il 
adressa à Tacadémie des sciences à ce sujet en mars 1853, 
reçut le meilleur accueil et l'innovation fut consacrée par 
Texpérience. 

Aristide Berard prit une part très active au mouvement 
d'idées qui, en 1880, se produisit à propos du projet de la 
jonction de la France et de l'Angleterre par un tunnel sous- 
marin dans la Manche et même par un pont suivant les plus 
aventureux ingénieurs. 

Dans la discussion ouverte sur cette question de capitale 
importance^ Berard démontra, dans ses publications dans 
la presse, combien son esprit était à la fois primesautier et 
étendu, et son expérience fournie des ressources les plus 
variées. 

Nous ne pouvons mieux caractériser la vivacité et la force 
de cette intelligence, qu'en citant encore un passage de son 
autobiographie. Notons que c'est à l'âge de 75 ans qu'il 
voyait dans sa pensée s'élargir devant lui les perspectives 
d'un long avenir et s'ouvrir un champ illimité d'action et 
de travaux. 

« Actuellement (1886), M. Berard s'occupe d'une question 
de la plus haute importance. Il est convaincu qu'il lui sera 
possible de construire un navire d'un nouveau système dont 
il est l'inventeur qui réaliserait une vitesse double de nos 
meilleurs marcheurs, tout en consommant moins de com- 
bustible. Ce serait une révolution dans la marine qui aurait 
pour conséquence forcée la reconstruction de tout le maté- 
riel naval et la nation qui la première serait organisée dans 
le nouveau système exercerait une influence irrésistible ! 

« Cette nation, il faut que ce soit la France. M. Berard a 
tout fait pour qu'il en soit ainsi. Les hommes au pouvoir 
sont au courant de la question : à eux d'agir en conséquen- 
ce et de repousser la responsabilité morale d'un fait aussi 
grave en se croisant les bras. 

« Il importerait de faire servir cette découverte à un grand 
but humanitaire en supprimant tout au moins les guerres 



— 33 — 

maritimes si meurtrières, reste humiliant de barbarie, et 
que toutes difïicultés internationales soient réglées par ar- 
bitrage. » 

BIBLIOGRAPHIE. 

Gomp»** de Joursauvault ; mines de cuivre et de houille, 
Monêtier, la Grave, Villard-d'Arêne, année 1835, p. l'25. 
(Rapport). 

Exposé des travaux exécutés par la Compagnie des Mines 
d'AllemontetdesHautes-Alpes (octobre 1837), parA.Berard, 
ingénieur civil, chargé de la direction des travaux, 20 p. 
in-8o, Barnel, imp'. 

Organisation du travail. Lettre à MM. les membres du 
gouvernement provisoire, par Aristide Herard, Paris, Guil- 
laumin, 1848, in-18, 30 p. 

Notice géologique sur le terrain à anthracite du bassin de 
Briançon (Hautes-Alpes)^ et particulièrement du Chardon- 
net, 1856. (Dans la correspondance des élèves brevetés de 
l'école des mines de Saint-Etienne). 

L'Algérie, sa situation présente, son avenir, par A. Berard. 
Paris, Dentu 1868, 16 p. 

Considérations sur le rôle de la combustion intermolécu- 
laire des corps renfermés dans la fonte, et sur Tinlluence 
de l'hydrogène dans la fabrication de Tacier fondu. In-8<», 
1869. Lacroix. 

Epuration de la houille, par Aristide Berard, in-8°, 3 p., à 
la librairie de Lacroix-Cal mon. 

Fabrication de l'acier, nouveau système, par Aristide 
Berard, 56 p., in-f". Dessins dans le texte, s. d. 

Description nautique des côtes de l'Algérie, par A. Berard 
(suivi de notes par de Tessan), 1869. (Doutes sur l'attribu- 
tion. Ce livre est-il bien d'Aristide Berard ?) 

A consulter : 

Vente aux enchères publiques des concessions de mines 
d'argent, de Cobalt, de nickel, etc., fonderies, etc., de la 
G^* des mines d'Allemont et des Hautes-Alpes, par Candide 
Benoit, syndic de faillite, 1841, 28 p., in-8". 

3 



- 34 — 

Cette notice sur ces mines est de la rédaction de MM* Sci- 
pion Gras et Aristide Berard. 

Mémoire-Rapport sur les nouveaux procédés sidéro- 
techniques de M. Aristide Berard, par M. Etienne Huguin, 
Paris, 1880, in-8«, 12 p. 

Galerie historique et critique du xix° siècle. H. Lauzac , 
t. I, 1856. 

Ladoucette. Histoire, topographie des Hautes-Alpes, édi- 
tion 1848, p. 124, 125, 126, 127. 

Dr BILLOD. 

Le D"^ Louis-Antoine-Eugène Billod est né à Briançon, 
le 23 décembre 1818; il était le 5"»« enfant de Joseph-François 
Billod, garde du génie, et de Benoite Gérard. 

Le grand-père maternel du D"^ Billod, Antoine Gérard, ha- 
bitait le Mas-de-Blais (hameau de la commune de Briançon). 
Il était possesseur de propriétés rurales assez étendues, 
agriculteur intelligent et novateur avec prudence, capitaine 
de la garde nationale en 1790, adjoint à la Mairie de Briançon 
en 1810, date du mariage de sa fille. Antoine Gérard était 
dans l'aisance (ce qui s'appelait la richesse dans le pauvre 
Briançonnais). Il jouissait de la considération publique 
dans la contrée et, chose rare, de l'affection de tous, dans 
son village où la bonté, la charité et les anciennes coutumes 
d'hospitalité du père Gérard étaient proverbiales. Inutile 
de dire combien les enfants de la famille étaient choyés à v 
Mas-de-Blais. 

C'est dans ce milieu que se passèrent les premières 
années de la jeune famille de François Billod. Mais, subis- 
sant les exigences de la carrière militaire, ce dernier dut 
quitter Briançon, peu de temps après la naissance de son 
fils Eugène, pour les résidences successives de Blois, 
d'Orléans et de Moulins. Ce fut dans ces dernières villes 
qu'Eugène Billod fit ses études universitaires. 

Docteur en médecine de la Faculté de Paris en 1846, 
Eugène Billod se voua de bonne heure à la spécialité des 
maladies mentales; il débuta dans cette carrière sous les 
auspices du célèbre D»" Ferrus, briançonnais comme lui, et que 



- 35 - 

toujours il dénommait son cher et vénéré maître. Billod 
fut le disciple de prédilection du D"^ Ferrus ; il continua ses 
fortes études sous la direction des docteurs Falret, Félix 
Voisin et Moreau de Tours^ à Bicêtre, à la Salpétrière et 
dans la maison de Santé de Vanves. 

Médecin-adjoint de l'Asile de Sainte-Gemmes, près Angers 
(Maine-et-Loire), de novembre 1848 à mai 1849; directeur- 
médecin de l'Ecole de Blois, de mai 1849 à juin 1853 ; direc- 
teur-médecin de l'Asile de Rennes, de juin 1853 à mai 1854; 
il fut médecin en chef, directeur de l'Asile de Sainte- 
Gemmes, de mai 1854 à septembre 1868. 

A parcourir les premières étapes de cette carrière, le 
D*" Billod avait conquis, soit comme médecin aliéniste, soit 
comme administrateur, une grande notoriété, ainsi que la 
haute confiance du gouvernement. Il fut, dès lors, appelé à 
remplir une tâche qui réclamait l'emploi de hautes capa- 
cités, et d'une science professionnelle hors ligne. 

Le 4 septembre 1868, il fut promu à la direction médicale 
et administrative de Tun des trois asiles qui venaient d'être 
créés par le département de la Seine, après avoir été mis à 
même d'opter entre les trois. Il porta son choix sur l'asile 
de Vaucluse, à Epinay-sur-Orge (Seine-et-Oise). 

Les éminentes facultés d'intelligence et d'énergie, les 
ressources d'une sûre expérience du D' Billod trouvèrent 
leur emploi et se manifestèrent avec éclat dans l'organisa- 
tion de cet Asile et dans son fonctionnement. 

Vint la guerre de 1870 ; à la menace de l'investissement 
de Paris et dans les jours qui précédèrent la fermeture de 
ses portes, tout le personnel de l'Asile de Ville-Evrard fut, 
par mesure de prudence, évacué sur l'Asile de Vaucluse. 
Le D' Billot dut pourvoir dès lors, pendant l'occupation de 
l'armée prussienne et le Siège de Paris, à l'alimentation de 
1200 aliénés, à leur sécurité et faire face à toutes les exi- 
gences d'une situation anormale et la plus difïicultueuse 
qui se puisse imaginer. 

L'intelligence, le courage et l'activité du D^ Billod furent 
à la hauteur de la gravité des circonstances. Il fut admi- 
rable de résolution, de prudence, d'habileté et de finesse. 



- 36 - 

Mais à l'accomplissement de ses devoirs de médecin- 
directeur, ne se borna point l'action du D"^ Billod; faisant 
acte du civisme le plus méritoire et le plus courageux, il 
sut par son attitude pleine de fermeté, préserver de la 
ruine les habitants des localités voisines de l'asile, il sau- 
va des réquisitions de Tennemi, chevaux, voitures, grains 
et fourrages de l'établissement; il donna asile aux femmes, 
aux vieillards, aux enfants qui se dérobaient aux violences, 
aux exactions des Allemands; il put encore faire évader 
sous des déguisements, un certain nombre de soldats fran- 
çais faits prisonniers de guerre et en fuite, et tel fut l'as- 
cendant qui lui fut acquis sur l'ennemi vainqueur, par sa 
dignité, par son ferme et courageux maintien, qu'il put 
conserver flottant sur l'asile le drapeau national. 

Une médaille d'or, fruit d'une souscription publique, fut 
offerte à l'éminent directeur pour sa belle conduite , au 
vaillant patriote, par ses concitoyens. 

Par arrêté du 20 mai 1871, le Préfet de la Seine lui dé- 
cerna un témoignage public de satisfaction pour les émi- 
nents services rendus. 

Voici le texte de ce document : 

« Le maire de Paris, faisant fonctions de Préfet de la 
Seine ; 

« Vu le rapport du directeur de l'asile de Vaucluse; 

« Considérant que la conduite du personnel de l'asile a été 
pendant l'occupation prussienne, digne des plus grands 
éloges ; 

« Que la préservation de Tasile et des malades doit être 
attribuée au courage et au dévouement du Directeur, et au 
concours qu'il n'a cessé de trouver dans le personnel placé 
sous ses ordres; 

« Qu'il y a lieu, en conséquence, de décerner au Direc- 
teur et à son personnel un témoignage public de satis- 
faction ; 

« Qu'il y a lieu, en outre, d'approuver les avancements 
exceptionnels proposés par le Directeur, en faveur des 
membres de ce personnel qui se sont le plus distingués ; 

« Sur la proposition de l'agent général des hospices, char- 



— 37 — 

gés de la direction générale du service des aliénés de la 
Seine, 

« Arrête : 

Article Premier. 

« A titre de témoignage public de satisfaction, et pour per- 
pétuer la mémoire des services rendus, une copie du pré- 
sent arrêté restera aflichée dans la salle du Conseil de 
TAsile de Vaucluse. 

« La liste nominative du personnel tant inférieur que 
supérieur de l'asile, pendant l'occupation prussienne, sera 
également affichée à la suite du présent arrêté... 
« Fait à Versailles, le 20 mai 1871. 

« Signé : Jules Ferry. » 

Comme on le voit, ces éminents services avaient mis en 
relief aux yeux du pouvoir la haute personnalité du D"* 
Billot. Ils furent dignement récompensés. 11 fut nommé 
médecin en chef des asiles de la Seine et promu officier de 
la Légion d'honneur. 

Le D' Billod aimait le Briançonnais, son pays natal. Il ne 
l'avait vu en quelque sorte qu'en courant, retenu qu'il était 
par ses fonctions en des résidences éloignées; ce fut no- 
tamment lors des voyages qu'il fit en Italie pour y étudier 
la pellagre^ qu'il fit h l'aller ou au retour, de courts séjours 
à Brian(;on, où des liens étroits de parenté l'unissaient à 
la famille Ovel de Mas-de-Blais ; mais cet amour du pays 
natal était entretenu et développé en son âme ouverte à 
tous les bons sentiments, par les récits de sa mliTe fervente 
Briaiironnaise^ morte le 2.") juin 187G, à 89 ans. 

Je trouve la trace de ce sentiment vivace dans une lettre 
que le D»" Billot m'écrivait le 19 septembre 1871 : « Je ne 
sais quand il me sera donné de revoir mon pays natal qui 
ne m'est pas moins cher qu'à vous, mais tenez pour certain 
que je ne ferai pas ce voyage sans m'arrôter à (Grenoble 
pour vous serrer la main. » 

Les préoccupations administratives, les soins prodigués 
aux malades n'avaient pas suffi à la puissante activité d'es- 
prit du D"^ Billod. 11 a publié des rapports, des livres, qui 



— 38 — 

ont marque'; dans la science aliéniste. Quelle magnifique 
soumission, à tous les devoirs, que celle de cet homme re- 
marquable ! Quelle élévation d'esprit ! Quel désir passionné 
d'apporter son tribut au trésor de la science à laquelle il 
avait voué toutes les ressources de son intelligence! Et 
quel labeur ! 

Aucun chemin de fleurs ne conduit à la gloire. 

La vie entière du D»* Billod a été la confirmation de cette 
vérité do La Fontaine. Sa droiture, sa probité, son désinté- 
ressement furent à la hauteur de ses talents. Il est mort à 
()7 ans, le 2() février 1886, ne laissant d'autre fortune qu'une 
mémoire sans tâche, entourée des respects de tous. Con- 
tentement de soi et bonne opinion des autres, telle fut 
l'ambition de ce noble serviteur de l'humanité. Conclu- 
si())i : « Honorons les hommes supérieurs, a dit quelque 
partMi^nei, et proposons-les en imitation, car c'est en pré- 
parer (le semblables, et jamais le monde n'en n'a eu un 
besoin plus grand! » 

BIBLIOGRAPHIE 

Hecherches et considérations sur la symptomatologie de 
l'épilepsie. (,l/n7,'j/(\s mcdico-psijchologiques, 18(t3,) 

Des maladies de la volonté, ou étude des lésions de cette 
faculté dans l'aliénation mentale. {Même recueil, 18kl.) 

Hecherohes sur la paralysie générale des aliénés. (Même 
recueil, ISMK) 

(«ompte moral et administratif de Tasile public d'aliénés 
do Loir-et-Cher. (Hlois, I8rr2.) 

Série de mémoires sur la pellagre et sur la cachexie des 
aliénés. t*lM«cï/ei? mèdico-psycholofjiques et archives géné^ 
r»U\<de mèiieciney deiS.V) c> ISO'k' 

IVs diverses formes do lypémanie : essai de classifi- 
cation et séméiologio. i.-l/nKWe.< médico-psychologiques^ 

Dos lésions do Tassociation des idées. tMème recueil . 
/SdL 
Oo la déinnise dos aliénés assistés on France, et de la 



- 39- 

colonisation considérée comme moyen, pour les départe- 
ments, de s'en exonérer en toutou en partie, 1861. 

Rapports médicaux-légaux sur des cas de simulation de 
folie et autres. (Annalsi^ médico-psychologiques). 

De Tamaurose et de l'inégalité des pupilles dans la para- 
lysie générale. (Même recueil, IStili.) 

Note sur une bouche artificielle construite sur les indi- 
cations de l'auteur, par M. Gharrière, pour l'alimentation 
forcée des aliénés. 

Considérations médico-légales sur les intervalles dits luci- 
des chez les aliénés. (Mémoire lu à l'académie de médecine 
dans la séance du 'Jd mai iHGl,) 

Compte d'administration lu devant la Commission de 
surveillance de l'asile de Sainte-Gemmes. (Angers, 1868,) 

Des aliénés dangereux. (Annales mèdico- psychologi- 
ques, 1869.) 

Des aliénés avec conscience de leur état. (Même recueil, 
1870.) 

Traité de la pellagre, d'après des observations recueillies 
en Italie et en France, suivi d'une enquête dans les asiles 
d'aliénés. (Paris, Viclor Masson et fils, 1870.) {Grand ouvrage 
honoré des suffrages de l'Institut.) 

Etude sur des questions concernant la réorganisation du 
service des aliénés de la Seine. (Paris, G, Masson, édi- 
teur, 187 fi.) 

Des maladies mentales et nerveuses; pathologie, méde- 
cine légale, administration des asiles d'aliénés, etc., 2 vol. 
in-8°, Gust. Masson. — Paris, 1880-1882. 

Les aliénés en Italie; établissements qui leur sont con- 
sacrés, organisation de l'enseignement des maladies men- 
tales et nerveuses ; in-8^ Paris, 1884. G. Masson. 

BLANC André. 

André Blanc est né le 14 mai 1790, à la Chalp-d'Arvieux 
(Queyras), dans la famille Meissimily, alliée à sa mère, mais 
il fut inscrit comme étant né aux Mourandes, hameau du 
Villard-Saint-Pancracc. canton de Briançon, domicile de 
ses parents. 



— 40 — 

Il restait au Villard-Saint- Pancrace, du grand naufrage, 
à la révocation de l'Edit de Nantes, épave négligée par la 
persécution, un petit groupe de protestants dont les plus 
notables étaient les Blanc Ides Mourandes) et leurs parents 
Gordier du Grand- Villard. La foi était vive dans ce petit 
monde privé cependant de prédication et de fréquent com- 
merce avec les coreligionnaires. André Blanc eut, de bonne 
heure, la vocation du pastorat. Ses études universitaires 
terminées, il se rendit à Lausanne, où il fît ses études théo- 
logiques et se maria à Tâge de 20 ans. Il vint se reposer un 
court espace de temps au sein de sa famille et se rendit 
ensuite à la Motte-d' Aiguës (Vaucluse), où il avait été, en 
1811, nommé pasteur. 

En 1817, il fut promu pasteur à Mens et élevé à la prési- 
dence du consistoire de Tlsère, en 1822. Il a conservé ces 
deux fonctions jusqu'à sa mort. 

Dans le canton de Mens, André Blanc ne borna point les 
effets de son zèle et de son activité à Taccomplissement de 
ses fonctions de pasteur: pénétré de la conviction que l'en- 
seignement religieux serait d'autant plus fécond, d'autant 
plus salutaire qull s^adresserait à des populations possé- 
dant une instruction générale au moins élémentaire, il 
étudia les moyens d'en doter les habitants du canton sans 
avoir égard, du reste, à aucune distinction confessionnelle. 
Il publia sur l'organisation et le fonctionnement des écoles 
rurales, un écrit qu'il adressa, en mars 1833, au ministre de 
l'instruction publique ; le ministre lui écrivit en ces termes : 
« J'ai lu avec intérêt votre travail qui se recommande par 
les vues les plus utiles et par un amour sincère du bien 
public. Je tiendrai un compte tout particulier des observa- 
tions qu'il renferme en faveur de l'éducation populaire. » 

Le 27 avril suivant, André Blanc reçut la croix de la 
Légion d'honneur. Par arrêté du 8 juin 1835, le ministre de 
l'Instruction publique, adoptant les vues d'André Blanc, le 
chargea de la direction d'une école modèle pour la forma- 
tion d'instituteurs primaires. Get essai réussit parfaitement 
sous l'habile direction de l'organisateur qui vit ainsi ses 
théories consacrées par l'application. 



— 41 — 

Sans rechercher la lutte sur le terrain religieux et tout 
c3ésireux qu'il était de se consacrer en entier à son double 
cievoir de pasteur et de directeur de TEcole modèle, Andrd 
IBlanc n'était point d'humeur à supporter en silence les 
-sittaques dirigées par le clergé catholique contre l'Eglise ré- 
formée et contre sa personne. La lutte fut engagée par un 
sibbé Tabardel, et vigoureusement soutenue par le pasteur. 
X^lusieurs autres membres du clergé catholique vinrent à la 
X'escousse, mais ils trouvèrent dans le pasteur un adversaire 
x*edoutable, polémiste ardent, plume alerte, traits causti- 
cjues et rapides. Il n'entre dans le cadre de cette notice 
l)iographique aucune intention d'analyse des divers élé- 
ments de cette polémique qui doit demeurer cantonnée dans 
le terrain religieux. 

Un livre publié en 1844 par André Blanc, en dehors de 
toute préoccupation confessionnelle, donna la mesure de son 
talent d'écrivain élégant et souple, de ses connaissances 
historiques; il s'agit des Lettres à Lucie sur le canton de 
Mens. — Ce livre lui valut la nomination de membre corres- 
pondant de TAcadémie delphinale. 

Le rapport fait h l'Académie delphinale sur les lettres à 
Lucie est ainsi conçu : 

« L'auteur de ces lettres ne s'est pas ostensiblement 
nommé ; mais chacun sait qu'elles sont l'œuvre de M. le 
pasteur Blanc. 

« Son ouvrage n'est point une nomenclature scientifique, 
une froide description de la contrée; bien qu'il ait inscrit 
au frontispice le nom de Statistique, il n'emprunte point à 
cette science ses détails arides, mais seulement sa partie 
pittoresque, ses plus intéressantes données. Voyageur à 
Tesprit attentif, aux haltes fréquentes, il peint le paysage 
qu'il admire, décrit le village où il se repose, retrace les 
mœurs dont il est le témoin, se fait l'écho des histoires 
qu'on lui raconte. Il vous guide aux pentes des montagnes, 
vous abrite sous leurs forêts, vous conduit au pied de leurs 
cascades. Il n'oublie ni la flèche antique du clocher, ni les 
vestiges du château féodal. Il parle avec bonhomie des cou- 
tumes qui ont survécu, des habitudes locales, des familles, 



— 42 — 

des meilleures maisons et des meilleurs gites du lieu. Il 
recueille sur son passage les traditions du pays, et signale 
les hommes distingués dont il fut le berceau. Il consulte 
souvent les chroniques et l'histoire, etc. » 

Le pasteur André Blanc avait à Grenoble des relations 
d'amitié. On peut citer son collègue, le pasteur Bonifas, 
M" Zéphirin Faure-Duril, avoué, son compatriote d'origine, 
et venu, lui aussi, médiatement du Villard-Saint-Pancrace ; 
des liens d'étroite solidarité fondés par la communion des 
convictions politiques, avaient uni le patriote et intelligent 
pasteur aux représentants les plus autorisés, les plus res- 
pectés de l'opposition libérale, MM. Crépu, Repellin, Far- 
conet. Clément. 

Dans les relations dues à la conformité des croyances 
religieuses^ il faut citer, avant tout, Félix Neff, VOberlin 
des Hautes-Alpes, dont il fut le plus intime, le meilleur ami^ 
le plus diligent, le plus ferme collaborateur dans l'œuvre 
d'évangélisation ou de réveil du sentiment religieux dans 
les Alpes, qui eut un si grand retentissement dans les 
églises réformées des deux mondes. Ajoutons à ce nom 
célèbre, celui de Adolphe Monod, pasteur de Lyon, en- 
touré d'estime et de haute réputation. 

M. le pasteur André Blanc est décédé à Mens, le 22 mars 
1846. Il a laissé un fils, le capitaine Blanc qui, à sa retraite, se 
fixa à Mens, et des filles. Deux de ses petits-fils, suivant les 
traditions de l'honorable carrière de leur grand-père ma- 
ternel, exercent avec distinction les fonctions évangéliques. 
L'aîné, M. Emile Marchand, est pasteur à Aspres-sur-Buech ; 
il est en même temps président du consistoire des Hautes- 
Alpes. Son frère, M. Aimé Marchand, est pasteur a Saint- 
Laurent-de-Croz (Hautes-Alpes). 

A la mort du pasteur André Blanc, un article nécrologi- 
que aussi bien écrit qu'impartial, fut publié dans le journal 
le Patriote des Alpes, à la date du 2 avril 1846. Nous le 
reproduisons in extenso : 

« M. André Blanc, pasteur du consistoire de Mens, cheva- 
lier de la Légioù d'honneur, est décédé le 22 mars 1846, à 



— 43 - 

rage de cinquante-six ans, à la suite de deux attaques d'apo- 
plexie qui l'avaient frappé depuis un mois. 

« Descendant des Vaudois (chrétiens évangéliques qui ne 
furent jamais soumis au pape et dont une partie existe 
encore dans les vallées du I^iémonti, M. Blanc a exercé le 
ministère pastoral pendant trente années à Mens et n a 
laissé échapper aucune occasion d'être utile à l'Eglise 
réformée de France et à son pays. 

« Les dons qu'il avait re(;us de la nature, d'excellentes et 
fortes études, l'avaient placé au nombre des meilleurs pré- 
dicateurs français; comme «administrateur, il était sans égal 
parmi ses collègues de France. 

« On n'a pas oublié ses brochures de controverse adressées 
à MM. les abbés (iuyon. Desmoulins et Tabardel. non plus 
que les Lettres à Lucie sur le canton de Me)is, publiées 
l'année dernière. 

a M. Blanc a fondé à Mens une école modèle destinée à 
former des instituteurs protestants pour les départements 
de risère, des Hautes et des Basses-Alpes, du Var, des 
Bouches-du-Rhône et du (îard. 

a Une décision du ministre de l'Instruction publique du 
28 mai 1834 autorisa cet établissement, dont M. Blanc fut 
le directeur en même temps que le fondateur et le bienfai- 
teur. H prenait lui-même sa part de l'enseignement donné 
aux élèves, auquel il tenait lieu de père. Cette institution a 
déjà doté le pays de i)rès de cent instituteurs. 

« Sous sa présidence, la position spirituelle et temporelle 
des 6.000 protestants disséminés dans le département de 
risère s'est singulièrement améliorée ; des temples ont été 
construits et des places de pasteur créées. Il a aussi fondé 
à Mens une société de bienfaisance et de secours pour les 
malheureux. 

« Les funérailles de M. Blanc ont eu lieu le 24 mars. Cinq 
pasteurs y présidaient en grand costume ; ce sont MM. Ga- 
doret et Breguet, de Mens ; Meyrargues, de Tréminis ; 
Arnaud, de Grenoble, et Ribard, de la Mure. MM. Arnaud 
et Gadoret ont prononcé deux discours au temple et sur la 
tombe. Les membres du consistoire général de l'Isère^ en 



— 44 — 

deuil, suivaient les pasteurs dans la marche du convoi, 
puis venaient les professeurs et les élèves de Técole modèle; 
enfin environ 3.000 personnes de Mens ou accourues de 
quatre lieues à la ronde formaient le cortège. 

« M. Blanc laisse à Mens, dans toute la consistoriale de 
l'Isère, disons mieux, dans toute l'Eglise réformée de France, 
de profonds regrets et des souvenirs ineffaçables. Sa perte 
sera difficile à réparer. » 

(Extrait du Patriote des Alpes du 2 avril 1846.) 
BIBLIOGRAPHIE 

Du séjour de saint Pierre à Rome, 1826. Paris, 8 p. in-8®. 

Lettre à M. l'abbé Guyon, 8 p. S. d. 

Lettre à M. l'abbé Desmoulins faisant suite à la lettre à 
M. l'abbé Guyon, 63 p. Paris 1838, in-8«. 

Livres apocryphes, in-8°, 24 p. S. d. 

De la prétendue primauté du pape et du séjour de saint 
Pierre à Rome, en réponse à M. l'abbé Tabardel, 44 p. in-S». 
Paris, octobre 1838. 

Un ministre protestant aux prises avec un prêtre catho- 
lique romain, ou réponse à la brochure de M. l'abbé Des- 
moulins, intitulée Rome et Genève, etc. 98 p. in-8°. Greno- 
ble, 1839. 

Le Culte des Saints, 36 p. in-8°. Grenoble, 1841. 

La Confession auriculaire. Lyon, 1841. 51 p. in-8°. 

Du purgatoire, 42 p. in-8°. Grenoble, avril 1842. 

Statistique. Lettres à Lucie sur le canton de Mens, in-12. 
1844. 137 p. 

Quelques notes sur les protestants de Mens et du Trièves. 
11 p. dans la Revue du Dauphiné^ tom. 6. 

Dans la Relation de la fête de dédicace du temple de Mens 
(20 novembre 1826). Discours important du pasteur André 
Blanc. 

Quelques observations d'un pasteur de campagne sur 
Tinstruction primaire dans les communes rurales, 1835, 
in-8«, 8 p. 

Notice sur Félix Neff, pasteur dans les Hautes-Alpes. 
Genève, 1831 (sans nom d'auteur), petit in-8o, 140 p. 



— 45 - 

(Cette notice est bien l'œuvre d'André Blanc — nous 
avons vu le manuscrit autographe de ce livre — qui fut 
réédité à Londres, en i83(), in-6° 107 p. et à Toulouse.) 

Nous pouvons citer entre autres parmi les œuvres inédites 
dont nous avons eu les manuscrits autographes en mains : 

1° Visite au champ des travaux de NefY, 1834. 

2** Voyages aux vallées vaudoises du Piémont^ 1834 et 1844. 

3° Les Vaudois du département de Vaucluse. 

BLANCHARD, Arquebusier. 

Fils d'un honnête menuisier, ayant quelque connaissance 
en mécanique, Blanchard est né à Saint-Chaffrey; arque- 
busier à Paris, il prit un brevet d'invention pour une espèce 
de fusil que nous décrivons ci-dessous : 

Le perfectionnement pour lequel M. Blanchard, arque- 
busier à Paris, avait pris un brevet d'invention, consistait 
dans le changement des fusils à silex contre les fusils à 
percussion. On plaçait des grains fulminants dans des ba- 
rillets qui étaient fixés au canon. Dans la tète du chien, 
une tige était réservée, qui, en s'abattant, venait enflam- 
mer le grain fulminant et mettait le feu à la charge. 

(Ladoucette, histoire, topographie, etc., des Hautes- Alpes, 
p. 147 et 1)95.) 

BLANCHARD Antoine. 

Blanchard, fils de Joseph Blanchard, avocat et procureur 
au baillage, est né à Briançon en 1758. 

Blanchard acquit de bonne heure un office de notaire à 
Briançon. En 1810, il était maire de la ville. 

Le décret impérial du 17 décembre 1810 qui fixait au 
1«' janvier 1811 la mise en activité du nouveau code de procé- 
dure criminelle, annonçait, dans un de ses considérants que 
le gouvernement voulait, avant d'organiser définitivement 
les tribunaux, recueillir des renseignements sur les res- 
sources et les besoins des centres de populations qui 
devaient être pourvus d'un siège. 

Il était d'un intérêt majeur autant qu'évident pour Brian- 
çon, ancien siège du baillage le plus ancien et le plus 



- 46 - 

important des montagnes, d'obtenir l'établissement défini- 
tif dans cette ville d'un tribunal civil . 

Dans un substantiel mémoire, Blanchard, agissant au 
nom de la ville de Briançon, dont il était le maire, dé- 
montra aux pouvoirs publics, par de solides raisons, la 
nécessité de conserver le tribunal établi à Briançon. 

Le fils de Blanchard (admis à l'Ecole polytechnique), 
Joseph Blanchard entra dans l'artillerie. Il devint colonel. 
A sa retraite , il se fixa à Grenoble , où il est mort le 
16 octobre 1859, à 69 ans. 

La fille de Blanchard épousa, en 1814, le docteur Pierre 
Pensens, qui a exercé fort honorablement sa profession 
pendant de longues années à Briançon. 

BIltLIOaRAPHIE 

Observations sur la nécessité de conserver le tribunal de 
première instance établi à Briançon, département des 
Hautes-Alpes. — 10 p. in-4°, 19 janvier 1810. 

BLANCHARD Jean-Baptiste. 

Blanchard Jean-Baptiste, né à Saint-Ghaffrey (Hautes- 
Alpes), le 8 septembre 1720, entra au noviciat, dans la 
compagnie des Jésuites, le 7 septembre 1736. Il professa la 
philosophie à Aix, en 1750 et 1751, et jusqu'à la suppression 
de la compagnie en France, il fut professeur royal de ma- 
thématiques à Toulon. 11 vivait encore en 1788. 

BIBLIOGRAPHIE 

Mémoires de mathématique et physique, rédigés à l'ob- 
servatoire de Marseille. Année 1755. Première partie, à 
Avignon, chez la veuve Girard, 4° p. 166 (pour 169) et 4 
pi. ; seconde partie. Id. 4° p. 236 et 3 pi., année 1756. 
Id.4op. 390 et 6 pi. 

Get ouvrage a été publié par le P. Esprit Pézenas, avec 
la collaboration des PP. Blanchard, Louis Lagrange, Fr. 
Rod, Gorréard et de Saint-Jacque de Sylvabelle. 

Tables des Logarithmes, contenant les logarithmes des 
nombres, depuis 1 jusqu'à 102,100, les logarithmes des 



Sinus et des Tangentes de 10 en 10 secondes publiées 
ci-devant par M. Gardiner. Nouvelle édition augmentée des 
logarithmes des Sinus et des Tangentes, pour chaque 
seconde des quatre premiers degrés. Avignon, Aubert, 
1770, fol. 

Le P. Blanchard traduisit la préface de cet ouvrage qui 
fut publié par le P. Pézenas, en collaboration avec le P. 
P. Dumas. 

(De Baker, 1658 — Bibliothèque de la compagnie de 
Jésus, nouv. édition par Carlos Sommervogel, 1890, in-f°. 
Paris, Bruxelles, p. 1538, 1539). 

BONNOT Jean, subdélégué. 

L'un des ancêtres de Jean Bonnot du même prénom, était 
notaire à Briançon à la fin du xvii° siècle. 11 avait épousé 
Marie Froment, nièce d'Antoine Froment, l'auteur de VEs- 
sai sur Vincendie de Briançon, Son fils, François Bonnot, né 
le 12 mars 1680, avocat au parlement de Paris, fut subdélé- 
gué de l'intendance pour le Briançonnais. 

En 1750, François Bonnot reçut ainsi que Jean Brunet, 
seigneur de l'Argentière, des communautés Briançonnaises, 
la mission toute de flatteuse confiance de procéder à la 
répartition entre elles de la rente annuelle de KiOO livres et 
accessoires qu'elles s'étaient soumises à payer aux pré- 
vôt et chapitre d'Ouloc, en exécution du contrat d'emphy- 
théose perpétuelle des dîmes du Briançonnais d'octo- 
bre 1749. 

Jean Bonnot, deuxième du nom, fut, comme son père, 
François Bonnot, avocat et subdélégué de Tintendance, 
fonctions qu'il remplit durant 34 ans avec zèle, avec intel- 
ligence, avec exacte connaissance des intérêts, des besoins, 
des droits des communautés. Ce n'était pas alors, comme 
aujourd'hui, un perpétuel chassé-croisé, entre les fonction- 
naires du même ordre, passant une notable partie de la 
durée de leurs fonctions, à voyager deQuimper-Gorentin à 
Draguignan, de Valenciennes à Bayonne. Les fonction- 
naires, avant l'introduction de ces désastreux errements 
de mobilité et d'insouciance, étudiaient longuement les 



— 48 - 

personnes et les choses qu'ils devaient administrer ou 
juger. Aussi pouvaient-ils acquérir et conserver l'estime et 
la confiance de leurs administrés ou justiciables. 

Jean Bonnot s'était adonné tout entier à l'accomplisse- 
ment de ses devoirs d'administrateur. On en a la preuve 
en lisant une statistique du Briançonnais, son œuvre, 
demeurée jusqu'à ce jour manuscrite. 

En 1791, le maire de Briançon, Guillaume Ferrus, ayant 
été élu député à la Législative et obligé de se démettre de 
ses fonctions municipales, Jean Bonnot, avocat, dont les 
fonctions de subdélégué avaient pris fin, fut, le 13 novem- 
bre, appelé aux fonctions de maire. Jean Bonnot, alléguant 
pour excuse son grand âge, déclara ne pouvoir accepter 
cette honorable nomination. Il est mort peu de temps 
après. 

BIBLIOGRAPHIE 

Notice sur le Briançonnais, par M. Bonnot, subdélégué 
de Briançon, 3 juillet 1784 (Mss. de la Bib. publique de 
Grenoble). 

BONNOT Jean-François. 

Jean-François Bonnot est né à Briançon, le 19 avril 176G. 
Il était le fils de Jean Bonnot, subdélégué de l'intendance, 
et de Magdeleine Brunetde l'Argentière. La famille Bonnot 
comptait dans son ascendance, comme nous l'avons dit ci- 
dessus, de nombreux notaires et procureurs, et dans sa 
parenté Gabriel Bonnot, secrétaire au Parlement, père de 
Mably, de Gondillac et d'un troisième fils qui fut grand pré- 
vôt de la maréchaussée de Lyon et qui avait donné J.-J. 
Rousseau pour précepteur à ses enfants. (Voir les Confes- 
sions), 

Jean-François Bonnot avait embrassé la cause delà Révo- 
lution. Il fut envoyé en qualité de député par sa ville 
natale à la fédération de 1790, et nommé maire de la ville 
l'année suivante. 

Le 7 février 1793, il fut nommé commissaire pour l'accé- 
lération de la levée des grenadiers pour renforcer l'armée ; 



- 49 - 

il fut appelé ensuite à faire partie de l'administration cen- 
trale du département. Un arrôté du 1*' Consul du 1" juin 
1800, le nomma juge au tribunal d'appel de Grenoble. Il 
représenta ensuite au Corps législatif le département des 
Hautes-Alpes par une décision du Sénat conservateur, en 
date du 6 germinal an vi, renouvelée le 17 février 1807. Il 
ne fit pas grand bruit au Corps législatif et n'eut qu'un 
rôle effacé pendant sa carrière législative. Elle prit fin en 
1811. Il fut alors nommé conseiller à la Cour de Grenoble, 
et délégué dès cette époque par la Cour pour installer le 
tribunal de Briançon. Il est mort le !•' septembre 1842. 

Son fils Gabriel Bonnot, qui se faisait appeler de Mahly, 
est mort colonel d'infanterie sans laisser de descendance. 

BOUGHIË Benoit. 

Jean-Jacques-Benoît Bouchié, fils de Jean Benoît et de 
Marie- Anne Chabas, est né à Briançon, le 9 décembre 1793. 

La carrière militaire était encore, en 1812, le point de mire 
de bien des ambitions et des espérances, au sein d'une 
jeunesse qui avait grandi au bruit des armes, au récit des 
hauts faits des armées françaises. 

A 19 ans, Benoît Bouchié entra à l'école militaire de 
Saint-Germain. Il en sortit moins d'un an après, en 1813, à 
la veille de nos désastres, avec le grade de lieutenant et 
rejoignit son régiment en Saxe. Il prit part à cette épou- 
vantable lutte, à Leipsick, de l'armée française contre les 
masses des troupes alliées renforcées sur le champ de 
bataille par la défection du corps auxiliaire Saxon et sa 
participation au combat contre ses alliés de tout à l'heure ; 
sinistres journées où périrent à la fois Télite de la jeunesse 
française, et le prestige de nos armes I Le jeune lieutenant 
tomba sur le champ de bataille, la jambe droite fracassée 
par un boulet. L'amputation fut opérée sur le champ dans 
un corps de garde, hôpital improvisé qui s'écroula à la fin 
de l'opération sous les coups de l'artillerie. 

Dans ce pêle-mêle sans nom d'acharnés combattants, de 
morts, de blessés, de mourants, rappelant les gigantesques 
chocs de nations sous Attila, le jeune oflicier, contre toute 

4 



- 50 - 

prévision, eut la vie sauve. Il dut son salut au sang-froid et 
au dévouement de son soldat-ordonnance, qui, le voituranfc 
mourant dans une brouette, gagna une rue moins encom- 
brée et le remit aux mains de deux dames Saxonnes qui 
s'offrirent à le recueillir, et à lui donner des soins. L'hospi- 
talité des deux nobles femmes fut douce et efficacement 
secourable au pauvre blessé qu'elles disputèrent à la mort. 
Ces soins généreux, la vigoureuse constitution de Bouchié, 
sa fermeté d'âme hâtèrent sa convalescence. 

Prisonnier des Russes, il put, après quelques mois de cap- 
tivité, regagner la France par Odessa et Marseille. 

Benoit Bouchié était grand, avait de beaux traits et sa 
mâle figure avait la distinction que donnent l'intelligence 
et l'énergie. Il se maria très jeune avec sa cousine, Mlle 
Cornélie Ghabas de Marseille, femme supérieure par l'ins- 
truction et l'élévation du caractère. Jeune et belle, possé- 
dant une riche dot, elle se prit à aimer et à vouloir pour 
époux le noble soldat mutilé. 

Benoît Bouchié, revenu à Briançon, y fut bientôt, sur sa 
demande, nommé officier comptable des vivres. Il avait 
été décoré de la Légion d'honneur pour sa conduite à 
Leipsick. 

Bouchié, la jambe de bois (telle fut la désignation par 
laquelle il fut distingué de ses frères à Briançon), ne tarda 
pas à acquérir, par l'ascendant de sa haute intelligence, 
par sa droiture, la fermeté de ses principes et de ses actions, 
une grande et légitime influence parmi ses compatriotes. 
Sa parole et ses conseils étaient d'une incontestable 
autorité. 

Chef du parti libéral dans le collège électoral d'Embrun- 
Briançon, il eut à lutter, pour garder intacte son indépen- 
dance personnelle, contre des tracasseries, sans cesse 
renouvelées par l'administration de la guerre, à laquelle il 
appartenait; mais habile à se défendre, protégé grande- 
ment par l'opinion publique qui, à chaque attaque dirigée 
contre lui, le défendait avec une vive énergie de protestation, 
il put braver les mauvais vouloirs, les attaques injustifiées 
et garder inviolable et pure sa foi politique. Il vit grandir 



— 51 - 

ainsi l'estime de ses compatriotes et celle même de ses 
adversaires. 

Membre du Conseil général pour le canton de Briançon, 
il était écouté au sein du conseil avec la plus flatteuse 
attention. Ses rapports étaient substantiels, clairs; les con- 
clusions en étaient toujours adoptées. 

Benoît Bouchié était généreux et hospitalier. Sa char- 
mante villa de Colaud, agrandie, embellie par cet homme 
de goût, né architecte et mathématicien, fut pendant plus 
de 20 années, le rendez-vous de la meilleure société de Brian- 
çon. M. Latour, président du tribunal, les colonels Ghapu- 
zet et Delphin, M. Victor Vincent, le D' Nunnia, etc., 
furent des hôtes toujours bien accueillis à Colaud. Dans sa 
nombreuse famille, Benoît Bouchié avait une influence 
souveraine et indiscutée. Ses frères, ses beaux-frères, 
avaient pour son jugement la plus grande déférence. 
Cette influence, Benoît Bouchié Texerça toujours pour le 
bien de tous. Son affectueux dévouement s'étendait sur 
ses neveux. Celui qui écrit ces lignes peut rendre, avec 
cordial et respectueux souvenir, ce témoignage au frère 
de sa mère. 

Benoît Bouchié est mort à Briançon, en juillet 1840. 

BOUSTIE Charles. 

Charles Boustie et non Boustier est né à Briançon dans 
la première moitié du xvii« siècle. Il était pasteur en Dau- 
phiné en 1648 et spécialement à Veynes. Avant d'exercer 
ces fonctions, il fut, selon toute probabilité, le précepteur 
des enfants de Jean de Revillasc à Veynes. Les Revillasc 
étaient co-seigneurs de Veynes, en même temps que les 
membres de la famille de Veynes et autres co-possesseurs 
de la seigneurie. La famille de Revillasc était fort nom- 
breuse et se divisa entre plusieurs branches. Les uns 
étaient catholiques, les autres avaient embrassé le parti de 
la Réforme. Girard de Revillasc était capitaine d'une com- 
pagnie de bandes corses (1615), et mérita la confiance 
d'Alphonse d'Ornano ; d'autre part, on trouve un André de 
Revillasc de Veynes, émigré probablement à la révocation 



- 52 - 

de redit de Nantes, au service de Frédéric !««•, roi de Prusse, 
en qualité de lieutenant général (Voir Haag, la France pro- 
testante; Gh. Weiss, Hist. des refuges protest.; Armoriai 
du Dauphiné^ de Rivoire de la Bâtie, etc.) 

C'est dans une des branches protestantes de la famille 
de Revillasc que Charles Boustie fut précepteur ; la dédi- 
cace de son livre dont nous donnons le titre l'indique clai- 
rement. 

Le Parlement de Grenoble rendit en 1670, contre Charles 
Boustie, un arrêt qui ordonnait « d'informer extraordinai- 
rement contre Charles Bouslier, pasteur à Veynes, qui, 
contrairement aux ordonnances de la Cour et sur la plainte 
du promoteur de l'Evêque, avait assisté à une assemblée 
publique en prières à Saint-André en Beauchêne, lorsque 
ces assemblées étaient défendues hors du lieu de la rési- 
dence du ministre. » (F. Arnaud, Hist, des protest, du 
Dauphinéy et Haag, France pro tes t. j 

Aucune autre circonstance de la vie de Gh. Boustie 
n'est connue. On ignore la date de son décès aussi bien que 
celle précise de sa naissance. 

Une indication de Guy-Allard a fait supposer qu'il avait 
existé deux pasteurs Boustie (il l'appelle à tort Boustier), 
Charles et François, mais de l'examen attentif des faits et 
des dates, il résulte la preuve qu'il n'y a eu qu'un seul pas- 
teur du nom de Boustie portant le prénom de Charles. 

BIBLIOGRAPHIE 

Dictionnaire étymologique, ou racines des plus beaux 
mots que la langue française a empruntez des autres qui 
sont originelles, par Charles Boustie. A Genève, Jean 
Hermann Widerhold, 1666, in-12, 12 f. n. chifï. +240 p. 

Après le titre « dédicace de l'auteur à Très noble (sic), 
Jean de Revillasc, seigneur majeur de Veyne, » datée de 
Veynes, ce 26 juin 1666; enfin au dernier feuillet n. chifï., 
un sonnet signé : G. D. R. (Charles de Revillasc)^ un des 
enfants de Jacques pour qui ce petit volume a été composé 
par Charles Boustie, leur précepteur. 



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BRAGHET Achille. 

Louis-Maurice- Achille - Simon - Jules Brachet est né à 
Briançon, le 13 février 1820; son père, Louis Brachet, natif 
de Mevouillon (Drôme), y était receveur de l'enregistre ment. 
Il avait parcouru une partie de sa carrière dans ces fonc- 
tions dans les Hautes-Alpes. Il avait débuté par le bureau 
d'Orpierre. Il avait épousé Marie Gorréard, sœur d'Alexan- 
dre Gorréard, ingénieur hydrographe, l'un des survivants 
de la Méduse et l'historien de ce naufrage, immortalisé par 
le pinceau de Tun des plus grands peintres français. 

Achille Brachet se fixa de bonne heure à Paris, où il a 
mené l'existence d'un homme de lettres, d'un savant; il 
était surtout physicien et opticien. 

BIBLIOGRAPHIE 

Gourt exposé du principe sur lequel reposent les meil- 
leurs microscopes dioptriques, composés, achromatiques, 
du professeur J.-B. Amici et du marquis de Panciatichi. 
Opuscule orné de i] diagrammes. In-S*», 1858. Ghez Tauteur, 
boulevard Montparnasse, VA. 

Grande restauration scientifique, philosophique, minéra- 
logique, l'*^ partie : De l'application de certains corps arti- 
ficiels produits par la synthèse chimique, soit au micros- 
cope solaire, soit au microscope dioptrique, composé 
achromatique vertical, d'après les récents résultats du pro- 
fesseur J.-B. Amici et de son noble ami le marquis de Pan- 
ciatichi, l'o livraison, in-8° avec 5 iig., 1859. 

Lettre adressée à M. Babinet, ou simples préliminaires 
sur la restauration du système aérostatique du lieutenant 
général Meusnier. In-8*», 1859. 

Lettre adressée à M. G. -A. Steinheil, à Munich, sur sa 
grande provocation de la restauration du télescope cata- 
diqptrique newtonien, et examen critique de l'emploi de 
cet instrument dans les observations des précisions. 
In.8o, 1858. 

Micrographie. Avertissement sur la seconde édition de 
la notice du meilleur microscope dioptrique composé 



— 54 - 

achromatique et vertical, du professeur J.-B. Amici. 1'© 
livraison. In-S®, 1857. 

Simples préliminaire sur le commentaire de la notice du 
meilleur microscope diaptrique composé achromatique, du 
professeur Amici. In-8°, 1856. 

Solution de l'éclairage électrique produit par les courants 
de la pile. In-8«, 1858. 

BRUNET Jean. 

Jean Brunet est né le 27 avril 1700, à Gervières, canton de 
Briançon; son acte de naissance (acte de baptême à cette 
époque) est conçu dans les termes suivants : 

« Le 27 avril, année courante (1700), j'ay baptisé Jean 
Gignoux Brunet, fils de Paul et de Marie Albertin, mariés. 
Le parrain a été Jean Albertin, fils Sébastien, et la maraine 
Anne Vincent ; le tout en présence des soussignés: Paul 
Gignoux, Jean Albertin, Glaude Albertin; Golaud, curé. » 

Il semble avéré par les termes de cet acte de l'état civil, 
que le vrai nom patronymique de l'enfant était Gignoux, 
car son père Paul Gignoux a signé l'acte et signe simple- 
ment Paul Gignoux, sans ajouter le nom de Brunet, qui 
n'était, sans doute, qu'un surnom usité dans le pays pour 
distinguer cette famille de ses homonymes. 

Quoi qu'il en soit, Jean Brunet délaissa le nom patrony- 
mique. Il authentiqua par la suite, par sa signature, le sur- 
nom de la famille. 

On n'a aucunes données sur l'enfance et la jeunesse de 
Jean Brunet. Ses parents étaient maquignons et marchands 
de fromages. Exerça-t-il la même profession ou fut-il mis 
à même, par sa famille, de recevoir une instruction supé- 
rieure à celle reçue alors dans son village natal ? Cette 
dernière hypothèse nous paraît admissible, étant donnée 
la diversité et l'étendue des connaissances dont témoignent 
ses écrits. 

M. Fanché-Prunelle constate quelque part dans ses com- 
munications à l'académie delphinale, l'aptitude des enfants 
de Gervières pour les mathématiques et la précocité de 
leur intelligence. 



— 55 — 

Dans ses mémoires historiques sur le BriançonnaiS) iné- 
dits (je possède l'original de cet écrit), Brunet donne quel- 
ques courtes indications sur les fonctions qu'il a exercées, 
sur les charges qui lui ont été confiées dans le Briançon- 
nais : 

« Gomme j'ay été témoin oculaire de la plus part des 
« expéditions faites dans les Alpes pendant cette dernière 
« guerre, et dans la confiance des généraux qui comman- 
« daient les armées, j'ay écrit des mémoires particuliers 
« purement militaires, qui traitent des camps, cols et pas- 
« sages, marches et manœuvres des troupes, tant pour l'of- 
« fensive que pour la défensive ; des subsistances, fours, 
« voitures, moulins et autres détails de guerre; et j'ay joint 
a à ces mémoires pour leur intelligence une carte exacte 
« de toute la frontière. 

« Au surplus, je n'ay employé à tous ces mémoires que 
a le tems que j'ay peu gagner sur mes occupations succes- 
« sives et souvent compliquées de Directeur des vivres de 
« Dauphiné, de Receveur des tailles, de Subdélégué de 
a M. l'Intendant pour le militaire, et dans celles de Gom- 
« missaire des guerres dont le Roy m'a gratiffié depuis la 
« fin de la campagne de 1746. » 

En disant qu'il avait été dans la confiance des généraux 
et commandants d'armée (de 1744 à 1749), Brunet, comme 
il arrive souvent, n'aventure pas, par l'impulsion d'un 
amour-propre exagéré, une allégation téméraire. Sa cor- 
respondance avec Bourcet, avec avec le maréchal de Mail- 
lebois et le maréchal de Belle-Ile confirme l'assertion de 
Brunet. J'ai fait don à la Bibliothèque de Grenoble de 
plusieurs lettres autograpiies de Bourcet, de Maillebois, du 
maréchal de Belle-Ile, lettres que je tenais de M. Richard de 
Pons, l'un des derniers descendants de Brunet. Ges lettres 
témoignent en effet de la grande confiance qui était accor- 
dée à Brunet. 1/opinion très favorable que témoigne cette 
correspondance sur les services rendus par Brunet était 
Justifiée par la rare intelligence de celui qui était regardé 
comme un agent secret de première ordre, pour l'étude 
préparatoire des desseins de l'ennemi, de ses forces dans la 



- 56 - 

région avoisinant la frontière, de ses mouvements, de ses 
approvisionnements etc., et aussi comme un négociateur 
prévoyant et habile au sein des habitants des montagnes 
pour s'assurer des ressources matérielles pour une guerre 
imminente ou d'avènement éventuel, mais prochain. Ces 
missions qui réclament une grande activité d'esprit, de la 
finesse, la connaissance des populations, de leurs intérêts, 
de leurs préjugés, des mobiles habituels de leur action 
collective, du fond à faire sur leur loyauté, ces missions 
pouvaient être confiées avec sécurité et certitude de l'ac- 
complissement le plus avantageux, à l'habileté hors ligne 
de Jean Brunet. 

C'est dans le mémoire de la guerre sur les frontières du 
Dauphiné et de la Savoie de Brunet, œuvre qui a été 
publiée en 1887 par M. Albert de Rochas, qu'on peut saisir 
à chaque page la révélation en son auteur d^un esprit 
alerte, pénétrant, de volonté ferme, passant à l'action après 
examen rapide mais sûr des faits et des dispositions d'es- 
prit chez les adversaires en présence. C'est le récit des 
dispositions prises par Brunet après le combat désastreux 
de l'Assiette (fin juillet 1747), pour l'évacuation des blessés 
d'Oulx à Briançon qu'il faut lire pour se faire une idée 
juste des aptitudes vraiment remarquables de cet homme, 
de sa merveilleuse activité, de sa clairvoyance et de son 
sang-froid dans les circonstances les plus émouvantes. Il 
termine ainsi le récit de l'évacuation opérée dans des con- 
ditions favorables inespérées, l'ennemi paraissant avoir eu 
peur, à ce moment, de sa victoire. 

« Le 22 juillet, dit Brunet, je me rendis d'Oulx à Brian- 
çon, passant par la coche; j'avais besoin d'un peu de repos, 
ayant resté plus de trois fois vingt-quatre heures sans dor- 
mir et dans un mouvement continuel. » 

On saisit, dans cette dure manière de gouverner son 
corps, le fond de solidité originaire du paysan de Cer- 
vières. 

Malgré les services rendus, et ils sont incontestables, 
Brunet qui avait été officiellement nommé le 12 juin 1747, 
commissaire des guerres, pour les services rendusantérieu- 



- 57 — 

rement, fut révoqué de ses fonctions le 27 mars 1749 par 
une lettre signée du roi (collection Eugène Ghaper.) 

Les causes de cette disgrâce nous sont inconnues, mais 
elles furent, sans aucun doute, avouables et de nature à 
n'entacher en rien la réputation deBrunet, au point de vue 
de la probité. Nous en avons en quelque sorte la preuve 
dans le fait d'une mission de haute confiance qui lui fut 
donnée contemporainement à sa disgrâce, par ses compa- 
triotes Briançonnais, qui le désignèrent ainsi que Jean 
Bonnot, subdélégué, pour opérer entre les communautés 
la répartition des deniers et denrées dus à la prévôté et 
chapitre d'Oulx, ensuite de l'emphytéose perpétuelle des 
dîmes du Briançonnais. Quelque censure des opérations 
de la guerre signalant la faute ou l'incapacité d'un général^ 
et sortie de la confidence intentionnelle de son auteur, fut 
peut-être l'origine d'une inimitié puissante et d'une mesure 
sévère et peut-être injuste. 

Voici Tappréciation émise sur Brunet par M. Albert de 
Rochas dans les quelques lignes d'introduction du Mémoire 
militaire de Brunet : 

« Il jouissait dans son pays d'une grande influence et 
était l'ami intime de M. de Bourcet; comme lui, il connais- 
sait parfaitement les Alpes et en avait étudié l'histoire. Pen- 
dant la guerre, il sut s'attirer l'estime et la confiance des 
généraux auprès desquels il servit ; en 1748, l'un d'eux, M. 
deMonteynard, aide maréchal des logis de l'armée, le choi- 
sit pour guide dans une reconnaissance des frontières de la 
Savoie, la première qui ait été faite avec quelque exacti- 
tude. » 

Brunet, rendu aux pacifiques fonctions de receveur des 
tailles, songea dès lors, k jouir de la vie suivant l'expres- 
sion vulgaire. Il avait acquis de la fortune. Il voulut avoir 
aussi honneurs et titres nobiliaires. Le fils des honnêtes ma- 
quignons de Gervières ne se contentait plus de l'honorable 
dénomination de Combourgeois briançonnais, Ge fut sur la 
terre de l'Argentière que se portèrent les vues ambitieuses 
de Jean Brunet. 

La famille de Philibert de Perdeyer qui était en posses- 



— 58 - 

sion de la terre de l'Argentière avait, sans doute, vers la 
seconde moitié du xviii® siècle, éprouvé des embarras d'ar- 
gent. Par acte de Revol, notaire à Grenoble, du 25 août 
1747, Messire Laurent de Philibert de Perdeyer, seigneur, 
baron de l'Argentière, Ravel, Roussas et autres places, 
résidant à Die, emprunte à Joseph Dandré, résidant à Vif, 
une somme de 1500 livres qui fut employée à Vachapt 
d'une compagnie dans le régiment de Monaco pour Noble 
Charles Daniel de Philibert de Perdeyer son fils. L'emprun- 
teur hypothéqua tous ses biens pour la sûreté du préteur. 
Le 30 janvier 1750, Brunet remboursa le sieur Dandré et 
fut subrogé à tous ses droits. Il devint ainsi le créancier de 
Laurent Philibert de Perdeyer ; c'était un acheminement à 
l'acquisition par Brunet de la terre de l'Argentière^ acqui- 
sition qui eut lieu cette même année 1750. 

Il fut, dès lors, à son grand contentement : M. Jean Bru- 
net, seigneur de l'Argentière. 

Hélas 1 Instabilité des choses humaines et imprévoyance ! 
Cette acquisition, par les événements qui suivirent et les 
approches de la Révolution française, par les fautes d'ad- 
ministration de son fils aine , héritier de la seigneurie , 
devint pour sa descendance, une cause de déperdition des 
principaux éléments de la fortune de la famille. 

Jean Brunet est mort le 7 octobre 1755, à Briançon, lais- 
sant plusieurs enfants, de son mariage avec Marguerite 
Richard, du Puy-St-Pierre, trois fils, dont l'aîné seigneur 
de l'Argentière, un second, religieux franciscain, le troi- 
sième fixé à Bruxelles et plusieurs filles mariées, l'une à 
Jean Bonnot, snbdélégué de l'intendance, la seconde au 
sieur Bouteille, médecin à Manosque, une troisième à 
Bonaventure de Pons, avocat du Roy, au baillage de 
Briançon. 

BIBLIOGRAPHIE 

Œuvres publiées. 

Recueil des actes, pièces et procédures concernant l'em- 
phytéose perpétuelle des dîmes du Briançonnais avec un 



- 51) — 

mémoire historique et criti(iue pour servir de préface, par 
M. Jean Brunet, seigneur de TArgentièrc. In-4", IT.Vi, l.VJ p. 

Les Compagnies Alpines en IT'iT. In-S«>, 1(1 p. (Publié 8. D. 
par M. Albert de Rochas.) 

Mémoire de la guerre sur les frontières du Dauphiné et 
de Savoie, de 1742 à 1747. Sô p. In-S», Paris 1887, h la direc- 
tion du Spectateur iniliinire (publié par M. Albert de 
Rochas.) 

Le Briançonnais en 17r)4.. Grenoble 1892, 39 p. In-8«, Gre- 
noble. (Extrait des mémoires historiques. Mss. ci-dessous 
mentionnés, publié par Paul Guillemin.) 

(Km:re inédite. 

Mémoires historiques sur le Briançonnais. (Jiiluvre de 
longue haleine (le mss. est en ma possession). Il comprend : 
1*^ Mémoires historiques proprement dits. 2" Dissertation 
historique et critique sur la généalogie des Dauphins de la 
première race. 

CAIRE Antoine, dit GAIRE-MORAND. 

Caire-Morand a occupé parmi ses contemporains Brian- 
çonnais aussi bien que dans le monde des orfèvres, l)ijou- 
tiers, glypticiens de son temps, une place considérable. Ses 
aptitudes extraordinaires pour l'art qui fut son unique 
aspiration, son génie fécond et novateur, son indomptable 
énergie pour avoir raison des difTicultés qui entravèrent sa 
carrière, son patriotisme briancjonnais qui ne sépara jamais 
Tessor de ses brillantes facultés de la volonté de leur con- 
sécration aux intérêts de son pays natal, tous ces éléments 
de distinction d'une personnalité éminente n'ont pu assu- 
rer à Caire-Morand ni le succès industriel ni la célébrité 
qu'il méritait. Antoine Farnaud, L.-E. Faure, Barthélémy 
Chaix, ses contemporains, ont à peine mentionné son nom 
dans leurs livres sur le Briançonnais. 

L'insuccès de Caire-Morand tint surtout à deux causes. 
Il choisit envers et contre tous les conseils éclairés, sa 
patrie, Briançon, comme siège de son industrie et le centre 
de ses travaux. Se mettre en dehors de la circulation des 



— 60 — 

idées et des choses de Tindustrie, était une faute au double 
point de vue du progrès de l'art et des affaires ; en second 
lieu, l'agitation politique qui précéda les premiers événe- 
ments de la Révolution française et les orages et déchire- 
ments sociaux qui suivirent, événements qui détournèrent 
les esprits des préoccupations littéraires et du penchant 
vers les œuvres d'art paralysèrent les efforts des artistes, 
dans toutes les branches de l'art. C'est sous l'effet de cette 
indifférence que Caire-Morand succomba. 

Antoine Caire est né à Briançon, le 27 juin 1747. Son 
père Alexis-Barthélémy Caire y était maître orfèvre-bijou- 
tier ; l'enfant trouva la révélation de sa vocation dans l'a- 
telier paternel. Elle fut chez lui ardente, exclusive. Intelli- 
gence affinée dans une certaine mesure par une initiation 
dès l'enfance bientôt élargie par l'étude et l'entraînement 
vers les hautes sphères de l'art, telles furent les premières 
conditions du développement artistique de ce Benvenuto 
Cellini, non de sa petite patrie briançonnaise seulement, 
mais de son siècle. Il n'y a rien d'exagéré dar^s un paral- 
lèle entre l'artiste Florentin, orefice e scultore massimo et 
Tartiste Briançonnais, si l'on fait la part du temps, des lieux, 
des circonstances. Caire-Morand, malgré les dispositions 
géniales les plus remarquables, ne put avoir le bienfait 
de la grande fécondation intellectuelle que trouva dans son 
temps, dans sa patrie, dans le milieu ambiant, son célè- 
bre antécesseur. 

Né à Florence dans les jours de l'épanouissement le plus 
magnifique de l'art depuis le siècle de Périclès, jours 
radieux où Ton eût oublié la faim et la soif devant la con- 
templation des oeuvres de Phidias, deMyron, de Polyclète, 
de Scopas, Benvenuto Cellini eut tout à souhait pour le 
développement de son génie, coudoyant chaque jour 
les grands maîtres de la peinture, de la statuaire, du des- 
sin, de l'architecture, s'inspirant de leur génie, fomentant 
le sien par la fréquentation de leurs œuvres, par la médita- 
tion de leurs vues sur l'art, par l'étude de leurs procédés, 
protégé, vanté, rente par les rois, les papes, les cardinaux 
et la grande féodalité italienne, il promena, dès ses premiers 



— 61 — 

travaux, le triomphe de ses succès dans sa patrie, la terre 
classique des arts, plus tard^ à l'étranger. On peut en dire 
presque autant des grands orfèvres, Jean et Dominique de 
Milan. 

L'émule de la fin du xviii" siècle, de ces grands artistes, 
qui eût pu les égaler peut-être, Caire-Morand, eut contre 
lui tous les obstacles, toutes les pierre d'achoppement d'une 
implacable malechance; condamné à l'existence en quelque 
sorte claustrale de sa résidence briançonnaise, sans agent de 
perfectionnement de son art autre que les conceptions d'un 
esprit d'intense vitalité et de grande largeur, ainsi que des 
souvenirs de voyages rapides en Italie, en Angleterre, en 
Espagne, il fut privé dans sa jeunesse du bienfait d'un 
milieu ambiant stimulant et agrandissant la pensée, lui 
assurant la direction et l'envergure, ainsi que de la vue quo- 
tidienne des œuvres des devanciers de génie. Qui peut dire 
jusqu'àquelle hauteur serait monté le lapidaire briançonnais 
favorisé par les circonstances ? 

11 faudrait plus que l'espace restreint réservé à une sim- 
ple esquisse biographique pour encadrer le récit de l'exis- 
tence et de l'œuvre de Caire-Morand. Cette tâche a été 
assumée et bien remplie par l'érudit auteur des plus inté- 
ressantes monographies historiques sur le Briançonnais, 
mon digne compatriote et ami, M. le D' Chabrand. 

Il a mis en lumière et en relief les phases diverses de la 
vie agitée du lapidaire briançonnais, ses généreux combats 
contre d'interminables difficultés^ les succès obtenus contre 
vents et marées et enfin la prédominance des causes d'ad- 
versité, forces majeures et inéluctables. M. l'abbé Guillau- 
me, le savant archiviste des Hautes-Alpes, a consacré aussi 
quelques pages à Cairc-Morand en introduction à une au- 
tobiographie de Morand qu'il a publiée. 

A 14 ans, Caire-Morand fut placé par son père dans un 
grand atelier à Turin ; trois ans plus tard, il fit quelques 
voyages comme nous l'avons dit. A 24 ans, le 17 août 1771, il 
se présenta à Ferney, muni d'une lettre de recommandation 
de M. le duc de la Rochefoucaud, son dévoué protecteur, 
avec l'espérance de graver le portrait de Voltaire. Il fut 



- 62 - 

bien accueilli. Le portrait en relief, en émail, fut trouvé 
ressemblant et très beau. « Il n'y a point de prince, lui dit 
Voltaire, qui ne doive employer vos talents. » 

Caire se rendit ensuite à Paris où il passa quelques 
années pour se rendre maître des procédés les plus délicats 
de son art, étude qu'il poursuivit à Birmingham, à Londres, 
à Barcelone. Il retourna à Briançon ; il rêvait d'y fonder 
un établissement où seraient utilisés pour la création 
d'œuvres d'art le cristal de roche de TOisans et du Brian- 
çonnais et les variolites de nos montagnes. 

Pour créer une telle industrie, il fallait des capitaux et 
l'efficace appui des pouvoirs publics; et dès cette époque 
(1777), commencèrent les tribulations. Les fonds n'affluèrent 
pas à l'appel du jeune lapidaire. On proclamait son immense 
talent, mais la confiance en l'industriel était mesurée 
à la jeunesse de Caire. En possession d'un modeste capital 
de 60.000 francs, muni d'une autorisation royale, il fonda à 
Sainte-Catherine-sous-Briançon sa fabrique de cristal de 
roche des Alpes. L'établissement fonctionna dès 1778; bientôt 
les objets d'art qui y furent fabriqués, lustres, candélabres, 
lampadaires et mille objets de fine ciselure, taillés à facettes 
se répandirent dans toute l'Europe, y fondèrent la réputa- 
tion de Caire-Morand et sont aujourd'hui encore fort re- 
cherchés des amateurs. 

On trouve dans Vlnventaire sommaire des archives des 
Hautes-Alpes, cette mention : « Arrêt du Conseil d'Etat qui 
autorise Caire-Morand à mettre sur la porte principale de 
son établissement une inscription portant ces mots : Manu- 
facture royale de bijouterie de cristal de roche; d'entretenir 
un suisse à la livrée^ et l'exempte du logement des gens de 
guerre, 28 décembre 1784. » 

Caire-Morand s'était concilié l'intérêt bienveillant de 
Pajot de Marcheval, intendant du Dauphiné, homme de 
bien et de haute intelligence qui dégagea le plus possible 
les errements de l'administration des liens de la routine. Il 
s'acquit aussi l'appui du ministre de Vergennes, Il obtint par 
leur moyen une subvention annuelle de 3.000 fr. de l'Etat. 

La plus grande difficulté qu'eut à surmonter Caire dans 



— 63 — 

l'établissement de sa fabrique fut le recrutement d'un per- 
sonnel d'ouvriers expérimentés. Il parvint à grand peine à 
en former un certain nombre. Dès lors, la manufacture de 
cristaux prit de l'extension surtout de 1784 à 1787. Elle 
acquit une grande et flatteuse notoriété. Ses produits furent 
recherchés et admirés. Elle renfermait quatre sortes de 
professions : les lapidaires dans le grand genre, les lapidai- 
res à facettes, les bijoutiers et les metteurs en œuvre. 
L^établissement fit face aux commandes les plus impor- 
tantes et les plus variées. 

Vinrent les approches, puis les jours orageux de la Révo- 
lution ; l'avenir de la manufacture fut dès lors sérieuse- 
ment menacé. Malgré l'appui du Lycée des arts de Paris, 
malgré les témoignages de l'Académie des sciences de 
Turin, les rapports les plus élogieux des inspecteurs géné- 
raux, des intendants du commerce, la création de Caire 
périclita. Les incessantes réquisitions de l'administration de 
la guerre pour les armées du Rhin, d'Italie, d'Egypte, en le 
privant de ses ouvriers les plus habiles furent le coup de 
grâce pour la manufacture qui vit ses ateliers déserts. 

Ainsi s'effondra à la fin du xviii® siècle cette industrie 
dans laquelle Caire-Morand avait mis toute l'activité de son 
intelligence, tout son cœur de patriote Briançonnais et les 
fonds de ses amis. Il succomba sous l'action de forces ma- 
jeures inéluctables. 

Caire-Morand se retira à Turin, où il passa les dernières 
années de sa vie. Il composa, à la prière de ses amis, un 
livre important : la Science des pierres précieuses. Cet 
écrit fut imprimé après sa mort par les soins de sa fille, 
IVfme Delpozzo. 

Le préfet Bonnaire dans' son mémoire sur la statistique 
du département des Hautes-Alpes (an ix), consacre quel- 
ques lignes aux travaux de Caire-Morand : 

« Manufacture de cristaux de roche, 

« Il existait, à Briançon, une manufacture de cristaux de 
roche, qui, avant la Révolution, était dans la plus grande 






- 64 - 

activité, mais dont les lois sur la réquisition et la cons- 
cription, ont opéré la ruine totale. 

« Rien n'était mieux entendu, ni plus digne d'encourage- 
ment, qu'un établissement où Ton employait, pour matière 
première, les cailloux des rochers environnants^ qu'on échan- 
geait ensuite, à force d'industrie, contre l'or des étrangers. 
Aussi vous ai-je adressé, citoyen Ministre, un mémoire en 
faveur du créateur de cet établissement, qui est prêt à 
réorganiser ses ateliers, pour peu que le gouvernement le 
seconde. Je le désire bien vivement, parce que cet exemple 
peut, aujourd'hui, produire les plus heureux effets, et que, 
d'une première impulsion, dépend peut-être la prospérité 
d'un pays jusqu'à présent si pauvre, si négligé, et qui n'a 
besoin que de savoir employer les matériaux que la nature 
a semés dans ses vallées, sur le sommet et dans les flancs 
de ses montagnes. » 

Suivant une mention du journal le Courrier des Alpes 
(18 août 1892), Caire-Morand serait décédé à Ste-Gatherine 
(sous Briançon), le 14 août 1812. C'est une erreur. Il est mort 
à Turin, vers 1825. 

BIBLIOGRAPHIE 

Mémoire historique de la manufacture de cristaux de 
roche, établie en 1778 à Briançon, sous les auspices du 
Gouvernement, par le G. Gaire-Morand, membre de plu- 
sieurs académies, fondateur de cet établissement. 32 p. in-S® 
s. d., ni nom d'imprimeur. (La date donnée par M. l'abbé 
Paul Guillaume est le t9 germinal an x.) 

Recherches sur Tas férié des ancieyis et remarques d'un 
caractère singulier que la taille a dévoilé dans un grenat, 
1809, par Gaire-Morand. Mémoire inséré dans le tome 16 de 
l'Académie des Sciences de Turin. 

La Science des pierres précieuses appliquée aux arts, par 
feu Antoine Caire. Paris, 1833 ( 2« édit.) in-8«, 423 p. et 16 
planches. 

A consulter : 
Antoine Gaire-Morand, fondateur de la manufacture de 



-65- 

cristal déroche de Briançon, par A. Ghabrand. Grenoble, 1874. 

Autobiographie de Gayre-Morand, publiée avec notes par 

M. Paul Guillaume, archiviste des Hautes- Alpes. Gap, 1883. 

OA.IRE Balthazard. 

Le commandant Balthazard Caire, frère du précédent, ne 
fut point un homme ordinaire. Son nom a eu et a gardé 
dans le Briançonnais une grande notoriété. Il s'est montré 
dans sa vie publique, dans sa carrière militaire surtout, con- 
cepteur rapide, et agissent à la suite sans temps d'arrêt. Il 
serait arrivé aux plus hauts grades sans des obstacles indé- 
pendants de sa volonté, les blessures par exemple, qui lui ont 
imposé, à plusieurs reprises, des cessations temporaires de 
service. 

Je dois à Textréme obligeance de mon jeune compatriote 
et ami, M. le commandant de cavalerie breveté Gaston 
Gendron, de précieux renseignements, pour les faits de 
guerre, sur Gaire, recherchés et recueillis à l'intention de 
ces notes biographiques. 

Balthazard Gaire est né à Briançon, le 11 janvier 1754. 
Son père, Alexis-Barthélémy Gaire, était orfèvre et avait en 
même temps une fonction publique, celle de Salpôtrier, dont 
il est difficile aujourd'hui de fixer l'importance. Sa nomina- 
tion est du 6 juin 1779. Balthazard Gaire embrassa la pro- 
fession de son père, et avant d'être son associé, il fut son 
apprenti et son employé en sous-ordre. 

J'ai entendu dire souvent que les cabaretiers seraient 
forcés de vendre leur vin avec perte, s'ils ne trompaient le 
fisc sur les quantités et les qualités de leurs liquides ; il en 
était de même jadis, parait-il, en France pour la bijouterie, 
l'orfèvrerie et particulièrement l'horlogerie sur la frontière 
de l'Est, la Suisse romande fabriquant à bas prix et écoulant 
ses produits par des contrebandiers itinérants^ fort habiles. 
Pour que les horlogers et orfèvres de la Franche-Gomté, du 
Lyonnais, du Dauphiné, de la Provence pussent trouver un 
gain quelconque dans ce commerce, il fallait qu'il fut 
alimenté par cette même marchandise étrangère obtenue à 
bien moindre frais. Il fallait, en d'autres termes, en venir 

5 



- 66 - 

à Texercice, par son action personnelle ou par celle d'alïi- 
dés, de la contrebande. Le jeune Caire, par dévouement à 
sa famille, par l'amour des aventures qui trouve en ce 
métier ample satisfaction, par nécessité peut-être, se fit 
contrebandier. Mais quel contrebandier hors ligne ! Quel 
artiste incomparable dans les tours joués aux brigades de 
la douane , dans les ruses, dans les stratagèmes, toujours 
variés, toujours inattendus dans le camp ennemi !! Caire eût 
pu écrire sur Tart de la contrebande, un traité aussi savant 
que ceux de Frontin et de Végèce sur l'art et les stratagè- 
mes de guerre, plus intéressant peut-être que ceux de ces 
vieux auteurs. Clémence Lalire (lisez : Alexandre Crépu ou 
Louise Gagnière) a raconté dans les feuilletons du journal 
le Patriote des Alpes, de 1842 à 1844, les hauts faits de con- 
trebande de Balthazard Caire. Ces récits, vrais au fond, 
quoique ornementés peut-être, quant à la forme, sont fort 
intéressants et il est à regretter que le Plutarque de ce 
grand homme de la contrebande n'ait pas fait un livre de 
ces récits hachés par les coupures habituelles du jour- 
nalisme dans le feuilleton. 

Mais si l'odyssée du contrebandier présentait des côtés 
attachants par le déploiement des infinies ressources d'un 
esprit fin et délié, il n'était pas sans dangers ; Tancienne 
législation était, à l'encontre des délits de contrebande, 
dure à l'excès, cruelle même, offensante dès lors pour la 
conscience publique dans un temps de modération et de 
douceur relative des mœurs. Les pouvoirs publics avaient 
voulu la refréner à tout prix. Des tribunaux d'exception 
furent établis et notamment à Valence, pour appliquer une 
législation rigoureuse jusqu'à la barbarie. 

« Le plus récent et le plus redouté de nos tribunaux, dit 
Delacroix dans sa statistique de la Drôme », fut cette 
fameuse Commission extraordinaire du Conseil, établie en 
1733. Elle était chargée de connaître de tous les délits de 
contrebande ; elle avait pour ressort toutes les provinces 
méridionales, et Valence ne fut que trop souvent le théâtre 
des exécutions sanglantes qu'elle ordonna pour de simples 
infractions aux règlements sur le sel et la gabelle. Elle fut 



- 67 - 

supprimée par arrêt du Conseil du 30 septembre 1789. (Test 
elle qui nous a laissé ces prisons neuves qui servent main- 
tenant de maison d'arrêt et de justice. C'est en vertu d'un 
arrêt de cette commission, en date du 24 mai 1755, que 
Mandrin mourut sur un échafaud, à Valence. » 

Il a été dit que, vers 1780 ou 1787, Caire avait été con- 
damné aux galères par ce tribunal inexorable. C'est du 
moins ce qui résulte d'une note à moi remise dans le temps, 
par M. Eugène Ghaper et qui semble être un fragment de 
lettre missive. 

Elle est conçue en ces termes : 

« L'orfèvre de Briançon est en fuite et condamné aux 
« galères. Le sieur Sibaud ne peut-il profiter de cet événe- 
« ment pour se faire recevoir (Salpêtrier sans doute, ou 
« capitaine de la milice mobile, postes occupés par lîaltha- 
« zard Caire) sur un nouveau mémoire, auquel M. le Sub- 
« délégué ne serait pas contraire ? » 

Quelles furent les suites de cette condamnation dont la 
date semble devoir être fixée en 1787 ? Elles n'eurent sans 
doute rien de funeste pour Caire. Le tribunal exceptionnel 
de Valence tomba sous la réprobation publique et ses déci- 
sions, aux approches de la Révolution, furent sans doute 
de fait, inexécutées. 

La carrière militaire de Caire révèle un soldat vaillant, 
un officier très intelligent, prompt à envisager les difficul- 
tés, toujours prêt à les attaquer de front avec audace ou à 
les tourner avec habileté. 

En 1775, à 21 ans, il était capitaine de la milice mobile de 
Briançon, emploi qui se conciliait du reste avec les habitu- 
des, les errements et les occupations de la vie civile. Il 
conserva ce grade jusqu'au 8 novembre 1789. A cette époque, 
il devint adjudant-major de la garde nationale de Briançon, 
fonctions qu'il exerça jusqu'au l®*" juin 1791. 

Nommé lieutenant des guides de l'armée des Alpes, le 
22 septembre 1792, il était capitaine le 25 avril suivant et 
chef de bataillon le 16 mai 1794, toujours dans le même 
corps. Dans ce service où les guides presque tous Hauts- 
Alpins, déployèrent une vigueur à toute épreuve dans les 



- 68 — 

ascensions et accomplirent toutes les prouesses dont nous 
rendent témoins, à ce jour, les chasseurs Alpins, Caire, 
Tancien contrebandier, connaissant admirablement tous les 
cols, tous les sentiers, les distances, les gens, le langage, 
lesressourccs du pays, fut un chef d'avant-garde hors ligne. 
un éclaireur sans égal. Il accomplit, le 4 prairial an ii, une 
reconnaissance dangereuse dans la vallée de Luzerne et 
fut blessé à la tète, d'un éclat d'obus. 

A l'enlèvement du pont de Salbertrand où il montra son 
intrépidité ordinaire, il fut blessé à la cuisse gauche. 

Dans deux autres affaires, la conduite de Caire fut bril- 
lante. Il s'empara du fort deMirabouc, le 9 mai, qu'il assail- 
lit avec son bataillon comt)osé de Briançonnais, avec tant 
d'impétuosité que la garnison commandée par le major 
Mesmer, n'opposa qu'une faible résistance et prit la fuite. 
Caire fut encore signalé pour sa belle conduite, devant la 
redoute de Malperthuis. 

Bonaparte voulut emmener Caire en Egypte ; mais celui-ci 
fît la sourde oreille aux propositions qui lui furent faites, et 
allégua sans doute les atteintes portées à sa santé par les 
blessures graves reçues ; peut-être estimait-il aussi que 
ses services avaient été mis en oubli. Bref, il ne partit pas. 
Un de ses homonymes, sorti des guides comme lui, Ambroise 
Caire, suivit Bonaparte en Egypte ; il y trouva des grades et 
des honneurs. 

Bonaparte était doué , comme on sait, d'une mémoire 
marmoréenne. Il était, ses plus fervents admirateurs n'ont 
pu en disconvenir, haineux et rancunier. Tout avancement, 
malgré ses brillants états de services, fut refusé à Baltha- 
zard Caire. Il fut relégué dans le commandement des places, 
à Arles, à Péronne, à Graves, à Heusdem (Hollande). Il fut, 
dans ces divers postes, un commandant de place énergique, 
vivant dans les meilleurs termes avec ses camarades de 
l'armée et les fonctionnaires civils. Pendant son comman- 
dement d'Arles, il réprima vigoureusement et fît cesser le 
brigandage dans les environs d'Aix. 

Si Bonaparte demeura jusqu'au bout malveillant envers 
cet oiiicier supérieur signalé par tous les généraux, ses 



— 69 - 

chefs directs, pour son intelligence, pour Taccomplissement 
strict de ses devoirs, pour son intrépidité, Balthazard Caire 
gardait de son côté à l'empereur, en son cœur de monta- 
gnard, une haine inextinguible. Il salua avec joie Tavène- 
ment des Bourbons. Il fut nommé le 12 octobre 1814, au 
commandement du fort Barraux. 

Ici s'emplace Tun des faits les plus remarquables de la 
carrière militaire de Caire. Au retour de l'île d'Elbe, il 
refusa de servir le gouvernement impérial et dut céder le 
commandement du fort Barraux à un nouveau titulaire. 
Mais après la bataille de Vaterloo et à l'annonce de la mar- 
che des alliés vers le sud-est, il rentra presque de force 
dans le fort, y proclama de nouveau Louis XVIII, et du 
consentement de la garnison reprit le commandement du 
fort. Il prit la patriotique résolution de le défendre contre 
les alliés, afin de conserver à la France le matériel en artil- 
lerie, armes et munitions qu'il renfermait. Cette résolution, 
il l'accomplit avec son intelligence et sa bravoure accou- 
tumées. 

Il présenta au Roi, le 15 août, au nom de sa garnison, 
l'adresse suivante : « Sire, la garnison du fort Barraux, 
« cernée depuis six semaines par des troupes étrangères, 
« privée de toute communication avec les autorités militai- 
« res supérieures, et comprimée d'ailleurs, par la présence 
« d'un chef, dont l'aveugle obstination la tenait dans une 
« ignorance absolue, n'a pu jusqu'à présent faire parvenir 
« sa soumission à son souverain légitime : Aujourd'hui, 
« éclairée par l'arrivée de nouveaux chefs sur ses devoirs 
« et sur les vrais intérêts de la patrie, elle s'empresse, Sire, 
« de se mettre à la discrétion de V. M., en s'engageant à 
« n'obéir qu'à ses ordres, et à défendre de tous ses moyens, 
« la place dont la garde lui est confiée. » (Biographie des 
hommes vivants, v° Caire.) 

Le 16 juin 1816, Caire fut nommé commandant supérieur 
à Sisteron et le 6 octobre de la même année, mis à la 
retraite après 35 ans de service dont 22 dans le grade de 
chef de bataillon, 12 campagnes, 3 blessures. Le 6 septem- 
bre précédent, le général Marchand, écrivait ce témoi- 



— 70 - 

gnage : « Je pense qu'il est impossible d'avoir un meilleur 
commandant de place que M. le chef de bataillon Caire. » 
Le 11 du même mois de septembre, Caire reçut le grade 
honoraire de lieutenant-colonel sous le nom de Caire de 
Faugère. 

Ainsi l'ancien contrebandier^ le condamné de Valence, un 
fils du Briançonnais, ce pays d'une séculaire égalité, eut la 
singulière faiblesse de se faire affubler d'une qualification 
nobiliaire. Ce ridicule n'efface nullement le mérite de 
Caire et ne doit pas faire oublier les services rendus. 

Peut-être subit-iL en cette circonstance, l'influence et les 
désirs de sa femme. Il s'était marié le 24 avril 1797, à Gratz 
(en Styrie), avec Thérèse-Josèphe de Sizak, fille de Emerik 
de Sizak, général, auditeur de l'Empire. 

Caire est décédé à Grenoble, le \" mai 1843, à l'âge de 
89 ans. 

CAIRE Jean-Axnbroise. 

Jean-Ambroise Caire est né à Briançon, le 16 janvier 
1770. Il entra dans Tune des compagnies des guides à pied 
des Alpes. Il fit toutes les campagnes d'Italie. Il se distingua 
dans la campagne d'Egypte et ensuite dans les chasseurs 
de la garde impériale. Promu au grade de lieutenant- 
colonel, il fut nommé commandant du prytanée de la Flè- 
che. Il occupait ce poste important dès 1807. Mis k la retraite, 
il est resté à la Flèche, où il est mort en 1822. 

(Voir Victoires et conquêtes, t. 25, p. 76 des tables du 
temple de la gloire.) 

GARLHIAN Simon (Fabbé). 

Simon Carlhian est ne le 28 septembre 1758, à Fonte hris- 
tiane, commune de Briançon. Entré dans les Ordres, il 
devint professeur de belles lettres au collège de Grenoble, 
jusqu'en 1792. A cette époque il fut précepteur dans une 
famille. 

A la création de TEcole Centrale de Gap^ qui fut inaugurée 
le 21 décembre 1796^ l'abbé Simon Carlhian y devint profes- 
seur (le langues anciennes et occupa ce poste jusqu'à la 



— 71 — 

suppression des écoles centrales (loi du 11 florial an x ). Il 
fut ensuite nommé curé de la paroisse de Ghorges, le 
17 frimaire, an xi. 

L'abbé Garlhian était de ces hommes qui caressent volon- 
tiers le pouvoir et qui en espèrent toujours leur élévation; 
étant donnée Texiguité relative de ses ressources, on ne peut 
expliquer que de cette manière l'importance de sa souscrip- 
tion pour l'obélisque du Mont-Genèvre, qui fut de 1.200 fr. 
Aucune souscription particulière n'approcha de ce chiffre. 
Cet acte de civisme comme on dénommait alors radmirntion 
publiquement exprimée pour Bonaparte, n'apporta aucun 
changement dans la situation du curé de Ghorges. Ge fut, 
suivant l'expression vulgaire, un coup d'épce dans l'eau. 

Peut-être eut-il de la rancune de cette indifférence, car 
à la Restauration, il adressa au comte d'Artois, une pro- 
fession de foi, dans laquelle (acte de basse flagornerie), les 
Bourbons étaient élevés jusqu'aux nues. Gette fervente 
soumission à l'ordre de choses nouveau, passa sans doute 
inaperçue, car l'abbé Garlhian resta cure de Ghorges. Il 
n'obtint pas sous le gouvernement de la Restauration non 
plus que sous celui de Juillet, l'évêché des Hautes-Alpes, 
objet de son ardente ambition. Il fit, parait-il, comme solli- 
citeur, un voyage à Paris, accompagné de M. Souchon, 
maire de Ghorges. L'insuccès de ces démarches, le jeta 
dans une noire mélancolie. Il se retira à N.-D. du Laus, 
sans résigner sa cure. G'est là qu'il est mort le 31 décem- 
bre 1837. 

BIBLIOGRAPHIE 

Le Pasteur des Alpes^ réflexion sur l'enseignement reli- 
gieux et sur l'excellence de la foi, suivies du portrait du 
bon pasteur, par M. Garlhian, curé à Ghorges, diocèse de 
Digne» Gap, imprimerie J.-B. Genoux, in-S*», 1808, 72 p. 

Discours dédié à Son Altesse Royale, Monsieur, frère du 
roi, par M. Garlhian, curé à Ghorges, ïnA° 7 p. Grenoble, 
Baratier, imprimeur. 

Discours prononcé à la fête de l'Assomption, (iap, 15 août 
1808, in-12. 



— 72 — 

GASTAIGNE Charles -Gustave (général). 

Le général Gastaigne est né à Briançon, le 28 mai 1826 ; 
il n'appartient pas à une famille briançonnaise. Son père, 
Jean-Emmanuel Gastaigne, capitaine au 42« régiment de 
ligne, était au jour de la naissance de son fils, en garnison 
à Briançon. 

Le jeune Gastaigne, élève de l'Ecole militaire, fut promu 
en octobre 1846 au grade de sous-lieutenant. Son avance- 
ment dans la carrière militaire a été dû à des services dis- 
tingués (campagnes de Rome, en 1849; en Afrique, 1850 et 
1854; en Orient, 1855; en Afrique, 1865 et 1868; guerre 
d'Allemagne, 1870-71.) Il fut promu au grade de général le 
5 mai 1885, et nommé plus tard commandeur de la Légion 
d'honneur. Il a été admis à la retraite, le 26 mai 1888. 

Le général Gastaigne a fixé sa résidence à Ghatellerault 
(Vienne.) 

GHABAS Vincent. 

Vincent Ghabas, fils de Joseph et de Marie Gombe, est né 
à Reguignié, le 22 octobre 1777.11 entra au service militaire 
dès l'âge de 19 ans. Il fut remarqué par ses chefs pour son 
intelligence et sa bravoure. Au siège de Sarragosse où il se 
distingua, il fut gravement blessé. Gapitaine au 64« de 
ligne, il fut cité à l'ordre du jour dans une sortie contre les 
Anglais pendant le blocus de Rayonne. Il eut le bras droit 
fracassé et dut subir l'amputation de ce membre. 

Rentré dans ses foyers et pensionné, il se maria avec 
M"« Marie Ferrus et s'établit à Reguignié dans la maison 
paternelle. Il fut bientôt à la tète d'une jeune famille et dut 
songer à augmenter ses ressources matérielles. Il quitta 
Briançon et alla se fixer à Ghâlon-sur-Saône, où il avait 
obtenu le poste d'agent général d'assurances. Le vaillant 
soldat mutilé apprit à écrire de la main gauche et devint 
un directeur habile, un comptable émérite dans son admi- 
nistration. 

Ghabas le manc/iot, c'est ainsi qu'on l'appelait depuis la 
perte de son bras, eut droit, pour sa probité, sa bonté. 



— 73 — 

son dévouement à ses amis, pour son patriotisme , à la 
plus haute estime. Elle lui fut acquise dans le Briançon- 
nais, ainsi que dans la ville de sa dernière résidence où 
il mourut en 1849. 

Il avait donné tous ses soins à l'éducation de ses enfants. 
L'aîné de ses fils, François, est le célèbre égyptologue 
ayant conquis une des premières places dans le monde 
savant ; le second, Frédéric, brillant élève de l'Ecole Poly- 
technique, est devenu inspecteur général des Ponts-et- 

chaussées. 

GHABAS François. 

François Ghabas, né le 2 janvier 1817, à Reyguigné 
(hameau de Briançon), était fils de Vincent Ghabas, le va- 
leureux manchot, et de Marie Ferrus. Il passa les premiè- 
res années de son enfance à Heguignié. Les souvenirs de 
cette période de sa vie étaient restés en sa mémoire très 
vivants et pleins de fraîcheur. Il m'a dit souvent que 
Timage du clair ruisseau qui passait devant la maison pa- 
ternelle hantait souvent sa pensée. 

« Je me rappelle fort bien, m'écrivait-il le 24 avril 1870, 
la maison de M. Albert située en face de la nôtre de Regui- 
gnié. J'ai quitté le pays natal à 6 ans, mais j'étais déjà si 
vivement impressionné par la grandeur de nos montagnes, 
que seul, sans le moindre indicateur, j'ai pu me rendre de 
Briançon à Fortville et retrouver le toit paternel, les petits 
domaines de la Gombe, de Reboul et du bord de la Durance 
après une absence de 25 ans. » 

Vincent Ghabas, n'ayant pour toute fortune que sa pen- 
sion de retraite de capitaine, dut songer, en face de l'aug- 
mentation de sa jeune famille, à se créer d'autres ressour- 
ces. Il rechercha, comme nous l'avons dit, une occupation 
quelque peu lucrative et la trouva dans un poste d'agent 
général d'assurances à Ghâlon-sur-Saône. 

Là se continua l'éducation des enfants. Il y avait trois 
garçons et une fille; leur père se préoccupa de bonne heure 
de leur avenir. Ses fils révélaient des aptitudes remarqua- 
bles et de rares énergies d'esprit et de volonté. Dans leurs 



— 74 — 

premières études, leurs progrès allaient au delà des espé- 
rances de leurs parents et néanmoins malgré la presque 
certitude de leurs futurs succès dans les sciences et 
dans les lettres, Vincent Ghabas, esprit positif et judicieux, 
adorant ses enfant, voulut leur assurer, dans les limites du 
possible, toutes les chances favorables dans les carrières 
qu'ils devaient parcourir, carrières qui n'eussent point été 
celles de leur libre choix, mais qui furent celles fixées par 
la prudence et la sagesse paternelles. 

Le beau-frère du capitaine Ghabas, François Ferrus, 
briançonnais comme lui, avait fondé à Nantes une impor- 
tante maison de commerce. Ghabas y fît admettre succes- 
sivement deux de ses fils, François, l'aîné, et le plus jeune, 
Oscar. Le puîné, Frédéric, se préparait avec toutes chances 
de succès aux examens de TEcole polytechnique. 

François Ghabas devint donc commerçant dans une ville 
de grand commerce. Ge fut sans doute un crève-cœur pour 
lui d'abandonner ou d'ajourner des études qui lui étaient- 
chères malgré le caractère général et presque primaire de 
ses travaux d'alors. Déjà s'était manifestée une des facul- 
tés de sa riche organisation. G'était une aptitude merveil- 
leuse à s'approprier rapidement et sûrement les langues 
étrangères. Il était, en quelque sorte, né polyglotte. L'ex- 
trême modestie de Ghabas le rendait très sobre de détails 
sur ses études, mais je tiens de son entourage plus disposé 
aux communications familières, de M™*' et M"»** Ghabas, 
mes aimables parentes, qu^à 19 ans, François Ghabas, outre 
l'anglais, l'italien, l'espagnol, le portugais, langues qui 
trouvaient leur emploi dans les relations commerciales de 
la maison Ferrus, possédait déjà des notions d'hébreu qui 
furent étendues et complétées plus tard. Il savait le latin et 
le grec. Plus tard encore, et pour les besoins de ses commu- 
nications avec les égyptologues d'Outre-Rhin, il apprit Talle- 
mand. La langue Copte lui coûta une longue et pénible appli- 
cation; mais il fut l'érudit moderne le plus complètement en 
possession de cette langue morte ou qui n'avait plus cours 
que dans certains offices religieux. Ge lui fut un auxiliaire 
puissant dans ses travaux. G'était donc, muni d'instru- 



— to — 

ments admirables pour les travaux intellectuels, que le 
jeune commerçant devait un jour, une fois sa fortune faite, 
entrer dans l'arène largement ouverte de la science mo- 
derne. L'histoire et l'archéologie y représentaient ses préfé- 
rences. 

Le célèbre auteur des Templiers et du Lexique roman avait 
à un moment donné, ajourné la gloire pour s'assurer, par 
un travail industriel, l'aisance et par suite l'indépendance. 
Un de ses amis lui reprochait cet abandon du labeur litté- 
raire. « Je suis un philosophe, répondit Kaynouard, et je 
n'ai besoin que de la besace et du manteau. Encore faut-il 
que la besace soit pleine et que le manteau soit propre. » 
(Mignet, notices historiques). 

Telles durent être les réflexions de François Chabas à 
Nantes. Il sut, lui aussi, résister avec courage au penchant 
qui l'entraînait avec force vers des études de son libre 
choix. Dans le temps qu'il y passa, il acquit une for- 
tune qui lui assurait l'aisance. Son ambition à cet égard, 
n'allait pas plus loin. Assoiffé de culture intellectuelle, il 
se retira à Chalon-sur-Saône, la ville qu'il aimait, où 
avait vécu sa famille, la ville qu'il devait remplir un jour 
de sa renommée. En dehors de son labeur scientifique, il 
devait un jour consacrer à cette patrie adoptive, à ses 
intérêts moraux et matériels l'action d'un esprit prévoyant 
et l'expérience d'un commerçant éclairé. Chabas se maria 
et vécut là d'une heureuse existence de famille jusqu'au 
jour où la mort lui ravit à quelques années d'intervalle 
deux filles charmantes. Le chagrin dès lors altéra sa santé. 

Quelques articles de la Revue Archéologique étant tom- 
bés sous ses yeux, l'attention de Chabas fut surtout exci- 
tée par des articles sur l'égyptologie de MM. de Rougé et 
Prisse d' Avenue. Tout autre que cet esprit ferme, altier et 
opiniâtre eût hésité devant les difficultés dont l'étude des 
hiéroglyphes est hérissée. Mais ces difficultés elles-mêmes 
furent sans doute un motif déterminant pour Chabas dans 
le choix de la branche des connaissances humaines dans 
laquelle il tenterait de spécialiser ses études. 

Il y avait là un champ immense de découvertes.. Cham- 



-76- 

pollion avait ouvert la voie et déblayé le terrain des pre- 
miers affleurements. A ses successeurs à traduire les textes 
déjà découverts, mais non expliqués ainsi que ceux que 
les fouilles incessantes des explorateurs arracheraient au 
sol de la vieille Egypte. Ghabas se jeta à corps perdu dans 
ce labeur. 

L'égyptologie est une science fermée. La clef est dans les 
mains de quelques rares adeptes. Ghabas le disait lui- 
même : « Je travaille énormément, souvent jusqu'à la fati- 
gue. J'imprime beaucoup de choses en France et à l'étran- 
ger, mais je ne sors guère des discussions techniques; 
aussi mes livres ne sont accessibles qu'aux initiés àl'égyp- 
tologie pour qui je les écris spécialement. » (Lettre d'avril 
1870.) 

A l'un de ces rares adeptes de la science des hyérogli- 
phes appartiendrait le droit de dire, avec compétence, les 
travaux et les découvertes de Ghabas. Toute appréciation 
personnelle de ses œuvres m'est donc^ de piano, interdite. 
Mais il ne peut être défendu de faire entrevoir par le 
témoignage des plus réputés égyptologues de ce temps, la 
glorieuse carrière de Ghabas. Je dis glorieuse et pourtant 
je hais les superlatifs. Mais ce qualificatif émane de 
savants de premier ordre, des D*" Lepsius (de Berlin), des 
Brugsch, des Naville, des Birch, etc. ; par eux il fut 
proclamé, à la fin de sa carrière, le grand Egyptologue, 
primus inter pares, 

A ces témoignages, il faut ajouter ceux de M. Eugène 
Revillout, conservateur du musée Egyptien du Louvre, de 
M. Emile Guimet, le fondateur du splendide musée orien- 
tal qui porte son nom, de M. A. Ghevrier, etc. 

« A des hommages privés, je préfère, dit le Baron Tex- 
tor de Ravisi, dans son excellente Notice nécrologique sur 
François Chabas (1882), quelle que soit leur haute valeur, 
rappeler, ici, entre autres, ceux des hommages collectifs 
et publics qui lui ont été rendus par les Gongrès inter- 
nationaux et nationaux des Orientalistes (1873 et 1874, 
1876 et 1878), auxquels le mauvais état de sa santé l'avait 
empêché d'assister. 



— 77 — 

iM. Félix Robiou, dans le savant rapport sur Les Progrés 
de VEgyptologie depuis 1861, qu'il a présenté au Congrès 
international de Paris, cite constamment, comme faisant 
autorité, les nombreux et importants travaux de François 
Ghabas, à côté de ceux des égyptologues français et étran- 
gers qui ont traité des sujets analogues ou les mômes 
sujets que lui. 

« Outre la valeur personnelle de M. Félix Robiou, ce rap- 
port technique emprunte une importance précieuse dans 
l'approbation de M. Maspero et dans les suffrages unani- 
mes du Congrès. M. Félix Robiou, en efTet, avec la modestie 
qu'on lui connaît, a tenu à mentionner que « pour réunir 
les éléments bibliographiques de son travail, il avait mis 
à profit Tobligeance de M. Maspero, son ancien collègue à 
FËcole des hautes études et aujourd'hui successeur de 
M. de Rougé au collège de France. » L'Assemblée, de soncôté^ 
a exprimé chaleureusement ses unanimes regrets que le 
savant orientaliste de Chalon-sur-Saône n'eût pu apporter 
lui-même au Congrès de Paris le poids de sa parole auto- 
risée. 

« Notre pays, est-il dit au procès-verbal de la séance, 
« s'enorgueillit à bon droit d'un égyptologue, qui, du fond 
« de sa province, a conquis, par ses éminentes aptitudes 
« philologiques, par cette divination qui est indispensable à 
« ceux qui cherchent à restituer des langues et des litté- 
« ratures perdues, une place hors ligne parmi les premiers 
« archéologues de notre époque. (Applaudissements.) » 

< Autre hommage international rendu à François Chabas 
par ses pairs : 

« La nécessité d'une édition complète du Livre des Morts 
était un des desiderata des savants qui s'occupent de l'an- 
cienne Egypte ; c'est, en effet, le livre le plus considérable 
de la littérature sacrée. Le Congrès international des 
Orientalistes (Londres) s'en est occupé. Un comité interna- 
tional a été nommé, chargé de poursuivre l'œuvre de la 
publication d'une grande édition de ce livre : Birch, pour 
l'Angleterre ; Chabas, pour la France ; Lbpsius^ pour l'Al- 
lemagne, et Navillb, pour la Suisse. 



- 78 - 

« MM. Birch, Lepsius, Ebers, Brugsch, Lieblein, etc., etc., 
exprimèrent hautement leurs regrets de ne pas saluer le 
grand maître français, que l'état de sa santé avait empêché 
de se réunir à eux. 

« Les hommages rendus à François Ghabas par les Con- 
grès provinciaux des Orientalistes français, au grand ègyp- 
tologue provincial, n'ont pas été moins solennels que ceux 
des Congrès internationaux. 

« Il a été, si je puis parler ainsi, Vâme de notre Congrès 
de Saint-Etienne, Sans l'assurance formelle qu'il m'avait 
donnée de sa collaboration effective, je n'eusse certaine- 
ment pas fait figurer les études égyptologiques au pro- 
gramme. Mais il me restera toujours, comme à vous, 
Messieurs et chers Collègues, le profond et légitime regret 
pour l'honneur de notre Congrès, que le maître des maîtres 
n'eût voulu consentir qu'à en être l'assesseur et non le pré- 
sident, « afin de conserver plus de liberté pour parler et 
pour enseigner. » 

« Aux Congrès de Marseille et de Lyon, M. Edouard 
Naville, le savant égyptologue suisse, s'est rendu l'inter- 
prète « des amis nombreux et dévoués du doyen des égyp- 
tologues de France, du savant illustre qui est certainement 
Tun de nos maîtres à tous, en exprimant les regrets de 
l'assemblée de ne pas voir François Ghabas occuper le fau- 
teuil de la présidence, retenu qu'il était par la maladie qui 
l'empêchait de se rendre au Congrès. «(1). 

« M. Maspero, « le représentant le plus autorisé de 
l'égyptologie française (2) », ayant, par courtoisie, cédé 
la présidence à son jeune confrère étranger, c'est lui 
qui donna le signal des applaudissements unanimes qui 
éclatèrent dans l'assemblée, saisissant l'occasion de témoi- 
gner à nouveau, publiquement, ses sympathiques et grands 
sentiments personnels pour François Ghabas. » 

Les derniers et grands ouvrages de Ghabas furent les 



(1) (2) Congrès provincial des Orientalistes français, 3* session, Lyon, 
1878, p. 233 et suivantes. 



— 79 - 

Libations funéraires chez les anciens Egyptiens et les maxi- 
mes du Scribe Ani. Ce dernier ouvrage jette un jour nou- 
veau sur la philosophie égyptienne, quant à la morale. 
Cette traduction du papyrus Ani a été regardée comme 
étant de capitale importance. Elle révèle une ontologie 
d'un caractère spiritualiste et présente un ensemble de 
maximes morales très pures ; élément inconnu dans la 
science égyptologique jusqu'à la publication de l'œuvre de 
Ghabas. 

Ce livre a été mis à la portée de tous par un style net, 
correct et très limpide. 

Un autre ouvrage de Ghabas est accessible à tout lecteur 
susceptible d'une attention soutenue, c'est celui qui porte 
le titre : Etudes sur Vaniiqitité historique d'après les sour- 
ces égyptiennes et les monuments réputés préhistoriques, 
août 1872. 

Il y a très peu, dans ce livre, d'intercalations dans le 
texte français de signes figuratifs et idéographiques non 
plus que de caractères démotiques. G'est un beau livre de 
haute science, mais qu'un esprit vulgarisateur très habile 
a rendu intelligible pour tous. 

La lecture de ce livre est aussi attachante qu'instructive 
et elle est le complément supérieur et final de toute étude 
historique sur l'Egypte et ses confins. La première édition 
de ce livre a été enlevée en six semaines. 

M. Textor de Ravisi a signalé aussi les travaux de Gha- 
bas en dehors de l'Egyptologie. 

Il le fait en ces termes : 

« François Ghabas a produit beaucoup de travaux qui, en 
dehors de l'Egyptologie, lui ont acquis une haute et solide 
considération. Ses nombreux articles dans la presse cha- 
lonnaise, et ses nombreux mémoires et rapports d'écono- 
mie politique et commerciale comme Président de la Cham- 
bre de Commerce ont particulièrement attiré l'attention 
par leur logique et leur clarté, la connaissance spéciale 
des sujets discutés (questions de traités, d'impôts^ de ta- 
rifs, etc.)^ difficiles sujets et d'études sérieuses, qui tou- 
chent aux bases des intérêts matériels de notre pays, et à 



- 80- 

ceux des rapports internationaux des peuples. Mais outre 
son rôle habituel, la Chambre de commerce de Chalon-sur- 
Saône et Louhans est intervenue dans des questions d'es- 
compte, d'intérêts, de pluralité de banques, d'instruction 
publique, etc. Elle a fait différents mémoires sur des che- 
mins de fer d'intérêts locaux, sur l'Isthme de Suez, qu'elle 
a vigoureusement soutenu, et, aussi, sur le Canal Saint- 
Louis. La navigation intérieure de nos rivières et canaux 
a attiré souvent son attention, et c'est à elle que l'on doit 
des dimensions moins mesquines pour les écluses de la 
canalisation de la Saône. 

« C'est à la plume de son savant Président que la Chambre 
de Chalon-sur-Saône et Louhans est redevable de la plu- 
part de ces procès-verbaux, rapports et mémoires, car 
François Chabas a toujours été excessivement jaloux de 
ses prérogatives présidentielles^ à l'endroit des devoirs de 
travail et d'étude qu'elles lui imposaient, » 

1870 a été particulièrement pour Chabas Vannée terrible. 
A quelles tortures morales n'a-t-il pas été livré !! Aimant 
avec passion sa patrie qu'il voyait ensanglantée, qu'il pré- 
voyait devoir être mutilée, adorant sa famille pour laquelle 
il redoutait les excès des armées envahissantes, il fut en 
proie à des douleurs sans nom. Il avait deux filles jeunes et 
belles. Sa tendresse paternelle lui représentait, avec excès 
peut-être, les périls de leur présence à Ghalon, à deux pas 
de l'ennemi qui était signalé à Nuits et à Beaune. Chabas 
fit partir ses filles pour Aix-les-Bains. Elles vinrent à Gre- 
noble où nous arrêtâmes, en cas de nouveaux progrès de 
l'ennemi, leur départ pour Briançon, au besoin pour Oulx 
où leur était assurée la douce hospitalité de mes nièces, 
Mmes Cornélie Bermond et Léodie Molina. La marche de 
l'armée allemande était arrêtée. Chabas put ramener ses 
filles auprès de lui. Il m'écrivait : « Mes filles ont complété 
de vive voix ce qu'elles avaient ébauché par écrit. Elles ont 
ainsi donné un nouvel aliment à la ferveur de mes sympa- 
thies pour mes vieilles montagnes. Si j'osais penser à un 
avenir calme et libre^ je songerais à une longue visite de 
mon cher pays, à laquelle vous seriez, autant que pos- 



— 81 — 

sible, associé. Hélas 1 que serons-nous Tannée prochaine ? » 
Que d'amertume dans les lettres de Ghabas, que de mé- 
pris pour cette génération de jouisseurs à partir du jouis- 
seur couronné dont Timprévoyance et l'incapacité avaient 
déversé tant de calamités sur ce noble pays entraîné, au 
10 décembre 1848, par une légende menteuse, vers un choix 
malheureux I! Il m'écrivait le 30 décembre 1870 : 

« Vous avez lu ma polémique. Elle vous fait juger de ce 
qu'était la France au point de vue de la science. On a tout 
fait pour m'étoufYer et on y serait parvenu sans l'assistance 
que j'ai rencontrée à l'étranger. Quelle que soit ma haine 
contre le souverain de la Prusse, responsable de tant de 
meurtres et de rapines, je dois reconnaître qu'au lieu de 
s'énerver avec des Marguerite Bellanger, il se plaisait à 
converser avec les savants de son pays admis à ses soirées 
intimes et dotait largement les entreprises scientifiques. Ce 
que les officiels (France) avaient fait de l'armée, de la ma- 
gistrature, de l'administration, etc., ils l'ont fait aussi de 
la science et seul j'ai osé élever une voix libre et forte. 
J'ai reçu mille adhésions, même de certains académiciens ; 
mais la vieille charrette embourbée n'a pas fait un tour de 
roue. Aucun abus n'a cédé. J'aurai quelque jour, si Dieu 
me prête vie, de curieuses choses à vous conter à ce sujet. 
Vous lirez ma réponse à la critique, elle a été positivement 
écrasante, mais justement méritée par les procédés de 
Burgsch qui s'était fait l'exécuteur des hautes-œuvres de 
Messieurs du Louvre et qui en a subi les conséquences. 
Les quatre conjurés sont restés muets devant la publicité 
et trois d'entre eux, Burgsch le premier, m'ont donné pleine 
satisfaction- Je suis maintenant en bons rapports avec eux, 
mais prêt à reprendre l'offensive si cela devient néces- 
saire. » 

Disons-le en passant, puisque ces dernières lignes de 
Ghabas nous disent ses instincts de combattivité , il fut 
dans ses discussions avec les autres égyptologisants, un 
polémiste de première force : ardent , habile^ sûr de ses 
armes, allant aux conclusions avec une inexorable logique 
et aussi souvent avec une mordante ironie, aussi solide 

6 



- 82 - 

dans les luttes de la science, aussi vaillant que Tavait été 
le rude soldat, son père, sur les champs de bataille. C'est 
ainsi qu'il eut à lutter et à vaincre contre Lenormant, de 
Rougé, de Mortillet, Brugsch et autres. « Je cogne sur un 
Allemand», m'écrivait-il un jour. Ce mot familier ne dit-il 
pas, dans son énergie pittoresque, la vigoureuse nature 
briançonnaise de Ghabas ? 

Dans les années qui suivirent, les efforts énergiques ten- 
tés pour reconstituer nos forces nationales et la sécurité de 
nos frontières ramenèrent un calme relatif dans les pensées 
de Ghabas. Il songeait avec la ferveur d'une âme géné- 
reuse, avec les espérances d'un philosophe, à la disparition 
de la guerre, à des ères de paix et de travail intellectuel 
(âge d'or, dirons-nous avec l'histoire, que ne connurent 
jamais l'antiquité ni le temps présent; rêve et chimère pro- 
bablement encoHî dans l'avenir). Il écrivait en juillet 1876 
(dans le Progrès de Saône-et- Loire) : « Les massacres épou- 
vantables qu'on appelle batailles seront certainement, dans 
un avenir peu éloigné, considérés comme les aberrations 
d'une époque encore empreinte de sauvagerie et la politique 
qui met les nations aux prises paraîtra tout aussi barbare, 
tout aussi incompréhensible que les sanglants caprices des 
Tibère et des Néron, que les hécatombes humaines que la 
superstition de quelques peuplades africaines immole en- 
core de nos jours devant de hideux fétiches. » 

Dieu le veuille ! ces visions généreuses trouveront , 
hélas ! peu de croyants. 

Les Orientalistes de Paris, ceux de l'étranger, dont Gha- 
bas n'était connu que par ses œuvres, travail colossal, se 
figuraient le savant de Ghalon confiné comme tous les 
savants en us dans un étroit cabinet silencieux, retiré, me- 
nant la vie d'un sauvage ou d'un religieux condamné par 
son labeur à la captivité d'une cellule de bénédictin, un 
pieux reclus enfin : 

Dans un fromage de Hollande 
Retiré loin du tracas, 
La solitude était profonde 
S*élendant partout à la ronde. 



- 83 - 

Qu'ils étaient loin de compte ces braves gens et combien 
ils eussent reconnu qu'ils en étaient pour leurs frais d'ima- 
gination, en voyant ouverte à deux battants à tout venant 
la demeure hospitalière de Chabas à Ghalon. Fromage de 
Hollandey soit, mais savoureux, gras et digne d'un prince 
assurément! 

Mariette-Bey a été reçu chez Chabas, son confrère, en 
octobre 1873, avec une cordialité chaleureuse qui a dû lui 
laisser un long et doux souvenir. 

Dans la maison, une femme aimable, des filles charman- 
tes, Télite de la société chalonnaise attirée par le bon 
accueil en cette attrayante habitation, les commerçants, 
les industriels les plus intelligents, les plus considérables 
de Ghalon, d'Autun, de Louhans venant y prendre langue 
avec Chabas, président de la Chambre de Commerce, pré- 
dent du Tribunal de commerce, pour l'élaboration des 
questions à l'ordre du jour ou le jugement des alTaires les 
plus délicates; telle était la cellule de Chabas. 

J'allais oublier un personnage qui toujours était présenté 
aux nouveaux venus, avec quelque solennité, Blanc-Blanc, 
le chat favori de Chabas, son ami, le compagnon de ses tra- 
vaux. Toujours accroupi sur la table même de son maître, 
dans la pose méditative d'un sphinx, immobile, silencieux, 
n'interrompant par aucun mouvement le travail de son maî- 
tre, Blanc-Blanc semblait comme lui plongé en de profondes 
méditations; pensait-il à la xix® dynastie ou révait-il aux 
chattes de Thèbes ou d'Abydos? Nul ne le sait. Mais cette 
attitude correcte, cette immobilité marmoréenne cessaient 
tout d'un coup quand sonnait la cloche du dîner. Se levant 
en sursaut, Blanc-Blanc saluait cette heure fortunée d'un 
miaulement particulier, dardant sur son maître un regard 
significatif d'injonction. « Oui, Blanc-Blanc, je te com- 
prends, je vais me lever et te suivre. » Mais la phrase com- 
mencée demandait un achèvement et de nouveau la pen- 
sée du savant l'enlisait dans son sujet; la cloche tintait de 
nouveau, et cette fois Blanc-Blanc mettait résolument la 
patte sur la plume ; force était à l'écrivain de se lever et de 



-84 - 

suivre Blanc-Blanc qui entrait triomphalement dans la 
salle à manger. 

Bien des grands hommes ont eu de semblables faiblesses 
pour certains animaux. Watter Scott a placé ses chiens 
Fang, Bevis, Roswall^ Elphin, Wasp, sans compter les 
Pepper, Yarrow et les Mustard, parmi les héros de ses 
romans et leur a assigné parfois une place d'honneur. Ils 
étaient, à ses yeux, un des grands charmes d'Abbortsfort. 
Richelieu songeait à ses chats en même temps qu'à Tunité 
de la France. 

« Vers cette époque, dit François Arago dans sa biogra- 
phie de Newton, arriva un événement qui, s'il faut en 
croire certains historiens, eut une influence notable sur la 
carrière intellectuelle de l'immortel géomètre. Un soir 
Newton laissa par mégarde une bougie allumée sur son 
bureau de travail. Pendant son absence, un chien favori 
qu'il appelait Diamant renversa la bougie. De là un incen- 
die qui consuma quantité de manuscrits et de notes. A son 
retour, il aperçut le désastre irréparable. Il se contenta 
de dire : Ah ! Diamant, Diamant, tu ne soupçonnes pas le 
mal que tu m'as fait. » 

Ghabas, à coup sûr, aurait eu en pareille occurence la 
même indulgence pour Blanc-Blanc. 

François Ghabas était gai, spirituel, aimable, d'une 
ouverture d'esprit charmante. De belle figure, front et yeux 
superbes, bouche gracieuse et quelque peu sensuelle, dou- 
cement railleuse, il était, une fois les livres fermés, le plus 
délicieux causeur; conteur quelque peu rabelaisien, sa 
conversation était d'un charme infini. Je conserve le sou- 
venir d'une journée entière passée à Proveyzieu dans la 
plus entière intimité. Quel brio^ quelle intarissable gaieté II 
A Aix-les-Bains, je pus aussi trouver des après-midi, des 
promenades, dont le souvenir me hante, rempli du regret 
de la perte de cet homme incomparablement aimable et 
bon. 

A ouvrir et à parcourir l'un de ces livres de Ghabas tout 
constellés de dessins étranges, d'hiéroglyphes de toutes 
formes, de signes d'infinie variété, on se demande quels 



— 85 — 

prodiges de patience, d^adresse représente cette innombra- 
ble armée de signes inconnus, de fîgurations de combats^ 
de travail agricole et des mille détails de la vie sociale I 
C'est Tactivité surhumaine et la merveilleuse aptitude de 
Ghabas à tous les travaux manuels aussi bien qu'intellec- 
tuels qui ont créé toutes ces choses, à Chalon-sur-Saône, 
en dehors de Taide des habiles artisans, des renommés du 
burin et des arts mécaniques de Paris. 

Un jour, cette tâche d'ordre inférieur fut simplifiée par 
renvoi d'un matériel considérable de caractères égyptolo- 
giques du roi de Prusse Guillaume, depuis empereur d'Al- 
lemagne. Hommage à la science qui rendait justice au 
génie de l'égyptologue chalonnais ! 

« Mais, disais-jeun jour à Chabas, à d^ pareils travaux si 
dispendieux, à des reproductions aussi difficiles, à la rému- 
nération des fondeurs des caractères, vous avez dû voir 
s'écouler une partie de votre fortune par les exigences de 
vos travaux, par ces sillons creusés dans le sol égyptolo- 
gique! Non! me répondit-il, en souriant. Ecartez de votre 
esprit cette préoccupation amicale. J'ajoute à tous les mé- 
rites que vous voulez bien me reconnaître celui d'être un 
bon comptable. Hé bien, je suis en avance de 17,000 fr. de 
recettes sur le chiffre des dépenses. Ce sont les savants 
étrangers, les universités étrangères, les sociétés scientifi- 
ques étrangères qui veulent, à tout prix, se procurer mes 
écrits et comme ils sont forcément d'un prix élevé, je ren- 
tre dans mes frais. C'est du reste le seul désir du père de 
famille. Ne pas écorner par mes publications le patrimoine 
de la famille, ne pointen faire non plus un objet de spécula- 
tion. J'ai lu et médité la recherche de l'absolu de Balzac. Je 
ne serai point, ma femme, mes filles et mon cousin Albert 
peuvent en être sûrs, un Balthazar Claës. 

Chabas, comme égyptologue éminent, avait été honoré à 
l'étranger, de distinctions flatteuses. Il était chevalier du 
Lion néerlandais, chevalier de VOrdre nalionalde Nor\K>ège 
de Saint-Olaf, chevalier de l'Ordre de la couronne royale 
de Prusse, etc., etc. — Il avait été élu membre de l'Acadé- 
mie néerlandaise d'Amsterdam, de l'Académie royale 



— 86 — 

de Belgique, de l'Institut égyptien d'Alexandrie, de l'Ins- 
titut de correspondance archéologique de Rome, de la 
Société royale de littérature de Londres, de la Société 
philosophique américaine de Philadelphie, de la Société 
des antiquaires de France, etc.... Il était correspondant de 
l'Institut de France (académie des sciences et belles-lettres) 
et Chevalier de la Légion d'honneur. 

Telle était l'existence du savant Egyptologue, telle était 
sa haute réputation. 

Mais bientôt la nuit allait se faire sur cette belle intelli- 
gence. L'affaiblissement graduel et ininterrompu des facul- 
tés mentales eut lieu avant la fin de l'existence. Ahl sans 
doute, remploi de toutes les forces de l'homme est légitime 
et désirable même dans tous les travaux qui sollicitent 
son activité. Mais la nature interdit Tabus. L'outrance dans 
le travail, dans le travail intellectuel surtout, amène la 
perturbation dans les fonctions cérébrales. 

Labor était la devise de Ghabas. Oui, le labor improhus, 
le travail excessif, est puissant, plus puissant peut-être en 
dernier résultat que le génie ; il mène au succès, à la 
richesse^ à la renommée sans tache, même à la gloire ta- 
pageuse; mais le labor improbus tue, il tue avant le temps. 
Ghabas, de constitution vigoureuse^ avait foi en des possi- 
bilités illimitées de travail intellectuel. Il abusa du travail, 
il est mort de cet abus. Vers 1878, ses forces déclinèrent 
rapidement. Les tendres soins de sa famille, de M™«^ Gha- 
bas surtout, prolongèrent son existence au delà des prévi- 
sions des médecins. Il expira le 19 mars 1882. 

Ma jeune parente Clémentine Ghabas, aujourd'hui M™* 
Alphonse Piquemal, m'écrivait le lendemain : « Je neveux 
pas qu'une simple lettre de part vous dise le terrible mal- 
heur qui vient de nous frapper. Mon pauvre père s'est 
éteint hier matin sans souffrances et sans se rendre compte 
de ses derniers moments : vous avez pu apprécier cette 
grande intelligence et ses qualités exceptionnelles. Aussi 
vous comprendrez l'immensité de la perte que nous venons 
de faire et le vide où nous allons nous trouver; depuis de 
longues années déjà, sa santé était fortement ébranlée; 



— 87 — 

mais les soins constants de ma pauvre mère nous le con- 
servèrent malgré Tavis des docteurs qui l'avaient con- 
damné depuis quatre ans. Il n*a été alité que deux jours 
et s'est endormi doucement sans une plainte, sans un 
soupir... » 

Il a été dit de Ghabas son culte passionné de la science, 
la consécration de sa magnifique intelligence à des travaux 
qui ne pouvaient lui donner la renommée que dans un cer- 
cle restreint de savants, la généreuse abnégation avec 
laquelle il s'arrachait à ses études favorites pour donner 
quelques-unes de ses veilles à la défense des intérêts locaux 
de la ville de sa résidence. Il a été rappelé son amour pour 
la France, son ardent souci de sa grandeur et les douleurs 
patriotiques qui déchirèrent son âme au moment de nos 
revers. Il a été montré l'époux dévoué, le père doux et 
tendre dans le cadre charmant de la famille. 

Combien brillante et pure apparaît l'image de la science 
dans l'auréole que lui font le civisme courageux et fort de 
ses adeptes ainsi que leurs vertus actives soit au foyer do- 
mestique, soit dans la vie sociale ! 

J'ai été heureux de l'amitié de Ghabas. 

BIBLIOGRAPHIE 

1. Note sur l'explication de deux groupes hiéroglyphi- 
ques. Ghalon-sur-Saône, Dejussieu, 1855. 

2. Une inscription historique du règne de Séti I (les ins- 
criptions de Radesieh). Ghalon-sur-Saône, Dejussieu, 1856. 

3. De quelques textes hiéroglyphiques relatifs aux esprits 
possesseurs. Bulletin archéologique de VAthenœum^ 1856. 

4. Un Hymne à Osiri?^ traduit et expliqué. Revue archéo- 
logique^ 1857. 

5. Nouvelle explication d'une particule grammaticale de 
la langue égyptienne. Ghalon-sur-Saône, Landa, 1858. 

6. Le plus ancien livre du monde, Etude sur le papyrus 
Prisse. Revue archéologique^ 1857. 

7. Traduction et analyse de l'inscription d'Ibsamboul. 
Revue Archéologique^ 1859. 



— 88 — 

8. Note sur un poids égyptien. Revue archéologique, 1861. 

9. La Circoncision chez les Egyptiens. Ibid, 

10. Le Cèdre dans les hiéroglyphes. Ibid, 

11. Scène mystique peinte sur un sarcophage égyptien. 
Revue archéologique, 1862. 

12. Le Papyrus magique Harris, traduction analytique 
et commentée d'un manuscrit égyptien, comprenant le texte 
hiératique, un tableau phonétique et un glossaire, Chalon- 
sur-Saône, Dejussieu, 1860. 

13. Mélanges égyptologiques. Première série comprenant 
onze dissertations sur différents sujets. Chalon-sur-Saône, 
Dejussieu, 8°, 1862. 

14. Mélanges égyptologiques. Deuxième série. Ouvrage 
autographié comprenant quatorze dissertations, avec glos- 
saire et planches. Chalon-sur-Saône, Dejussieu, 8«, 1864. 

15. Mélanges égyptologiques. Troisième série, compre- 
nant vingt- trois dissertations et trente planches de textes, 
la plupart inédits. Chalon-sur-Saône, Dejussieu, 8®, 2 vol., 
1870 et 1873. 

Ces séries de mélanges sont complètement indépendantes 
les unes des autres et chaque volume forme un ouvrage 
distinct. 

16. Voyage d'un Egyptien en Syrie, en Phénicie, en Pales- 
tine, etc., au xiv° siècle avant notre ère, traduction analy- 
tique d'un papyrus du Musée Britannique, comprenant le 
fac-similé du texte hiératique, sa transcription complète 
en hiéroglyphes et en lettres coptes, avec 13 planches et 
un Glossaire, in-4o, 428 p. — Dejussieu, 1866. 

17. Voyage d'un Egyptien en Syrie, etc. Réponse à la cri- 
tique de M. Brugsch. Chalon-sur-Saône, Dejussieu, 1867. 

18. Lettre à l'éditeur du journal The Literary Gazette de 
Londres sur quelques singularités de la Médecine égyp- 
tienne. (N° du 19 avril 1862). 

19. Notices sommaires des papyrus hiératiques du Musée 
de Leide. (Ces notices forment la 21* livraison du grand 
ouvrage des Monuments du Musée égyptien de Leide, publié 
sous la direction de M. le docteur Leemans.) 



- 89 — 

20. Les inscriptions des Mines d'or, avec deux planches. 
in-4°. Chalon-sur-Saône, Dejussieu, 1862. 

21. Recherches sur le nom deThèbes, avec quelques ob- 
servations sur l'alphabet sémitico-égyptien et sur les singu- 
larités orthographiques. Chalon-sur-Saône, Dejussieu, 1863. 
(Extrait du journal asiatique), 

22. Observations sur le chapitre vi du Rituel égyptien, à 
propos d'une statuette funéraire du Musée de Langres. 
(Extrait des Mémoires de la Société d'Archéologie de Lan- 
gres, 1863). 

23. Les Papyrus hiératiques de Berlin, récits d'il y a 4000 
ans, avec un index géo^aphique et deux planches de fac- 
similé. Chalon-sur-Saône, Dejussieu, 1863. 

24. L'Inscription hiéroglyphique de Rosette, analysée et 
comparée à la version grecque. Chalon-sur-Saône, Dejus- 
sieu, 8°, 1867, avec planches. 

25. Détermination de deux mesures égyptiennes de capa- 
cité. Chalon-sur-Saône, Dejussieu, 8«, 1867. 

26. Traduction des inscriptions de l'Obélisque de Louq- 
sor de la place de la Concorde à Paris. Paris, 8°, 1868, avec 
planches. 

27. Traduction d'un papyrus de comptabilité appartenant 
au Musée de Turin; dans Lieblein : Deux papyrus hiérati- 
ques. Christiana, 8^ 1868. 

28. Etudes sur l'antiquité historique d'après les sources 
égyptiennes et les monuments réputés préhistoriques. Pre- 
mière édition. Chalon-sur-Saône, Dejussieu, in-8° 1872. 
(Epuisé). 

29. HebraBO-^^gyptiaca. Notice sur quelques analogies 
entre la doctrine et les usages des Egyptiens et ceux des 
Hébreux. — Imprimé dans Transactions of the Society of 
Biblical Archœology, Londres, 1872. 

30. Etudes sur l'antiquité historique d'après les sources 
égyptiennes et les monuments réputés préhistoriques, avec 
six planches et 260 figures dans le texte. Nouvelle édition 
revue et augmentée. Chalon-sur-Saône, Landa, in-8«, 1873. 

31. Recherches pour servir à l'histoire de laxix» dynastie 



— 90 - 

et spécialement à celle des temps de TExode. Chalon-sur- 
Saône, Dejussieux, in-4°, 1873. 

Articles insérés dans le journal Zeilschrift fur Sprache und 

Alterthumskunde, de Berlin, 

32. Sur un texte égyptien relatif au mouvement de la 
terre. Année 1864, p. 97. 

33. Lettre àM. le D' H. Lepsius sur les mots égyptiens 
désignant la droite et la gauche. Année 1865, p. 9. 

34. Les Ramsès sont-ils de la race des Pasteurs ? Etude 
sur la stèle de Tan 400. Ibid., p. 29, 33. 

35. Sur Tantiquité de Dendera. Ibid,, p. 91. 

36. Quelques observations sur l'écriture et sui; la langue 
de Tancienne Egypte. Année 1866, p. 42 

37. Sur un Ostracon de la collection Caillaud. Année 
1867, p. 37. 

38. Sur le papyrus hiératique de Varzy (Nièvre); lettre à 
M. le D*" Lepsius. Même année, p. 76. 

39. Horus sur les Crocodiles. Année 1868, p. 99. 

40. Sur la prononciation du groupe . Année 1869, 
p. 42. 

41. Quelques remarques sur le rôle des déterminatifs. 
Même année, p. 55. 

42. Sur quelques instruments égyptiens de mesurage. 
Même année, p. 57. 

43. Sur le groupe . Même année^ p. 76. 

44. Sur quelques données des papyrus Rollin. Même 
année, p. 85. 

45. Le papyrus Prisse, lettre à M. le Directeur du jour- 
nal égyptologique de Berlin à propos de la difficulté que 
présente la traduction de ce document. Année 1870, p. 81 
et 97. 

46. Sur et employés dans le sens classe, ordre. 
Même année, p. 111. 

47. Sur un vase du Musée de Turin. Même année, p. 122 
et 152. 

48. Sur une stèle du Musée de Turin, p. 161. 



91 



Articles insérés dans les comptes-rendus de VAcadémie 

royale des Sciences d'Amsterdam : 

49. Sur l'étude de la langue égyptienne, vol. ix, 1865. 

50. Sur quelques outils égyptiens du musée de Leide, 
vol. X, 1866. 

51 Les Pasteurs en Egypte. Traduction et discussion des 
textes relatifs à la conquête de TËgypte par les pasteurs et 
à l'expulsion de ces barbares. Amsterdam, in-4°, 1868. 

Traductions, 

52. Introduction à l'étude des hiéroglyphes, par M. S. 
Birch. Reçue archéologique, 1857. 

53. Mémoire sur une patère égyptienne du Musée du 
Louvre, par M. S. Birch. Mém. des Antiq. de France, 1858. 

54. Le Papyrus Abbot, par S. Birch. Revue archéoL, 1859. 

55. Sur les papyrus hiératiques, par M. G. Wicliffe Good- 
win. Revue archéoL, l®' art., 1860. 

Dans les mémoires de la Société d'histoire de Chalon : 

56. Notice sur une statuette funéraire. 

57. Les inscriptions de Radicsich relatant la construction 
d'un magasin et d'un temple pour les mines d'or (Soc. d'his. 
de Ghalon). 

58. Nouvelle explication d'un groupe de la langue égyp- 
tienne. Autograph. L. Landa. 

59. Détermination de deux mesures de capacité. (Ghalon- 
sur-Saône, 1867.) 

60. Notice sur un Scarabée Sarde (Chalon-sur-Saône, 1877.) 

61. Sur l'usage des bâtons de main chez les Hébreux et 
chez les Egyptiens (Lyon, 1875.) 

62. Découverte d'une date certaine dans le règne d'un roi 
de l'ancien empire. Académie des inscriptions et belles let- 
tres, (vol. 4 de 1876, p. 180.) 

63. Recherches sur les poids, mesures et monnaies des 
Egyptiens, 1876. 

64. L'Egyptologie, journal mensuel, continué jusqu'en 
mars 1877. 



t\ ' .^j •_ 



— 92 — 

65. Les maximes du Scribe Ani, traduction analytique, 
2 vol. in-4o. 

66. Le Per-em-hron (congrès international des orientalis- 
tes, première session^ Paris, 1873, tom. ii, p. 37. 

67. Les libations funéraires chez les anciens Egyptiens, 
St-Etienne, 1875. 

68. Quelques remarques à l'adresse de la science imagi- 
naire. (Extrait du journal VEgyptologie, mars 1877.) 

69. Le calendrier des jours fastes et néfastes de Tannée 
Egyptienne, par F. Ghabas, Ghalon-Paris, s. d. 

70. Les études préhistoriques et la libre-pensée devant la 
science. — Réponse à M. de Mortillet, par F. Ghabas, 1875. 

71. Deux papyrus hiératiques du Musée de Turin, avec la 
traduction et l'analyse de l'un de ces deux papyrus, par 
M. F. Ghabas, Ghristiana, Leipzig-Heurichs, 1865. 

72. Revue rétrospective à propos de la publication de la 
liste royale d'Abydos, in-8°, s. d. 

Ouvrages en dehors de VEgyptologie, 

73. Note sur un foyer de l'âge de la pierre polie découvert 
au camp de Ghassey en septembre 1869, par Ernest Per- 
rault. — Ghalon, 1870. (Offert à Aristide Albert par un colla- 
borateur de M. Ernest Perrault. Signé F. Ghabas.) 

74. Bibliographie. — Un roman chinois, analyse éten- 
due d'un livre de Birch, par Ghabas. Feuilletons du Pro- 
grès de Saône-et'Loire, 

75. Le livre à propos de l'ouvrage intitulé : les amoureux 
du livre, par F. Ghabas, 1877. 

76. Les silex de Volgu au Musée de Ghalon-sur-Saône, 
par F. Ghabas, 1874. 

77. Port et canal Saint-Louis. Rapport à la Ghambre de 
Gommerce de Ghalon-sur-Saône, par Ghabas, 1869. 

78. La Veuve, conte chinois d'après la version anglaise 
de M. le D** S. Birch, par F. Ghabas. 

79. Les Fouilleurs de Solutué, lettre ouverte de F. 
Ghabas, 1875. 

80. Notice sur la découverte d'une couche abondante de 



-93- 

crinoîdes fossiles de l'espèce Pentacrinus, in-4o, 3 pi., s. d. 

81. Les congrès provinciaux des orientalistes. Rapport à 
la Chambre de commerce de Ghalon, Autun et Louhans, 
par M. F. Ghabas. son président. (Le Progrès de Saône-et- 
Loire du 22 juillet 1876.) 

82. Les congrès scientifiques en Province, par Chabas^ 
16 juillet 1876. (Dans le Progrès de Saône-et-Loire,) 

A consulter : 

Travaux de M. Ghabas, sur les temps de Texode, par 
Emile Guimet. Lyon, 1875. 

Notice sur Ghabas (François-Joseph), égyptologue fran- 
çais, par le baron Textor de Ravisi. St-Etienne, 1878. 

Notice nécrologique sur François Ghabas, par le baron 
Textor de Ravisi, 1882. 

Les revues françaises et étrangères. 

GHABAS Frédéric. 

Second fils de Vincent Ghabas, Frédéric Ghabas est né le 
14 septembre 1818 à Réguignié (hameau de la commune 
de Briançon). 

Après un court séjour dans les classes inférieures du 
collège de Ghalon-sur-Saône, il a fait ses études au Pryta- 
née militaire de la Flèche, d'où il est entré directement à 
l'Ecole Polytechnique en 1836. 

Sorti de cette école dans un bon rang, en 1838, il a suivi 
les cours de l'Ecole des Ponts et Ghaussées et^ dès 1840, il 
a commencé sa carrière d'ingénieur qu'il a successivement 
parcourue dans les départements du Morbihan, de la Gôte- 
d'Or, de l'Allier, du Gher et de Saône-et-Loire. 

Appelé par ses fonctions à s'occuper de travaux de routes, 
de chemins de fer, de navigation, c'est principalement dans 
le service du Ganal de Berry et dans celui du Ganal du 
Centre qu'il a passé la plus grande partie de sa carrière. 

Nommé inspecteur général en 1879, il en a exercé les 
fonctions jusqu'en 1883, époque à laquelle il a été atteint 
par la limite d'âge. Il est officier de la Légion d'honneur. 
Il demeure à Paris. 



- 94 — 

GHABAS Helrétius. 

Jean-Jacques-Helvétius Ghabas est né à Marseille le 
12 nivôse an m (l*"* janvier 1795). Son père, Jean-Joseph 
Ghabas était de Fort- Ville (hameau de Briançon). Il s'était 
fixé très jeune à Marseille et y avait fait fortune. Un lot 
considérable de terrain qu'il possédait à Marseille, chemin 
d'Endoume, porte aujourd'hui la dénomination de Cité 
Chahas. Son fils peut à bon droit être considéré comme 
Briançonnais tant par son origine que par les liens de 
famille qui l'attirèrent constamment en villégiature à 
Briançon, auprès de son oncle Jean-Benoit Bouchié, et de 
son beau-frère, Benoît Bouchié (de Golaud); à ces considé- 
rations il faut ajouter celle de ses relations suivies d'ami- 
tié avec l'élite de la société briançonnaise, les Latour, les 
Victor Vincent, les Ghapuzet, les Gurlie du Monétier, etc. 

Helvétius Ghabas fit son cours de droit à Aix. Il trouva 
dans cette faculté, Thiers, Mignet, Gharles-Ozé Barbaroux 
et Renard. Il se lia d'étroite amitié avec ces jeunes hom- 
mes devenus plus tard célèbres à divers titres. Ges rela- 
tions commencées sur les bancs de l'école de droit se con- 
tinuèrent et se cimentèrent dans la lutte engagée par tous 
les libéraux contre la Restauration, lutte à laquelle ces 
jeunes Provençaux prirent une part active. 

H. Ghabas occupa bientôt dans le barreau de Marseille 
une place distinguée. Il plaida dans plusieurs procès poli- 
tiques ; dans les poursuites dirigées contre le journal satiri- 
que, Le Caducée, il défendit avec talent Méry, l'un des ac- 
cusés. Dans Vaffaire des tentures (20 mai 1820)^ il prononça un 
très remarquable plaidoyer pour Paul Roman, de Lourma- 
rin, protestant poursuivi pour n'avoir pas tenture lé devant 
de sa maison sur le passage de la procession du Saint- 
Sacrement. Ghabas gagna son procès; c'était un beau 
succès dans ces temps de réaction monarchique et cléri- 
cale. 

Une laryngite éloigna Ghabas du barreau vers 1824. Il 
acquit une étude d'avoué près le tribunal civil de Marseille. 
Sa santé s'altérait. Une chute de voiture, accident qui lui 



- 95 — 

arriva^ sur la route du Monétier à Briançon, à la suite de 
laquelle il demeura alité à Colaud pendant plusieurs mois, 
porta le dernier coup à sa constitution déjà minée par une 
maladie de poitrine. Il mourut à Grenoble, le 5 septembre 
1828. Les quelques mots inscrits sur sa tombe ne sont 
point menteurs comme une épit&phe. C'est un ami plein de 
droiture^ M. André Latour, qui les a écrits comme il les a 
pensés : « Appui des malheureux et des opprimés, écrivain 
judicieux, initié à presque toutes les connaissances humai- 
nes, Helvétius Ghabas était un des plus sages promoteurs 
de tous genres d'améliorations politiques et sociales. » 

Ghabas laissait, en mourant, une fllle au berceau née 
de son mariage avec M'^*" Pauline Meffre de Grenoble. 

Jeune, belle, riche, douée de tous les attraits, de tous 
les dons de Tesprit et du cœur, Amélie Ghabas, la fille de 
Tavocat marseillais, semblait réservée à un avenir heu- 
reux. Qui donc ne subirait pas le charme de cette nature 
privilégiée? Hélas ! il n'en fut pas ainsi. Un mariage contracté 
contre son gré, sous la pression de Tautorité mater- 
nelle, fut pour la jeune femme, devenue Mme Dupuy de 
Bordes, la source d'un malheur irrémédiable. Lassée de 
chagrins domestiques longtemps supportés avec dignité, 
abreuvée d'amertume, elle se sépara de son époux et vécut 
au milieu des membres de sa parenté, aimée, respectée, 
entourée jusqu'à la fin de sa vie par tous ceux qui avaient 
pu apprécier un jour l'exquise bonté de son cœur et le 
charme de son esprit. François Ghabas, son parent, profes- 
sait pour sa cousine la plus haute estime et la plus vive 
affection. 

GHABRAND Armand, arocat. 

Armand Ghabrand est né à Briançon le 21 janvier 1854. 

Dans la bio-bibliographie du canton d'Aguilles en Quey- 
ras, a été esquissée par nous l'existence de M. le D" Gha- 
brand, notre excellent compatriote et ami, qui s'est signalé 
par les services rendus comme médecin dans les contrées 
pauvres du Briançonnais et qui, digne successeur de Fau- 
ché-Prunelle, rhistorien du Briançonnais, a doté sa patrie 



— 96 — 

des meilleures monographies historiques propres à éclai- 
rer ses annales, à en répandre la connaissance. 

Les deux fils du D' Chabrand, MM. Ernest et Armand 
Ghabrand se sont montrés par leur intelligence, par leur 
amour du travail, par l'honorabilité du caractère, les 
dignes fils de leur père. 

Armand Ghabrand, ses études universitaires terminées, 
fît brillamment son cours de droit à la faculté de Greno- 
ble. Il fut lauréat dans un concours et reçu docteur en 
droit en 1878. Plus tard, par un choix des plus flatteurs pour 
le jeune avocat, il fut désigné comme chargé de cours pour 
professer le droit criminel à la faculté de Montpellier, 
(arrêté du 21 juillet 1880), fonctions dont il démissionna en 
octobre 1881.) 

Armand Ghabrand a été l'un des plus zélés ascensionnis- 
tes du Dauphiné. Il jouit dans l'alpinisme dauphinois d'une 
grande et légitime réputation qu'il doit non seulement à 
sa participation aux plus rudes et périlleuses ascensions, 
mais encore à ses écrits. Il a été président de la société des 
touristes du Dauphiné. Armand Ghabrand a conquis 
comme avocat une belle clientèle. Il occupe un bon rang 
au barreau de Grenoble. Il est membre du Gonseil de l'Or- 
dre et rédacteur depuis 1885 du journal de la Cour de 
Grenoble. 

BIBLIOGRAPHIE 

Etude sur le privilège des bailleurs d'immeubles. Thèse 
de doctorat. Grenoble, 1878. 

Etude sur le secret de l'instruction préparatoire en ma- 
tière criminelle. Grenoble, 1879. 

Orographie du Dauphiné ou description des massifs 
montagneux qui composent les Alpes Dauphinoises. (En 
collaboration avec H. Ferrand). Grenoble, 1883. 

Le grand pic de la Meidje. Grenoble, 1884. 

Le Queyras. Grenoble, 1886. 

De Grenoble à Briançon. Grenoble, 1886. 

Le Congrès du Club Alpin français à Briançon. Greno- 
ble, 1887. 



- 97 — 

La Bérarde, la Meidje et les Ecrins. 1889. 
L'abbé Guétal. 1891. 

Les guides et porteurs de la Société des touristes du 
Dauphiné. Grenoble, 1892. 

Rédaction du journal de la Cour de Grenoble depuis 1885. 

GHABRAND Ernest. 

Ernest Ghabrand est né à Briançon, le 5 juin 1850. Il est 
le fils aîné du D' A. Ghabrand. 

Les études du jeune Ghabrand furent dirigées surtout 
vers les sciences, études de sa prédilection. Il entra dans 
un bon rang à l'école centrale des arts et manufactures. 
Il en sortit en 1874 avec le diplôme d'ingénieur métallur- 
giste. Attaché d'abord au service du matériel de la compa- 
gnie des chemins de fer du Nord, il devint, peu après, ingé- 
nieur des Hauts-Fourneaux et forges de Toga (Gorse) et fut 
ensuite successivement directeur des hauts-fourneaux, 
laminoirs et mines de la Gompagnie des aciéries du Saut 
du Tarn et des établissements métallurgiques Yattelar- 
Francq à Gharleroi (Belgique). 

Il est actuellement ingénieur conseil pour les mines et la 
métallurgie à Bruxelles. Il a été ingénieur en chef du ser- 
vice mécanique de la section française à l'exposition uni- 
verselle internationale d'Anvers, en 1894. 

Entouré à Bruxelles de la plus haute considération, il a 
été décoré au mois de février dernier de l'ordre de Léopold 
de Belgique. 

Ernest Ghabrand a publié des écrits sur les mines, les 
gîtes anthracifères^ sur la métallurgie. Ges œuvres sont, 
par les indications techniques et la nature du sujet, hors 
de la portée et de l'appréciation compétente de bien des 
gens. Nous sommes du nombre des exclus d'une telle ana- 
lyse. Il est cependant un de ces écrits qui peut être lu et 
avec le plus vif intérêt par tout le monde. G'est Vessai his- 
torique sur les origines de Vexploitation des mines métalli- 
ques et delà métallurgie dans les Alpes du Dauphiné, Le 
titre seul est un allèchement pour un Dauphinois. L'œuvre 
tient au delà de la promesse du titre, ce sont des recher- 

7 



— 98- 

ches extrêmement curieuses qui attestent la grande érudi- 
tion de l'auteur et sa rare activité. Cette brochure est bien 
écrite, d'un style ferme et clair. Elle vaut à notre avis 
bien des œuvres qu on est convenu d'appeler de beaux 
livres. 

BIBLIOGRAPHIE 

Etude sur la voie métallique. Paris, 1882. 

Les Gîtes miniers en Corse. Paris, 1884. 

La Genèse des Gîtes métallifères. Article dans le Génie 
Civil, août 1885, Paris. 

La voie métallique en France. Article dans le Nord métal- 
lurgique, n® 22 juillet, 1885. 

L'exposition de traverses métalliques à Bruxelles, article 
dans l'Ancre, n<» du 7 avril 1886. 

Les essais de traverses métalliques sur le réseau de l'Etat 
français. Paris, 1886. 

Le bassin houiller des Alpes et les Gîtes anthracifères du 
Briançonnais, broch. Paris, publication du Génie Ci- 
vil, 1886. 

L'Ere glaciaire dans les Alpes Dauphinoises. Greno- 
ble, 1888. 

L'art de bâtir au xix« siècle. Article dans le Dauphiné, 
mai 1889. 

La législation internationale du travail et les Rescrits 
Allemands, articles dans le Dauphiné, mars 1890. 

De Taction métamorphique du cilicium sur les fontes, 
articles publiés dans VIngénieur Conseil, à Bruxelles, 1890. 

Le fer chromé, aciers chromés et ferrochromés. Article 
dans V Industrie Moderne, Paris et Bruxelles, juillet 1891. 

L'acier et la trempe de l'acier. Article dans VIndustrie, 
Paris et Bruxelles, décembre 1891. 

Essai historique sur les origines de l'exploitation des 
mines métalliques et de la métallurgie dans les Alpes du 
Dauphiné. Grenoble, 1892. 



— 99 - 

GHAXX Jean-François-Marie. 

Jean-François-Marie Ghaix est né le 16 mars 1760. Son 
père Barthélémy Ghaix, était avocat au baillage de Brian- 
çon. La famille Ghaix était au rang des familles du Brian- 
çonnais jouissant , de longue date , de la considération 
publique. 

Par brevet daté du 1"' juillet 1696 et portant sa signature, 
le maréchal Gatinat avait nommé Jean Ghaix, bourgeois 
du Villard-St- Pancrace, lieutenant pour cette commuauté, 
des milices briançonnaises organisées pour la sécurité du 
pays et spécialement pour le défendre contre les Vaudois 
dont les irruptions avaient eu lieu un jour par Queyras et 
le col des Ayes débouchant sur le territoire de Villard-St- 
Pancrace. 50 ans après (12 juillet 1746), Barthélémy Ghaix 
fut nommé capitaine des dites milices briançonnaises^ par 
le général Gabriel d'Arnaud et d'ordre supérieur du géné- 
ral de Marcieu, général des corps d'armée en Dauphiné. 

Jean-François-Marie Ghaix qui ajouta, on ne sait pour- 
quoi, le prénom de son père, Barthélémy, aux siens, entra 
dans la carrière militaire indiquée à son choix par la 
réputation guerrière de son père et de son aïeul. Il devint 
officier au régiment de Saintonge. Il eut un duel avec un 
officier de son régiment qui avait parlé des Briançonnais, 
en termes injurieux. Ghaix blessa grièvement son adver- 
saire. Retiré du service à la suite de blessures graves et 
pensionné, il fut nommé, en avril 1800, sous-préfet de l'ar- 
rondissement de Brian^on. Il exerça ces fonctions jusqu'en 
1815, époque à laquelle il fut mis à la retraite. 

En 1806, Ghaix reçut un témoignage flatteur de l'estime 
de ses concitoyens. Il fut présenté avec Bonnot, comme 
candidat au Gorps législatif par le collège électoral de 
Briançon. 

Ghaix s'occupa avec zèle, avec activité et intelligence 
des intérêts de diverses natures de l'arrondissement. Il se 
distingua surtout lors de la création des rampes et de la 
réouverture de la route duMontGenèvre. Depuis longtemps 
cette œuvre d'utilité publique était réclamée par les orga- 



— 100 — 

nés de l'opinion publique. Le préfet Bonnaire, dans son 
mémoire au Ministre de l'intérieur sur la statistique du 
département des Hautes-Alpes (5 pluviôse anix), s'appuyant 
sur l'opinion très fortement exprimée par les généraux 
Vallier-Lapeyrouse et Lacombe-St-MicheL avait démontré 
avec une rare vigueur d'argumentation la nécessité de la 
réouverture de cette route, communication incomparable- 
ment la plus facile entre la France et l'Italie. Le successeur 
de Bonnaire, Ladoucette, résolut d'en finir avec les délais 
et les hésitations des services de la guerre et des Ponts et 
chaussées. A sa voix, et à celle du sous-préfet Ghaix, les 
habitants de 18 communes du Briançonnais se levèrent en 
1802, pour ouvrir la route du Mont Genèvre, secondés par 
les soldats de la garnison de Briançon, et accomplirent en 
un mois ce travail qui paraissait de si difficile exécution. 
a Hommes, femmes, enfants, dit M. Farnaud, dans VAn- 
« nuaire de 1807, quittent leurs chaumières, apportent 
« des outils et des vivres pour une semaine. Le Préfet 
« avance de ses deniers 25.000 fr. Il est, avec le Sous-Préfet, 
« au milieu des ateliers; le travail dure un mois et au 
« l®*" vendémiaire an xi, on ofYre, si l'on peut s'exprimer 
« ainsi, le plus beau passage des Alpes pour bouquet au 
« chef de l'Etat. » 

Ghaix ne s'épargna pas dans ce labeur accompli par ces 

forces dues à l'enthousiasme populaire. Mis en goût par ce 

succès qu'on pouvait dire inespéré, d'entreprises hardies et 

grandioses, Ghaix, par un chaleureux appel, aux habitants 

de la vallée du Queyras, les porta à rendre praticables les 

passages des cols de Lacroix et d'Isoard. « En l'an xii, dit 

Farnaud dans ce même Annuaire de 1807, les habitants du 

bassin du Guil se portèrent en masse au col Lacroix, ayant 

à leur tête le Sous-Préfet de Briançon. Ils exécutèrent en 

peu de temps 12700 mètres de travaux, et construisirent un 

hospice pour secourir les voyageurs. Ainsi, ils se procurèrent 

une communication facile avec une partie du ci-devant 

Piémont. Ils proposent en outre leurs bras pour ouvrir un 

» , embranchement qui partant de la route d'Espagne en Ita- 

. •* : flie, sous Mont-Lion, assurerait à travers le souterrain du 






— 101 -- 

Mont-Viso une communication directe et importante avec 
Alexandrie. » Ce projet n^eut pas de suite et la bonne 
volonté des habitants du Queyras demeura à l'état de 
démonstration patriotique. 

« Ces habitants, continue Farnaud, ne pouvaient, la moi- 
tié de Tannée, communiquer avec Hriançon, chef-lieu de 
leur arrondissement, par la difliculté de franchir le col 
d'Isoard. Ils ont vaincu les obstacles à la fin de Tan xiii et 
au commencement de l'an xiv, en faisant, avec la commune 
de Ger\ières et toujours le Sous-Préfet à leur tête, un chemin 
commode sur une longueur de plus de 4 kilomètres à travers 
ce col. En 180(), ils ont repris et achevé leurs travaux. » 

Enfin en 1807, le Journal d Agriculture des Hautes-Alpes 
publiait au mois d'octobre 1807 sous la rubrique : Chemin 
de la Vallouise, la note suivante : « On apprend h 1 instant 
qu'en très peu de jours, aidé par les maires et tous les ha- 
bitants de la Vallouise que M. le Préfet avait portés à l'en- 
thousiasme dans sa dernière tournée, M. le Sous-Préfet de 
Briançon a ouvert, sur environ fi mètres de largeur, un 
chemin de 5400 mètres de long (jui va singulièrement faci- 
liter Taccès et le commerce de cette vallée. » 

Ghaix a laissé dans le Briançonnais une mémoire respec- 
tée. Nul de ses prédécesseurs de la subdélégation de 
l'intendance et de ses successeurs à la sous-préfecture n'a 
marqué son administration par autant de services rendus 
à la chose publique. 

Il faut reconnaître que Chaix a vu faciliter sa tâche par 
Taction, parfois d'initiative, parfois d'elîicace collaboration, 
des deux éminents préfets qui ont administré à cette époque le 
département des Hautes-Alpes, MM. Bonnaire et Ladoucetle. 

J'ai connu Ghaix dans ses dernières années. Il était 
nonagénaire à sa mort. La conversation de ce respectable 
vieillard respirait l'amour de la patrie Briançonnaise, le 
désir inassouvi d'une culture intellectuelle élevée et la foi 
ardente au progrès. Il croyait à une telle prolongation indé- 
finie de son existence qu'il espérait voir la réalisation de 
tous ses rêves sociaux et politiques. Sa robuste santé 
entretenait ces douces illusions de longévité indéfinie. 



i 



— 102 — 

Du reste, point d'inaction, point de sénile paresse. Ghaix 
continuait, malgré les ans, à lire, à travailler, à rédiger son 
étude sur le Briançonnais, ne consacrant, chaque jour, que 
quelques instants à la causerie, au cercle dont il faisait 
partie, et où il venait après ses repas. En l'écoutant, il me 
revenait en mémoire ce que me disait un jour M. Aubry 
qui fut professeur de droit à Strasbourg et, plus tard, con- 
seiller à la Cour de Cassation. lime racontait de Zachariœ, 
dont il avait traduit et commenté le magnifique traité sur 
le Gode Givil français, qu'étant allé le visiter à Heidelberg, 
il avait trouvé le savant jurisconsulte, alors âgé de 87 ans, 
écrivant les dernières pages de son beau livre, entre sa 
pipe et sa choppe de bière. 

Ghaix était autant travailleur, mais plus tempérant que le 
professeur allemand. De temps immémorial, on ne lui con- 
naissait que des habitudes laborieuses, jamais interrom- 
pues par aucuns écarts, une sévère sobriété, un grand 
amour de la retraite et de l'étude. 

Que de choses dans ce cahos historique, statistique, géo- 
graphique, etc., qui est son livre : les préoccupations, etc. 
G'estun écheveau embrouillé ; msiis ce sont des fils de soie 
qu'il faut dévider et remettre au point. On n'aura pas perdu 
son temps. Il y a là un fouillis d'indications utiles, d'aper- 
çus ingénieux, de précieux documents utilisables pour une 
œuvre plus méthodique. 11 est plus facile, comme le faisait 
un jour Adolphe Joanne, ce qui amena entre lui et moi, 
une vive altercation, de railler l'œuvre du vénérable vieil- 
lard critiquable pour la forme, que de réunir les éléments 
d'une collection aussi riche, aussi largement documentée 
et, en certains points, de portée aussi suggestive. 

Les Briançonnais ont donné à leur ancien Sous-Préfet 
une dernière marque d'estime en le nommant en 1843, mal- 
gré son grand âge, membre du Gonseil général. 

Ghaix est décédé à Briançon, le 23 août 1852, dans sa 
93« année. 

BIBLIOGRAPHIE 

Topographie, histoire naturelle, civile et militaire. Eco- 



— 103 — 

nomie politique et statistique de la sous-préfecture de 
Briançon, par J.-F.-M. Barthélémy Ghaix, ex-offîcier au 
régiment de Saintonge. Paris^ 1816, in-8*», 92 p. 

Sommaire des plus caractéristiques particularités de la 
physionomie du pays, s. d., Gap, impr. Allier, in-8°, 16 p. 

Préoccupations statistiques, géographiques, et synopti- 
ques du département des Hautes-Alpes, par B. Ghaix, 
sous-préfet de l'an 1800 à 1815, membre du Gonseil général 
du département. Grenoble, 1845, in-8^ 979 p. et 3 p. d'errata. 

GHAIX Barthélémy- Emile. 

Fils aîné de Ghaix, sous -préfet, Gliaix (Barthélémy- 
Emile) est venu au au monde à Briançon, le 7 mars 1797. 

Dans un excellent article nécrologique paru dans le 
journal la Durance du 8 janvier 1893, mon ami Victor Vin- 
cent a donné de cet estimable compatriote une biographie 
conçue en termes excellents. Je la reproduis ici in-extenso. 
C'est la vie d'un homme de bien, d'un homme de cœur, 
racontée par un homme de cœur, homme de bien : 

a La destinée individuelle ou plutôt, pour plus précise 
exactitude, les conditions d'existence, faites aux monta- 
gnards des Alpes, ont éloigné beaucoup de Briançonnais 
du sol natal ; de ceux-là, presque tous conservent en leur 
âme l'amour du pays et ils s'imaginent même l'aimer 
mieux, avec plus d'intensité. (Peut-être, sont-ils bien dans 
la vérité). Parmi ces fervents, deux, les plus anciens, qui 
viennent de s'éteindre loin du pays, avaient au plus haut 
degré ce noble et pieux sentiment; leur souvenir doit 
demeurer au sein de leurs compatriotes, leur longue exis- 
tence, si honorablement remplie, étant un précieux ensei- 
gnement pour la jeune génération. 

« M. Ghaix Barthélemj'-Emile, né à Briançon, le 7 mars 
1797, est décédé à Montpellier le 22 décembre 1892, dans 
sa 96« année, selon le bel exemple de tous ses ancêtres 
connus : 1° son père, le sous-préfet de la période du pre- 
mier Empire, si dévoué à son pays (sa bibliographie est en 
projet), Barthélémy Ghaix a vécu 95 ans; 2° l'aïeul, qui 
avait été nommé capitaine des Milices des Villards^ a 



- 104 — 

atteint 96 ans, et 3« le bisaïeul, Ghaix, nommé lieutenant 
des mêmes milices par l'illustre maréchal Gatinat dont la 
signature est au bas de son brevet, est parvenu à complé- 
ter ses 97 ans. 

« M. Ghaix, dont nous regrettons la récente disparition, 
avait fait toutes ses études au lycée de Turin, alors chef- 
lieu du département français du Pô ; il était sur le point 
d'entrer en carrière, les riantes espérances s'ouvraient 
devant lui, grâce à ses succès scolaires, aussi à la situation 
et aux influentes relations de son père, mais 1814, 1815, les 
renversèrent dans la chute de Napoléon et la révocation de 
son père. — En vain, il demanda, sollicita; toutes les por- 
tes de toutes les administrations lui furent closes. — Las 
d'attendre, impatient dans la conscience de sa valeur, il 
s'embarqua pour l'Amérique, laissant à son père le souci 
de l'avenir de ses trpis frères plus jeunes. 

« Il serait long mais extrêmement intéressant le récit des 
dangers courus, des mille difficultés subies et surmontées 
par notre jeune Briançonnais ; ce fut une véritable odyssée 
dont on s'est plu à entendre la narration de sa bouche dans 
les termes émouvants par leur modeste simplicité même^ 
cachet de véracité. Son courage persévérant, son intelli- 
gence, sa loyauté qui inspirait l'entière confiance l'ont con- 
duit au succès. 11 suffit d'un acte à mentionner, caractéris- 

* 

tique : avant qu'il se fixât sur les bords du Mississipi, dans 
la Louisiane, près du golfe du Mexique, il n'y avait que 
cahutes et baraques, malgré négoce déjà de quelque impor- 
tance^ c'est Ghaix qui a fait construire, en vraie maçonne- 
rie, la toute première maison, qui bientôt suivie de une, de 
deux, puis de groupes d'édifices, constitue la belle ville, 
la Nouvelle-Orléans, peuplée aujourd'hui de plus de cent 
mille âmes. 

« Revenu en France, M. Ghaix a voulu fixer sa définitive 
habitation en son cher pays ; mais le climat n'en pouvait 
convenir à sa bien aimée compagne, ni à leurs filles nées 
dans les chaudes régions. Il a donc choisi la très agréable 
résidence de Montpellier, où il a passé encore de nombreu- 



— 105 - 

ses années, jouissant de l'estime et de la considération 
générale. 

«i Assurément, ses connaissances, son expérience, son 
intelligence, même sa fortune, l'auraient appelé à 'prendre 
rang dans les divers conseils de la cité, mais son excessive 
modestie et son goût de la vie retirée, de famille, à laquelle 
il s'est entier consacré, l'ont tenu éloigné des affaires publi- 
ques auxquelles il prenait cependant le plus vif intérêt, 
animé qu'il était des idées les plus sagement libérales. 
Combien son intimité était bienveillante^ charmante ! Com- 
bien était saillant son bon sens, s'exprimant avec cette 
clarté laconique, spéciale aux esprits droits, fermes, en 
leur naturelle probité. Oui, il était bien de ceux aimant pas- 
sionnément leur pays , leurs compatriotes ; il a visité 
Briançon et le Grand- Villard, berceau de sa famille tant 
que ses forces, ajoutons tant que ses enfants le lui ont per- 
mis, et soit directement, soit discrètement, sa généreuse 
sympathie s'est toujours révélée lors des malheureux 
incendies par trop fréquents. Que sa mémoire ne soit pas 
perdue. » 

Il a légué à la ville de Briançon une somme de 12,000 fr. 

GHAIX Gharles-Delphin. 

Charles-Delphin Chaix, est né à Briançon, le 24 septem- 
bre 1802. Il était le fils de Barthélémy Chaix, sous-préfet. 
Il fit son droit à (irenoble. Il a été, pendant de longues 
années Juge de paix du canton de Ribiers (Hautes- Alpes). 

BIBLIOGRAPHIE 

Opuscule anti-socialiste, suivi de quelques observations 
relatives au travail agricole et industriel, par C. D. F. 
Chaix, Marseille, 1851, J. Clapier, in-8», 15 p. 

GHAMPROUET (Grand de). 

Raymond Grand de Champrouët est né à Briançon le 
20 novembre 1740. 

La famille Grand, originaire de la Savoie, s'était fixée à 



— 106 — 

Briançon dans la seconde moitié du xvp siècle. En 1624, 
Guillaume Grand contribua largement à la fondation du 
couvent des Jacobins à Sainte-Gatherine-sous-Briançon. Il 
donna, dit Brunet en son Mémoire historique mss., des 
terres et aussi des sommes sur des particuliers de la 
Savoie, ses débiteurs. 

Les descendants de Guillaume Grand occupèrent à Brian- 
çon des positiçns en vue, soit comme assesseurs au bail- 
lage, soit comme magistrats municipaux de la cité. 

Le 16 août 1656, Georges Grand acquit de Pierre Bruni- 
card, notaire à Briançon, un tènement des biens situés au 
lieu de Ghamprouët, le tout relevant du roi. L'objet princi- 
pal de cette acquisition était une maison dont honneste 
Georges Grand passa reconnaissance le 18 décembre 1656. 

A partir de cette époque, les Grand s'intitulèrent Grand, 
seigneur de Ghamprouët, ou simplement Grand de Ghamp- 
rouët. 

Raymond Grand de Ghamprouët reçut une éducation 
soignée. En 1761, il était licencié en droit et entrait au 
barreau de Briançon ; en 1764, il était pourvu de la charge 
d'assesseur au baillage. Homme de valeur intellectuelle, 
honnête homme, Grand de Ghamprouët occupa dès lors 
une position entourée de la considération publique. Sa 
réputation de capacité et de probité s'étendit dans tout le 
département des Hautes-Alpes. 

En 1786, Grand de Ghamprouët était maire de Briançon. 
Etaient échevins : Salle et Blanc. 

A ^Assemblée de Vizille le Briançonnais fut représenté 
par Grand de Ghamprouët, Ghapin, curé de St-Martin, 
Berthelot pour le Queyras et Martinon pour le Monétier de 
Briançon. 

Le 6 janvier 1789, Grand de Ghamprouët fut nommé dé- 
puté suppléant aux états généraux pour la province du 
Dauphiné. Il fut admis à siéger en titre à TAssemblée 
nationale le 30 décembre de la même année, en remplace- 
ment de Mounier, démissionnaire. Le rôle du magistrat 
briançonnais fut plus modeste, plus effacé que celui de son 
illustre prédécesseur. Dans cette Assemblée qui réunissait 



— 107 — 

les plus vastes intelligences de la nation, il n'était pas pru- 
dent d'affronter les périls de la tribune. II appartenait aux 
hommes sages de remplir utilement leur mandat de légis- 
lateur, sans ambitionner la gloire dangereuse, réservée 
aux élus, de l'éloquence politique. Grand de Ghamprouët 
eut cette sagesse et ce mérite. 

Le 19 novembre 1792, Grand de Ghamprouët fut nommé 
par l'Assemblée générale du département des Hautes- 
Alpes, président du Tribunal civil et criminel des Hautes- 
Alpes, choix qui dénotait la considération dont jouissait 
l'élu parmi ses concitoyens. En 1793, malgré son ci- 
visme bien connu, il fut poursuivi comme suspect à 
Gap, en vertu d'un arrêté pris à Digne par les repré- 
sentants Dherbès, Latour et Beauchamp. Il était suspect 
de modérantisme. Il fut remplacé au tribunal criminel par 
Lachau de Veynes, vice-président. Gette poursuite n'eût, 
que nous sachions, aucun résultat sérieusement compro- 
mettant pour Grand de Ghamprouët. Il fut du reste, quel- 
ques années plus tard, amplement dédommagé de cette 
épreuve passagère par le choix que firent de lui en Tan viii 
les électeurs des Ilautes-Alpes, comme juge et officier du 
Tribunal civil du département des Hautes-Alpes. Il fut 
élu le premier sur vingt magistrats composant ce tribunal, 
et par le rang de cette élection il fut le président de l'une 
des deux Ghambres. 

G'est là le dernier acte de sa vie publique. On ignore la 
date précise de son décès. 

Barthélémy Ghaix, en son livre Préoccupations statisti- 
ques, raconte une particularité de la vie de Grand de Ghamp- 
rouët. Le Gonseil municipal, en fonctions de jury, pronon- 
çait sur les infractions en matière forestière : « On se 
rappelle, dit Ghaix (p. 195), que M. Grand de Ghamprouët, 
la première notabilité du pays, fut mis à l'amende de 500 fr. 
pour infraction. » 

GHANGEL, chimiste. 

Jean-Joseph-Louis Ghancel, fils de Jean-Louis, maitre 
chirurgien, est né à Briançon, le 18 novembre 1779, 



— 108 — 

La famille Ghancel, venue du Puy-St-Pierre, était fixée à 
Briançon dès le commencement du xvii* siècle. liCS Ghan- 
cel étaient chirurgiens, pharmaciens, avocats, procureurs, 
notaires. On trouve leur nom dans la nomenclature des 
ofliciers municipaux de la cité. (Jean-Louis Ghancel fut 
maire de Briançon en 1803). Ils faisaient partie de cette 
bourgeoisie dans laquelle le libre jeu d'institutions muni- 
cipales très larges et presque indépendantes du pouvoir 
central, avait développé l'instruction^ Tamour du sol 
natal et la fermeté des caractères. Elle occupait, cette com- 
bourgeoisie, par le talent, par la transmission héréditaire, 
toutes les fonctions civiles, administratives, judiciaires. 
Serrée autour du drapeau briançonnais^ elle montait la 
garde avec une vigilance passionnée à Tentour de ce fais- 
ceau d'institutions libres^ de franchises et de privilèges 
inscrite dans la grande charte du du xiv« siècle^ solennel 
accord entre lé dernier dauphin Humbert II et les commu- 
nautés briançonnaises. 

La royauté n'y manifestait son pouvoir que par l'organi- 
sation de l'élément militaire et la désignation des magis- 
trats. 

Dans ce temps, les ambitions, les préoccupations des in- 
térêts, les inspirations du patriotisme, les objectifs de toute 
culture intellectuelle, étaient concentrés dans le pays brian- 
çonnais. On pensait^ on discutait, on délibérait, on s'ins- 
truisait, on instruisait, on écrivait sur place. Il y avait des 
historiens (Antoine Froment, le curé Albert, Brunet de 
l'Argentière), des statisticiens (Roux-Lacroix, Bonnot, B. 
Ghaix), des agronomes (L.-E. Faure, Raby), des lettrés 
(Hermil, André Latour, le dernier des présidents du Tribu- 
nal, nés à Briançon) des mathématiciens (les deux Bérard), 
des chimistes. Louis Ghancel est celui dont les connais- 
sances et les travaux ont attaché à son nom une relative 
célébrité. 

Louis Ghancel devait exercer la même profession que 
son grand-père paternel Jean Ghancel, apothicaire du roy ; 
mais il ne fut point un praticien ordinaire, se bornant à la 
manipulation des substances pharmaceutiques. Il voulut 



- 109 - 

être et il fut un chimiste, un savant. Il passa plusieurs 
années à Paris dans les premières de ce siècle. Il y suivit 
les cours de l'école de pharmacie et ceux de chimie de 
Tillustre Thénard, dont il devint l'un des préparateurs. En 
1805, il inventa les allumettes oxygénées, découverte qui a 
amené celle des allumettes phosphoriques. Cette invention 
fut mentionnée dans le Journal du Commerce du 7 janvier 
1806 et dans le Journal de VEmpire du 7 février 180G, et 
souvent signalée par Thénard dans ses cours. Cette inven- 
tion, qui décelait dans le jeune pharmacien de remarqua- 
bles aptitudes, a été en 1860 l'objet d'une vive discussion. 
La priorité de cette découverte de Chancel fut contestée 
par un pharmacien briançonnais ; mais les fils du chimiste 
Chancel, respectueux de la mémoire de leur père, défendi- 
rent avec chaleur et avec succès du reste, ses droits à cette 
ingénieuse conception. Ils prouvèrent, par la production de 
documents authentiques et irréfutables, la date et la pater- 
nité de l'invention. 

Chancel s'établit comme pharmacien à Briançon. Il se 
maria avec M"« Brian (du Val des Prés), dont les frères 
avaient fondé une importante maison de commerce à Gè- 
nes. Son existence, qu'il passa dans sa ville natale, fut 
laborieusement consacrée à l'exercice de sa profession, à 
l'éducation de ses enfants ainsi qu'à son étude favorite, 
celle de la chimie. Il fut regardé sans conteste comme le 
premier chimiste du Briançonnais et de bien des lieues à 
la ronde. 

Le préfet Ladoucette, qui avait été gravement blessé à la 
suite d'une chute de voiture, alla demander la guérisonaux 
eaux thermales du Monètier-de-Briançon dans le mois 
d'août 1804. Entre parenthèses, son espoir ne fut pas déçu. 
Il y reconquit les facultés de la locomotion et la santé. 
Durant son séjour, le préfet conçut le dessein d'appeler 
l'attention publique sur la vertu curative de ces eaux. « Il 
confia la mission de les analyser à M. Chancel, pharmacien 
à Briançon, élève de Thénard. Ce chimiste se livra à cette 
étude non seulement pour les eaux des deux sources de 
Font-Chaude et de la Rotonde, mais encore pour celles de 



— 110 — 

la Liche quisourdent sur le territoire du Lauzet à peu de 
dislance du Lautaret. M. Chancel dressa un long mémoire 
dans lequel il donna le détail de ses expériences et son 
opinion sur l'action thérapeutique des eaux. M. Farnaud^ 
médecin, sur l'invitation de M. Ladoucette, inséra dans le 
Journal d'Agriculture et des Arts, qui se publiait à Gap 
(n*» du 1«' messidor an xiiil, 805), une analyse étendue du mé- 
moire de M. Chancel. » (Le Monêtier-de-Briançon et son 
établissement thermal, par Aristide Albert, 1884). 

Dans un voyage qu'il fit en Italie, Chancel découvrit dans 
les lacs de Toscane la présence de l'acide borique. Il son- 
gea à la fabrication du borax, ce qui eût été pour lui la 
source d'une fortune énorme. Mais un compatriote peu 
loyaL profitant de sa découverte et de ses confidences, 
prit les devants et mit l'inventeur dans l'impuissance de 
profiter des bonnes intentions du gouvernement en le de- 
vançant dans la location de ces lacs. Cet habile réalisa 
dans cette industrie une fortune colossale. Il fut anobli par 
le grand duc de Toscane qui lui conféra le titre de marquis. 

Louis Chancel est décédé à Briançon, le 18 février 1837. 

BIBLIOGRAPHIE 

Chancel a publié dans le Journal de la Pharmacie : 

En 1817 : Lettre à M. le D' Virey sur un empoisonnement 
des bestiaux par le pain d'amende du prunier des Alpes et 
sur son contrepoison, tome m. 

En 1818 : Huile amygdaline du prunier des Alpes; 

Conserve de carline, tome iv. 



Les frères OHANGEL. 

MM. Chancel frères, nés à Briançon, Paul le 11 juin 1817, 
Evariste le 18 avril 1821, et Marius le 1" avril 1827, ont doté 
leur pays natal d'une industrie de capitale importance, sans 
terme de comparaison dans le passé du Briançonnais, dans 
sa spécialité sans rivale en France et ailleurs, dans le 
champ général de l'activité humaine, lors du premier fonc- 
tionnement. 



— 111 - 

Cette industrie, c'est le peignage des déchets de soie. La 
bourre qu'on détache du cocon par l'opération du décoco- 
nage, ou par le battage des cocons dans Teau, était, dans 
le passé, à peu près sans utilisation ; mais ces résidus de 
Topération du décoconage connus sous le nom de bourettes, 
frisons et de cocons doubles renfermaient de la soie indé- 
vidable, il est vrai, mais non sans valeur. Il n'y avait qu'à 
dégommer ces résidus^ à en peigner ou carder la soie. On 
obtenait ainsi des filaments plus longs, plus fins, plus faciles 
à tisser que la laine. Le produit de ces opérations conser- 
vait toujours sa nature première ; c'était toujours de la 
soie. De là l'industrie qui a réalisé Tutilisation des déchets 
de soie. La fabrique de Briançon, au milieu des opérations 
successives auxquelles est soumise cette matière avant 
d'arriver au consommateur, avait concentré son action 
dans le simple peignage des déchets de soie. 

Cette industrie avait été importée dans les Alpes par un 
sieur Mathieu (de St-Véran), qui, après quelques travaux 
sans importance^ s'était transporté à Briançon et associé 
avec Adolphe Arduin, banquier. 

Mais il fallait des fonds, des agents intelligents et instruits 
pour élargir cette industrie, pour donner de l'impulsion à 
des rouages compliqués, extraire en un mot Tidée féconde 
de l'état embryonnaire et réaliser ses promesses. Les frères 
Ghancel furent, en 1842, appelés à faire partie de l'associa- 
tion. Ils y apportèrent leurs fonds, leur jeune expérience 
commerciale et les ressources plus précieuses encore de leur 
intelligence et de leur activité. 

Mon ami Victor Vincent, qui a été celui le plus intime de 
M. Evariste Chancela me traçait un jour en quelques lignes 
l'histoire de la fabrique de Ste-Catherine et de ses vrais 
créateurs, les frères Chancel. Je reproduis ici un extrait de 
cette notice écrite avec l'intime sincérité d'une correspon- 
dance privée (juin 1883) : 

t Evariste Chancel a fait ses études classiques à Tournon 
dont le lycée, comme le collège de Sorrèze, avait jadis an- 
tique et belle renommée ; il ne les y acheva pas complète- 
ment, son père ayant pour lui préféré la carrière commer- 



— 112 — 

ciale et rayant casé dans la maison de MM. Brian, frères de 
M™* Chancel, à Gênes, où le jeune Evariste se signala par 
une réelle aptitude aux affaires. . . Son frère aîné, M. Paul 
Ghancel vint ensuite aussi chez ses oncles Brian. Alors 
surgit la création de la manufacture de Sainte-Gatherine- 
sous-Briançon, entreprise par M. Adolphe Arduin, en so- 
ciété avec MM. Mathieu de St-Véran-Queyras, où déjà 
ceux-ci avaient, sur petit pied, commencé la carderie des 
déchets de soie. M. Arduin, au tempérament ardent, abor- 
dait vivement l'exécution de toutes œuvres nouvelles^ et 
cette fois, comme d'autres du reste, sa perspicacité comprit 
l'immense développement dont était susceptible l'établis- 
sement qu'il venait de fonder ; il y eût coïncidence dans 
son désir d'en faire partager les profits à sa famille^ et 
dans le besoin des capitaux considérables, nécessaires à 
cette entreprise, encore à son enfance ; donc M. Arduin qui 
avait déjà près de lui M. Marius Ghancel, fit appel aux 
deux frères aînés ; alors MM. Paul et Evariste Ghancel 
quittèrent Gênes, et fut formée la société Arduin, Ghancel 
frères et Mathieu, qui aurait pu exister longtemps si ces 
derniers, subissant des influences malveillantes et de fu- 
nestes inspirations, n'en avaient pas provoqué et rendu iné- 
vitable la dissolution, par leur résistance aux améliorations 
et à Taccroissement de la manufacture ; eux, sans fortune, 
n'avaient aucun risque à courir, au contraire ils n'avaient 
qu'à bénéficier des chances heureuses. — L'association se 
reforma entre MM. Ghancel et M. Arduin, qui se retira à 
l'expiration du terme convenu pour la durée de cette société. 
MM. Ghancel demeurèrent donc seuls, associés tous les 
trois durant plusieurs années, au cours desquelles la pros- 
périté de leur industrie a atteint son apogée ; leur fortune 
a dépassé toutes les prévisions, et par heureuse, inévitable 
conséquence, toute la région Briançonnaise en a largement 
profité. Gédant à l'entraînement du mouvement économique 
dans la sphère insdustrielle et finahcière, MM. Ghancel ont 
versé tout leur avoir social dans une vaste association, qui 
a englobé les manufactures les plus importantes, en cette 
spécialité de produits, et ont ainsi consolidé, en même temps, 



- 113 — 

leur riche situation et l'avenir de la magnifique fabrique 
de Sainte-Catherine ; cette association est aujourd'hui une 
Société anonyme industrielle pour la Schapp, dont le siège 
social à Bâle. reposant sur obligations et actions fort bien 
cotées en Bourse. » 

Quelle fut la part de chacun des trois collaborateurs dans 
cette œuvre si intelligemment conçue et conduite, si heu- 
reusement terminée? Ce n'est pas chose facile à lixer et ce 
serait, à la légère, que nous émettrions là-dessus une 
opinion personnelle. Victor Vincent s'exprime ainsi sur 
Evariste Chancel : « Pour l'œil qui a pu pénétrer dans le 
jeu de cette commune action, il est clair et certain que 
large et considérable a été la part d'Plvariste. 11 tenait la 
correspondance dans laquelle il excellait ; il y savait, par 
son aménité, assouplir les résolutions les plus fermes aux 
formes les plus courtoises et entretenir, dans les plus favo- 
rables conditions, leurs rapports avec tous leurs nombreux 
tenants et aboutissants. Lorsque parfois, et ce fut pour 
MM. Chancel événement rare, surgirent ces conflits ailleurs 
si fréquents entre patrons et ouvriers, c'était Evariste qui 
était chargé de résoudre les différends, le tempérament 
trop roide de Paul et de Marins ne se prêtant guère aux 
mesures de conciliation. » 

Le plus jeune des trois frères. Marins Chancel, révéla 
dans la direction tripartite de l'usine, surtout quant au 
mouvement commercial, des aptitudes vraiment remar- 
quables. Il se réserva les voyages et les communications 
directes avec acheteurs et vendeurs et put ainsi, comme 
maître de la chose, donner accélération et caractère défi- 
nitif aux transactions. D'une activité dévorante, d'une 
volonté de fer, d'une pénétration de jour en jour afîînée par 
le nombre et l'importance des affaires, par le rêve ardent 
des grands succès et la compétition de la richesse. Marins 
Chancel fut un industriel et un commerçant d'une grande 
puissance de travail et d'une rare habileté. Il contribua 
largement à la prospérité de l'usine. 

On peut se faire une idée du caractère de Marins Chancel 
et de son labeur, par ce fragment d'une lettre publiée au 



— 114 - 

cours d'un procès entre MM. Ghancel et M. Benoît Berthe- 
lot beau-frère de MM. Evariste et Marins chancel, ancien 
employé de l'usine, dont les agissements donnèrent lieu à 
une action en dommages-intérêts de la part des frères 
Ghancel, action qui fut accueillie par des décisions judi- 
ciaires : 

« Sais-tu quelle était notre position lorsque nous avions 
ton âge ? Sais-tu ce que nous gagnions, et que nous aurions 
été contents de gagner, et cela après avoir risqué notre 
fortune, l'avoir vu compromise maintes fois, avoir subi des 
épreuves de procès, <l'inondations, des crises commerciales, 
avoir créé, avoir travaillé jour et nuit, non comme un direc- 
teur actuel, mais comme contremaître, subissant toutes 
les fatigues physiques, toutes les tortures morales, dres- 
sant des cardeurs à bras dans la maison, à Névache, à 
Gervières, etc., etc.? Seuls pour le travail industriel, et 
devant tout sortir de nos réflexions ; tandis que toi, tu es 
appuyé, dirigé, enlevé en quelque sorte par mon soutien 
constant, mes idées, mon travail, mes lettres, mes volumes 
d'ordres? Avec ce que j'ai fourni de travail, de soins^ 
d'exemples, de patience et de bonté, j'aurais dressé dix jeu- 
nes gens, qui y auraient mis plus de bonne volonté, de 
sérieux, d'intelligence que tu n'en as mis pendant les 

huit ou dix premières années 

« On nous volera notre manière de faire, pourra-t-on 
penser ? Qu'importe ! notre valeur, nos établissements, nos 
relations, nos capitaux produiront toujours ce qu'ils méri- 
tent. Les violons ne sont rien sans maîtres. Et puis, après 
tout, périsse tout plutôt!!! Voilà ma manière de voir. » 
(!«'• février 18G9.) 

M. Paul Ghancel, l'aîné des trois frères, chimiste et 
hygiéniste, eut constamment l'occasion de mettre au service 
de l'usine dans les questions d'aération, de salubrité des 
locaux, de désinfection des matières premières, ses con- 
naissances spéciales. Homme froid, méthodique, appliqué, 
il donna à toutes les opérations sur place, un concours 
utile et soutenu. 
En somme, il faut reconnaître qu'il ne s'agissait point ici 



- 115 - 

d'une industrie à organisation déjà maintes fois expéri- 
mentée, à errements connus, et dans laquelle il n'y aurait 
eu qu'à diriger les choses par les entournures ailleurs 
étudiées. 

Ici tout était à créer, à inventer, à expérimenter, tout 
devait être initial ; les combinaisons mécaniques remania- 
bles et transformables jusqu'à l'obtention d'un usage 
rationnel et pratique ; un personnel à dresser d'après les 
règles qu'on s'est formulées à soi-même ; faire acte, en un 
mot, à chaque pas, d'initiative habile, de prévoyance des 
obstacles, de sagacité et d'obstination pour en avoir raison. 
Tel est le bilan des forces d'intelligence et de volonté qui 
ont permis aux frères Chancel de mener à bien et à achè- 
vement une entreprise vaste et hérissée de difficultés. 

Il est de toute justice que le nom des frères Chancel occupe 
dans les annales du Briançonnais une place notable. Il faut 
rappeler aussi que ces grands industriels ont accompli les 
obligations morales que prescrit la possession d'une grande 
fortune. Soit dans le cours de l'exploitation industrielle, soit 
depuis, ils ont eu la préoccupation du devoir social ; ils ont 
été philanthropes et charitables, étendant largement autour 
d'eux, surtout dans le cercle de leurs humbles collabora- 
teurs, le bénéfice d'une assistance vigilante et continue. Ils 
avaient fondé, dans les dépendances de leur usine, des éco- 
les pour les enfants, des salles d'asile, et assuré des soins 
et des secours gratuits aux ouvriers malades ou infirmes 
(voir Usine de Ste-Gatherine. Le Dauphiné, t. 5, p. 295, 1869, 
par A. Albert). Les trois frères ont fait à l'hospice de 
Briançon le don d'une maison qui a pu devenir une annexe 
importante de cet établissement charitable. 

Mmcs Elisa et Olympe Chancel, soit du vivant de MM. Eva- 
riste et Marius, leurs époux, ont partagé et continué ces 
belles traditions de bienfaisance. M^^^ Olympe Chancel a fait 
don à la ville de Briançon du domaine de la Tour, pour 
l'établissement d'un hospice de vieillards. 

La large et intelligente libéralité des deux sœurs a 
englobé le Briançonnais tout entier dans la reconnaissance 
qui leur est due. 



— 116 — 

GHANGEL Evariste. 

Aux élections législatives de mars 1876, Evariste Ghancel 
fut nommé député des Hautes-Alpes. Il avait pour con- 
current Arnoul Meyer, avoué h Briançon. 

Evariste Chancel était dépourvu de cette vulgaire ambi- 
tion qui recherche les bruyantes exhibitions des titres et 
les acclamations banales des foules. Il avait, plus élevé, le 
respect de la dignité humaine et de la sienne propre. Il 
avait, en produisant sa candidature, cédé aux sollicitations 
de ses amis et de beaucoup de ses concitoyens attachés à 
lui par l'estime et les cordiales relations. Il cédait aussi à 
la louable pensée de concourir au bien public dans l'orien- 
tation des principes, qui étaient à ses yeux les plus justes 
et les plus sociaux. Ernest Cézanne, le regretté député des 
Hautes-Alpes, porté si haut dans l'opinion publique, avait 
écrit à Ghancel : « Votre candidature honore la grande 
« industrie française, mais surtout elle répond bien aux 
« idées de travail persévérant et de bonne administration 
« des affaires qui sont dans le caractère de nos populations 
« briançonnaises. Aucun nom ne peut mieux que le vôtre 
« personnifier cet arrondissement. » 

La profession de foi d'Evariste Ghancel disait, en peu de 
mots, des intentions honnêtes et de la probité politique : 

« Indépendant par caractère et par position, libre de toute 
attache politique, je n'ai pas d'autres intérêts que les vôtres. 
Si vous m'honorez de votre confiance, à l'exemple de 
M. Gezanne, mon honorable ami, je voterai toujours pour 
le maintien des grands principes conservateurs et libé- 
raux... » 

Le candidat ajoutait en dernier lieu : « Si vous me faites 
rhonneur de me choisir pour cette mission, j'aurai à cœur 
de mettre à votre service les avantages que me procurent 
de hautes et nombreuses relations. » 

Si j'avais eu communication de cette rédaction, j'aurais 
conseillé à mon ami Evariste Ghancel la suppression de 
ce dernier paragraphe de sa profession de foi, ainsi que je 
l'ai fait un jour avec insistance et succès pour une déclara- 



— 117 — 

tion conçue à peu près dans les mêmes termes, d'un autre 
de mes amis qui a été député de l'Isère. 

Le mandat de député doit être, ce me semble, circonscrit 
par le terrain politique et ne doit viser que les intérêts 
généraux. Il doit en être ainsi pour le bien général, pour 
la régularité des services publics et le souci de la respon- 
sabilité des fonctionnaires, pour la dignité du mandataire 
lui-même ; pour le respect du pacte fondamental qui trace 
une ligne de démarcation entre le pouvoir législatif et le 
pouvoir exécutif. 

Il est malheureusement trop vrai que l'ingérance des 
représentants du pouvoir législatif dans les services publics 
et l'administration est un fait de tradition et d'accoutu- 
mance. Déviation regrettable de la loi constitutionnelle!!! 
Elle a eu pour effet, souvent, de soumettre des volontés 
réfléchies et compétentes aux caprices de proconsuls irres- 
ponsables et de fausser le suffrage universel par l'encom- 
brement dans le personnel des administrations, des créatu- 
res d'un élu dépourvu d'élévation d'âme et d'honorables 
scrupules. 

Ces réflexions ont un caractère général et ne peuvent 
avoir aucune application à la conduite politique d'Evariste 
Ghancel, dont l'esprit d'équité et Texquise bienveillance 
étaient une garantie certaine de son respect de tous les 
droits acquis, sans acception de parti. 

La conduite parlementaire d'Evariste Chancel fut la 
loyale exécution de sa profession de foi. Il prit place à la 
gauche modérée et vota pour l'amnistie partielle, pour les 
projets de loi >iur la collation des grades, sur Vélection dex 
maires, pour l'ordre du jour Laussedot. Leblond et de 
Marcère, contre les menées ultramontaines et pour l'ordre 
du jour des gauches réunies, dit des 36.'^. 

Après une courte législature, Evariste Chancel rentra 
avec bonheur dans la vie privée, dans la vie de famille qu'il 
n'avait quittée qu'à regret. Plusieurs des lettres qu'il m'a 
écrites pendant la session, témoignent de ses préférences 
pour la vie paisible du foyer si bien méritée par une longue 
carrière de travail et de soucis commerciaux. Ilélas! près- 



- 118 — 

que toujours sont illusoires ces projets pour rarrangement 
de notre vie! ! 

Evariste Ghancel eut peu d'années à consacrer aux dou- 
ceurs de cette vie tranquille qui était si bien dans ses 
goûts. Le survivant des trois frères, il mourut à Briançon 
le 11 juillet 1882. 

Dans un article nécrologique publié par le journal La 
Durance (6 août 1882), nous relevons sur le caractère et les 
habitudes de cet excellent homme, qui fut aussi un excel- 
lent citoyen, des appréciations élogieuses qui n'étaient 
qu'un hommage rendu à la vérité : 

« La fortune lui avait largement mesuré ses faveurs ; il 
savait user noblement de ces richesses qu'il avait acquises 
par un long et pénible travail ; il donnait sans compter. 
Les malheureux ne l'ignoraient pas ; aussi connaissaient-ils 
le chemin de Ste-Gatherine; ils venaient, avec confiance, 
exposer leurs besoins à l'hôte du chalet; ils savaient, par 
expérience, que sa main s'ouvrait à toutes les infortunes, 
comme son cœur compatissait à toutes les douleurs. 

« Admirablement secondé dans la distribution de ses 
aumônes, par la digne compagne qui le comprenait si bien, 
il parvenait, avec son aide, à découvrir ces misères ignorées 
auxquelles sa délicatesse voulait épargner jusqu'à l'humilia- 
tion de se révéler, et il était heureux de panser des plaies 
que nul n'avait soupçonnées jusque-là. » 

Evariste Ghancel a laissé des fils, MM. Louis, Edmond, 
Alphonse, Gustave et Félix Ghancel, qui portent dignement 
le nom respecté de leur père. Leur amour filial a adouci, 
dans le cœur de M°»^ Elisa Ghancel, leur mère, la douleur 
de la perte d'un excellent époux. 

GHAPUZET Louis-Guillaume-Joseph. 

Louis-Guillaume-Joseph Ghapuzet est né à Briançon, le 
10 février 1774. Il appartenait par son père, Joseph Ghapu- 
zet, à une famille venue du Périgord à Briançon à la fin du 
xvii« siècle, et par sa mère, Marie Ghoquin, à celle de négo- 
ciants venus de Pignerol et fixés à Briançon. La profession 
de pharmacien était généralement celle des membres de la 
famille Ghapuzet. 



— 119 — 

A l'âge de 18 ans, le 5 février 1792, Ghapuzet entra au 
service comme sergent de la garde nationale soldée à 
Briançon. Il lut incorporé en 1794 dans le l'^'' bataillon des 
chasseurs des Hautes- Alpes, devenue la 11™^ 1/2 brigade. 
Capitaine en 1810, il était en février 1813^ chef de bataillon, 
et était promu colonel le 15 décembre de la même année. 
GhevaUer de la Légion d'honneur dès 1812, il était officier 
du même ordre en 1814. Il avait fait les campagnes dltalie, 
sous Bonaparte, Brune, Schérer et Moreau ; celle de Dal- 
matie et Albanie, sous Marmont; celle de Catalogne, sous 
le duc de Tarente et Decaen ; la campagne de Russie, celle 
d'Allemagne et la campagne de France. 

Gomme action de guerre à signaler, il avait, le 21 août 
1813, efïectué le passage du Bober à gué, en présence de 
TEmpereur, à la tête du 3*"^ bataillon du 154™« de ligne. Il 
s'empara de la position du moulin et de toutes les hauteurs 
qui le dominaient et s'y maintint malgré les attaques réité- 
rées de forces supérieures de l'ennemi, ce qui favorisa 
l'arrivée des deux autres bataillons du régiment et le pas- 
sage de l'artillerie. 

Il fut licencié le 15 septembre 1815. Rentré dans ses 
foyers, il commanda les gardes nationales de l'arrondisse- 
ment de Briançon, jusqu'en 1818. 

En 1816, le 31 juillet, le colonel Ghapuzet épousa M"« Caro- 
line Gharbonnel-Salle, fille du juge d'instruction près le 
tribunal. 

En 1830, le colonel Ghapuzet fut, aux acclamations 
enthousiastes de ses concitoyens, nommé commandant de 
la garde nationale de Briançon. 

En 1831, il se retira à Grenoble pour rendre plus facile et 
plus étendue l'instruction de ses enfants. Il y est mort le 
9 décembre 1841. 

Le colonel Ghapuzet était d'un noble caractère, d'une 
bravoure à toute épreuve, modeste, d'une loyauté sans 
taches, d'un jugement sain, d'une bonté qui rayonnait sur 
ses beaux traits; il avait marché toute sa vie, sans dévia- 
tion, dans la voie de l'honneur, observateur de tous les 
devoirs. Aussi était-il prophète dans son pays. Il y était 



— 120 — 

entouré du respect et de rattachement de tous. On s'hono- 
rait grandement de l'avoir pour ami. 

GHAPUZET Jacques-François. 

Jacques-François Ghapuzet, frère germain du précédent, 
est né à Briançon, le 10 avril 1775. Gomme son frère avec 
lequel il rivalisa de patriotisnie et de bravoure, il entra 
tout jeune au service militaire et il y eut un avancement 
rapide. Dans la campagne du Portugal, en 1809, sous les 
ordres du maréchal Soult, duc de Dalmatie, Ghapuzet se 
distingua par sa solide bravoure^ On trouve dans les vie- 
toires et conquêtes, la mention d'un fait d'armes honorable 
de Ghapuzet pendant le blocus de la place de Tuy. « Le chef 
de bataillon Ghapuzet se distingua particulièrement pendant 
le blocus de cette place, en faisant une incursion jusque 
sous les murs de Vigo, dont malheureusement la garnison 
venait de se rendre aux Anglais et qui eut été délivrée, si 
elle eût prolongé sa résistance de quelques jours. » 

Ghapuzet n'eut guère le loisir de revenir à Briançon 
durant les guerres de la République et de l'Empire. Sa vie 
se passa dans les camps. 

Il devint colonel, et fut tué à la bataille de Waterloo. 

GHARBONNEL-SALLE Joachim. 

Jean-François-Balthazard-Joachim Gharbonnel-Salle est 
né à Briançon, le l^^ germinal an ix (22 mars 1801). 

La famille Gharbonnel-Salle était originaire de la Salle. 
Joseph Gharbonnel-Salle, marchand à Briançon, avait 
obtenu le 24 janvier 1746, le droit de combourgeoisie qui 
lui avait été conféré à cette date par le Gonseil général de 
la ville. Gette famille acquit de Tinfluence dans la cité par 
l'intelligence et le dévouement de ses membres à ses intérêts. 

Dans la contestation célèbre des bourgeois et marchands 
contre les gradués (avocats, procureurs et médecins) qui 
prétendaient, exclusivement à leurs compatriotes, à la pre- 
mière fonction et dignité municipale (maire ou l®^ consul), 
Gharbonnel-Salle, marchand et consul de la communauté. 



— 121 — 

fut au premier rang parmi les adversaires les plus résolus 
de la prétention des gradués. Un autre membre de la 
famille exerça les fonctions de procureur du roi auprès du 
baillage. Un Gharbonnel-Salle, le parent et l'ami de Sun- 
derson-Berard, fut à ses côtés pour la défense des principes 
de la Révolution et aussi pour la préservation du Brian- 
çonnais contre tous les excès. Jean-François Gharbonnel- 
Salle, le père de Joachim, exerça de longues années à 
Briançon les fonctions de juge au Tribunal civil. 

Joachim Charbonnel-Salle fit ses études universitaires à 
Briançon, son cours de droit h Grenoble et successivement 
à Dijon et obtint en l«*2l le diplôme de licencié. 11 fut avo- 
cat à Briançon, jusqu'en 18IÎ0, époque à laquelle il se fixa à 
Grenoble, et se fit inscrire au tableau de Tordre des avocats. 
Il a exercé en cette qualité jusqu'en 1855. 

Gharbonnel-Salle occupait au barreau un rang honorable. 
Il était instruit, avait l'élocution facile. Il était sociable et 
bon. Ses confrères^ captivés par son aménité et son esprit, 
lui étaient attachés sans distinction d'opinion politique. 
Gharbonnel-Salle a été bâtonnier de l'ordre. 11 a publié de 
nombreux mémoires judiciaires, quelques-uns dans des 
litiges importants. 

En 1855, Gharbonnel-Salle qui avait été membre du Gon- 
seil municipal de Grenoble et adjoint au maire, entra dans 
la magistrature. Il fut nommé juge au Tribunal civil de 
Grenoble et admis à la retraite pour limite d'âge le 21 mars 
1871. , 

A neuf reprises, de 1852 à 1874, Gharbonnel-Salle fut 
désigné par la municipalité de Grenoble, pour présider les 
distributions de prix à l'école professionnelle, ainsi qu'à 
l'école supérieure de Grenoble. Les discours qu'il a pronon- 
cés, dans ces circonstances, ont été publiés et révèlent en 
leur auteur, avec une instruction large et variée, la posses- 
sion d'un style élégant et facile, encombré quelquefois, il 
est vrai, par la surabondance des qualificatifs. G'est là qu'il 
faut chercher le mérite littéraire de l'orateur. On l'y trou- 
vera plus sûrement que dans ses productions poétiques, de 
valeur contestable. 



— 122 — 

Gharbonnel-Salle est mort à Grenoble, le 5 avril 1879. 

Il a laissé deux fils, l'un chef de bataillon d'infanterie en 
retraite ; le second, savant distingué, professeur à la 
Faculté des sciences de Besançon. 

BIBLIOGRAPHIE 

Les neuf discours aux distributions de prix dont il a été 
parlé ci-dessus. 

1815. Ode aux Grenoblois. S. d., in-8'» 4 p. 

Le génie dos Alpes, légende (en vers). S. d., in-8« 30 p. 

Article Briançon dans ï Album du Dauphiné. Signé : G. S. 

Souscription pour la propagande anti-socialiste et pour 
lamélioration du sort des populations laborieuses. Greno- 
ble, 31 août 1849. Imp. Baraiier. 

CHENU ou FLEURY-GHENU, peintre. 

Augustin-Pierre-Bienvenu Fleury-Ghenu est né à Brian- 
çon, le 12 mai 1833. Son père, Anthelme Fleury-Ghenu, était 
maitre-tailleur au 6'^*' régiment de ligne. Les témoins à 
l'acte de Tétat civil furent le petit père Simon Brunet, mer- 
cier dans la Grand'rue, la langue la mieux affilée de Brian- 
çon, et le bon Pancrace Fine du Villard-St-Pancrace. 

Le jeune Fleury-Ghenu passa les premières années de 
son enfance à Briançon. Gette nature du Briançonnais gran- 
diose dans l'aspect général de la contrée se dédouble en 
quelque sorte dans les impressions qu'en reçoivent ses 
habitants. Il y a l'hiver briançonnais avec sa sévérité, avec 
la rudesse d'un sol recouvert de neige, spectacle empreint 
cependant de majesté et parfois de douceur sous la clarté 
d'un ciel bleu inondé de lumière. 11 y a le Briançonnais de 
l'été avec la grâce pittoresque de ses frais vallons, de ses eaux 
vives, de ses forêts, de la découpure gracieuse de ses lignes 
de faite, et la merveilleuse pureté du ciel. Il semble que le 
charme attractif de l'été briançonnais eut dû captiver l'en- 
fant et déposer en son âme les sédiments de poétiques sou- 
venirs. Mais chose singulière <ît qui dénote la puissance des 
dispositions natives de l'esprit et les fatals errements de 
Timagination, ce fut le Briançonnais de l'hiver qui imprima 



— 123 — 

dans la vision et dans l'âme de l'enfant une forte et durable 
empreinte. Il fut dès lors et à son insu le futur peintre de 
la neige. 

La famille Fleury-Chenu se fixa à Lyon en 184(). Le jeune 
Chenu entra à l'âge de 14 ans à l'école des Beaux- Arts ; il 
y reçut les leçons de dessin et de peinture d'un habile pro- 
fesseur, Louis Guy. Le père de Chenu, honorable indus- 
triel, était relativement riche. Mais bientôt des revers de 
fortune obligèrent le jeune artiste à demander à son talent 
naissant des ressources pour sa famille et pour lui-même. 
Ses débuts dans la carrière qui devait être brillante, furent 
difïîciles. Moyennant 3 francs par jour, il peignait le plafond 
du casino de Lyon. Mais son talent se développait, gran- 
dissait ; il produisit plusieurs toiles remarquables, entre 
autres plusieurs panneaux représentant des sujets de 
chasse. Par son beau paysage le départ du bateau à vapeur, 
Chenu avait à Lyon attiré sur son talent l'attention publi- 
que. Mais sa réputation jusque-là était lyonnaise et limitée. 

Enfin à l'exposition de Paris de 1867, Fleury-Chenu 
obtint une médaille, avec son tableau Le cours des Char- 
treux à Lyon, effet de neige. Cette toile est souvent désignée 
sous cette dénomination : Le fiacre Jaune. Le jour même 
de l'ouverture de l'exposition, on s'aborde, artistes, ama- 
teurs, marchands : « Avez-vous vu la neige d'un nommé 
Chenu? » La révélation d'un talent original de premier ordre 
était faite. La France comptait un maître paysagiste de 
plus, un paysagiste hors Ugnes. L'inconnu de la veille 
était célèbre le lendemain. Le nom de peintre de la neige 
fut irrévocablement accolé à son nom patronymique. 

La consécration de la renommée de P'ieury-Chenu fut 
assurée par une série de peintures d'un mérite égal au 
Cours des Chartreux ; ce furent le billet de logement, les 
traînards qui fut acquis par le ministre et qui est au musée 
du Luxembourg, le maréchal ferrant, la visite de noces, le 
coup de Vétrier, le quai delà Charité à Lyon, etc. 

La réputation de Chenu allait croissant et bientôt il ne 
put plus sufïire aux commandes. Le prix de ses toiles avait 
atteint un chiffre élevé. Alexandre Dumas fils avait acheté 



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- 124 — 

le cours des Chartreux^ et Faure^ le baryton de l'Opéra, 
s'était rendu acquéreur de V Abreuvoir d'Hauteville. 

Toutes ces compositions révélaient une fermeté et une 
justesse de dessin très remarquable, une science du coloris 
très rare, une richesse d'imagination inépuisable. Aussi se 
disputait-on ces œuvres si originales et d'un si puissant 
effet. La toile acquise pour le musée du Luxembourg, fut 
payée 8.000 francs. La visite de noces fut vendue au même 
prix. En 1872, son tableau Yeffet de neige à Brenod (Ain), 
fut acquis par le roi de Hollande au prix de 15.000 francs, 
et ainsi de ses autres toiles. 

La visite de noces a inspiré à Jules Claretie (1) quelques 
observations; il critique les personnages du tableau, mais 
reconnaît les qualités du paysage , et termine ainsi : 
« M. Fleury-Ghenu n'en a pas moins rendu fort bien sa 
neige et son brouillard, seulement c'est un sorbet qui coûte 
cher. » 

C'était sans connaissance de cause et partant avec incons- 
ciente injustice que l'opinion publique avait cantonné le 
talent de Chenu dans la peinture de la neige. Il n'était 
point vrai qu'il dût être spécialisé ainsi. On doit à Chenu 
plusieurs toiles admirables d'où la neige est exclue, par 
exemple : La bataille des cimbres et Venfant mort. 

Chenu est mort, le 9 mai 1875, à 40 ans, dans la plénitude de 
son talent, au moment où la gloire et la fortune étaient venues 
à lui. Le vaillant artiste était atteint depuis deux ans d'une 
maladie de cœur. Il a vécu par le cœur, disait, en suivant 
le convoi funèbre, un artiste lyonnais, il en est mort. 

Chenu était en effet un grand cœur. Il était adoré de tous 
ceux qui étaient dans son intimité. Il était tellement doux 
et modeste que ses confrères ne le jalousaient point. Sa 
bourse était ouverte, avec les ménagements d'une infinie 
délicatesse envers ses obligés, aux jeunes artistes dont il 
devinait la srène. Il était mémoratif des jours difficiles de 



(1) Peintres et sculpteurs contewporains, 1874. 



- 125 - 

sa jeunesse ! Son caractère et sa bonté étaient au niveau 
de son talent. 

Chenu était arrivé à acquérir la qualité souveraine des 
grands maîtres, l'originalité. Son œuvre lui assigne un des 
premiers rangs parmi les peintres contemporains. 

Tableaux de Fleury-Ghenu qui ont figuré dans les expo- 
sitions : 

Salon de 1807 : La neige sur le quai, Cours des Chartreux 
à Lyon. 
Salon de 1868 : Le coup de l'étrier, La promenade le soir. 
Salon de 1869 : La garde. 
Salon de 1870 : Les traînards. 
Salon de 1872 : La visite de noces. 
Salon de 1873 : La Saône (1). 

GOLAUD Antoine -François^ aTocat-généraL 

Les Colaud étaient très nombreux dans la commune de 
Briançon ; au Pont-de-Cervières, ils étaient une véritable 
tribu de propriétaires cultivateurs et d'artisans. Dans le 
clan de la ville, les Colaud étaient avocats, procureurs, 
médecins, notaires surtout. 

Joseph Colaud, né le 8 mars 1698, était le fils d'Antoine 
Colaud, notaire, et de Marie AUois, d'une famille de Savoulx 
près d'Oulx, qui comptait parmi ses membres plusieurs 
conseillers à la Cour des Comptes. Il a occupé, au cours 
du xviii^ siècle, le premier rang parmi les Colaud de Brian- 
çon. Il était à la fois assesseur au baillage, et receveur 
général des bois et domaines du roi. Il fut investi aussi des 
fonctions déjuge de la seigneurie de Névaches, appartenant 
aux Desambrois, fonctions dans lesquelles il ne fut rem- 
placé qu'en 1758 par l'avocat Turcon. 



(1) Parmi les belles toiles de Chenu, il faut mentionner les divers paysa- 
ges d'Hauleville. (Il possédait près de cette petite ville du Bugey (arrond. de 
Belley) une petite ferme qu'il aimait) ; ses vues de Crémieu et de ses envi- 
rons, lieux pittoresques qui ont inspiré de grands paysagistes : Âchard, 
Daubigny» Blanc-Fontaine, et l'aquarelliste Ravier. 



r 



— m — 

A la suite de la destitution du sieur Gardon-Perricaud, 
vi-bailly du Briançonnais, et de sa condamnation par arrêt 
du Parlement de Grenoble, du 1®** août 1738, pour cause de 
détournements, Joseph Colaud présida les audiences du 
baillage, non comme vi-bailly, mais comme le plus ancien 
assesseur. Il prit quelquefois dans les sentances ou ordon- 
nances sur requêtes, la qualiQcation de juge mage. Disons 
en passant que le siège de vi-bailly demeura vacant depuis 
1738, jusqu'à l'installation de Jean Alphand, en 1748. 

La situation de fortune de Joseph Colaud était considé- 
rable. Il possédait un domaine de vaste étendue aux Tou- 
lousannes; il en avait deux autres dans la vallée de la 
Guisanne, l'un le Calvaire, au-dessus de Mas de Biais, 
l'autre aux abords de la ville qui porte encore son nom, 
et qui a passé par l'acquisition qu'en a faite au commence- 
ment de ce siècle, mon grand-père maternel, Jean-Jacques 
Bouchié, aux mains de ses arrière-petits-fils, MM. Sentis, 
qui en sont les possesseurs actuels. 

Joseph Colaud, marié à Marie-Anne Desgeneys (de Bar- 
donnêche), avait eu de cette union une nombreuse descen- 
dance. A noter parmi ses fils, Antoine-François et Jacques- 
Claude (dit Bernardin), ayant occupé l'un et l'autre des 
situations élevées dans les fonctions publiques, civiles ou 
politiques. 

Antoine-François Colaud est né le 9 février 1727. Il fit ses 
premières études à Briançon. Devenu avocat, il exerça 
pendant quelques années devant le baillage de sa ville 
natale. Il prête, en 1749, devant cette juridiction le serment 
d'usage des avocats. Il avait 22 ans. On a dit qu'il avait été 
vi-bailly du Briançonnais depuis la dépossession de Gardon- 
Perricaud. C'est là une erreur qui a eu cours, et qui ne 
doit pas se reproduire. On n'est pas vi-bailly à 11 ans.- 

Antoine-François Colaud acquit, en 1751, une charge de 
conseiller maître à la Cour des Comptes. Il fut nommé, le 
25 octobre 1751, en remplacement de Joseph de Baratier. 
En 1754, Antoine Colaud fut nommé avocat-général, au 
Parlement de Grenoble, en remplacement de Joseph de 
Vaux de Crozo. Il devint ensuite premier avocat-général. 



- 127 - 

C^était un magistrat de mérite. Il n'était point au-dessous 
de ces hautes fonctions qu'il remplit jusqu'à sa mort, 
en 1786. 

Dans les débats qui eurent lieu sur les poursuites contre 
rinstitut des Jésuites, si les avocats généraux de Montclar 
à Aix, et de La Ghalotais à Rennes, déployèrent dans leur 
réquisitoire une éloquence forte et passionnée, il n'en fut 
pas de même au Parlement de Grenoble. L'avocat-général 
Golaud de la Salcette, qui portait la parole, n eut qu'un rôle 
eiïacé (voulu peut-être). « On n'y entendit point de réquisi- 
toire éloquent », dit M. Augustin Périer, dans son Histoire 
abrégée du Dauphiné, 

L'attention publique se porta sur le rapport plein de faits, 
de logique et de raison des conseillers de Ghaléon et de 
Meyrieu, rapport qui fut la base des considérants de l'arrêt 
de condamnation. 

L'avocat général Golaud de la Salcette était, paraît-il, d'un 
caractère quelque peu irascible. Il avait la tête près du bon- 
net. Il eut maille à partir avec plusieurs conseillers au 
Parlement et notamment, en 1776, avec le procureur général 
de Moidieu. 

Dans les démêlés entre la Gour du Parlement et le bar- 
reau, en 1780-1781, il se montra hautain, cassant et ouver- 
tement hostile contre les avocats, alors que le procureur 
général de Renaud, le président d'Ornacieux, et en dernier 
lieu, Tavocat-général de Savoye-Rollin, faisaient les plus 
louables efforts pour porter les esprits à la conciliation 
et faire cesser un regrettable conflit. Peut-être, mais ceci 
n'est qu'une conjecture, le premier avocat-général était-il 
désagréablement impressionné par les éloges enthousiastes 
donnés par le barreau au talent supérieur de ses deux 
éloquents collègues, les avocats-généraux Servan et de 
Savoye-Rollin. 

L'avocat-général Golaud de la Salcette, marié en 1757 à 
dame Marie Bonnet de Lâchai, eut un certain nombre d'en- 
fants : Marie-Magdeleine, mariée à François de Gressy, 
vi-bailly d'Embrun. Une de leurs filles a été la mère des 
éminents avocats du barreau de Grenoble, Mathieu et 



- 128 - 

Casimir de Ventavon ; l'autre fut mariée au général de 
Vaufrauland. 
L'un des fils d'Antoine Colaud, Joseph-Glaude-Louis, a 

été conseiller au Parlement, préfet de la Creuse, et succès- 

« 

sivement député de ce département. C'était un homme 
charmant, botaniste passionné. 

Le second, Jean-Jacques-Bernardin, parvint au grade de 
général de division, se distingua par des actions d'éclat, fut 
gouverneur du Hanovre et baron de l'Empire. L'un de ses 
petit-fils, M. de Montluisant, est mort récemment général 
de division d'artillerie. 

L'avocat-général Antoine Colaud ajouta à son nom celui 
de la Salcette. Son père, Joseph Colaud, avait été l'héritier 
de son oncle Louis Allois de la Sarcette (testament du 
5 mai 1742, reçu M« Accarier, notaire à Grenoble). Ses fils 
se crurent autorisés à prendre ce titre trouvé dans la suc- 
cession de leur grand-oncle; les Allois d'Herculais repré- 
sentant la branche paternelle de la famille, continuèrent 
cependant à prendre le titre de seigneurs de La Salcette. 
Armieu, Quaix, Herculais. 

Antoine-François Colaud de la Salcette est mort à Gre- 
noble, le 28 août 1786. 

COLAUD Jacques-Bernardin. 

Fils, comme le précédent, de Joseph Colaud, pour lors pre- 
mier consul de la ville de Briançon, ancien assesseur au bail- 
lage, Jacques Bernardin est né le 23 décembre 1733. Il entra 
dans les ordres et devint chanoine à Die. Très zélé pour 
le bien public et partisan résolu des réformes, il fut 
élu, le 5 janvier 1789, député du clergé aux états géné- 
raux pour la province du Dauphiné. Il fut l^un des premiers 
à demander la réunion de l'ordre du clergé à celui du 
Tiers-Etat. Il appuya dans l'Assemblée plusieurs proposi- 
tions tendant à l'abolition des privilèges du clergé. Et vou- 
lant un jour qu'on ne le confondît pas avec les députés 
réactionnaires du Dauphiné, il s'écriait pendant l'une des 
séances : « Et moi aussi jai été chanoine et en même temps 
je suis citoyen et je ne m oppose pas à l'exécution des lois. » 



- 129 - 

(Ghampollion, chroniq., 1887, p. 305.) Il proposa de réduire 
à 3.000 livres le revenu des bénéficiers; il demanda la mise 
aux voix immédiate du projet sur la suppression des dîmes. 
Il vota le serment civique. 

Le 9 septembre 1792, Bernardin Golaud fut élu membre 
de la Convention par le département de la Drôme. Lors du 
procès de Louis XVI, il formula ainsi son vote : « Je pro- 
nonce la détention jusqu'à la paix, mais je vote pour la mort 
dans le cas où les ennemis envahiraient le territoire de la 
République. » 

Approuve qui voudra une pareille opinion ! Elle me parait 
injustifiable. Faire dépendre la vie de l'accusé d'une cir- 
constance indépendante de sa volonté, était inique! On 
comprend le vote tout politique de la détention jusqu'à la 
paix. La vie de l'accusé était une question réservée ; mais 
le vote de Golaud manquait ce semble de fermeté et de 
justice. D'ailleurs le rôle de Golaud à la Convention fut 
fort effacé. Il entra comme conventionnel au Conseil des 
Cinq-Cents le 23 vendémiaire an iv. Il mourut d'une atta- 
que d'apoplexie pendant la session, en 1796. 

Il avait, comme ses frères, ajouté à son nom patronymi- 
que, la dénomination de la Salcette. 

GOLAUD de la Salcette (Claude). 

Claude Golaud, frère du précédent et fils comme lui de 
Joseph Golaud, est né à Briançon, le 26 décembre 1742. Il 
entra dans les ordres très jeune. Par provisions du pape 
Clément XIII du 12 des calendes de janvier 1763, il fut 
nommé chanoine d'Embrun ; devenu vicaire général et 
syndic du diocèse, il fut envoyé à l'Assemblée générale du 
clergé de France, qui se réunit à Paris, le 26 août 1787. 

En 1788, il est député aux états de Romans ; désigné comme 
membre de la commission intermédiaire, il en fut le mem- 
bre le plus dévoué et le plus courageux. Il entretint une cor- 
respondance active avec les municipalités et les agents de 
l'autorité publique pour assurer l'ordre autant que faire se 
pouvait dans ces jours de trouble et d'anarchie. Il s'acquit 
ainsi des titres sérieux à la reconnaissance du pays ; mais le 

9 



— 130 — 

souvenir des services rendus ne put le protéger pendant la 
Terreur, Il fut emprisonné, puis une fois relâché, il passa en 
Savoie et fut porté sur la liste des émigrés. Rentré en France, 
il se retira auprès de son neveu, Joseph-Louis-Glaude Colaud 
delaSalcette,àSt-Georges-de-Gommiers. Il fut maire de cette 
commune et nommé conseiller de préfecture de l'Isère, en 
1810. Lors de son passage à Grenoble, Napoléon le nomma, 
le 8 août 1814, préfet par intérim de l'Isère en remplace- 
ment de Fourrier. 

Claude Golaud est décédé à RemoUon (Hautes-Alpes), 
le 12 septembre 1817. 

M. Mazimbert, avocat, arrière-petit-neveu de Glaude 
Golaud, m'a renseigné pour la rédaction de cette notice ; 
qu'il veuille bien agréer mes remerciements. 

GOLAUD (général, comte). 

Le général comte Golaud est Tune des gloires les plus 
pures du Briançonnais. 

Patriotisme ardent, probité sévère, talents stratégiques 
de premier ordre, bravoure à toute épreuve unie à la pru- 
dence, modestie sincère, tels furent les traits distinctifs de 
cette nature d'élite, de ce guerrier de noble caractère qui 
fut admiré autant qu'aimé dans les grandes armées de la 
République. 

Glaude-Silvestre Golaud est né à Briançon, le 12 décem- 
bre 1754. Son père Glaude Golaud, marchand de la ville, 
y était à la tète d'un commerce qu'il transporta à 
Bastia (Gorse). Ge fut là que Golaud passa une partie de 
son enfance, séjour qui fortement l'attacha à cette seconde 
patrie. Les parents de Golaud le placèrent au collège de la 
Giotat où il' fit de bonnes études. Un penchant irrésistible 
entraînait l'adolescent vers la carrière des armes. Aussi, 
trompant les espérances et les desseins de son père qui le 
destinait au commerce, s'engagea-t-il à 17 ans dans le régi- 
ment de Lorraine. Mais sur les instances de sa famille, le 
jeune soldat finit par consentir à la résiliation qu'elle avait 
obtenue de son engagement. Il rentra au foyer domestique 
et se soumit pendant 5 ou () ans à seconder son père dans 



- 131 - 

son commerce ; mais à l'âge de 22 ans, il en obtint de sui- 
vre la carrière de son choix, celle où il devait conquérir 
une réputation içlorieuse et sans taches. Il s'engagea cette 
fois, le 16 mars, dans le Royal-Dragons. Il mit deux ans pour 
ôtre brigadier et quatre pour devenir maréchal des logis- 
chef, lui qui, dix ans plus tard, devait en moins de deux 
ans, du grade de lieutenant atteindre celui de général de 
division. 

Capitaine, le 27 juin 1792, Golaud s'acquit dans les régi- 
ments de chasseurs où il servait, une telle réputation de 
bravoure, d'intelligence et d'habileté guerrière, que dési- 
gné (c'est le général de Valence qui raconte ce fait), pour 
opérer une reconnaissance nocturne dangereuse dans les 
lignes mêmes du camp ennemi, il demanda le choix des 
hommes. Le général en chef Kellermann, sur le champ de 
bandière de deux régiments de chasseurs, demanda lui-même 
les soldats de bonne volonté. Vingt voix s'élevèrent : — Quel 
est l'olïicier qui commandera l'opération où nous risque- 
rons si bien notre vie ? — Le capitaine Golaud, répondit le 
général. — Oh alors! tous. Ce ne fut qu'une seule acclama- 
tion. Ce jugement du soldat dut toucher le cœur de l'ofïicier 
et l'émouvoir plus que tous témoignages olïiciels d'estime 
et d'approbation. 

La carrière militaire de Colaud, bien que se prolongeant 
sous l'Empire, compte surtout ses brillants services et ses 
actions d'éclat dans cette période à jamais mémorable de 
dix années où des combats gigantesques d'un peuple me- 
nacé dans son existence nationale, éloignèrent l'Europe 
coalisée de ses frontières et reportèrent la guerre sur les 
terres de l'ennemi. Colaud pendant ces dix années fut sur 
les champs de bataille, se distinguant au premier rang par 
son habileté, son sang-froid, sa bravoure et le coup d'œil 
décisif dans le combat. 

La Galerie militaire publiée l'an xui, contient sur Colaud 
une notice historique qui relate assez fidèlement ses faits 
de guerre, jusqu'en 1805. Nous la reproduisons ici, nous 
réservant de compléter ou de rectifier certains détails, 
ensuite de documents mis au jour postérieurement à cette 



- 132 - 

publication. Ce récit s'arrête à la paix de Lunéville et à la 
nomination de Golaud comme membre du Sénat conser- 
vateur : 

« Sous-lieutenant en 1784, il était, au commencement de 
la guerre, capitaine au premier régiment de chasseurs à 
cheval. Il fut fait lieutenant-colonel en 1792, colonel-com- 
mandant-légionnaire de la légion du centre le 26 décembre 
de la même année, général de brigade le 4 mai 1793, puis 
général de division le 20 septembre suivant. 

« Il se trouva à la bataille de Valmy, qui eut lieu le 20 sep- 
tembre 1792. Après la retraite des Prussiens, il passa à 
Tarmée des Ardennes, sous Valence, en qualité de lieute- 
nan^colonel, et commandait les avant-postes de cette armée 
pendant le siège de Namur. Il eut plusieurs affaires avec 
les troupes ennemies commandées parBeaulieu et Clair- 
fayt. 

« Il servit, en qualité de général de brigade, à l'armée du 
Nord, commandée successivement par les généraux Dam- 
pierre, Lamarche et Leveneur. Il commandait à Hanon le 
corps des flanqueurs de gauche, composé de dix bataillons, 
lorsque le camp de Famars fut forcé le 23 mai 1793 à 
9 heures du matin^ par les troupes de la coalition, compo- 
sées de Prussiens, d'Autrichiens, Anglais, Saxons, Hano- 
vriens, etc. Il couvrit la retraite de Tarmée et le pont de 
Denain, jusqu'à 11 heures du soir. Plusieurs fois dans cette 
journée difficile, enveloppé de toutes parts, il fut sommé 
de se rendre; mais résolu de se sacrifîer pour le salut de 
Tarmée, il sut arrêter l'ennemi, et à minuit il effectua sa 
retraite en bon ordre sur Bouchain, où il n'arriva qu'à 
4 heures du matin. Le général Lamarche donna les plus 
grands éloges à l'habileté de ses manœuvres, et protesta 
que sa vigoureuse défense avait, en cette occasion, sauvé 
l'armée française. 

« Pendant le siège de Valenciennes, le général Golaud 
commandait le même corps des flanqueurs de gauche, à 
Harleux. Après la prise de cette place, le camp de César 
ayant été forcé et l'armée obligée à la retraite, il fît face 
encore une fois au prince de Cobourg et au duc d'Yorck. 



- 133 - 

L'armée française se replia derrière sa division et alla occu- 
per le camp de Gaverelles. 

« Ce fut alors que l'armée anglaise marcha sur Dunker- 
que, et que se livra la bataille de Hondscoote, le 7 septembre 
1793. Le général Golaud, qui y combattait sous les ordres 
de Jourdan, fut dangereusement blessé d'un biscayen à 
la cuisse. Le président de la Convention lui envoya une 
expédition du décret portant qu'il avait bien mérité de la 
patrie, 

« Le général Golaud était à peine guéri de sa blessure, 
qu il rejoignit l'armée du Nord, où il eut le commandement 
de quatre divisions au camp retranché sous Maubeuge. Le 
général Pichegru, qui avait remplacé Jourdan, dans le 
commandement de l'armée, le lui déféra pendant son 
absence. 

« Le général Golaud passe ensuite à l'armée de la Moselle, 
et commande une division de l'avant-garde. Il se trouve à 
la prise de Trêves, emporte d'assaut les redoutes de Trar- 
bach, poursuit les Prussiens commandés par le général 
Kœhler, dans le Hundsruck, les force à repasser la Nahe 
à Bingen^ où il soutient plusieurs combats, et vient ensuite 
bloquer Mayence. Les Prussiens, à cette époque, repassèrent 
le Rhin et se retirèrent de la coalition. 

« Deux mois après, Golaud fut envoyé à l'armée d'Italie, 
où il ne resta que peu de temps. Il fut chargé d'aller à 
Toulon, réprimer la révolte qui avait éclaté dans cette ville, 
où les ouvriers du port, les habitants et une partie des 
matelots de Tescadre avaient forcé les arsenaux et s'ar- 
maient de toutes parts. Pendant cette insurrection, qui 
était l'ouvrage d'une faction de l'intérieur soudoyée par 
l'Angleterre, et qui éclata le 30 floréal (le même jour que le 
mouvement du faubourg St-Antoine, à Paris), on signalait 
à Toulon l'escadre anglaise, qui entretenait des intelli- 
gences parmi les révoltés, et voulait empêcher l'escadre 
française de sortir du port. 

« Gette révolte qui dura onze jours, pouvait avoir les 
résultats les plus funestes ; mais grâce aux sages disposi- 
tions du général Golaud, et à l'énergie qui le caractérise 



- 134 ~ 

particulièrement, l'ordre se rétablit, et Toulon fut une 
seconde fois conservé à la République. 

« Ces troubles étant apaisés, le comité de salut public 
nomma Golaud, commandant en chef à Paris; mais ce géné- 
ral préféra de se rendre à l'armée de Sambre-et-Meuse, 
pour assister au premier passage du Rhin. Sur son refus, 
le général Menou. qui avait été créé commandant en second, 
fut nommé commandant en chef de la 17""'' division mili- 
taire. 

« Dans la campagne de l'an iv, le général (iolaud com- 
mandait une division de l'aile gauche, sous les ordres de 
Kléber. A l'affaire de Siegberg, il passa au gué TAcher 
et la Sieg avec son corps, enfonça les troupes autrichiennes 
commandées par le duc de Wurtemberg, les coupa en 
deux, et en jeta une partie contre le Rhin. 

« Le général Golaud reçut, à Toccasion de l'atîaire de 
Siegberg, la lettre suivante du directoire executif : 

a C'est à vos dispositions sages et promplement exécutées, 
« citoyen général, qu'on est redevable en grande partie 
« du succès acquis h Taffaire de Siegberg. 

« Le directoire en est instruit, et vous en témoigne sa 
« satisfaction particulière. » 

« La division du général Golaud continua de se distin- 
guer pendant toute cette campagne, j usque sur les frontières 
de la Bohême. Lorsque la retraite de Tarmée de Sambre-et- 
Meuse fut ordonnée, cette division fut chargée, le premier 
jour de la retraite, de Tarrière-garde, et eut une affaire 
sérieuse à Amberg, où elle fît la plus belle contenance. 

« La campagne suivante, le général Golaud eut, sous les 
ordres du général Hoche, le commandement de quatre 
divisions, et fut chargé du blocus de Mayence et d'Ehren- 
breitstein. 

« Une insurrection sétant déclarée dans les neuf départe- 
ments réunis (Hollande), vers le commencement de l'an vu, le 
général Golaud y fut envoyé, au mois de brumaire, en qua- 
lité de commandant en chef ; sa fermeté et l'activité de ses 
mesures triomphèrent de cette révolte, qui dura trois mois. 
Il envoya à Paris quatorze drapeaux pris sur les révol- 



00 — 

tés (1), lit rentrer au trésor public plus de trente millions 
de contributions arriérées, et rétablit Tordre et le calme 
dans le pays soumis à son commandement. Ainsi les An- 
glais, qui voulaient s'emparer de TËscaut, se virent trompés 
dans leur espérance de prolonger la guerre civile sur cette 
partie de la République, et d'empêcher Jourdan d'ouvrir 
avec succès une nouvelle campagne. 

« Le ministre la guerre, en écrivant au général Colaud 
une lettre de satisfaction de la part du directoire exécutif, 
lui envoya l'ordre d'aller prendre le commandement de 
l'aile gauche de l'armée du Danube, au blocus de Philips- 
bourg. 

« En l'an viii, le général (iolaud passa à l'armée du Rhin 
sous Moreau, et commanda le corps du Bas-Rhin jus- 
qu'après la bataille de Hohenlinden. Il n'a quitté l'armée 
que lorsqu'elle est entrée en France après la paix de 
Lunéville. 

« Le 18 nivôse an ix, le premier consul adressa au Sénat 
conservateur. le message suivant : 

a Sénateurs, le premier consul, en vertu de l'articlelB de la 
constitution, vous présente comme candidat au Sénat con- 
servateur le citoyen Colaud, général de division k l'armée 
du Rhin. 

« Ce soldat a rendu des services essentiels dans toutes 
les campagnes de la guerre. C'est d'ailleurs l'occasion de 
donner un témoignage de considération à cette invincible 
armée du Rhin, qui des champs de Hohenlinden, est arrivée 
jusqu'aux portes de Vienne, dans le mois le plus rigoureux 
de l'année, en vainquant tous les obstacles. » 

« Dans sa séance du 24 pluviôse, le Sénat conservateur 
ayant à nommer entre les trois candidats qui lui étaient 
présentés, d'après la constitution, par le premier consul, le 



1) Aucune dos feuilles publiques n'a fait mention de l'envoi de ces 
quatorze drapeaux, qui ont été apportés au ministre de la guerre par le 
chef de brigade Bonardy. Vraisemblablement le gouvernement avait ses 
raisons pour ne pas donner de l'importance à celte guerre. 



— 136 - 

corps législatif et le tribunat, fixa son choix sur le général 
Golaud. et le nomma membre du Sénat conservateur. 

« Dans ces fonctions éminentes, environné des suffrages 
de ses concitoyens, il peut avec orgueil reporter ses regards 
sur la carrière qu'il a parcourue, et n'y trouver que de ces 
actions qui commandent, dans tous les temps et chez tous 
les peuples, l'estime et la considération. » 

Les auteurs de la Galerie militaire^ non munis encore 
de tous les documents qui ont éclairé dans les publications 
postérieures, la composition et les mouvements des armées, 
ont commis quelques erreurs dans le récit des faits mili- 
taires de Golaud. Ainsi à la bataille d'Hondscoote, !«*• sep- 
tembre 1793, Golaud n'était point sous les ordres de Jour- 
dan; le général Houchard commandait en chef et était à 
la tête du centre de l'armée. Golaud commandait l'aile droite. 
Jourdan l'aile gauche. Les détails sur cette action de capi- 
tale importance ont été donnés par le représentant du peu- 
ple Levasseur (de la Sarthe) en mission à l'armée du Nord 
avec son collègue Delbret. « L'un et l'autre ne quittèrent 
pas le champ de bataille où Delbret fut blessé et où Levas- 
seur eut un cheval tué sous lui. » (Mémoires de Levasseur.) 

Le récit de Levasseur attribue le succès de la journée à 
Golaud et à Jourdan, et constate l'incapacité d'Houchard. 
« La division du général Golaud fît des prodiges de valeur, 
dit Levasseur ; Tennemi avait opposé encore plus de résis- 
tance de son côté qu'au centre où je me trouvais... » 

Golaud, comme on l'a vu, fut grièvement blessé ainsi que 
Jourdan. Ainsi encore, la Galerie mililaire passe sous 
silence la part glorieuse prise par Golaud, à la bataille de 
Hohenlinden où il commandait le corps du Bas-Rhin. Mais 
ces erreurs de détail sur lesquelles nous n'insisterons pas, 
ne peuvent déparer l'harmonieuse ordonnance de ces dix 
ans de consécration à la défense de la patrie, de toutes les 
facultés, y compris le sacrifice de la vie. de ce vaillant 
capitaine. 

Golaud avait été l'aide-de-camp de Kellermann. Les rela- 
tions de ces deux hommes de grand courage et d'inaltéra- 



— 137 - 

ble civisme fondèrent entre eux Tamitié la plus étroite dont 
la durée fut celle de leur existence. Ney fut Taide-de-camp 
de Golaud et plus tard placé sous ses ordres comme géné- 
ral de brigade. Ney avait conçu pour son ancien chef la 
plus vive estime. A l'élection de Golaud au Sénat conser- 
vateur, Ney lui écrivit en ces termes : « Burghausen, 
il ventôse an ix. Mon cher général, votre nomination au 
Sénat conservateur m'a fait infiniment plaisir, et j'aime à 
le répéter au milieu des militaires qui vous estiment aussi 
sincèrement que moi. Vos devoirs actuels, quoique impor- 
tants deviennent agréables, lorsque l'on a comme vous, les 
sentiments d'attachement à la chose publique. Ney. (Vict, 
et Conq., t. 27.) 

Golaud demeura quelques années sans prendre part aux 
opérations militaires ; mais en 1806, il quitta la toge séna- 
toriale pour exercer un commandement dans le Hanovre, et 
en 1807 il passa un moment en Hollande pour commander 
les troupes françaises, sous le roi Louis. Il fit ensuite la 
campagne de Vienne et partit de cette capitale^ le 11 août 
1809, pour prendre le commandement d'Anvers. Ce fut le 
dernier acte de la carrière militaire de Golaud qui se con- 
sacra désormais en entier à ses fonctions sénatoriales. En 
1814, le général Golaud vota la déchéance de l'empereur. l\ 
fut créé pair de France par Louis XVHL H demeura étran- 
ger à la politique pendant les Gent-Jours. Au retour des 
Bourbons, il reprit sa place à la Ghambre des pairs où il se 
signala par un acte glorieux, la défense du général Ney. 

Hélas ! sa noble et chaleureuse éloquence ne put sauver 
le brave des braves, ni épargner à la pairie la tache indélé- 
bile d'un assassinat juridique, comme le dit. en pleine cour 
des pairs, le général Exulmans, après Godefroi Gavaignac. 
« Anathème, anathème éternel aux corps politiques, jugeant 
des délits politiques », leur dit aussi François Arago. 

A propos de son attitude en 1814, et de son vote sur la 
déchéance de Napoléon, nous devons protester contre une 
appréciation de la conduite de Golaud, par Adolphe Rochas 
(Biographie du Dauphiné), appréciation qui nous paraît 
être une atteinte à la vérité historique, en même temps que 



— 138 — 

la méconnaissance de la dignité du citoyen. « En 1814, dit 
M. A. Rochas, le sénateur Colaud vota la déchéance de 
l'empereur à qui il devait son élévation. Sa défection lui 
valut d'ôtre créé pair de France par Louis XVIII. » 

Colaud ne devait qu'à lui-même son élévation. Il la 
devait à son intrépidité, à son pur patriotisme qui lui avaient 
fait braver cent fois la mort sur les champs de bataille^ à 
ses talents stratégiques qui s'étaient manifestés avec tant 
d'éclat lorsqu'il sauva l'armée du Nord au pont de Denain 
et ùHondscoote. Devait-il à Bonaparte le décret de la Con- 
vention de septembre 1793, portant qu'il avait bien mérité 
de la patrie et le grade de général de division qui lui fut 
alors conféré? Bonaparte était alors un simple chef de 
bataillon encore inconnu. 

Adolphe Rochas commet donc une lourde erreur. Quelle 
est d'ailleurs cette théorie, vestige condamné de ce que les 
opinions et les errements monarchiques avaient de plus 
répugnant, de plus servile, qui reconnaît en quelque sorte, 
au représentant des pouvoirs publics, une sorte de pro- 
priété sur les fonctions et les grades? 

On est, on a toujours été, le général, le fonctionnaire, le 
serviteur de la France dont le chef du pouvoir n'est pour 
la collation d'un grade que le délégué dont le devoir est 
d'élire avec discernement et avec justice, ceux auxquels 
un service public doit être confié. L'élu ne doit rien quand 
il a payé sa promotion par l'accomplissement du devoir 
fonctionnel. C'est de l'exécution d'un contrat synallagma- 
tique qu'il s'agit ici, non d'un accord de caractère uni- 
latéral. 

Ce ne fut pas non plus, quoiqu'en dise Hochas, une vile 
préoccupation d'intérêt personnel qui fut le mobile des 
actes du loyal soldat. « Depuis 1801), disent les auteurs de 
la Biographie des hommes vivants , Colaud appartenait, 
dans le Sénat, à la minorité qui blâmait les vues de plus 
en plus follement ambitieuses de Bonaparte. » Le judicieux 
général prévoyait les calamités que des guerres sans lin 
dues à des ambitions dynastiques déchaîneraient sur la 
France. Il avait en dégoût, du reste, comme tous les honné- 



- 139 - 

tes gens ce régime policier à outrance qui abaissait les 
raractères et semblait devoir éterniser Tempire de la 
force, le mépris du droit, le règne des voleurs de tout 
litre et de tout rang, des dilapidateurs de la fortune 
publique. 

Ce fut donc avec un assentiment libre, raisonné, avec 
amour de son pays, que cet homme de bien accepta Tordre 
de choses que la force majeure des événements imposait à 
lîi France. L'acceptation de la dynastie des Bourbons fut 
pour Colaud comme pour beaucoup d'excellents citoyens, 
un mariage de raison. La loyauté voulait que la parole 
donnée fut gardée; Colaud remplit avec honneur son enga- 
gement, li demeura éloigné des affaires publiques pendant 
les Cent Jours. 11 démontra ainsi sa probité politique qui fit 
contraste, du reste, avec la versatilité de bien de ses illus- 
tres contemporains. 

En 1817, Colaud fit un voyage en Corse. Il voulut revoir, 
avant de mourir, sa seconde patrie. Il y fut accueilli, fêté, . 
acclamé. Les fiers insulaires, si bons appréciateurs par 
ataviques sentiments, de la bravoure et des mâles vertus, 
prodiguèrent au vaillant guerrier les témoignages d'esti- 
me et d'admiration. Le général Raphaël Casabianca reçut, 
à bras ouverts, son compagnon de gloire. Colaud passa 
quelque temps aux eaux de Finmorbo, auxquelles il de- 
manda vainement un allégement aux souffrances dues à 
la jjrravc blessure de llondscootte. A son retour, il fut 
accompagné, jusqu'au vaisseau en partance, par les ova- 
tions populaires. 

Colaud est décédé à Paris le 4 décembre 1811). 

Il était grand ollicier de la Légion d'honneur. Son nom est 
inscrit au côté sud de l'arc de triomphe de l'Étoile. 

« Le général Colaud, disent les auteurs de la /iiof/rap/ite 
des liommes vivants (1817), est du nombre des militaires 
dont les mains sont pures. Il n'a point acquis, par des vexa- 
tions, la modeste fortune dont il jouit; et si tous les géné- 
raux eussent fait observer, partout où les conduisait la 
victoire, une discipline aussi sévère, le nom français n'au- 
rait pas été maudit de toute l'Europe. » 



— 140 — 

Le général de Valence, l'ami du comte Golaud, prononça 
son éloge devant la Chambre des pairs, le 20 juillet 1820. 
C'est une belle page d'histoire contemporaine ; le général 
de Valence sut faire revivre dans ce magistral panégyri- 
que, la physionomie guerrière et le beau caractère de son 
ami. Il rappela ses nombreux et éclatants faits d'armes et 
son désintéressement, « son noble cœur toujours étranger 
« à la jalousie et qui ne connut d'autre rivalité que celle du 
« zèle et patriotisme. 

« Aucun chef, dit encore le général de Valence, n'a porté 
plus loin le zèle et la sévérité pour le maintien de l'ordre 
et de la discipline.... son nom ne fut jamais un objet 
d'etîroi que pour les ennemis, les fripons et les malfaiteurs. » 

Les dernières paroles de l'orateur sont à retenir. Elles 
sont un magnifique éloge de Golaud. « Il laisse à nos cœurs 
« de profonds regrets, à notre mémoire de grands souve- 
« nirs, à nos neveux de magnanimes exemples : ah! certes, 
« je puis dire, sans crainte d'être désapprouvé, que comme 
« homme privé et comme citoyen, aussi bien que comme 
a guerrier, il peut être comparé à tous ceux que l'histoire 
« de tous les pays et de tous les temps a offerts à l'estime 
« et à l'admiration de la postérité. » 

{Moniteur du 31 juillet 1820.) 

La tombe du général Colaud est au cimetière du Père- 
Lachaise à Paris. 

La vue de ce monument funéraire a inspiré àViennet,de 
l'Académie française, les réflexions suivantes : 

« Colaud (né à Briançon en 1754, mort en 1819) a vu fuir 
les Anglais et le duc d'York des champs de Hondscoote. Il 
a aussi partagé la gloire de l'armée de Sambre-et-Meuseoù 
les plus purs de nos guerriers avaient imprimé toute l'aus- 
térité de leur caractère et qui, dans un temps d'anarchie, 
a montré la discipline des Spartiates et la vertu des vieux 
Romains. Il a aussi siégé dans le Sénat, dans la chambre 
des pairs et là, comme sur le champ de bataille, il a encore 
défendu la liberté de son pays. » 

(Promenade philosophique au cimetière du Père-La- 
chaise, par M. Viennet, de l'Académie française. Paris. 1855). 



- 141 - 



GOLOMBAN Jacques. 

Jacques Golomban, né au Villard-St-Pancrace en 1772, 
entré dans les guides des Alpes à la formation de ce corps 
et de là dans la garde consulaire, s'éleva par sa bravoure 
et son mérite au grade de lieutenant-colonel. Il fut mis à la 
retraite en 1815, à Tâge de 43 ans. Il était officier de la Lé- 
gion d'honneur et chevalier de St-Louis. 

Marié le 8 janvier 1817, à Embrun, il a eu deux fils dont 
Tainé, Alfred, mon camarade de collège à Grenoble, a été 
receveur de Tenregistrement à Salon (Bouches-du-Rhône). 

Le colonel Golomban est décédé à Embrun, le 24 décem- 
bre 1829. 



GOT Jean-Pierre, boulanger. 

Fils de Simon Got, boulanger dans la Grand'rue, Jean- 
Pierre Got est né à Briançon le 28 janvier 1810. Quel digne 
et brave garçon, doux comme un agneau et comme lui 
inoffensif!! 

Il avait en adoration sa ville natale, Briançon; il aimait 
aussi la France, il aimait tout le monde. Il eût embrassé 
avec tendresse le premier caffre venu qui lui aurait bara- 
gouiné le mot de fraternité. 

Mais par dessus tout, plus que Briançon et la France, 
Got aimait la musique et la poésie. Les lauriers de Reboul, 
son confrère boulanger, l'empêchaient de dormir. Amour 
malheureux et non payé de retour!! Quoiqu'il ait musi- 
cassé toute sa vie, il ne fut jamais qu'un grotesque en com- 
position musicale. En poésie, ou plutôt en versification, il 
ne put s'élever plus haut. Je fais cependant une réserve 
pour ce passage de son petit poème : Les Cloches du Chris- 
tianisme : 

Maintes fois à minuit, au sein de ma chaumière, 
Les refrains de Thorloge ont ouvert ma paupière ; 
Alors le bon papa disait avec raison : 
Commençons au pétrin notre longue oraison. » 



- 142 — 

Le brave homme savait par des conseils utiles 
Alléger nos travaux et les rendre faciles. 

Satisfaits et jo jeux, nous sortions uu moment 
Pour jouir de l'air pur et voir le firmament. 
J'aime à me rappeler les leçons bienveillantes 
Qu'inspiraient à son cœur les étoiles brillantes, 
La majesté des nuits, le calme solennel, 
La lune se montrant sous le dôme éternel. 
Et de l'aurore enfin le concert unanime, 
Célébraient du Seigneur la bonté magnanime, 
Et nous faisaient songer au lointain avenir!... 
Qu'il est doux à mon cœur ce touchant souvenir !.. 



Il y a là, ce me semble, de la vraie poésie, mais, hélas ! 
l'inspiration n'était pas de longue haleine. 

Got rimaillait à propos de tout et les journaux de G«'îp 
avaient à se défendre contre ses demandes d'insertion . 

Et dire que jamais tout espoir n'abandonne 
Celui qui peut de peu remplir tout son cerveau, 
Qui cherche des trésors dans le sol qu'il sillonne 
Et se sent satisfait s'il trouve un vermisseau. 

Goethe. 

Le vermisseau ici c'était un beau rêve de gloire et d'im- 
mortalité, et pour le doux illuminé, ce rêve était d'ores et 
déjà une splendide réalité. 

Dans sa conviction intime, il avait comme poète escaladé 
les hauts sommets où chantait Lamartine ; sa musique 
sacrée avait enfoncé les grands oratorios de l'Italie. 

Got, avons-nous dit, aimait d'amour extrême sa ville na- 
tale : Briançon, petite ville, grand renom, ainsi qu'il le di- 
sait en toute occasion. Lorsqu'il apprit que la gare du 
chemin de fer de Gap à Briançon devait être établie à 
8te-Gatherine, son indignation fut extrême. Il partit pour 
Paris et demanda une audience au Président de la Répu- 
blique. Il espérait obtenir du chef de l'Etat une interven- 
tion toute puissante auprès des ingénieurs coupables de 



V 



- 143 - 

criante injustice envers la ville de Briançon, dont le champ 
de Mars devait être l'emplacement de la gare. 

Cette audience, Cot l'obtint et elle fut de longue durée. 

A son retour de Paris, il vint me voir à Grenoble. — Hé 
bien, que vous a dit le Président de la Républiqife? — Pas 
grand'chose, me répondit-il ; mais quel homme aimable et 
accueillant, ce M. Grévy !1 II m'a écouté en riant, et plus je 
m'échauffais, plus il riait. Je croyais ma cause, ma cause 
sainte gagnée. Mais quel amer désappointement! Quel 
homaie faible, quoique aimable, ce Président !! « Il m'a dit 
en dernier lieu qu'il n'y pouvait rien. » 

Got déplorait la faiblesse du président Grévy, mais il ne 
mettait pas en doute la grande impression faite par ses pa- 
roles sur le chef du pouvoir exécutif !! 

Textuelle la conversation que j'ai eue avec l'excellent 
boulanger naïf et simple au delà de toute expression!! 

Je ne sais, si en méditant son poème des Cloches du 
christianisme, Got s'était enquis de l'oracle des Cloches de 
Varenes, dont le son, au dire de Jan des Entommeures, 
était plus fatidicque que des Chauldrons de Jupiter en Do- 
done : Marie-toy, marie-toy. Si tu te marie, marie, marie, 
bien Ven trouveras, veras, veras. 

Mais Cot, s'il consulta Rabelais, s'en tint à l'interpréta- 
tion de Panurge : 

« Ma foy, frère Jan, mon meilleur sera point ne me ma- 
« rier. Escoute que me disent les cloches à cette heure que 
a sommes plus près. Marie point, marie point, point, point, 
« point, point. Si tu te marie, marie, marie, tu t'en repen- 
« tiras, tiras, tiras. » 

Cot resta célibataire. Il mena l'existence la plus chaste et 
la plus pure. Si l'on ajoute a cela son ardent amour de 
l'humanité, son dévouement à toutes les saintes causes, on 
conviendra que Jean-Pierre Cot avait à la canonisation 
plus de droits que bien des saints couchés sur le calen- 
drier. 

Je possède un portrait de Cot (photographie). Cette figure 
empreinte d'exquise douceur, de placidité absolue rap- 
pelle à la pensée ces tètes nimbées de bienheureux qui 



- 144 - 

arrêtent si délicieusement le regard dans les beaux mis- 
sels du moyen âge. 

Jean-Pierre Got est mort dans le courant du mois d'août 
1880. 

A Tannbnce de ce décès, il ne fut plus question des vers 
ni de la musique du défunt. On ne parla que de ses vertus 
et de son inaltérable bonté. Il fut universellement et sincè- 
rement regretté. 

BIBLIOGRAPHIE 

Les Cloches du christianisme, poème historique et senti- 
mental, par Jean-Pierre Got, boulanger, in-12. Briançon, 
1859. 

Au Gonseil municipal de la ville de Briançon. Rapport 
sur le chemin de fer de Briançon et sur la nécessité de 
faire établir la gare militaire aux portes de la ville, par 
Jean-Pierre Got, membre correspondant de la Société litté- 
raire, historique et archéologigue de Lyon, auteur de plu- 
sieurs ouvrages de poésie et de musique. Grenoble, impri- 
merie de F. Allier père et fils, Grande-Rue, 8, cour de 
Ghaulnes. 1876, in-12. 

Inédits : V Amour de la Patrie, poème. 

Le fils d'un vieux soldat et translation des cendres de 
l'empereur Napoléon. Stances à M. Bugnard. 

Got a publié de nombreuses pièces de vers dans les jour- 
naux de Gap V Annonciateur, le Courrier des Alpes. 

DAILLIÈRE Jullien. 

On a cité comme étant né à Briançon (Hautes-Alpes) 
Jullien Daillière, poète lyrique et auteur dramatique, dont 
on signale comme pièces de théâtre de valeur, André 
Chénier, Nopoléon et Joséphine, V Aigle. G'est une erreur. 
Daillière est né en 1812, à Briançon (Maine-et-Loire). 

DURAND David. 

David Durand, né à Briançon, a été proposant et régent 
du collège de Die et successivement régent des écoles de 



— 145 — 

Nyons. Appartenant à la religion réformée, il abjura et 
passa au catholicisme en U\^b, 

BIBLIOGRAPHIE 

Déclaration de M. David Durand^ dauphinois, jadis pro- 
posant et dogmatisant en la religion calvinisque (sic) et 
régent du collège de Die et escoles de Nions, touchant 
sa conversion à la Iby catholique. (Grenoble, 1625, in-8«, 
24 pages. (Bibliographie huguenote, par E. Arnaud, dans 
le Dauphiné du 28 mai 1795.) 

FABRI Glande. 

Tout ce qu'on sait sur Claude Fabri, se trouve dans ces 
trois lignes du Dictionnaire historique du Dauphiné, de 
Guy-Allard : 

Fabri Claude, cordelier du Briançonnais, fut martyrisé 
par les huguenots en Languedoc, le f*'' de mars 1575. 

FAUCHÉ-PRUNELLE . 

Il existe, comme on sait, en France aussi bien qu'à l'é- 
tranger, un nombre infini de monographies sur le passé 
non seulement de régions jadis provinciales ou de villes de 
quelque renom, mais de localités à peines connues. Ces 
essais historiques ou biographiques utiles au point de vue 
de la constitution de Thistoire nationale comme matériaux 
ofTerts aux* ingénieuses et puissantes synthèses de nos 
grands historiens, ne présentent, en général, qu'un intérêt 
secondaire, tout de surface et d'effet pittoresque. 

Tel n'est point le livre pensé et écrit sur Briançon et le 
Briançonnais par Fauché-Prunelle. C'est une œuvre de 
haute science historique, d'intense méditation sur graves 
questions de droit public et administratif, sur les condi- 
tions et les errements de la vie nationale et sociale. Abon- 
dent dans ce livres les recherches patientes et habilement 
dirigées sur des points d'histoire inexplorés et les heureu- 
ses tentatives de mise en lumière des sédiments d'institu- 

10 



— 146 - 

tions et de vie morale déposés, dans les Alpes dauphinoises 
par des nationalités diverses du v« au xi® siècle. 

L'histoire du Briançonnais de Fauché-Prunelle n'est point 
une relation suivie des incidents de la vie publique ou 
privée d'un centre de population^ fantasmagorie monotone 
par la répétition de scènes dramatiques identiques ou ana- 
logues de la vie ordinaire. C'est une œuvre de bien plus 
haute portée. Ce sont les institutions, leur action sur la 
vie publique ou privée et l'influence de rétroaction des 
mœurs sur les institutions qui sont surtout la préoccupa- 
tion de l'auteur. C'est, du reste, dans son intégrité, l'âme 
d'un petit peuple qui palpite dans ces pages ; ce sont ses 
aspirations, sa notion du droit, sa rectitude de jugement 
sur les difficultés naissant de l'opposition des idées ou 
des intérêts, la modification des mœurs par l'opinion pu- 
blique dans ses organes les plus éclairés; c'est la liberté 
limitée et cantonnée par le droit d'autrui; c'est la vigilante 
conservation des usages démontres utiles par la pratique; 
telle est, à grands traits, cette mosaïque historique, de 
lecture si attrayante et instructive non seulement pour un 
Briançonnais mais pour tout lecteur sérieux. Le livre de 
Fauché-Prunelle est de la grande facture historique des 
œuvres des Guizot, des Barante, des Michelet, des Mignet, 
etc. Le Briançonnais y a été fouillé dans ses profondeurs, 
dans son caractère ethnographique, dans ses tendances 
morales, dans les conditions de sa vie matérielle et dans 
les ressources normales de ses productions, dans sa con- 
ception de la justice distributive, et de l'assistknce publi- 
que. On voit que ce laborieux, ce penseur, possédant un 
grand savoir et la clairvoyance d'un solide esprit, est à 
l'aise devant les horizons ouverts par ses recherches pour 
juger sainement des hommes et des choses. 

Fauché-Priinelle n'est pas né a Briançon, mais si les 
mentions de l'état civil font défaut pour le déclarer brian- 
çonnais, on peut dire que la naturalisation s'est accomplie, 
inconsciemment peut-être pour lui, par la consécration de 
ses éminentes facultés à l'histoire du Briançonnais, son 
œuvre capitale; et aussi par son attachement à ce pays. 



~ 147 - 

altachement qui se traduit parfois dans ses écrits par un 
trait énergiquement exprimé de sympathie. 

11 nous semble, dès lors, que nous sommes en droit de 
revendiquer, pour l'inscrire à la page la plus marquante 
d'une biographie du Briançonnais, la haute personnalité de 
notre historien. 

Que son nom figure dans notre modeste travail, afin 
qu'y soit inscrit l'hommage de respect, d'admiration et de 
gratitude qui lui est dû. 

H. Gariel a écrit une notice de critique littéraire et de 
biographie sur Fauché-Prunelle comme discours de récep- 
tion à l'Académie delphinale. Pour la composition de la 
partie biographique de son œuvre, il me demanda un con- 
cours et des communications que mes longues et affec- 
tueuses relations avec M. Fauché-Prunelle pouvaient lui 
rendre particulièrement utiles. Pour dire brièvement ce 
que fut notre historien, j'emprunte à la brochure de Gariel 
quelques détails qui appartinrent à notre collaboration : 

« André-Alexandre Fauché-Prunelle est né à Grenoble le 
15 janvier 1795. Il fit ses études au lycée de cette ville, où 
il obtint, en 1811, le prix d'honneur en rhétorique (1). Reçu 
un des premiers à l'Ecole polytechnique en 1814, il prit part, 
avec toute l'Ecole, à la bataille de Paris, où 23,000 hommes 
tinrent pendant treize heures contre 200,000 ennemis avides 
de reprendre enfin leur revanche d'une domination de dix 
ans, qui avait humilié les souverains dans leur orgueil, et, 
chose plus dangereuse, les peuples dans leur patriotisme 
et leur nationalité. 

« Après la capitulation de Paris, M. Fauché-Prunelle 
rentra à l'Ecole jusqu'à son licenciement (ordonnance du 
15 avril 1816). Il revint à Grenoble, à la fin de 1816, comme 
surnuméraire dans l'enregistrement, et il suivit en même 
temps les Cours de l'Ecole de droit. Reçu licencié en 1820, 



(1) Sous le premier Empire, il n'y eut au lycée de Grenoble que deux 
prix d'honneur ; l'autre avait été donné, en 1810, à M. Gontard. 



— 148 — 

il abandonna la carrière de l'enregistrement pour se livrer 
à la profession d'avocat. 

« A la Révolution de 1830, sa qualité d'ancien élève de 
l'Ecole polytechnique et ses opinions libérales très connues 
le firent acclamer capitaine de la garde nationale. Le 16 
octobre de la même année, il fut nommé président du tri- 
bunal civil de Briançon; le 29 septembre 1836, à celui de 
Vienne. Le 14 août 1838, il revint à Grenoble conseiller à la 
Cour royale, fonctions qu'il remplissait lorsque la mort, le 
frappant avant le temps, est venue jeter le deuil dans la 
cité. » 

« M. Fauché-Prunelle fut conduit à s'occuper de Thistoire 
du Briançonnais et successivement de celle du Dauphiné 
de la façon singulière que voici : on pourrait croire que ce 
fût pendant son séjour à Briançon et pour charmer ses 
loisirs, — car, que faire à Briançon ? — que notre regretté 
confrère étudia sur place l'histoire des Alpes Cottiennes 
dont il devait plus tard se constituer le savant et patrioti- 
que écrivain. Il n'en est rien. Pendant les six années 
(1830-36) qu'il passa à Briançon, M. Fauché fît de la bota- 
nique et composa un herbier remarquable, moins par le 
nombre que par la beauté et la rareté des plantes, et une 
collection de lépidoptères décalqués et coloriés avec une 
merveilleuse habileté. Piéton aussi sobre qu'infatigable, il 
parcourait toutes les hauteurs des Alpes, et se délassait de 
ses courses au sein d'une société d'élite qui, appréciant à 
leur juste valeur, son mérite, son instruction et son carac- 
tère, l'avait fort gracieusement accueilli. 

« Lorsqu'il dut quitter Briançon pour aller à Vienne, M. 
Benoît Bouchié, un de ceux qui l'avaient le plus goûté, lui 
offrit un dîner où il avait réuni tous ses amis. La conversa- 
lion tomba sur l'histoire locale, et M. Bouchié, homme 
d'un savoir remarquable, prématurément enlevé à sa ville 
natale qu'il honorait, peignit, en quelques traits généraux, 
la constitution politique et le régime municipal inscrit dans 
la grande charte briançonnaise de 1343. C'est par cette 
charte que le dauphin Humbert II transporta aux commu- 
nautés Briançonnaises tous ses droits féodaux et seigneu- 



- 149 — 

riaux. La curiosité de M. Fauché fut vivement éveillée par 
le récit de M. Bouchié, et, comme il émettait quelque doute 
sur l'étendue de l'abandon fait par le Dauphin, lamphy- 
trion, se levant de table, alla prendre dans sa bibliothèque 
un exemplaire imprimé de la transaction de 1343, et en fit 
don à M. Fauché. Arrivé à Vienne, notre futur historien fit 
une sérieuse étude de ce document et projeta dès lors son 
grand ouvrage sur les anciennes institutions briançonnaises 
et sur les libertés du Dauphiné. Mais la ville de Vienne ne 
pouvait lui fournir les matériaux indispensables à la réali- 
sation de ce projet, et ce ne fut réellement qu'à Grenoble 
(1838) qu'il put mettre la main à Tceuvre. La bibliothèque, 
les anciennes archives de la Cour des comptes et celles de 
toutes les communes du Briançonnais, furent fouillées par 
lui dans tous les sens. Ce Briançonnais qu'il avait tant 
exploré en naturalisle, il l'explora de nouveau à diverses 
reprises et dans ses plus petits recoins, mais en paléogra- 
phe. Les archives de Briançon, deNévache, duVal-des-Prés, 
de Ville-Vieille, de Ville-Vallouise, etc., furent complète- 
ment dépouillées. M. Fauche mit près de vingt ans à réunir 
tous les éléments de son livre. C'est l'œuvre de sa vie. » 

Lorsque parut le livre de Fauché-Prunelle sur le Brian- 
çonnais (1856-1857), j'en donnai un compte rendu dans le 
journal le Vœu national du 15 mars 1857. Je dois dire, en 
toute humilité, que mes appréciations formulées sur lecture 
rapide du livre, demeuraient au-dessous de ce qu'une criti- 
que plus méditée, plus autorisée aurait pu relever de plus 
saillant dans cette œuvre magistrale à laquelle l'académie 
des inscriptions et belles-lettres eut dû, en toute justice, 
décerner le prix au lieu d'une mention très honorable. 

Tel quel, je reproduis ici le compte rendu que je viens 
de rappeler : 

« Essai SU7' les anciennes institutions autonomes ou popu- 
laires des Alpes Cottiennes Briançonnaises, par M. Alex. 
Fauché-Prunelle , conseiller à la Cour impériale de 
Grenoble. 

« Voici une œuvre sérieuse, fortement conçue, longue- 



— 150 - 

ment méditée et contrastant avec ces productions légères 
que, sous les formes variées du feuilleton et de la revue 
4 périodique, une littérature au jour le jour prodigue à une 
société préoccupée outre mesure des intérêts matériels, et 
peu soucieuse, en général, des travaux historiques de 
longue haleine et de haute portée. 

« Le livre de M. Fauché-Prunelle est destiné à prendre 
une place recommandable parmi les travaux historiques 
de notre temps. L'Académie des inscriptions et belles- 
lettres, en décernant à l'auteur une mention très honora- 
ble, n'a fait, par cette flatteuse distinction, que prévenir le 
jugement du public sur cette œuvre. 

« M. Fauché-Prunelle a voulu retracer Thistoire des insti- 
tutions municipales, des libertés d'un petit peuple, le Brian- 
çonnais. Si la scène où se sont accomplis les faits et les 
choses que l'on trouve dans la monographie de M. Fauché- 
Prunelle paraît, au premier abord, étroite et mesurée, on 
se préoccupe peu de cette cause apparente de défaut d'inté- 
rêt dès qu'on a ouvert ce livre. On s'aperçoit bien vite que 
l'auteur élargit, à chaque instant, l'horizon de sa pensée et 
de ses observations, soit par des rapprochements nombreux 
des faits qu'il raconte avec ceux de l'histoire générale du 
Dauphiné, soit par des comparaisons des institutions du 
Briançonnais avec celles de nationalités importantes. 
D'ailleurs, ainsi que le dit très bien l'auteur dans l'avant- 
propos de son livre : « Est-ce l'importance numérique d'un 
peuple, est-ce la plus ou moins grande étendue de son 
territoire qui fait, qui constitue la nature, la force ou la 
bonté de ses institutions? » 

« M. Fauché - Prunelle réunissait, plus que personne, 
toutes les conditions nécessaires pour traiter remarquable- 
ment le sujet qu'il avait choisi. Président du tribunal de 
Briançon et ayant réside dans cette ville pendant plusieurs 
années, M. Fauché avait étudie le caractère, les mœurs, les 
croyances des populations dont il a, plus tard, retracé 
l'histoire à un point de vue particulier ; il avait étudié 
aussi et saisi la physionomie du pays, ses productions, ses 
ressources. Et c'est toujours un excellent moyen d'éclairer 



— 131 — 

le passé historique d'un pays que de se rendre un compte 
exact de sa situation actuelle, de ses éléments existants. 

« Avant d'aborder ce travail important, M. Fauché- 
Prunelle avait poussé au loin ses reconnaissances iiisto- 
riques tout autour du théâtre de son étude principale: 
il avait fouillé les archives des communes du Brianron- 
nais, celles fort importantes de la ville de Brian(;on, sau- 
vées presque intactes des deux incendies de 11)24 ctlG92,et il 
avait publié, dans le bulletin de l'Académie delphinale, une 
analyse des titres les plus importants de ces archives; rien 
de ce qui pouvait intéresser ce pays n'a paru indifférent à 
M. Fauché. On trouve dans le bulletin de l'Académie del- 
phinale, signés de son nom, un article intéressant de zoolo- 
gie sur le Briançonnais, une savante dissertation historique 
sur l'invasion des Sarrazins dans les Alpes, des considéra- 
tions économiques du plus haut intérêt, à propos de la 
(Question importante du déboisement des forêts, si triste- 
ment remise à l'ordre du jour par les désastreuses inonda- 
tions de Tannée qui vient de s'écouler; des appréciations 
pleines d'autorité et de science au sujet d'un travail de M. 
Albin Gras, sur la botanique du Dauphiné. 

« On voit que M. Fauché-Prunelle se trouvait dans les 
conditions les plus heureuses pour entreprendre et mener 
abonne fin l'œuvre dilficile qu'il publie aujourd'hui. Qu'il 
nous soit permis d'indiquer en quelques traits rapides les 
points les plus saillants de ce livre dont nous ne voudrions, 
nous, rien retrancher à coup sûr. 

Le chapitre XI*', 1*^'' vol, ayant pour litre Abolition de la 
Féodalité, peut être recommandé à une attention spéciale. 
I/auteur y donne les détails les plus dignes d'intérêt sur la 
manière dont les Briançonnais, dès le milieu du xiv^ siècle, 
se sont rachetés de tous droits seigneuriaux ou féodaux 
vis-à-vis des comtes Dauphins, leurs seuls seigneurs suze- 
rains, au moyen d'une rente annuelle perpétuelle de 4. ()()() 
ducats et d'une somme de 12,000 florins, payable dans un 
délai assez court. Tn traité intervint entre le Dauphin et 
les habitants du Briançonnais, et ces derniers, en échange 
des sacrifices pécuniaires qu'ils faisaient, obtinrent le droit 



- 152 - 

de s'administrer eux-mêmes, d'exercer les droits seigneu- 
riaux personnels, tels que ceux de port d'armes, de chasse, 
de pêche, de créer des francs-bourgeois. . ., le Dauphin ne 
se réservant que son autorité de haute justice et son auto- 
rité militaire. Une situation presque unique en France, 
d'indépendance et de liberté, fut acquise dès cette époque 
au pays briançonnais, par l'effet de cette charte au sujet 
de laquelle on trouve, dans Ghorier, les réflexions suivan- 
tes : 

« Leurs députés (des Briançonnais) furent d'habiles gens; 
« ils attaquèrent Tesprit du Dauphin du côté qu'il était le 
« plus faible ; l'argent présent pouvait plus sur lui que les 
« plus fortes considérations, il était prodigue, et qui l'est 
« toujours est toujours avare ; il ne refusait rien à qui lui 
« donnait ; ils lui présentèrent, outre ce revenu annuel 
« (4,000 ducats), un présent de 12,u00 florins d'or, et ce fut 
« ce qui acheva ce célèbre traité. » 

a Ce chapitre est suivi du texte de la charte du 29 mai 1343. 

« Le second volume présente aussi les détails les plus 
intéressants sur les vicissitudes du régime municipal du 
Briançonnais, sur la justice et la magistrature municipale, 
le droit de bourgeoisie, l'instruction publique, l'industrie, 
le commerce, l'impôt, les droits d'arrosage, les bois et fo- 
rêts, etc.. Tout est, du reste, dans ce livre du plus haut 
intérêt, et pour qui s'adonne volontiers à une lecture ins- 
tructive et sérieuse, il y a obligation de tout lire. 

« Ce 2« volume, qui est de 712 pages, renferme aussi une 
très belle étude sur l'historique des états-généraux du 
Dauphiné, depuis leur origine jusqu'à leur suppression en 
1628, sur les assemblées des commis ou des huit ou dix 
villes, et, enfin, sur les Etats du Dauphiné depuis 1628 
jusqu'à leur fin en 1789. Par cette dernière partie, le livre 
de M. Fauché-Prunelle se rattache à l'histoire générale du 
Dauphiné. 

« Cette œuvre est destinée à un durable et bien légitime 
succès. Car il est, de nos jours, peu d'hommes assez domi- 
nés par l'amour de la science pour se livrer à des recherches 
aussi nombreuses, aussi variées. Ces pages sont, en dehors 



- 153 - 

d'un texte substantiel, nourries de notes, de dates, de cita- 
tions d'auteurs ou de documents manuscrits très multi- 
pliés. 

« Toutes ces conditions assurent à cette remarquable 
monographie une longévité de réputation difficile à con- 
quérir aujourd'hui. 

« A. A. » 

Fauché-Prunelle est décédé le 13 juin 1863. 

L'avocat-général René Bérenger, aujourd'hui sénateur, 
exprimait ainsi dans la séance de rentrée de la Cour d'appel 
de Grenoble du 3 novembre 1863, son sentiment sur le ca- 
ractère et les œuvres du regretté magistrat : 

« C'était un de ces esprits essentiellement studieux pour 
lesquels le repos est une fatigue et le travail un besoin. 
Les occupations de la vie judiciaire ne pouvant suffire à 
son activité, il se porta vers d'autres objets et sut se faire 
dans le monde savant une réputation qui ne nuisit en rien 
à celle qu'il s'était acquise au palais. Son ouvrage principal. 
Recherches sur les institutions briançonnaises, fruit de lon- 
gues et patientes études, lui valut l'attention de l'Académie 
des Inscriptions et Belles-Lettres. Admirateur passionné 
des merveilles de notre beau pays, il n'est pas une de ses 
œuvres qui ne soit un témoignage de son attachement pour 
lui. Soit qu'il éclaircisse les origines de notre histoire, soit 
qu'il fouille les poudreuses archives de nos vieilles juri- 
dictions ou qu'il décrive, en artiste épris de son œuvre, les 
beautés alpestres, on le sent toujours guidé par la pensée 
de concourir à la gloire de son pays. C'est ce but constant 
qui fît l'unité de ses œuvres et l'honneur de sa vie. L'expres- 
sion de la reconnaissance publique pour une existence si 
noblement occupée doit se joindre au témoignage de nos 
regrets. » 

BIBLIOGRAPHIE 

Œuvres ayant trait au Briançonnais : 

Aperçu pittoresque et romantique sur le Briançonnais. 
(Grenoble imp. de Prudhomme, 1843), in-8o de 19 p. Tirage 



\ 



— 154 — 

à part du Bulletin de la société des sciences et des 
arts de Grenoble, séance du 4 août 1843. Cet aperçu a été 
reproduit dans l'Essai sur les anciennes institutions, t. 1. 
p. 5-25. 

Essai sur les anciennes institutions autonomes ou popu- 
laires des Alpes cottiennes-briançonnaises, augmenté de 
recherches sur leur ancien état politique et social, sur les 
libertés et les principales institutions du Dauphiné, ainsi 
que plusieurs points de l'histoire de cette province.. Greno- 
ble, Vellot etComp^, 1856-1857, 2 vol. in-8« de 636 et 712 p. 

Coup d'œil sur la végétation des Alpes considérée dans 
son rapport avec le climat, suivi d'observations sur la 
hauteur de la ligne-limite des neiges perpétuelles dans les 
Alpes dauphinoises. Grenoble, impr, de Maisoninlle (1858), 
in-8o de 48 p. Extrait à petit nombre duCongrès scientifique 
de France, session de Grenoble, septembre 1857. 

Travaux publiés dans la collection du Bulletin de 

V Académie Delphinale : 

Dissertation sur un tombeau antique découvert en 1834 à 
Histolas, dans la vallée briançonnaise du Queyras, t. 1, 
p. :321-328. 

Livre du Roi, t. 1, p. 329-340. 

Mémoire relatif à un rapport fait à l'Institut par M. 
Blanqui, le 25 novembre 1843, sur l'état économique des 
départements des Hautes et Basses-Alpes, de l'Isère et du 
Var, t l, p. 377-406. 

Rapport sur les archives du Briançonnais et notamment 
sur celles des vallées de Queyras et de Vallouise, t. 1, p. 
433-458. 

Mémoire sur les invasions des Sarrazins dans les contrées 
de la rive gauche du Rhône et plus particulièrement dans 
le Dauphiné et les Alpes (séance du 16 janv. 1847), t. 2, p. 
216-30. 276-294, 410-439, 474-527, 806-838; - t. 3, p. 141-176. 

Mémoire sur les animaux des Alpes (Voy. G.), t. 2, p. 
775-798. 



— 155 — 

Mémoire sur les irrigations dans le Briançonnais, t. 5, 
p. 110-112. 

Un orage dans les Alpes Briançonnaises, t. () (I de la 2'' 
série), p. 414-419. 

Les élections municipales dans le Briançonnais. t. G, 
(I, 2« série), p. 607-B25. 

Travaux publias dans les deux volumes du Congrès 

scienlifique de France : 

Coup d'œil sur la végétation des Alpes., considérée dans 
son rapport avec le climat. 

Observations sqr la hauteur de la ligne-limite des neiges 
perpétuelles dans les Alpes dauphinoises. 

Discussion sur la géographie ancienne du Dauphiné, t. 
2, p. 374. 

Travaux publiés dans les cinq années de la Revue des 

Alpes : 

Un orage dans les Alpes Briançonnaises, n® 47, 22 mai 
1858. 

Les Alpes dauphinoises, leur description pittoresque, 
leur climatologie, leur végétation et leur flore^ leur faune. 

Les anciennes élections municipales dans le Briançon- 
nais. 

FAURE Louis-Etienne. 

Louis-Etienne Faure est né à Briançon^ le 20 août 1759. 
Son père, Nicolas Faure, originaire de Gervières, était 
notaire royal à Briançon. Suivant raffîrmalion de l'un de 
ses neveux, Louis-Etienne Faure fit ses études en vue 
d'entrer dans les ordres. Quoi qu'il en soit de ces premières 
visées et d'un commencement d'^exécution, on trouve Faure 
tout acquis aux principes de la Révolution dès les premières 
manifestations de l'esprit public. 11 figure dans les conseils 
de la commune de Briançon quelle qu'en soit la dénomina- 
tion, ainsi que dans l'administration centrale du départe- 
ment. En 1803, il est membre du conseil d'arrondissement 



- 156 — 

pour Briançon ainsi désigné : Faure, ex-commissaire du 
département. On le voit candidat au Corps législatif ensuite 
de la désignation votative de ses compatriotes. 

Au commencement de TEmpire, Faure fut nommé rece- 
veur des droits réunis à Briançon. 

Mais ces fonctions, d'ailleurs convenablement rétribuées, 
ne pouvaient suffire à Tactivité d'esprit de Faure. De politi- 
que, il n'était plus question sous Tère impériale. Il trouva 
dans l'étude théorique de l'agriculture et dans des essais 
pratiques bien vite fort étendus, l'emploi des loisirs que lui 
laissait sa charge et la direction de travaux de sa prédilec- 
tion. Faure aimait la campagne avec passion. On trouve 
dans bien des pages de ses publications, même dans celles 
de la dernière heure, la sincère expression de cet amour 
des champs, des forêts, des troupeaux. 

Le rêve d'une existence champêtre de bien naturelle 
hantise pendant les orages de la Révolution, prenant corps 
et espoir de réalisation dans des jours plus paisible?, ne 
fut peut-être tout d'abord qu'une vague aspiration d'un 
adepte du culte de Sylvain, méditant les délicieuses épitres 
d'Horace, du voluptueux assagi et blasé, amoureux de 
solitude, pris parle charme de la vie pour soi et le dédain, 
de toute mondanité. Furent sans doute méditées et goûtées 
par le penseur Briançonnais, les épitres à Quintius, ad villi- 
cum suum, à Fuscus Aristius; il dut dire dans la franchise 
et l'ardeur de son penchant vers les beautés de la nature : 

. . . .Ego laudo ruris amœni 

Rivos et musco circumlita sajca, nemus que. 

Quoi qu'il en soit, Tamateur de la campagne ne tarda pas 
à donner une direction plus active, plus pratique à ses 
goûts champêtres. Il devint un lecteur de Quesnay, du 
Marquis de Mirabaud, de tous les physiocrates; il fut à la 
fois, économiste et agriculteur. 

Les idées du temps étaient du reste aux préoccupations 
de cette nature ; Dellile, tant décrié depuis par des criti- 
ques superficiels et ignorants, ciseleurs de phrases creuses, 
Dellile était lu dans ses traductions et dans les œuvres de 



/ 



I 



— 157 - 

son inspiration personnelle, toutes imprégnées de l'amour 
des champs. 

, Dans ce camp des pubiicistes agricoles, la guerre fut 
déclarée à la routine quant aux procédés culturaux, quant 
à Toutillage, quant à la substance et à la préparation des 
fumures et à leur adaptation aux diverses espèces de 
produits, quant à Télève et au choix du bétail. Des revues 
agricoles virent le jour à Paris, à Genève, à Milan^ etc. 
Un journal d'agriculture s'était fondé à Gap sur l'initiative 
et sous les auspices du préfet Ladoucette. Etienne Faure 
fut au premier rang des rédacteurs. Il fut le plus résolu 
parmi les hommes qui voulurent, dans notre région des 
Alpes dauphinoises , mettre en pratique les nouvelles 
th^ries. Il acheta des terres, appliqua, non sans succès^ à 
leur exploitation les procédés de culture préconisés par les 
novateurs. Il s'adonna surtout à l'élève des mérinos. Cette 
espèce de la race ovine introduite en Espagne par les 
Arabes et plus tard dans le Roussillon et le Béarn, fut à la 
fin du siècle passé et au comniencement de celui-ci, l'objet 
de nombreuses tentatives d'acclimatation, sur presque 
tous les points du territoire français. Pozzo di Borgo l'a 
fait pour la Corse en 1824. 

Faure eut dès lors pour lecture assidue le Manuel pasto- 
ral de MM. de Grandmaison et Dumond, propriétaires du 
troupeau de mérinos d'Epluchés près Pontoise. Il eut, lui 
aussi, son troupeau de mérinos. La lettre suivante dit ses dis- 
positions d'espri t et ses espérances d'agriculteur et d'éleveur. 

« A Monsieur Charles Pictet, l'un des rédacteurs de la 
Bibliothèque Britan, à Genève. 

« Entraîné par instinct, par goût^ par la force des événe- 
ments vers les champs, j'en ai préconisé les jouissances 
solides et inexprimables, et m'estime heureux de m'étre 
nourri de vos préceptes sur ce premier des arts, et à votre 
exemple de m'attacher à en connaître les ressources 
inépuisables 

« Placé sur une des pentes au midi des Alpes cottiennes, 



— 158 — 

dans le fertile vallon du Briançonnais (Hautes-Alpes), je 
me suis livré depuis huit à dix ans (malgré Tâpreté du 
climat, les préjugés, les habitudes les plus ridicules en 
agriculture) à faire quelques expériences qui, en résultat, 
m'ont procuré des moyens certains d'instruction et des 
profits réels. 

« Dans le principe de mon établissement rural, j'ai cru 
indispensable de m'associer pour compagnons et soutiens 
de mes travaux, une centaine de mérinos, qui prospèrent a 
souhait, et pour l'entretien desquels j'ai dû m'occuper de 
suite des moyens d'obtenir la quantité et la qualité de 
plantes fourrageuses les plus convenables à la prospérité 
et à la santé de mon troupeau naissant. 
« Briançon, 21 février 1811. » 

En 1803, Faure avait commencé à faire élever, en pleine 
forêt, sur les pentes de la montagne de Pierre-Ayrault, 
territoire du Villard-St-Pancrace, le chalet du Lauzin. Les 
travaux dirigés par Faure lui-même, exécutés par unnom- 
mé Welf, entrepreneur intelligent, étaient terminés en 
1807. Le choix de l'emplacement témoignait d'un discerne- 
ment très sûr des avantages qu'il offrait à tous les points 
de vue, et du goût parfait de Tarchitecte. 

Le Lauzin est un lieu de charme empoignant;, séjour 
donnant un avant-goût de ces existences sidérales rêvées 
par Flammarion, une symphonie paslorale où chantent la 
forêt avec ses bruissements divers, la fontaine aux flots 
abondants et limpides, la clochette des troupeaux paissant 
sur les pentes voisines, le suave gazouillement du tarin et 
du venturon, la pelouse parfumée, les brises légères, les 
pans du ciel bleu coupés par les accidents forestiers de la 
clairière et les nuages floconneux frangés d'argent chemi- 
nant sur les sommités dentelées de l'horizon. Le Lauzin est 
un lieu à enchantement et ce qu'on peut en dire reste au- 
dessous de la vérité. 

Là, Faure a passé quelques heureux jours. Là, il installa 
ses chers mérinos dans une longue étable joignant la fer- 
me. Disons tout de suite que Faure donna trop d'extension 



— 159 - 

à ses entreprises agricoles et pastorales. Il avait, en outre 
du Lauzin, établi un parc de moutons aux chalets des 
Fonds, à l'extrémité de la plaine du Bourget, commune de 
Gervières, et construit une ferme avec bergerie à Sainte- 
Catherine, au confluent de la Durance et de la Guizane. 

La direction et la surveillance de ces établissements 
éloignés les uns des autres étaient singulièrement difïicul- 
tueuses sinon impossibles. Là où l'œil du maître ne pénètre 
pas, tout périclite, c'est une vérité pratique qui ne souffre 
presque pas d'exception. 

La situation de Faure ne tarda pas à être embarrassée, 
et 1814 vit l'effondrement de sa fortune. Il avait compromis 
celle de son frère consanguin, Louis Faure, avoué près le 
Tribunal de Briançon, homme généreux, qui porta la peine 
d'un dévouement fraternel trop aveugle. 

En 1814, Faure fut destitué de son emploi de receveur des 
droits réunis. Au retour de Bonaparte, il fut réintégré dans 
son emploi et nommé, au mois de mai 1815, membre de la 
chambre des représentants, parle collège électoral de l'ar- 
rondissement de Briançon, par 56 voix sur 68 votants, con- 
tre 12 données à M. Delphin, major du génie. 

Faure garda le silence au sein de la Chambre des repré- 
sentants jusqu'à la séance du 30 juin, où il soumit à la 
Chambre un projet de délibération tendant à déclarer aux 
puissances qu'il n'y aurait point de traité avec elles, sans 
l'exclusion formelle des Bourbons. Il lut à la tribune, au 
milieu des murmures, une opinion dans laquelle il con- 
cluait, dit la Biographie des hoinmes vivants, pour que le 
drapeau tricolore avec l'aigle fut déclaré le drapeau de la 
nation. Le lendemain, il fit imprimer ce discours, dont 
nous ne citerons que les passages suivants : 

a Que veut-on donc! Ouvrir la porte aux Bourbons, jeter 
ainsi parmi vous tous les ferments des discordes civiles. 
Ce système anarchique est allé bien plus loin : ici, comme 
à Mont-Saint- Jean, on crie à la trahison; on annonce que 
tout est perdu, que la représentation nationale a proclamé 
Louis XVIII : tout Paris est imbu de ce cri mensonger et 
funeste. On vous dit que le ministère de ce prétendu roi 



— IGO - 

est nommé, que des lettres closes sont émises pour convo- 
quer les derniers députés au Corps législatif ; vous ne seriez 
donc plus, vous représentants du peuple, que des factieux, 
des séditieux? L'opinion publique attend de vous une 
déclaration franche, décidée et énergique, contre le retour 
du comte de Lille, même avec des conditions qui seraient 
nécessairement illusoires. Ce n'est pas avoir assez fait que 
de reconnaître Napoléon II ; il faut attaquer les droits soi- 
disant légitimes des Bourbons, au moment décisif. . . Et la 
Chambre des représentants hésiterait à dire que les 
champs de Fleurus et de Mont-Saint-Jean ont élevé entre 
ses princes et nous une barrière éternelle ! La nation et 
l'armée réclament l'expression de vos sentiments. Tel est 
mon vœu, celui de mes collègues des députations dauphi- 
noises. C'est en leur nom et au mien que j'en demande 
acte à la Chambre. » 

Inutile d'ajouter que la Chambre ne tint aucun compte 
de la motion du député Briançonnais. 

Faure rentra dès lors dans la vie privée, destitué une deu- 
xième fois par le régime nouveau, de son emploi, il demanda 
ses moyens d'existence à son instruction étendue et variée, 
à sa plume exercée. Il rédigea, pour les revues et les jour- 
naux d'agriculture et d'économie politique, d'innombra- 
bles articles. Il vécut ainsi honorablement jusqu'en 1830. 
Il lui fut équitablement accordé alors en sa qualité d'ancien 
fonctionnaire des droits réunis, un bureau de tabac de 
produit assez notable. Louis Faure vécut alors d'une exis- 
tence tranquille, possédant le choix de ses travaux litté- 
raires et les ressources nécessaires pour leur publication. 

En 1843, à l'âge de 84 ans, il publia son livre : Aperçus 
philosophiques, qu'il faut lire ainsi que celui sur la Ré- 
volution de 1830, pour se rendre compte de la haute valeur 
de ce Briançonnais si peu connu et digne de l'être. 

De son livre, Aperçus philosophiques, nous détachons le 
passage suivant : 

« Entraîné de bonne heure par instinct et par goût vers 
les champs et la solitude, à cet âge où il est salutaire 
d'effacer sa personne derrière ses souvenirs, entièrement 



^ 161 - 

livré à la retraite, afin de concentrer, de fortifier toutes les 
facultés de notre âme, éloigné des hommes et de leurs pas- 
sions, des atîaires et de leurs ennuis, nous nous sommes 
exclusivement occupé de la science chérie de la nature, 
comme principe de toute sagesse et de toute vérité. 

« Là, loin du mouvement général, paisiblement assis, au 
bout de notre carrière, n'ayant plus que quelques heures 
pour nous rappeler et observer l'espace que nous avons 
parcouru; à Fabri du tumulte du monde et des passions 
qui s'agitent, séparé de cette cruelle et insidieuse politique, 
de cette police envahissante^ qui corrompent, trompent, 
torturent tout ce qu'elles touchent, jusques aux libertés 
publiques et particulières, persuadé que le vrai bonheur 
nait du calme de l'âme, et que l'absence des pensées am- 
bitieuses est la première condition du repos de la vie, nous 
nous sommes livré avec abandon à quelques recherches 
philosophiques. » 

Louis-Etienne Faure est décédé à Paris, le 2 novembre 
1850, à l'âge de 91 ans. Deux de ses neveux, Briançonnais 
aussi, fils de Louis Faure, ont occupé de hautes positions. 
Aimé Faure a été un des avocats distingués du barreau de 
Marseille et successivement juge au Tribunal. Jules Faure 
a été inspecteur divisionnaire des télégraphes. 

BIBLIOGRAPHIE 

Le Berger des Alpes, ou manière d'élever, de propager 
les bêtes à laine, mérinos, etc., et la race indigène dans le 
département des Hautes-Alpes, par L.-E. Faure, proprié- 
taire-cultivateur, à Briançon. (Epigraphe : « Les brebis ont 
des pieds d'or, et partout où elles les placent, la terre 
devient or. » Paris, F'antin, libraire, 1807, in-16, 104 p.) 

Mémoire sur les prairies artificielles. « Point de culture 
sans engrais, point d'engrais sans prairies artificielles. » 
par L.-E. Faure, propriétaire-cultivateur à Briançon. 

Gap, Allier, imprimeur, sans date, in-8», 23 p. 

Lettre à M. Charles Pictet. 

Briançon (Hautes-Alpes), ce 21 février 1811, 8 p. {Journal 
d'agriculture des Hautes-Alpes). 

11 



• > 



— 162 — 

Article nécrologique sur l'abbé Rey, vicaire de Fortville, 
dans le Journal d'agriculture des Hautes-Alpes, t. 8, p. 319. 

Mémoire sur les prairies artificielles, par L.-E. Faure, 
Paris^ Fantin, 1814, in-8«, 30 p. (Reproduction à peu près 
complète de la 1" édition.) 

Statistique rurale et industrielle de l'arrondissement de 
Briançon, département des Hautes-Alpes, par M. Faure 
aîné, membre correspondant du Conseil général d'agri- 
culture et de la Société royale et centrale de Paris. 

Gap, Allier, imprimeur, 1823, in-8«>, 116 p. (Imprimé aux 
frais du Ministère de l'intérieur). — Voir les lettres de la 
préface. 

De la Révolution française, son origine, ses causes, ses 
progrès, ses abus, ses vicissitudes et ses résultats obligés, 
ou l'œuvre de juillet 1789, couronnée et accomplie par 
celle de juillet 1830, par L.-E. Faure, ancien député, mem- 
bre de la Légion d'honneur. Paris, Delaunay et Dentu, 
in-8o, 1831, 201 p. 

Aperçus philosophiques sur le monde physique et sur le 
monde intellectuel et moral servant d'introduction à un 
grand ouvrage sur ces matières, par M. Faure, ancien 
député. 

Paris, Garilian-Gœury et Dalmon, 1843, in-8^ 167 p. 

FAURE Alft^ed. 

Alfred Faure, député du Rhône, est né à Briançon, le 21 
août 1850, pendant un court séjour que sa mère y fit dans le 
cours de cette année. Son père, François-Honoré Faure, na- 
tif de la commune de TArgentière. avait été pâtissier à Brian- 
çon. Appelé, vers 1843, à Oran, par son frère, capitaine du 
génie, qui y était en garnison et qui lui garantissait l'acqui- 
sition d'une rapide fortune en Algérie dans le commerce 
ou l'industrie, il se rendit à cette invitation, se fixa à 
Oran où il fit une fortune considérable dans un commerce 
de ferronnerie qu'il étendit jusqu'à créer une importante 
succursale à Sidi-Bel-Abbès. 

Alfred Faure, ses études universitaires terminées, suivit 
les cours des facultés des sciences et de médecine de 






- 163 - 

Montpellier. Il accepta, cédant, en ce, à son irrésistible 
entraînement vers les sciences naturelles, les fonctions 
modestes daide-botaniste au jardin des plantes de cette 
ville. Durant le cours de ses études, le jeune savant, 
pour poursuivre le résultat d'explorations fructueuses, fit 
de nombreux voyages, que les larges allocations mensuel- 
les d'un père très tendre et très libéral, lui rendirent faciles. 
Ces pérégrinations scientifiques ouvrirent à son esprit 
chercheur de nouveaux et larges horizons. Ses publications 
dans les revues spéciales conquirent à son nom de la no- 
toriété. 

En 1878, des chaires de botanique et de zoologie, ayant 
été créées dans les écoles vétérinaires, Alfred Faure, à la 
suite d'un brillant concours, obtint la chaire de Lyon. 
Fixé désormais dans la grande cilé, le jeune professeur qui 
est en même temps un homme spirituel, appela bientôt 
l'attention publique sur son enseignement plein d'aperçus 
originaux, très documenté du reste pour les faits et les 
observations. 

En 1884, il fut élu membre du Conseil municipal de 
Lyon, et dans l'organisation du personnel dirigeant de l'ex- 
position universelle de 1894, il fut appelé à la présidence du 
groupe X (agriculture, horticulture, viticulture) et nommé 
par ses collègues secrétaire du comité supérieur consulta- 
tif de l'exposition. 

La mort du regretté Burdeau, l'homme d'Etat dans le- 
quel la France républicaine avait placé de si hautes espé- 
rances, ayant donné lieu à la vacance d'un siège dans la 
députation du Rhône, Alfred Faure se vit l'objet de la 
distinction la plus flatteuse de la part de l'un des collèges 
électoraux de la seconde ville de France. Il a été élu dépu- 
té, en février 1895, en remplacement de Burdeau. Ses amis 
s'attendent à ce qu'il se montrera digne par la rectitude 
de sa conduite politique et son talent, de la succession du 
grand citoyen dont il occupe le siège. 

FERRUS Guillaume-Laurent. 

Guillaume-Laurent Ferrus, fils de Jean Ferrus, avocat 



— 164 — 

au parlement, exerçant près le baillage, est né à Briançon, 
le 10 août 1753. 

La famille Ferrus était, dans le xvi" siècle, établie à 
Savillan (Italie). Une de ses branches s'établit à Oulx d'où 
quelques-uns de ses membres se fixèrent soit à Briançon, 
soit au Puy-St-André. Les premiers acquirent de bonne 
heure le droit de combourgeoisie dans la ville. Ceux de 
Puy-St-André qualifiés d'abord d'hostes de la ville, y 
obtinrent aussi plus tard la qualité de combourgeois. Par- 
mi ces derniers, André Ferrus, fils de Laurent, est mort à 
Puy-St-André en 1657, debtenu dans son lit par vieillesse et 
caducité. Son frère aîné Guillaume fut le membre de la 
famille qui se fixa, paraît-il, le premier à Briançon. La fa- 
mille s'étendit en nombre et en importance locale. Les 
Ferrus se consacrèrent presque tous à des professions libé- 
rales : médecins, avocats, procureurs, notaires, militaires, 
ou ils occupèrent des fonctions dans les diverses branches 
de l'administration des finances ou de judicature. Gomme 
d'autres compatriotes de la bourgeoisie, ils furent jconsuls, 
échevins, maires de la ville de Briançon. 

Jean Ferrus était, en 1772, maire de Briançon. 

Glaude Ferrus était médecin de l'hôpital militaire en 
1774. Il mourut en 1782 à l'âge de 99 ans. 

Son arrière-petit-fîls Victor Ferrus, mort il y a quelques 
années, était médecin principal des hôpitaux d'Alger. En 
1843^ il vint à Briançon avec Vincent Ghabas, le capitaine 
Manchot, père de l'égyptologue français Ghabas. Ils furent 
accueillis^hospitalièrement dans notre maison amas de Biais. 

Guillaume Ferrus, décédé le 20 février 1763, à 80 ans, était 
médecin aussi à Briançon. Ferrus dit la Botte exerçait 
aussi la médecine à la fin du xviiP siècle. Tous les trois 
étaient de la même famille. 

On voit que la médecine était, en quelque sorte, la pro- 
fession héréditaire dans la famille Ferrus. Le fils de Tavo- 
cat Guillaume-Laurent Ferrus devait être lui aussi méde- 
cin. 11 fut un médecin célèbre. 

Guillaume-Laurent Ferrus qui avait acquis, dans sa ville 
natale, considération et fortune, fut maire de Briançon en 






— 165 — 

1790. Le 29 août 1791, il fut élu député des Hautes-Alpes à 
la Législative par 130 voix sur 217 suffrages exprimés. 

A la fin de sa législature, Ferrus regagna ses foyers. Il 
se livra à des opérations de commerce qui eurent pour 
résultat, ayant été payé en assignats, pour des fournitures 
de guerre, la déperdition presque totale de sa fortune. 

L'un de ses frères, Thomas Ferrus, fît la campagne d'Egy- 
pte. Il devint capitaine et fut commandant du fort des Tètes 
à Briançon; un autre frère, Guillaume Ferrus, fut receveur 
des gabelles au Ghàteau-Queyras. 

Guillaume-Laurent Ferrus est décédé le 3 juin 1815. 

FERRUS Jean-Joseph. 

Jean-Joseph Ferrus, fîls aîné de Guillaume-Laurent Fer- 
rus, est né à Briançon, le 27 mars 1776. Il entra le 16 mars 
1794 comme élève sous-lieutenant à l'Ecole du génie. (Cette 
école se fondit Tannée suivante dans l'organisation de 
l'Ecole polytechnique.) Le 13 novembre de la même année, 
il était promu au grade de lieutenant, et le 21 mars suivant 
à celui de capitaine, au siège de Maëstricht, âgé de 19 ans 
seulement. Il servit en Italie avec distinction et suivit le 
général Bonaparte en Egypte. Il y mérita l'estime du gé- 
néral en chef et celle des autres généraux. Ses talents et 
sa bravoure s'étaient manifestés en toute occasion avec éclat. 
Ferrus soutint avec toute la conviction de son âme et toute 
l'impétuosité de son caractère, que S t-Jean-d' Acre ne pouvait 
être emporté de vive force : cet avis partagé par plusieurs 
officiers d'un grand mérite, par le général Lannes entre au- 
tres, ne fut pas écouté. Ferrus fut blessé deux fois dans la 
tranchée et peu après attaqué de la peste. Le résultat du 
siège fut tel que Ferrus l'avait prédit. Le général en chef 
envoya le colonel Bessière au capitaine Ferrus^ pour lui 
dire qu'il n'avait su la vérité entière que par lui, et qu'il le 
nommait chef de bataillon en récompense de ses talents et 
de sa franchise. Mais Ferrus ne put jouir de cette distinc- 
tion, il mourut à Caïfîa le 1*"" prairiîil, an vu, emportant avec 
lui l'estime du général Bonaparte, et l'amitié de ses cama- 
rades. Il fut commandant à 23 ans ! 



— 166 - 

FERRUS Guillaume (Le B^). 

Guillaume-Marie-André Ferrus, second fils de Guillaume- 
Laurent Ferrus, est né le 2 septembre 1784, au Glos-du-Rif 
près le Ghâteau-Queyras. A sa naissance, sa mère, Magde- 
leine Fantin, y était en villégiature chez son beau-frère 
Guillaume Ferrus, receveur des gabelles pour le Queyras. 

Le jeune Ferrus reçut à Briançon l'instruction que les 
établissements scolaires de la ville pouvaient donner à 
cette époque. 

A l'âge de 13 ans, l'oncle maternel du jeune écolier, 
André Fantin, chirurgien en chef de Thôpital militaire de 
Briançon, le prit avec lui, se chargea de son éducation et 
de son avenir. Le docteur André Fantin destina son neveu 
à la carrière qu'il parcourait lui-même avec distinction. 

Dès cet âge si tendre, l'enfant fut soumis à une discipline 
de fer, à assister à ramphilhéâtre comme aide, à toutes 
opérations chirurgicales ; il dut se livrer à des travaux de 
dissection et d'anatomie, travaux répugnants qui exigent 
de ceux qui s'y livrent une force de volonté que Ton ne 
rencontre d'ordinaire que dans l'âge viril. Le rude profes- 
seur qui constatait avec satisfaction l'intelligence supé- 
rieure et la fermeté de caractère de son élève ne lui fît 
grâce d'aucun effort pénible, d'aucune des épreuves de la 
profession. 

Si l'éducation médicale fut poursuivie ainsi, avec une 
froide détermination de la part d'un professeur, au fond, 
rempli de tendresse, les progrès de l'élève, ses connais- 
sances pratiques, sa précoce habileté d'opérateur, répon- 
di!rent au delà de toute prévision à l'attente du docteur 
Fantin qui rêvait pour ce neveu si bien doué, succès et 
célébrité, et qui ne s'épargnait point pour lui préparer les 
voies dans la carrière qu'il lui avait ouverte. 

Après quatre années de stage à Briançon en qualité d'élève 
otîicier de santé, Ferrus partit pour Paris en 1799 pour y 
continuer ses études médicales. Le 15 mai 1805, il était en 
possession du diplôme de docteur en médecine. La même 
année, il fut nommé, à 21 ans, chirurgien à l'ambulance de 



— 167 — 

la garde impériale (vélites des chasseurs à cheval). Promu 
le 25 septembre 1808 chirurgien-major, il fut décoré de la 
Légion d^honneur de la main même de l'Empereur à 
Wagram. en 1809, pour action d'éclat. 

Dès le jour de son entrée dans la chirurgie militaire, 
Ferrus avait été constamment sur les champs de bataille, 
àAusterlitz, à Eylau (1807), en Espagne (1808) à Wagram, 
2« campagne d'Autriche (1809), en Russie (1812)^ en Hol- 
lande (1813). Partout faisant acte de bravoure, de sang-froid 
et d'habileté professionnelle. 

Il dut à ces brillantes et solides qualités les témoignages 
de l'estime et de l'attachement deCorvisart. Retraité comme 
chirurgien-major le 4 janvier 1815, il reprit du service 
pendant les Cent Jours et assista à la bataille de Waterloo. 
Ce fut là le dernier acte de sa carrière médicale dans le 
service militaire. 

Rentré dans la vie civile, le docteur Ferrus, mu par une 
impulsion de cause inconnue, persuadé dans tous les cas, 
que le progrès des sciences tient surtout à la spécialisation 
dans les travaux, s'adonna tout entier à l'étude de l'aliéna- 
tion mentale. Cette tendance et ce choix peuvent paraître 
étranges de la part d'un chirurgien. Ces deux sortes 
d'études et de pratiques semblent être aux antipodes de la 
science médicale. Le chirurgien constate, sans grande 
difficulté, les lésions d'un organe et leur gravité. Il a le 
plus souvent sous les yeux, un corps tangible, sondable, 
pénétrable en un mot ; le médecin aliéniste, lui, ne se préoc- 
cupe que secondairement de l'afïection physique apparente, 
il a affaire surtout h la pensée, à l'intelligence; il doit 
cheminer en physiologiste, en psychologue, autant qu'en 
pathologiste dans les régions vagues, douteuses, le plus 
souvent inaccessibles du cerveau, tâche hérissée de 
difficultés, semée d'écueils et comportant cependant les 
plus redoutables responsabilités. 

Les travaux de Pinel, d'Esquirol, de Fodéré avaient sans 
doute vivement excité l'attention du docteur Ferrus et son 
émulation. Il devint leur égal, sinon leur supérieur. Intel- 
ligence au plus haut point déliée et toujours en éveil. 



— 168 — 

disposition naturelle à l'observcition, répulsion pour les 
conceptions à priori, pour les théories hypothétiques, amour 
de la vérité dans la constatation des faits, de la clarté dans 
les déductions, telles étaient les armes de trempe supé- 
rieure de Ferrus dans ce nouveau combat livré à la ma- 
ladie. 

Il conquit bientôt dans le monde savant aliéniste une 
réelle autorité. 

Médecin adjoint de Pinel à l'hospice de la Salpétrière en 
1819, associé résidant de l'Académie de médecine en 1823, 
F'errus, nommé médecin à Bicêtre (division des aliénés), le 
18 février 1826, est envoyé la même année, en mission en 
Angleterre pour étudier la question des aliénés. Il se marie 
la même année avec la fille du baron Dubois, veuve de 
Bcclard. Il est médecin consultant du Roi le 18 mai 1832 et 
membre du conseil supérieur de santé le 28 janvier 1833. 

Le l*^»* octobre 1835.1e docteur Ferrus occupe le point 
culminant de la hiérarchie dans la médecine aliéniste. A 
cette date, il est nommé inspecteur général de tous les 
établissements d'aliénés de France. 

Le moment était venu où le docteur Ferrus allait donner 
encore d'éclatantes preuves de sa supériorité d'esprit et de 
rétendue de ses connaissances; nous voulons parler de sa 
large participation à l'élaboration de la loi du 30 juin 1838 
sur les aliénés. 

On le sait, rien de plus disparate, de plus cruel que les 
procédés dont on usait envers les aliénés avant l'applica- 
tion de cette loi, à la fois protectrice du malheureux 
aliéné, de la famille et de la société. L'incurie ou les me- 
sures barbares de répression, de prétendue sauvegarde de 
la sécurité publique, marquaient en général les agissements 
des administrations locales et des foules vis-à-vis de ces 
infortunés : on les voyait partout, même dans les centres 
importants de population, couchés sur la paille souillée 
d'immondices, abandonnés aux mauvais traitements de 
gardiens brutaux, mourant de faim, ou bien errant dans 
les campagnes, à moitié nus sous de sordides haillons, 
jouet dune populace grossière et sans pitié. S'ils se por- 



■* 



— 169 - 

(aient, dans les écarts dus à la folie, à quelques sévices, ils 
étaient plongés dans les prisons au milieu des criminels les 
plus infâmes ou relégués dans des cachots humides, pour- 
voyeurs certains de la mort. 

Un tel état de choses ofYensait à la fois la morale et la 
justice. Il était indigne d'un peuple civilisé. La France 
pouvait à ce sujet recevoir des enseignements de l'Angle- 
terre, des Etats-Unis, des états du Sud-Amérique, du Brésil 
entre autres. 

Il fallait à tout prix régulariser cette situation, désordon- 
née, humaniser les procédés envers l'aliéné ; protéger la 
société et la famille contre lui; le protéger contre lui-même, 
contre la famille et la société; assurer au malheureux si 
digne de pitié des soins susceptibles de guérir un mal, en 
bien des cas , curable , d'atténuer ceux d'une affection 
irrémédiable; les publicistes, les médecins, les magistrats, 
la presse, organe de l'opinion publique, et les vives récla- 
mations des familles réclamaient du Gouvernement et des 
Chambres une loi qui fût en harmonie avec les principes 
de l'humanité, et qui fît cesser les monstruosités jusque-là 
signalées. 

Un projet de loi préparé par le Conseil d'état fut présenté 
en 1837 à la Chambre des députés par M. de Gasparin, 
ministre de l'intérieur. Il n'entre pas dans le cadre étroit de 
cette notice biographique le dessein de rappeler les diverses 
phases réservées d'ailleurs à l'histoire des institutions admi- 
nistratives, des délibérations et discussions parlementaires 
qui suivirent; ce que nous voulons retenir, c'est que Ferrus 
eut un rôle prépondérant dans la préparation de la loi, qu'il 
fut l'inspirateur de ses plus sages dispositions; que MM. de 
Gasparin et Vivien, rapporteur du projet de loi, eurent en 
lui un collaborateur anonyme dont l'expérience et la par- 
faite connaissance de la matière, les mirent à même d'éclai- 
rer les Chambres et malgré l'adoption de quelques amen- 
dements, d'obtenir un vote sur les principales dispositions 
du projet de loi. Le nom de Ferrus eutdû, en toute justice, 
être attaché à cette œuvre législative qui était surtout 
sienne. La loi du 30 juin 1839 aurait dû être appelée la loi 



— 170 — 

Ferrus, comme on a dénommé plus tard loi Bérenger un 
acte législatif de bien moindre importance et de contestable 
utilité. 

Ainsi que Pinel et Esquirol, le D** Ferrus estimait que la 
rigueur et la compression, loin de réduire TafYection mentale 
ou d'en calmer les transports, ne faisaient que l'accroître 
et la rendre incurable ; il avait la conviction puisée dans 
l'enseignement d'une longue expérience, que la douceur, 
la bonté, le raisonnement unis à la fermeté, devaient être 
la plus judicieuse et la plus efficace méthode de traitement. 

Ces idées à la fois pratiques et généreuses^ furent, à un 
moment donné, vivement attaquées. 

L'un des successeurs de Ferrus à Bicêtre, le D' Leurret, 
rompit en visière avec les doctrines de Ferrus^ son maitre. 

Il soutint dans la Gazette médicale que le traitement 
efficace envers l'aliéné comportait comme moyens d'action, 
l'intimidation, la crainte, la terreur, la force; contre cette 
théorie de la violence s'élevèrent les disciples de Pinel. 
d'Esquirol, de Ferrus, de Falret, de Voisin; Leurret avait 
été acerbe et violent à l'encontre de son maîlre, à lui si 
grandement supérieur et qui dédaigna ces attaques ; mais 
l'un de ses élèves, son compatriote, le Briançonnais Eugène 
Billod prit à partie le D"^ Leurret et la statistique des asiles 
d'aliénés à la main, démontra l'inanité et la barbarie des 
procédés violents. La victoire demeura à la doctrine qui 
proclamait le devoir du respect, autant que possible, de la 
personnalité humaine, la nécessité de la patience, du dévoue- 
ment et de l'abnégation en face de la plus grande des 
infortunes. 

C'est dans les agissements des partisans de Leurret 
qu'un éminent écrivain, polémiste ardent, Yves Guyot, a 
puisé les arguments .de sa critique contre la loi de 1838. 
Son livre, Un fou, qui dénonce les tortures réservées à une 
malheureuse victime d'un scélérat complot de famille et 
de l'inconsciente participation de deux médecins au crime, 
est écrit avec feu, avec crudité dans la terminologie scien- 
tifique, avec un accent terrible de protestation. On dirait 
d'une page déchirée de VInferno, L'infortuné, sain d'esprit, 



— 171 — 

condamné au nom de la sécurité publique et de la science, 
subit un supplice sans nom. Sur les traits du médecin 
directeur aussi bien que sur la face ignoble du gardien 
brutal, il lit clairement le Lasciate ogui speranza, 

« Vous vous êtes plaint de moi, lui dit le garçon en en- 
trant dans sa chambre. Vous avez voulu me faire perdre 
tna place. N'y revenez jamais. J'en ai dompté de plus forts 
que vous. Entendez-vous, hein ! lui dit-il en le prenant 
par les bras et en lui donnant le coup de genou classique 
dans les reins. Vous comprenez n'est-ce pas, hein ! conti- 
nua-t-il en redoublant... tu n'es pas plus fou que moi, 
c'est ce qu'il y a de drôle, mais tout le monde croit que tu 
es fou, excepté moi. Et maintenant, sois calme, situ dis un 
mot de ce qui vient de se passer, le docteur verra bien que 
c'est un accès. . . tu auras une solide ration de douche avec 
camisole et cellule au bout. C'est moi qui te le promets. 
L'ignoble garçon lâcha Labat après avoir ponctué sa recom- 
mandation d'un dernier coup de genou dans le dos et' 
Labat tomba accablé sur son lit. . . Je suis à la discrétion 
de ce misérable. . . Le prisonnier, au moins, peut se plain- 
dre de son gardien ; le fou n'est pas cru s'il dénonce le 
sien. » 

L'opuscule de M. Yves Guyot a été composé dans les 
conditions ordinaires d'un récit dramatique dans lequel 
les faits imaginaires tendent tous à la production d'un effet 
voulu, telles sont par exemple la cécité intellectuelle et la 
dure indifférence des médecins, telle la cruauté bestiale 
du gardien, à dessein exagérées. Certaines des affirmations 
du livre peuvent être fondées et elles sont la condamnation 
du système Leurret. Mais quand on étudie de près les dis- 
positions de la loi de 1838, on reconnaît que le législateur a 
prévu et réglé ce qu'il était humainement possible de pré- 
voir et de réglementer en vue des divers intérêts à sauve- 
garder. Un édifice quelque solide, quelque monumental 
qu'il soit et approprié à sa destination, offre quelque part 
aux regards attentifs, quelque fissure par où se révèlent 
V imparfait et le périssable, inhérents à toutes les œuvres 
de l'homme. 



— 172 — 

La science aliéniste de Ferrus^ sa droiture et son inten- 
tionnelle philanthropie ne sont point atteintes par ces criti- 
ques qui visent plutôt une défectueuse application que les 
prévisions et les commandements du texte de la loi de 1838. 

Le 4 juin 1845, le ministre Duchatel adjoignit à Tinspec- 
tion générale des asiles d'aliénés, celle des maisons 
centrales de détention. L'un des amis du docteur Ferrus a 
eu raison de dire qu'il s'imposait par sa valeur personnelle 
et que d'emblée, il dominait toutes les situations. 

Il était membre de l'Académie de médecine de Belgique, 
de celle de Milan, membre fondateur de la Société médico- 
psychologique de Paris. 

Le docteur Ferrus fut promu, le 9 février 1859, comman- 
deur de la Légion d'honneur. 

Il est mort le 23 mars 1861. Un éloge du docteur Ferrus 
a été lu le 27 mai 1878 à la Société médico-psychologique 
par le secrétaire général de la Société, le docteur A. Motet. 

M. André Ferrus, officier de cavalerie en retraite et com- 
mandant d'un bataillon de mobiles en 1870, assistait à la 
réunion de la Société. Homme d'esprit et de cœur, M. André 
Ferrus se distingue par une exquise courtoisie et par 
l'élévation des sentiments. Adorant la mémoire de son père, 
ce fut avec un sentiment de joie profond qu'il écouta le 
magnifique éloge, œuvre du docteur Motet. 

Nous extrayons de cet éloquent panégyrique quelques 
traits de la vie de Ferrus qui mettent en lumière son haut 
mérite et son noble caractère. 

« A Eylau, il se distingua par un acte de courageux 
dévouement. Son général, dans une charge, est renversé 
de cheval et grièvement blessé. Il était tombé au pied des 
Russes, immobiles sous la discipline qui leur défendait 
d'avancer. Ils criblaient de coups de bayonnette le général 
qui ne pouvait se relever. Ferrus l'aperçoit, il agite son 
mouchoir blanc et sans souci du danger, il s'avance, enlève 
son général et après l'avoir arraché à une mort certaine, 
immédiate, il le panse et il a le bonheur de le guérir — 

« D'une physionomie intelligente et vive, d'une exquise 
urbanité, Ferrus était un des hommes les plus séduisants 



\ 



^ 



— 173 — 

qu'on put rencontrer. Il aimait à causer, et mêlé aux évé- 
nements d'une époque particulièrement tourmentée, sa 
causerie fine, alerte, était émaillée de piquants détails sur 
les hommes et sur les choses. Il avait beaucoup vu,- et servi 
par une remarquable mémoire, par un jugement droit et 
sûr, il savait, d'un mot, caractériser une situation. Son 
cœur honnête et bon ne connaissait point l'envie ; tout ce 
qu'il avait fait, il le disait simplement. Il était l'ami des 
hommes les plus illustres; il marchait de pair avec eux et 
jamais il n'en conçut d'orgueil... 

« Ferrus avait été un fils dévoué ; il avait en réserve des 
trésors de tendresse ; il les dépensait largement ; aussitôt 
qu'il fut rentré dans la vie civile et que son existence ma- 
térielle fut assurée, il fit venir auprès de lui toute sa famille, 
sa grand'mère, sa tante veuve André Fantin, son jeune 
frère ; il était heureux du bien quil répandait autour de 
lui. » 

Le D"^ Ferrus a écrit sur Corvisart une notice historique 
d'un style sobre, grave et lumineux. Certaines de ses 
appréciations sur son maître et ami, s'appliquent à lui- 
même, celle-ci entre toutes : 

« Où paraissait Corvisart, disait-il, la médecine était en 
honneur. . . les égards, le respect l'entouraient : son exem- 
ple prouvait combien la considération, obtenue par l'estime 
et de pénibles travaux, est au-dessus de celle que peuvent 
donner la naissance, la fortune et le hasard. » 

Nous avons dit, au début de cet essai biographique, 
l'affection paternelle du D"" André Fantin pour son neveu 
GuilUaume Ferrus; nous finirons en rappelant un des 
témoignages de gratitude de Ferrus pour la mémoire véné- 
rée de son oncle. 

On voit à l'église de Bardonnèche, dans une chapelle 
latérale de droite une plaque en marbre noir portant l'ins- 
cription suivante : 

Ci-gît dans le tombeau des familles 

Desgeneys et Agnès 

le corps de très honorable Antoine- André Fantin, docteur 

en médecine et chirurgien en chef de l'hôpital militaire 



-- 174 — 

de Briançon, né au Ghâteau-Queyras (France), le 10 novem- 
bre 1753, décédé à Bardonnèche, [le 9 septembre 1806. Son 
neveu G. -M. -A. Ferrus, médecin consultant du roi, inspec- 
teur général des établissements d'aliénés , membre de 
l'Académie royale de médecine, officier de la Légion 
d'honneur, dont il fonda la carrière par ses bienfaits, a 
rendu à sa mémoire cet hommage de pieuse recon- 
naissance. 

Posé en 1842. 

BIBLIOGRAPHIE 

Essai sur l'emploi de la suture, présenté et soutenu à 
l'école de médecine de Paris, le 11 pluviôse an xii, par 
Guillaume Ferrus, élève de cette école. Paris, Didot, an xii 
(1804), in-8°, 35 p. Page 5 : A mon père, h mon oncle 
A. Fantin (André Fantin), chirurgien en chef de l'hôpital 
militaire de Briançon. G. Ferrus. 

Des aliénés. Considérations : 1° sur l'état des maisons 
qui leur sont destinées, tant en France qu'en Angleterre, 
etc. ; 2*» sur le régime hygiénique et moral auquel ces ma- 
lades doivent être soumis ; 3<» sur quelques questions de 
médecine légale et de législation relatives à leur état civil. 
Paris, 1834. 

Rapport sur la police sanitaire des maisons centrales de 
force et de correction. In- *>. (Arch. gén. de méd.) 

Des prisonniers, de l'emprisonnement et des prisons. 
Paris, 1850. 

Mémoire sur le goitre et le crétinisme. (Bullet, de l'acad. 
de médecine, t. XVI, 1851.) 

De l'expatriation pénitentiaire. Paris, 1853. 

Articles : asthme, cancer, cystite, épidémie, foie, goutte, 
ictère, néphrite, rhumatisme, etc., au Dict. de médecine. 

Nombreux articles dans les annales d'hygiène. (Arch. de 
médecine.) 

In- °. Progrès des Sciences médicales. In- *». Gazette mé- 
dicale. Note sur quelques cas douteux de folie. 

Rapport fait au nom de la commission des eaux minéra- 
les, par Ferrus. 



— 175 - 

Notice historique sur J.-N. Gorvisart. S. d. 32 p. in-8«. 
Paris, Rougeron. 

De la réforme pénitentiaire en Angleterre et en France. 
Travail faisant suite à l'ouvrage : Des prisonniers, de Tem- 
prisonnement et des prisons. In-S®, 208 p., 1853. 

FINE Oronce. 

Les familles du nom de Fine ont toujours été et sont 
encore, à ce jour, nombreuses au Villard-St-Pancrace et 
au Pont-de-Servières. Il y en a quelques-unes à Briançon 
et au Fontenil. Il est de tradition que la famille d'Oronce 
Fine possédait quelques propriétés au Villard-St-Pancrace. 

Lors de la transaction du 29 mai 1343, intervenue entre 
le Dauphin Humbert II et les communautés Briançonnaises, 
on voit que la communauté du Villard-St-Pancrace fut 
représentée dans ce solennel accord par un Guigues Fine. 
(Guiguo Fine procurator universitatis Villariorum Sancti 
Pancratii, de eu jus procuratione constat publico instrumente 
facto manu Rodulphî Guiesii (guieno) notari). Guigues Fine 
est-il l'un des ancêtres d'Oronce Fine ? C'est ce que nul 
document ne peut nous apprendre. 

Il a été dit, et Rivoire de la Bâtie le répète dans V Armoriai 
du Dauphiné, que Michel Fine, seigneur de Champrouët et 
de la Verrallière, vivait en 1480 et prêta la même année^ 
hommage noble au Dauphin. C'est une assertion qui ne 
repose sur aucun fondement. 

Le 5 mars 1481, noble Peyron de Luserne, seigneur de la 
Bâtie des Vignaux, reconnaît tenir en fief du Dauphin, 
entre autres biens, à Villard-Saint-Pancrace, un tènement 
de terre confiné du côté de dessous, de Michel Fine et le béai 
de Cervières. Michel Fine ne possédait aucun titre nobiliai- 
re. On mentionne dans cet acte, les nobles Peyron de la 
Luserne, plusieurs nobles Baile (Bajuli de Turre Villardo- 
rum) et les nobles Jean Martin. 

Quant à la seigneurie de Champrouët, elle appartenait 
à plusieurs co-seigneurs dont les principaux étaient les 
Baile de la Tour, les Jean Martin^ les Brocard, etc. Aucun 
document contemporain n'attribue la possession de cette 



— 176 — 

seigneurie ni à Michel Fine, jii à François Fine, père 
d'Oronce. 

C'est la vanité de Glaude-Oronce Fine, dit de Brianville, 
qui fît tous les frais de cette prétendue illustration de la 
famille à laquelle il voulait se rattacher par une parenté 
(qui est fort douteuse I) 

François Fine, père du mathématicien Oronce, était un 
médecin du Briançonnais. II s'occupait de mathématiques 
et il inventa un instrument pour trouver facilement la 
position des planètes. Cet instrument a été décrit dans un 
opuscule publié en 1494 sous ce titre : de Cœlestium mo- 
tuum indagatione sine calculo. 

Sous la direction de son père, Oronce Fine étudia les 
premiers éléments des mathématiques. Mais ce père 
mourut relativement jeune et laissa sans appui et sans 
ressources pécuniaires ce fils qui donnait de belles espé- 
rances. 

Oronce Fine est-il né en 1494 à Briançon ou au Pasquier, 
commune du Villard-Saint-Pancrace? Nul moyen de s'en 
assurer avec certitude. Il est à croire, malgré l'assertion 
contraire de La doucette, qu'il naquit à Briançon où son 
père exerçait la médecine et où il possédait une maison 
ainsi que nous l'apprend Froment {Essais sur Vincendie de 
Briançon^ p. 262) « L'archiprestre et curé de cette ville 
s'étant faitbastir une jolie petite maison contiguë à celle qui 
fut d'Horonce Fine, l'un des hommes illustres de la France, 
près la fontaine du milieu, y avait fait mettre l'inscription, 
etc. . .» 

Le judicieux Pierre Bayle a donné, dans son Dictionnaire 
historique, une notice sur Oronce Fine. Nous lui emprun- 
tons les détails qui suivent : 

« Fine (Oronce) en latin Orontius Finœus, professeur en 
mathématiques dans le collège Roial à Paris, étoit fils d'un 
médecin et naquit à Briançon en Dauphiné l'an 1494. Etant 
encore fort jeune, lors que son père mourut, il s'en alla à 
Paris, et s'appliqua de toutes ses forces à l'étude. Antoine 
Silvestre, qui étoit de Briançon et régentoit les belles 
Lettres au Collège de Montaigu, lui servit de bon patron. 



■•- -i. 



— 177 — 

et le fît entrer au Collège de Navarre. Le jeune homme fit 
là ses Humanitez et son cours de Philosophie. Il étudia 
avec soin tout le Cours que les Professeurs lui enseignèrent; 
mais il s'attacha plus particulièrement aux Mathématiques, 
où son inclination naturelle le poussoit violemment. Il ne 
se rebuta point par la considération du mépris où étoient 
alors ces sciences et de la nécessité où il se voyoit réduit 
de s'y avancer de lui-même et sans le secours d'autrui; et 
ces obstacles n'empêchèrent qu'il n'y fît de très grans 
progrès. Il se rendit très habile dans la Méchanique, et 
comme il avoit également l'esprit propre à l'invention, et 
la main adroite à y travailler, il se mit dans une haute 
réputation par les essais qu'il donna de son industrie. Le 
premier travail où il se fît connoître consista à publier et à 
corriger l'Arithmétique de Jean Martin Silecœus et la 
Margareta Philosiphica. Ensuite il fît des Leçons particu- 
lières de Mathématiques, et puis il enseigna publiquement 
cette science dans le collège de Maître Gervais. Il s'en 
acquita si glorieusement, qu'on le proposa à François I" 
comme le sujet le plus capable d'enseigner les Mathémati- 
ques dans le nouveau Collège que ce Prince fonda à Paris. 
Il n'oublia rien pour faire honneur à sa Profession ; et son 
assiduité à instruire ses Auditeurs ne l'empêcha pas de 
publier beaucoup de 'livres sur presque toutes les parties 
de Mathématiques. Il se glorifîa d'avoir trouvé la quadra- 
ture du cercle. Ce qu'on a dit sur cela dans son Eloge nous 
fournira la matière d'une remarque. Je suis fort trompé 
s'il n'est point celui dont les lettres d'Agrippa ont fait men- 
tion, comme d'un homme qui fut longtemps emprisonné 
pour avoir prédit des choses qui ne plaisoient pas à la Cour 
de France ; car en ce temps-là il n'y avoit guère d'Astro- 
nomes ou de Géomètres qui ne se mêlassent de l'Astrologie 
judiciaire. » 

Bayle, comme on voit, suivant en ce, Topinion de plusieurs 
auteurs, attribue à un horoscope qui aurait déplu à la Cour 
(horoscope, paraît-il, qui prédisait des succès au connétable 
de Bourbon), la disgrâce d'Oronce Fine et son emprison- 
nement. 

12 



- 178 — 

Nicéron indique une autre cause qui semble mieux réunir 
les caractères de la vraisemblance : 

« Le Roi François I®*", dit-il, ayant envoyé en 1517, le 
Concordat à l'Université pour l'y faire recevoir, il y eut de 
grandes oppositions, et les choses allèrent si loin que ce 
Prince fît arrêter au mois de mai de l'année suivante 1518, 
plusieurs de ses membres qui s'opposaient avec le plus de 
vivacité à sa réception. Fine futdeleur nombre, et demeura 
plusieurs années en prison où il était encore le 27 octobre 
1524. Car on voit par les actes de la Faculté des Arts, qu'on 
y proposa ce jour-là de présenter une requête à la Reine 
Mère qui gouvernoit pendant la captivité du Roi, pour 
demander son élargissement et que la nation d'Allemagne 
se chargea de ce soin. Il est à présumer que les sollicita- 
tions eurent leur efYet puisqu'on le voit l'année suivante 1525 
donner au public quelques ouvrages. » (Nicéron). 

« Pour connoître de quoi il étoit capable en fait de machines, 
ajoute Bayle, on n'a qu'à considérer l'horloge qu'il invental'an 
1553, et dont le public a pu voir la description dans le Jour- 
nal d'Amsterdam du 29 de mars 1694. Son esprit, son travail, 
ses inventions, et l'estime qu'une infinité de personnes lui 
témoignèrent ne le garantirent pas de la destinée si ordi- 
naire des gens d'étude : il fut obligé de lutter, toute sa vie, 
contre une fâcheuse pauvreté, et en m'ourant il laissa une 
nombreuse famille chargée de dettes. Il est vrai que le sou- 
venir de son mérite fit pour ses enfants ce que son mérite 
n'avait pu faire pour lui. Il se trouva des Mécènes qui en 
sa considération soulagèrent lïndigence de sa famille. » 
{Dictionnaire historique et crifique, par Pierre Bayle; 
voir Fine.) 

L'abandon dans lequel fut laissé le savant Mathémati- 
cien et sa pauvreté ont suggéré au Biographe Thevet 
{Eloges des hommes illustres), ces amères réflexions : « Je 
ne puis me tenir de dire que je ne me plaigne de l'ingrati- 
tude et méconnaissance de plusieurs cardinaux, abbez et 
autres prélats, qui ont vu, ouy, et entendu quelle estait la 
misère de plusieurs pauvres, au reste gens vertueux et 
rares en sçavoir, tels qu'estaient Jodelle, Oronce Fine, 



.». 



— 179 — 

Postel, Regiusî, Belle-Forest et un assez grand nombre 
d'autres, qui après leur mort, n'avoient pas de quoy se faire 
enterrer et si n'ont daigne ouvrir leurs entrailles de misé- 
ricorde pour leur rendre un seul pauvre denier. » 

Ainsi ce savant, ce restaurateur des sciences mathéma- 
tiques, qui devait, à sa mort, être célébré par les lettrés de 
ce temps, fut^ pendant sa vie, en proie aux poignants soucis 
de la gêne pour ne pas dire de la misère. Adolphe Rochas 
fait à ce sujet les réflexions suivantes : 

« Excepté un évêque de Langres, Michel Boudet, qui 
avait été son protecteur dès le commencement de ses étu- 
des, les grands seigneurs qu'il implora restèrent sourds à 
ses prières ; en échange des basses flatteries où la misère 
le faisait descendre, il ne recevait que des lettres de remer- 
cîments ou de stériles louanges : souvent même les libéra- 
lités de ses Mécènes se bornaient à un cadeau de papier, de 
cire et de parchemin. Ainsi abandonné à ses propres res- 
sources, le malheureux succomba, épuisé par les privations 
et le chagrin, le 6 octobre 1555. Sa femme, Denyse Blanc 
(Dyonisa Gandida), périt elle-même peu de temps après. » 

Ghorier rappelle le glorieux enseignement d'Oronce Fine 
et le mérite supérieur de ses livres. Il le place au premier 
rang parmi les illustres Dauphinois du xvi* siècle. Il ajoute : 
« Les plus beaux esprits lui rendirent les devoirs funèbres 
par les vers qu'ils écrivirent à sa louange et par diverses 
épitaphes qu'ils lui dressèrent. Il en fut fait un livre sous 
le titre : Funèbre symbolum aliquot doctorum virorum viro 
doctissimo Orontio Finœo. » (Histoire du Dauphiné , t. 2, 
p. 536. Edit. Valence.) 

Nous indiquerons sommairement les publications d'Oronce 
Fine. Les titres de ses livres sont d'une longueur démesurée. 
On peut, sans inconvénient, renvoyer aux nombreux biblio- 
graphes qui les ont énumérés avec détails : Gesnerus, Lau- 
noius, Nicéron, Rochas, L. Gallois, etc. . . 

BIBLIOGRAPHIE 

Acquatorium planetarum, vnico instrumèto coprehensum. 
— Qvadrans astrolobicus, omnibus Europœ, regionibus 



— 180 — 

inseruiès. — La théorique des cieux et sept planètes, avec 
leurs mouvemens. — Epistre exhortative touchant la per- 
fection et commodité des ars libéraulx mathématiques. — 
Protomathesis : opus varium, ac scitu non minus utile 
quam incundum. — Arithmetica pratica. — In sex priores 
libres géometricorum elementorum Ëuclidis Megarensis 
demonstrationes. — De mundi sphœra, sive cosmographia. 
— Les canons et documents très amples, touchant l'usage 
et praticque des communs almanachz, que l'on nomme 
ephemerides. — Quadratura circuli. — Arithmetica prac- 
tica. — De universali quadrante sinuumve organo. — De 
rectis in circuli quadrante subtensis. — Le sphère du 
monde, proprement ditte cosmographie. — De speculo 
ustorio ignem ad propositam distantia générante, liber 
unicus. — De duodecim cœli domiciliis. — De re et praxi 
geometrica. — De rébus mathematicis. — La composition 
et usage du quarré géométrique. — Compendiara tractatio 
de fabrica et vsu annuli astronomici. — De solaribus horo- 
logiis. — Opère di Orontio Fineo del Delfînato tradotte da 
Gosimo Bartoli, gentilhuomo et academico Fiorentino. 

Manuscrits. 

Liber singularis de alchemie Praxi. — De astrolabio sine 
planisphœrio. — L'art et manière de trouver certainement 
en tout temps la longitude ou différence longitudinale de 
tous lieux proposez sur la terre par le cours et mouvement 
de la lune et autrement que parles éclipses d'icelle. 

Cartes géographiques. 

Galliœ totius nova descriptio auctore Orontio Finœo. 
Delphinate. Parisiis, Golinacus, 1525; grif» en T., la Mar- 
tonière, 1557. — Venetiis, ad signum bibliothecœ divi Marci, 
1561 et 1566. — Orbis totius recens et intégra descriptio. 
Parisiis, 1536, in-fol, en T. — Autre éd. sous ce titre : Gos- 
mographiœ universalis ab orontio olim descripta, Joanes 
Paulus Gimerlinus veronensis in œs incidebat, anno 1566. 



— 181 — 

A consulter: 

Avezac (d'). — Coup d'œil historique sur la projection des 
cartes de géographie. Bulletin de la Société Géographique, 
5« série, t. V. 1863, p. 308, 309, 310. 

Bayle (Pierre). — Dictionnaire historique et critique, 
quatrième édition, revue , corrigée et augmentée. Paris, 
1730, t. II. 

Delambre, — Histoire de l'astronomie du moyen âge. 
Paris, 1819. 

Gesnerus. — Bibliotheca universalis, sive catologus om- 
nium scriptorum locupletissimus... Tiguri, 1545. 

Goujet, — Mémoires historiques et littéraires sur le col- 
lège royal de France. Paris, 1758. 

Harisse (Henry), — Jean et Sébastien Cabot, . . . étude 
d'histoire critique suivie d'une cartographie, dune biblio- 
graphie et d'une chronologie des voyages au Nord-Ouest. 
Paris, 1882, p. 181. 

Lalande, — Bibliographie astronomique, avec l'histoire 
de l'astronomie depuis 1781 jusqu'en 1802. Paris, an ix. 

Launoius, — Regii Navarrae Gymnasii Parisiensis His- 
toria. Lutetise, 1677. 

Montucla (J.-F,) — Histoire des mathématiques, 4 vol. 
Paris, ans vii-x. 

Niceron (J.-P.) — Mémoires pour servir à l'histoire des 
hommes illustres dans la république des lettres. .. Paris, 
1727-1745. 

Rochas (A.) — Biographie du Dauphin^. Paris, 1860, t. I, 
p. 384 à 393. 

Chevet (F, -André), — Les vrais pourtraits et vies des hom- 
mes illustres, grecs, latins et payens, anciens et modernes. 
Paris, 1584. 

Wieser (Franz). — Magalhaës. Strasses und austral con- 
tinent auf den Globen der Johannes Schœner. Beitrœge zur 
Geschichte der Erdkunde im Jahchundert. Innsbruck, 1881. 

L. Gallois. — De Orontio Finœa gallico geographo... 
Parisiis, 1890. 



- 182 — 

De Thou, — Les éloges et les additions de Teissier. 
Du Boulay. — Historia universatis parisiensis. 
Lacroix du Maine et du Verdier. — Bibliothèque Fran- 
çaise. 

FINE Claude dit de BRI AN VILLE. 

Claude Fine est né à Briançon, le 8 avril 1608, ainsi qu'en 
fait foi son acte de baptême ainsi conçu : 

Glaudius Fine filius domini Pancrassii, fuit baptisatus 
die quo suprà, quem levaverunt in sacris fontibus, Egregius 
Glaudius Gellon et Gasparda Gensour uxor Egregii Glaudi 
Bajuli. (Une Baile de la Tour-des-Villards.) 

Glaude Fine entra dans les ordres et appartint d'abord à 
la compagnie de Jésus. Il était à Lyon en 1649 dans une 
maison de cet ordre. Il en sortit pour rentrer dans le 
monde. Il fut pendant quelque temps correcteur d'impri- 
merie à Lyon. Résolu de tenter les aventures pour s'avancer 
dans le monde, esprit délié et porté à l'intrigue, il com- 
mença par donner à son nom plébéien une tournure plus 
noble. Il se fit appeler d'abord Fine de Brianville-Mont- 
dauphin, puis simplement Fine de Brianville. Il crut habile 
de se rattacher, par une parenté (des plus douteuses) à la 
famille du grand mathématicien Oronce Fine; à son pré- 
nom de Glaude, il ajouta celui d'Oronce. Qu'en était-il de 
cette parenté? Il est difficile sinon impossible de se 
reconnaître dans les filiations des innombrables porteurs 
du nom de Fine dans les communautés de Briançon et du 
Villard-St-Pancrace, (depuis Guigues Fine qui représenta 
le Villard-St-Pancrace dans la transaction de 1343. (Procu- 
ration de la main de Rodolphe Giveyze, notaire.) 

Quoi qu'il en soit de cette parenté et de cette falsification 
de son acte de l'état civil, Glaude Fine, payant d'audace, se 
rendit à Paris et parvint à se concilier le puissant patro- 
nage de la maison de Montausier. Il obtint d'abord les 
titres honorifiques de conseiller et aumônier du roi. Il se 
livra dès lors pour se créer des ressources et une réputa- 
tion littéraire, à l'étude du blason et des devises, genre de 
connaissances alors fort à la mode. Il composa un jeu de 



^ ■ *. 



- 183 - 

cartes dans lesquelles, il fit entrer des figures historiques 
et allégoriques de façon à en composer une étude élémen- 
taire du blason. 

En 1663, par le tout puissant appui de la duchesse de 
Montausier, il entra dans la maison du Dauphin, alors 
enfant, avec charge de l'amuser en lui montrant les images 
des rois de France. En récompense du dévouement et du 
zèle déployés par Claude Fine en ces fonctions pour lors 
considérées comme fort enviables, il lui fut donné par la 
faveur royale l'abbaye de Quinçay, du diocèse de Poitiers ; 
c'est là qu'il mourut en septembre 1674. 

« L'abbé de Brianville, dit Adolphe Rochas à qui nous 
avons emprunté ces derniers détails, était un écrivain des 
plus médiocres dont le petit esprit s'appesantissait curieu- 
sement sur de fort petites choses. Néanmoins l'honneur 
qu'il eut d'être attaché à l'éducation du Dauphin, lui donna, 
bien plus que ses ouvrages, une grande considération. 
Bossuet, l'un des prélats chargés d'examiner son Histoire 
.sacrée en tableaux^ l'appelle un savant homme dans l'appro- 
bation datée de 1669. L'abbé de Marolles parle de lui et de 
ses ouvrages dans le chapitre de ses mémoires intitulé : 
Dénombrement de ceux qui m'ont donné de leurs livres ou 
qui m'ont honoré extraordinairement de leurs civilités. » 

Ghorier (bien des écrivains sont moutons de Panurge) a 
surenchéri sur ces appréciations flatteuses : « Brianville- 
Fine, dit-il. homme consommé dans les belles lettres et 
recommandable par son esprit et par son mérite: (Hist. 
du Dauphiné). . . Glaude-Oronce Fine-Brianville, abbé de 
St-Benoit-de-Quinçay est de ses descendants (d'Oronce 
Fine le mathématicien) et une nouvelle lumière à son nom 
et à sa famille. » Erreur quant à la filiation, platitude dans 
l'appréciation liltérairel! 

« Il ne faut rien de moins dans les cours, dit Labruyère, 
qu'une vraie et naïve impudence pour réussir. » C'est afïîr- 
matif, sans ambages et sans réserves!! Fine-Brianville 
était donc pourvu de cet élément de succès! 

Quelle étrange et curieuse histoire que celle de ce petit 
abbé briançonnais, qui a su si bien jouer des coudes dans 



— 184 — 

la mêlée de la vie! S'il avait eu le talent d'un Le Sage et 
ridée de publier ses mémoires, quels piquants détails de 
mœurs nous eût révélés ce Gil-Blas en soutane, quels por- 
traits rivalisant avec ceux du duc de Lerne et du comte 
d'Olivarès 1 1 ! 

BIBLIOGRAPHIE 

Cartes d'armoiries de l'Europe à S. A .R. de Savoye, 
par G. O. F., G«^ et aumosnier du roy. 

Jeu d'armoiries de l'Europe, pour apprendre le blason, 
la géographie et l'histoire curieuse, par G. -F. de Brianville. 
Montdauphin. Lyon, Benoît-Goral,1659. 

Abrégé méthodique de Thistoire de France par la chro- 
nologie, la généalogie, les faits mémorables et le caractère 
moral et politique de tous nos rois. Ensemble leurs por- 
traits. Paris, Gh. de Sercy, 1664, in-12. 

Symbole héroïque pour le Roy sur les préparatifs de la 
guerre. Paris, Seb. 

Lettres latines de M. de Bongars, résident et ambassa- 
deur sous le roy Henry IV, en diverses négociations impor- 
tantes. Dédiées à Monseigneur le Dauphin. 

Histoire sacrée en tableaux pour Monseigneur le Dauphin 
avec leur explication suivant le texte de l'écriture et quel- 
ques remarques chronologiques. Paris, 1670-71-75, 3 vol. 
in-12, fig. de Seb. Leclerc. 

Il a publié les Devises de M. de Boissière (Paris), Aug. 
Gourbé, 1654, in-8°. L'Epitre adressée à MM. de l'Académie 
française est signée F.-B. — D'après le P. Menestier (Vérif. 
art du blason, éd. de 1672, p. 45 et 89), il a donné une nou- 
velle édition de VOrigine et pratique des armoiries à la 
gauloise du P. Philib. Monnet; il avait commencé la publi- 
cation des armoiries d'une promotion de chevaliers du 
Saint-Esprit, mais il abandonna cette entreprise après en 
avoir fait graver une vingtaine de feuilles. 

FINE Oronce dit de BRIANVILLE. 

Oronce Fine, fils d'Antoine, procureur au baillage, et 
d'Anne Peralda, est né à Briançon, le 20 juin 1656. Il était 



— 185 — 

le parent de Claude Fine-Brianville. Lorsqu'un vernis de 
célébrité eut été attaché au nom de ce dernier, la famille 
d'Oronce s'apiiropria ce vocable aristocratique Brianville. 
Quant à Oronce qui entra dans l'ordre de Giteaux en 1678, 
il s'appropria en plus, dans l'héritage de son parent, Tart 
de se faufiler parmi les puissants du jour et de capter leur 
bienveillance. Il fut, presque avant d'entrer dans l'âge mûr, 
nommé, le 11 février 1688, abbé de Pontigny au diocèse 
d'Auxerre. 

Cette nomination fut l'occasion d'une manifestation de 
l'abbé Ricard, alors curé de Briançon, manifestation que 
l'on peut qualifier, sans trop de sévérité, acte de flagornerie, 
malséant de la part d'un ecclésiastique. 

Dans les actes de Tétat civil de la ville de Briançon on 
lit ce qui suit : 

« Ce 27 febvrier 1688 nous avons chanté une grand'messe 
solennellement du Saint-Esprit en action de grâce de la 
nomination à l'abaye de Pontini chef d'ordre de 40,000 livres 
de rante (sic) où a été nommé et eslu le réverendissime 
Oronce Fine de Brianville, fils à sieur Antoine Fine, bour- 
geois de cette ville de Briançon ; le dit M. l'abé âgé de 31 ans 
à laquelle il a été nommé par la voyx des religieux le 11" 
jour du présent mois à la prière de MMgrs des provinces 
de Bourgogne et de Berry avec l'agrément ensuite de Sa 
Majesté. — Signé : Ricard, curé. » 

Non erat his locus. 

Par le contexte de ce document fidèlement reproduit, on 
voit que Tabbé Ricard maltraitait sans gène la grammaire 
et l'orthographe — mais c'était là son moindre défaut. La 
rédaction des actes de Tétat civil qui lui appartint révèle 
sa constante préoccupation de flatterie envers les nobles et 
les bourgeois riches de la ville. Ne comptait-il pas sur une 
gratitude se traduisant en amabilités hospitalières, en pré- 
venances culinaires ? C'est la plus favorable explication de 
ces singuliers agissements. 

Vers ce même temps^ La Bruyère publiait ses Caractères, 
On y lit au chapitre des biens de fortune : « Ce garçon si 
frais, si fleuri et d'une si belle santé est seigneur d'une 



- 186 — 

abbaye et de dix autres bénéfices : tous ensemble lui rap- 
portent six vingt mille livres de revenus, dont il n'est payé 
qu'en médailles d'or. Il y a d'ailleurs six vingt familles 
indigentes qui ne se chauffent point pendant l'hiver, qui 
n'ont point d'habit pour se couvrir et qui souvent manquent 
de pain ; leur pauvreté est extrême et honteuse : quel par- 
tage! et cela ne prouve-t-il pas clairement un avenir ? » 

Un siècle plus tard, cet avenir entrevu par La Bruyère 
dans les criants abus qu'il signale, s'appelait la Révolution 
française. 

L'abbé Ricard n'y voyait pas si loin et si bien. Il ne son- 
gait pas à l'avenir; il pensait peut-être à cette rante de 
40,000 livres, le plus beau fleuron de la mitre de Tabbé. 

Quant à Oronce Fine de Brianville, il trouva sans doute 
insuffisants ces beaux revenus car il dissipa, s'il faut en 
croire les écrivains ecclésiastiques, les biens de l'abbaye et 
les greva de dettes. Il mourut le 30 avril 1708. 

On peut amnistier, ce semble, Oronce Fine de Brianville 
de sa mauvaise administration, car il eut le bon goût de se 
faire peindre par l'un des grands portraitistes du temps, 
H. Rigaud. Dans ce portrait, il est représenté en buste 
couvert d'un camail, la croix abbatiale au cou. 

BONNET-FINE (Charles du). 

Charles du Bonnet -Fine a occupé, dans le Dauphiné, 
pendant la seconde moitié du xvi« siècle, une situation 
considérable. Gomme avocat au parlement de Grenoble, il 
s'acquit, au dire de Guy-Basset, de Guy-Allard et d'Expilly, 
la réputation d'un orateur éloquent et habile ; il avait été 
reçu docteur en droit en 1575. Le choix que firent de sa per- 
sonne, le 5 mai 1582, les Etats du Dauphiné pour aller porter 
au roi, les remontrances de la province, témoigne de la 
confiance que son mérite avait inspirée à ses concitoyens. 

Le 21 juin 1589, les consuls de Grenoble et Simiane de 
Gordes députèrent Charles du Bonnet-Fine vers Alphonse 
d'Ornano qui avait été expulsé de la ville par les habitants 
appartenant en majorité au parti de la ligue, aux fins de 
s^entendre avec lui au pacifiquement des troubles survenus 



— 187 - 

en la ville de Grenoble, Du Bonnet-Fine remplit cette mis- 
sion au mieux des intérêts de ses commettants. 

Le 20 décembre 1590, Simiane de Gordes et les consuls 
de Grenoble mirent de nouveau en réquisition le patriotis- 
me et les aptitudes diplomatiques de du Bonnet-Fine, en 
lui demandant de traiter avec Lesdiguières des conditions 
de la reddition de Grenoble que le célèbre chef des protes- 
tants du Dauphiné tenait assiégée depuis trois semaines. 
Les conditions obtenues par 1* habile négociateur furent, au 
rapport de Videl, toutes honorables pour les habitants. En 
témoignage de reconnaissance, les Etats du Dauphiné 
votèrent, en sa faveur, le 29 juin 1602, une gratification 
annuelle de 2,000 livres. 

La même année, la ville de Valence adressa, par l'organe 
de députés, à Charles du Bonnet-Fine, la demande de 
vouloir bien accepter la place de premier régent en son 
université avec 600 écus d'appointements. 

« De leur côté, dit M. Emmanuel Pilot de Thorey, dans 
une courte notice qu'il a consacrée à du Bonnet-Fine, les 
membres de la noblesse du Dauphiné réunis en assemblée 
générale le 10 juillet 1603, en considération des nombreux 
services que du Bonnet-Fine avait rendus à son pays, 
adressèrent au roi une supplique où ils demandèrent ins- 
tamment des lettres de noblesse pour leur protégé. Nous 
ignorons les circonstances qui ne permirent pas à Henri IV 
d'accéder immédiatement à cette prière. Charles du Bonnet- 
Fine ne futannobli que plusieurs années après, par lettres 
données à Paris, au mois de février 1606. » 

« Après avoir enseigné le droit à Valence pendant cinq 
ans, du Bonnet-Fine revint se fixer à Grenoble où il se fît, 
de nouveau, inscrire au barreau, le 3 novembre 1606. » 

Du Bonnet-Fine était du Briançonnais (de la commune 
du Villard-St-Pancrace). Ghorier dit positivement qu'il était 
de la maison d'Oronce Fine. {Etat polit, t. 1, p. 115.) Dans 
un dénombrement fourni le 27 février 1448 par noble Albert 
Baile, de la Tour-du-Villard-St-Pancrace ensuite de l'hom- 
mage prêté pour ses biens, on trouve dans les confins de 
ses possessions, la terre de Bonnet-Fine, Dans une recon- 



- 188 — 

naissance passée au profit du Roy Dauphin, le 5 mars 1481, 
par noble Peyron de Luzerne, pour ce qu'il possédait à 
Villard-St-Pancrace, se trouvent mentionnés les .biens 
d'Antoine Bonnet-Fine. 

Enfin, dans un acte d'échange du 8 décembre 1489 entre 
Peyron de Luzerne et les Aymar frèî'es et consorts^ est 
mentionnée dans une indication de confins, la sagne de 
M« Bonnet-Fine. (Inventaire de la Cour des comptes.) Ces 
mentions ne laissent aucun doute sur l'origine briançon- 
naise de la famille Bonnet-Fine. 

Quant à Charles du Bonnet-Fine, est-il né à Briançon ou 
à Grenoble, comme le prétendent certains auteurs ; c'est ce 
qu'aucun document n'a pu établir jusqu'ici. 

Du Bonnet-Fine présenta au serment d'avocat, son com- 
patriote Antoine Froment (l'auteur de l'Essai sur Vincendie 
de Briançon) ainsi que le porte un extrait du plumitif de la 
première Chambre du Parlement de Grenoble que M. 
Pilot père voulut bien rechercher à mon intention : « Du 
jeudi 17 février 1611, M® Anthoine Froment a esté présenté 
par M" Fine pour estre receu advocat. Oui M« Boffîn. 
receu. » 

Dans l'inventaire sommaire des archives de VIsère (t. 2, 
série B. p. 28) est mentionné un accord entre Marianne 
Chappuis, veuve de Charles du Bonnet-Fine, avocat, et les 
consuls et communautés de Grenoble, St-Egrève et Voreppe, 
à raison de l'indemnité due à ces communautés par suite 
des lettres de noblesse accordées audit du Bonnet- 
Fine (1618). Georges du Bonnet-Fine était secrétaire patri- 
monial à Grenoble en 1571. (Arch. de l'Isère.) 

FORGUES (Le Docteur). 

Le docteur Emile-Auguste Forgues est né à Briançon, 
le 27 décembre 1860. Son père, natif des Hautes-Pyrénées, 
était maitre-tailleur au 87« de ligne; sa mère, née Adèle 
Allemand, appartenait à une excellente famille bourgeoise 
de la ville. 11 fit ses études universitaires à Tarbes et à 
Montpellier. Il entra dans la médecine militaire et avec 
l'appui tout paternel de son oncle, Auguste Allemand 



— 189 — 

aujourd'hui premier adjoint au maire de Briançon, il put 
faire de brillantes études médicales à la faculté de Mont- 
pellier et obtenir un rapide avancement dans sa carrière. 
Il sortit au premier rang de l'Ecole du Val-de-Gr/ice et fut 
nommé médecin aide-major au 2^' régiment du génie. Au 
concours de la Société de chirurgie de Paris, il fut lauréat 
et obtint le prix Demarquay, Il était peu après nommé 
avec le n^ 1 agrégé de chirurgie à la faculté de Montpellier. 
En 1888 M. Forgues obtenait le prix de chirurgie d'armée 
(médaille d'or). 

Le docteur Forgues a conquis très jeune la notoriété la 
plus flatteuse par ses opérations chirurgicales et par la 
publication d'ouvrages importants sur la chirurgie. L'un 
de ses livres. Des luxations pathologiques, a été couronné 
j)ar la Société de chirurgie. Il est aujourd'hui Médecin- 
Major militaire et professeur à la faculté de Montpellier. 
L'avenir le plus brillant lui est réservé. 

BIBLIOGRAPHIE. 

Distribution des racines motrices dans les muscles des 
membres, par le docteur E. Forgues, prosecteur à la faculté 
de médecine de Montpellier, ex- préparateur de physiologie 
(concours de 1880), Lauréat de la Faculté (concours 1879, 
concours 1880), Lauréat et membre de la Société de méde- 
cine et de chirurgie pratique de Montpellier (concours de 
1882), (Thèse de doctorat 1883). 

Thèse présentée au concours pour l'agrégation « Des 
septicémies gangreneuses (1886). » Section de chirurgie 
et d'accouchement par le même Lauréat de la Société de 
chirurgie de Paris (prix Demarquay, concours 1886). Méde- 
cin aide-major. 

Des luxations pathologiques, leur pathogénie, in-8°, 1886. 
Délaye et Lecrosnier avec Maubral, par Forgues, médecin 
aide-major. 

Essai critique et clinique sur le traitement des lésions 
traumatiques du crâne. Mémoire qui a obtenu le prix de 
chirurgie de l'armée en 1888. 

7 Novembre 1891. Installation solennelle du docteur 



— 190 - 

Forgues, nommé professeur de médecine opératoire à ïa 
faculté de Montpellier. 

1892. A fait paraître un traité pratique de chirurgie. 
Deux gros volumes avec planches, chez Masson, éditeur, 
Paris. 

Etudes cliniques de thérapeutique, in-8°, Montpellier, 
Goulet (G. Masson. 2 fr. Extrait de la Gazette hebdomadaire 
des sciences rnédicales, par Forgues Emile, professeur à la 
faculté de médecine de Montpellier, médecin-major de 
l'armée.) 

FROMENT Antoine. 

Antoine Froment est le plus ancien chroniqueur du 
Briançonnais. Son livre, Essais sur Vincendie de sa patrie, 
publié en 1639, contient les détails les plus intéressants sur 
les hommes et les faits contemporains de l'auteur. Peu 
d'immixtion de l'histoire générale dans cette œuvre toute 
briançonnaise, toute locale; par là plus d'intérêt intime, 
plus d'attrait particulier pour ceux qu'intéresse l'histoire 
du Briançonnais. 

Il faut reconnaître que ce livre, objet de critiques dédai- 
gneuses de la part des historiens dauphinois, n'est point 
sans défauts. Point d'ordre chronologique, point de disposi-' 
tion logique dans l'exposé des faits ; d'innombrables citations 
d'auteurs sacrés et profanes, quelquefois sans liaison bien 
saisissable avec le texte, arrêtent et déroutent le lecteur. 

Il chemine avec quelque peine dans ce sentier qui dispa- 
raît parfois sous la frondaison de cette végétation parasite. 

« Mais, ainsi que je le disais dans la préface de l'édition 
du livre de Froment publié, à mon instigation, par mon 
ami Edouard Allier (l'éditeur de beaux livres dauphinois 
et savoisiens), ces défauts sont rachetés par l'intérêt réel 
que Froment a su donner à sa narration, intérêt qui ressort 
principalement des faits eux-mêmes, mais qui naît aussi, 
on ne saurait en disconvenir sans injustice, de tout ce que 
Fauteur a su mettre dans leur relation, de son patriotisme, 
de son inspiration, de son âme. 

« Quoi de plus touchant, par exemple, de plus suave que 



» >, JL- 



— 191 — 

cette peinture attendrie de l'abandon delà maison paternelle 
en proie aux flammes ! 

a Le père octogénaire quittant pour jamais le seuil de sa 
demeure, emmenant en laisse un petit troupeau d'agneaux 
qui suit docilement ses pas ; la vieille mère et la servante 
emportant quelques vivres ; les deux vieux époux se retour- 
nant pour contempler une dernière fois cet asyle, si longtemps 
l'abri de leur doux hyménée ; Antoine Froment, le fils, 
égaré d'esprit, s'emparant, au hasard, pour les sauver, des 
meubles les moins précieux, abandonnant au formidable 
ennemi sa petite bibliothèque, ses tableaux, son luth favori, 
toutes choses qui lui tiennent au cœur et qui sont, on le 
sent bien, les vrais dieux lares qu'il regrettera. 

« Ces pages sont d'une poésie noble et pure, de bon aloi ; 
elles ouvrent, au fond de l'âme, toutes les sources de l'émo- 
tion. Par l'intensité de son regret douloureux, l'auteur s'y 
élève jusqu'à l'éloquence. 

« Combien d'autres passages palpitants d'intérêt, de style 
énergique et pittoresque dans la relation de l'incendie, dans 
la peinture, à ce moment néfaste, des emportements de 
l'intérêt personnel, des abus de la force vis-à-vis des faibles, 
des femmes, des enfants, des vieillards, des alternatives 
d'espérance, de terreur et de morne accablement de cette 
multitude affolée par les rapides envahissements du fléau ! ! 
Quels sombres et saisissants tableaux que les chapitres de 
la peste, des ravages des loups, 

« Ce livre quoi qu'on en puisse dire, est marqué au coin 
d'une vive originalité. » 

J'ai lu fort attentivement le livre de Froment; j'ai corrigé, 
tant bien que mal, les épreuves de la seconde édition. C'est 
avec conviction, en connaissance de cause que je répète ici 
ce que je disais dans la préface : 

« Pour moi, j'exprime ici un sentiment tout personnel, 
j'aime ces pages qui disent le passé de mon pays natal. 

« J'aime Froment parce que à côté de cette érudition qui 
s'affiche dans son livre avec une candide ostentation, 
s'affirment les sentiments les plus purs de civisme et de 
famille; parce que sa narration a l'exquise saveur de la 



— 192 — 

vérité; que le monde de son livre vit, respire, agit, se passionne 
suivant la réalité ; parce qu'on trouve là la description des 
lieux connus et aimés, la vieille légende, la pensée des aïeux; 
qu'on y sent la palpitation de la vie puissante que donne à 
la petite cité le jeu d'institutions largement démocratiques ; 
j*aime Froment parce qu'il ne se désintéresse de rien de ce 
qui touche à sa ville natale ; parce qu'il est briançonnais de 
la tète aux pieds ; je Taime surtout peut-être parce que la 
lecture de son livre fait vivre au loin de la vie briançonnaise 
tous les absents de la patrie. » 

« On sait peu de choses sur la vie de Froment, disais-je 
dans la préface ; » j'en sais un peu plus aujourd'hui à la 
suite de minutieuses investigations dans les actes de Tétat 
civil de la ville qui remontent non à 1734 comme je le disais, 
mais à 1592, soit aussi dans les minutes des notaires de 
Briançon. 

Quant à sa naissance, on ne peut en retrouver la date 
parce qu'elle est antérieure à 1592. Mais on peut la fixer 
par approximation par le fait qu'il prêta le serment profes- 
sionnel d'avocat le 17 février 1711. Si Froment, suivant les 
cas ordinaires, avait l'âge de 21 ou 22 ans lors de l'accom- 
plissement de cette formalité, il était né en 1589 ou 1590. 

Pour sa mort, on peut, avec presque certitude, en fixer la 
date au mois de novembre ou de décembre 1657. Jusqu'à 
cette date et après le 30 décembre, nulle mention de son 
décès. Dans les actes de l'état civil, il existe une lacune en 
l'année 1657, du 20 novembre au 30 décembre, soit.de 
40 jours. 

Un tiers environ de la page a été laissé à cette date en 
blanc, par le curé rédacteur des actes, et sans doute 
intentionnellement, pour y inscrire ultérieurement le décès 
de Froment et celui d'autres personnes. En tête de cette 
fraction de page réservée, a été écrit le mot Dominus, qua- 
lification qui ne pouvait s'appliquer qu'à une personne de 
quelque importance. 

En confirmation de cette hypothèse, une note autographe 
de messire Roll ou Roui, curé de Briançon, ainsi que les 
indications d'un acte reçu M*" Golaud, notaire, le 22 juillet 



— 193 - 

1659, nous apprennent que le 8 janvier 1659, sa sœur, 
Jeanne Roi, veuve d'Antoine Froment, ancien gradué au 
siège de Briançon, s'est remariée au sieur Nicolas Silvestre 
Rous, secrétaire de la ville; que le mariage d'Antoine 
Froment avait donné naissance à une petite fille, Jeanne 
Froment, pour lors âgée de 8 ans ; qu'une opposition d'inté- 
rêts entre cette mineure et sa mère ayant été créée par suite 
du convoi de cette dernière à de secondes noces, il a été 
nommé tuteur de sa nièce par une assemblée de famille. 
Nous voilà donc ramenés pour fixer la date de la mort de 
Froment aux probabilités suggérées par la lacune que nous 
avons ci-dessus signalée. Froment meurt fin novembre ou 
en décembre 1657. Sa veuve Jeanne Roi se remarie un an 
après. C'était une jeune femme. Elle était née le 16 sep- 
tembre 1628. 

D'après les données ci-dessus. Froment serait décédé à 
l'âge d'environ 68 ans. Sa fille était née le 18 février 1651 ; 
il s'était marié vers 1650, à Tâge d'environ 60 ans. La 
différence des âges entre les deux époux était presque de 
40 ans. 

Jeanne Froment, l'unique snfant d'Antoine Froment, mou- 
rut le 26 octobre 1662, à l'âge de onze ans. 

« Froment, disais-je dans la préface de son livre, passa à 
Briançon la plus grande partie de sa vie. (Il avait fait ses 
études universitaires à Embrun, au collège tenu par les 
Jésuites). Il exerça près du bailliage de Briançon la profession 
d'avocat. Cependant, ainsi qu'il nous l'apprend lui-même, 
il fit à Grenoble, avant de se fixer définitivement dans sa 
cité natale, un séjour assez prolongé. « Mon petit estude des 
montagnes, dit-il, lequel ne s'ouvrait qu'à la closture du 
parlement de Grenoble ou que comme un autre temple de 
paix, dûm clauderentur majores belli forensis portœ, estait 
jà, tellement abordé des feux, etc.. » 

« On peut conclure de là que le jeune avocat accomplit 
son stage près le parlement et qu'à sa cessation, il continua 
à suivre la carrière du barreau, à Grenoble, jusqu'à l'épo- 
que de l'incendie (1624), passant à Briançon les fériés ; ce 
qui porterait à douze ou treize ans la durée de sa résidence 

13 



— 194 — 

au chef-lieu de la province. Il est à présumer que Vesprit 
de retour s'était singulièrement efTacé dans les sentiments 
du jeune montagnard pendant ce long séjour dans une cité, 
où la nostalgie est pour les étrangers qui y résident quelque 
temps, une afYection du cœur inconnue ; qui exerce un si 
grand empire de séduction par Tincomparable beauté de la 
contrée qui Tentoure, par la proverbiale urbanité de ses 
habitants et pour ceux qui aiment et cultivent les choses de 
l'esprit, par l'atticisme du goût littéraire, par le charme des 
relations sociales dans un tel milieu. 

« Peut-être faut-il placer, pour Froment, à côté de ces 
causes d'attrait, celle des débats judiciaires devant le parle- 
ment, débats plus solennels que ceux de son bailliage, plus 
relevés par l'éloquence des avocats, par le savoir de la 
magistrature. Ces éléments de vie intellectuelle et morale, 
sont pour certaines âmes les plus fortes attaches et il est 
vraisemblable qu'ils exercèrent sur cette période de Texis- 
tence de notre auteur une grande influence. 

« Quelles circonstances rompirent le charme et rappelèrent 
le jeune transfuge dans son austère pays natal? C'est ce 
qu'il est impossible de savoir. Nous aditiettrions volontiers, 
étant donnés ses tendres attachements de famille racontés 
dans son livre, que la terrible catastrophe de Tincendie de 
1624, rafïïiction des siens, l'importance des services que sa 
présence lui permettait de leur consacrer arrêtèrent dans 
son cœur une louable pensée d'abnégation et le rendirent 
irrévocablement à sa ville natale. » 

Aucuns documents ne sont parvenus à notre connaissance 
qui auraient pu jeter quelque lumière sur la vie privée de 
Froment, sur sa situation au barreau du bailliage. Un mot 
mélancolique de son livre nous dit que son existence fut 
soumise peut-être à de dures épreuves. Il y parle du 
P. Laborée, jésuite, son ancien professeur au collège 
d'Embrun, comme d'un Saint et il ajoute ceci : « Mon devoir, 
heureux que je suis en mes maux, de l'avoir eu pour régent, 
me dispenserait d'en dire quelque chose au peuple de Tadve- 
nir, mais ne Tayant jamais vu que bien faire et bien dire 



— 195 - 

pour le ciel, à l'attente des lots immortels ou d^une éternité 
de récompenses. . . » 

Ces maux dont Froment laisse échapper l'aveu, de quelle 
nature étaient-ils? étaient-ce des chagrins de famille, des 
embarras d'argent? était-ce la maladie et son triste cortège 
de souffrances physiques et morales ? 

Il y avait peut-être de toutes ces causes dans l'existence 
tourmentée de l'avocat briançonnais. 

On peut conclure des stipulations d'un acte aux minutes 
de M« Golaud, notaire, du 22 juillet 1659 que Froment mourut 
dans un état de fortune voisin de la pauvreté. 

Cet acte renferme les conditions de la vente passée par le 
tuteur de la mineure Jeanne Froment, ensuite de décision 
du bailliage, à l'apothicaire Bernardin Travail, d'une maison 
de rhéritage de Froment. Le prix de vente est modique 
(900 livres en capital et 12 livres. d'étrennes). (Peut-être y 
eut-il dissimulation d'une partie du prix.) La vente des fruits 
des terres de Ser^^-Guignier, au pont de Gervières, dépen- 
dant de la niême hoirie, ne donne qu'une somme de soixante 
livres. ^G^ diverses valeurs si restreintes quant à l'impor- 
taijee, furent déléguées, pour la plus grande partie, à des 
.^^éanciers du défunt. 

Froment avait vu mourir, le 15 novembre 1653, son frère 
François auquel il était tendrement attaché, le parrain de 
sa lille, en qui il espérait pour elle un appui. Sa petite 
fortune était embarrassée ; Tâge avait sans doute amorti 
son activité et réduit sa clientèle. La mort dut être la 
bienvenue pour notre chroniqueur briançonnais qui ne fut 
peut-être ni un très habile écrivain, ni un avocat de pre- 
mier ordre, mais qui posséda, son livre le révèle à chaque 
page, la maîtrise du patriotisme et de la probité. 

BIBLIOGRAPHIE 

Essais d'Antoine Froment, advocat au parlement du Dau- 
phiné, sur Tincendie de sa patrie, les singularitez des Alpes 
en la principauté du Briançonnais, avec plusieurs autres 
curieuses remarques sur le passage du Roy aux Italies, 



— 196 — 

ravages des loups, pestes, famines, avalanches et embra- 
sements de plusieurs villages y survenus de suite. A 
Grenoble, chez Pierre Verdier, imprimeur du roy, en la 
salle du Palais, 1639. 

OARinER-PAGÈS Etienne-Joseph-Louis. 

Garnier-Pagès Taîné, Tune des gloires les plus pures de 
la tribune française, était Briançonnais d'origine. Son père, 
Etienne Garnier, était né àSt-Blaise, commune de Briançon, 
le 27 août 1772. Ce fut Garnier-Pagès lui-même qui apprit à 
Antoine Allier, député des Hautes- Alpes, cette origine de 
sa famille paternelle. Je tiens le fait du député Allier lui- 
môme et j'en fis part à Adolphe Joanne qui Ta consigné 
dans son guide du voyageur (Hautes- Alpes, etc.) On sait 
que les GMtti^iiiJPagès étaient frères utérins, Taîné, fils 
de Garnier le BHançSnîraig^^ de la marine, né en 

1801, mort en 1841; le puinTîoIîiS-Alltoine, fils de M. Pages, 
né en 1803. Les deux frères liés par le^rH^^dre attache- 
ment, unirent leur nom, leur fortune et leur o^^i'^^e- ^ ^i 
connu Garnier-Paerès Louis-Antoine le membre otW^^^^^' 
nement provisoire. Je l'ai vu, dans l'intimité, chez mes*ÏHPJ^ 
Rallet à Biviers (Isère). Il me parlait de son frère aîm 
avec attendrissement. Il m'apprit qu'il avait, un jour, avec 
son fils, fait un pèlerinage à St-Blaise pour connaître et 
faire connaître à son fils le berceau de la famille d'un 
frère dont il adorait la mémoire. « Vous reconnaîtrez, me 
disait-il, que ce pèlerinage avait un caractère plus avoua- 
ble, plus noble, que ceux dus aux écarts d'une superstition 
saugrenue. » 

GUILLEMZN Paul. 

Paul Guillemin est né à Sorin (Meuse), le 30 août 1847. 
Son père, Martin Guillemin, capitaine dlnfanterie, était 
lorrain. Sa mère, née Adèle Glaverie, était la nièce du 
docteur Pensens, qui a exercé honorablement la médecine 
à Briançon où il était allié à la famille Blanchard, l'une des 
plus anciennes et des plus importantes du pays. (Le beau- 
père du docteur Pensens, le notaire Blanchard, fut long- 



-- 197 — 

temps maire de Briançon ; son beau-frère était le colonel 
d'artillerie Blanchard). La dame (ruillemin avait passé sa 
vie à Briançon, jusqu'au jour de son mariage. Disons tout 
de suite, que le capitaine Guillemin vint, à sa retraite, se 
fixer à Briançon et qu'il y mourut le 28 octobre 1865 ; que 
sa veuve ne quitta plus sa patrie d'adoption; qu'elle y 
habita la maison patrimoniale des Blanchard achetée de 
ses deniers et qu'elle transmit à son fils à son décès en 
1873; disons encore, en explication et justification de la 
place que nous donnons à Paul Guillemin en cette biogra- 
phie briançonnaise , qu'il a toujours regardé comme son 
pays, comme sa patrie, la ville où il avait ses amitiés, ses 
souvenirs d'enfance, la tombe des siens, les traditions de 
famille et son home où sa tendresse pour sa mère le fixa 
pendant plusieurs années de sa jeunesse. 

Paul Guillemin a fait honneur à la patrie selon son cœur, 
la petite ville grand renom. Sa droiture, sa large et solide 
instruction, sa vaillance sans rivale comme alpiniste, 
l'irréprochable accomplissement des fonctions auxquelles 
il a été successivement appelé, lui ont concilié dans le 
Briançonnais où son nom est populaire, considération flat- 
teuse et affectueux sentiments. Sa place était donc marquée 
dans le catalogue des Briançonnais dignes de mémoire. 

Guillemin a fait ses études universitaires au Prytanée 
militaire de la Flèche dont il a été Tun des brillants élèves. 
A la mort de son père, à l'âge de 18 ans, il revint à Brian- 
çon auprès de sa mère. Pour ne pas la quitter, il consentit 
à être maître d'études dans le collège de la ville. Il passa 
de là au lycée de Grenoble où il était maître répétiteur ; il y 
suivait aussi les cours de l'école de Médecine avec assiduité. 
Ce fut en sa qualité d'étudiant en médecine qu'il fut, en 1870, 
requis à l'hôpital militaire de Briançon d'où il passa au 
14« bataillon de chasseurs à pied. Inutile de dire qu'ici et 
là, il fit bravement son devoir. 

11 entra, après la guerre, au lycée de Lyon en qualité de 
maître répétiteur^ remplissant intérimairement les fonctions 
de sous-censeur. Il occupa cette position jusqu'en 1879. 

C'est dans la période de temps qui s'est écoulée de 1871 à 



- 198 — 

1879 que Guillemin, mettant à profit tous les instants de 
liberté que lui laissaient ses fonctions au lycée de Lyon, se 
lança, à corps perdu, dans l'Alpinisme. Pressentant tout le 
bienfaitmoral et de régénération physique dece sport qui eut 
dès l'abord le caractère d'une inspiration nationale, le cœur 
généreux de Guilleniin en lit l'adepte le plus convaincu et 
le plus agissant. Il possédait, au premier chef, d'éminentes 
qualités pour être à la tète des plus courageux, des plus ré- 
solus. Corps solide et dur à la fatigue, fermeté d'âme, sang- 
froid, géologue, minéralogiste (il avait collectionné dans sa 
maison de Briançon plusieurs milliers d'échantillons de 
minérauxj, botaniste, cartographe émérite, familier de la 
montagne par ses pérégrinations de jeunesse, chirurgien 
au besoin, Guillemin devait fortement marquer sa place 
dans la noble phalange des pionniers de l'alpinisme. Aussi 
y a-t-il conquis une légitime célébrité : son nom est attaché 
aux récits des premières explorations du Pelvoux, de la 
Meije, de la Barre des Ecrins, du Viso et des pics de moin- 
dre hauteur , satellites collossaux de ces sommités de 
première grandeur. 11 a été Ihistorien de ses ascensions. 
Ses publications sur la montagne et les glaciers ont un 
caractère particulier de précision comme pages descripti- 
ves, de vigueur et de simplicité dans la peinture des im- 
pressions morales. Le récit est d'une allure superbe lors- 
qu'il relate ces situations où la vie de l'ascensionniste, sur 
le bord des abîmes, tient à un fil et n^est sauvée que par 
l'effort de la plus virile énergie. Les écrits de Guillemin 
tiendront toujours une place honorable dans cette littéra- 
ture alpiniste qui parait être douée d'une forte vitalité. 

De 1879 à 1882, Paul Guillemin fut chef de cabinet du 
préfet du Rhône et successivement chef du cabinet du pré- 
fet de police à Paris. 

En 1882, il fut appelé aux importantes fonctions d'inspec- 
teur général de la navigation et des ports de la Seine, 
situation élevée qu'il occupe encore aujourd'hui avec 
distinction. 

Guillemin a dû, dès lors, mettre un frein à ses entraîne- 
ments de grimpeur alpin ; adonné à de graves travaux 



- 199 - 

fonctionnels, Tardent touriste de jadis a peu de loisirs à 
consacrer aux ascensions. Il a presque divorcé avec la 
montagne. Dans quelques années, il sera le vétéran le plus 
chevronné de l'alpinisme. 

Mais ses chères études sur le Briançonnais n'ont point 
été abandonnées. Guillemin a même étendu dans le Dau- 
phiné entier ses recherches bibliographiques, ses investi- 
gations archéologiques ; les rayons nombreux de sa biblio- 
thèque sont surchargés de livres, de brochures, de chartes, 
de parchemins, d'autographes, de gravures, de dessins, 
etc. Il y a là tout un monde de richesses intellectuelles, de 
curiosités historiques et artistiques. 

Guillemin a trouvé le moyen de faire face à ces labeurs 
multiples et divers. Faisant revivre les traditions des 
vieux savants, nos aïeux, de ces jurisconsultes du temps 
jadis, penchés dès l'aube sur les lourds in-f°«et murmurant 
le vieil adage de la profession : 

Vi(jilantibus, non dormientibns jura succurrunt, 

Guillemin est debout au premier chant du coq (si tant est 
qu'il y ait de ces bruyants gallinacés dans son voisinage). 
C'est à ces heures-là. un bénédictin, lisant, écrivant, notant, 
classant les documents acquis de la veille ; au sortir du 
sanctuaire du bibliophile, le fonctionnaire est à l'œuvre du- 
rant le cours de la journée. Dans la soirée il est au repos, 
tout aux joies de la famille, surveillant l'instruction de 
ses fillettes et parfois aussi homme du monde partout 
bien accueilli, partout choyé. 

Tel est Paul Guillemin. 

BIBLIOGRAPHIE 

1. Ascension du Mont - Rochebrune. Lyon, Bonnaviat. 
1874, in-8". 

2. Ascensions dans les Alpes briançonnaises. Paris, 
(ihamerot, 1876, in-8°. 

3. Deux mois dans les Alpes briançonnaises. Paris, Gha- 
merot, 1877, in-8". 

4. Explorations dans les Alpes briançonnaises. Paris, 
Ghamerot, 1878, in-8°. 



- 200 - 

5. Album pittoresque des Alpes briançonnaises^ légende. 
Lyon, Portier, 1878, in-f°. 

6. Le Bacchu-ber, essai historique et archéologique. 
Lyon, Pitrat, 1878, in-8°. (Traduit dans la Newe-Alpenpost, 
1878). 

7. Minellanées. Paris, Chamerot, 1878, in-8°. 

8. Carte topographique du massif du Pelvoux, au 80.000. 
Lyon, Garcin, 1879. 

9. Bivouacs dans les Alpes françaises. Paris, Chamerot, 
1879, in-8o. 

10. Les Coutumes d'Arvieux. Lyon, Goyard, 1880, in-8**. 

11. Album du Queyras, légende. Lyon, Goyard, 1880, 
in-8». 

12. Alpes françaises. Paris, Chamerot, 1880, in-8°. 

13. Carte des frontières de Piémont et de Savoye, dans 
laquelle se trouvent le Briançonnais, etc. (xviii® siècle). 
Paris, 1885. 

14. Carte des frontières de Piémont et de Savoye conte- 
nant le Briançonnais. Paris, 1885. 

15. Les voies anciennes des glaciers du Pelvoux. Paris, 
Chamerot, 1887, in-S» (avec la reproduction de 2 cartes 
anciennes). 

16. Carte du Briançonnais dressée en 1873. Paris, 1888. 

17. Voyages à travers les Dauphinois. Paris, Ghacornac, 

1889 (sous le pseudonyme d'Amédée Guérin). 

18. Le voyage de Villars en Oisans. Arras, de Sède, 1889, 
in-8°. 

19. Carte du massif de la Barre des Ecrins, au 40.000. 
Paris, 1889. 

20. Carte manuscrite des vallées Vaudoises des Alpes 
françaises. Paris, Fiscbacher, 1889. 

21. Jean de Beins, géographe dauphinois. Gap, Jouglard, 

1890 (avec une carte.) 

22. Carte topographique du Haut-Dauphiné, au 50.000. 
Paris, Rouillé, 1890. 

23. Date de THistoire du diocèse d'Embrun. Gap, Jou- 
glard, 1891, in-8°. 

24. Tomaso Borgonio et la première carte topographi- 



— 201 — 

que des Alpes occidentales (avec une carte). Paris, Ghacor- 
nac. 1891, in-8<». 

25. La carte manuscrite des Alpes dressée en 1664 par le 
capitaine Jean Videl (avec une carte). Paris, Ghacornac, 
1891, in-8». 

26. Le voyage de Dhellancourt en Oisans (1785). Grenoble, 
Allier, 1892, in.8°. 

27. — Fêtes d'inauguration du Refuge-Hôtel de TAlpe du 
Villard-d Arène. Embrun, Jugy, 1892, in-16o. 

28. L'imagerie des Liqueurs du Dauphiné. Grenoble, 
Baratier, 1892, in-8». 

29. Voyage de Paris à Herblay, aller et retour par mer. 
(Illustration de M. Emile Guigues). 1893 (grand in-4«). 

30. Le Briançonnais en 1754, par Jean Brunet. Grenoble, 
Allier, 1893, in-8o. 

31. La Meije. (Illustration de M. Emile Guigues. Revue 
du Dauphiné, 1894.) ./ ' 1 

32. Les Refuges alpins du Dauphiné. Inauguration du 
Refuge-Hôtel Evariste-Chancel, Briançon, 1894, grand in-4°. / i 

33. A toute vapeur de Paris à Gorbeil. Briançon, 1894/ 
grand in-4°. 

34. La Meije dans Timage. Paris, Ghamj^f^î^gs, in-8°. 



HILAIRE Claude. ^ 

Hilaire (Claude), nd^^^j^^^ ^ été prieur des Augustins 
à Lyon. 

/^ 

BIBLIOGRAPHIE 

^ '^!Sé de l'exposition des mystères de la messe par frère 
Sois Vitelman, traduit du latin en français par Vené- 
Ible père en Dieu, frère Claude Hilaire, Lyon, Nicolas 
Petit, 1544. 

HILAIRE (Jean-Prançois) le baron. 

On ignore le lieu de naissance de Jean-François Hilaire. 
Adolphe Rochas indique Ghirens (Isère), comme étant la 
localité qui l'a vu naître. G'est une erreur que dément 



>■ 
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1 

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A 



- 202 — 

l'examen des actes de l'état civil de cette paroisse où le 
nom d'Hilaire n'est écrit nulle part. Ce qui a porté sans 
doute Rochas -à cette indication, ce sont les termes de l'acte 
de décès d'Jlilaire. mort à St-Nazaire (Isère), le 7 septembre 
1825. L'acte de décès est rédigé sur la déclaration du maî- 
tre domestique du défunt, Jean Châtain, et d'Arthur Hey- 
Pirolle, âgés le premier de 20, le second de 27 ans. Ils décla- 
rent que le défunt était âgé d'environ 77 ans, né à Chirens 
{Isère). Ces affirmations paraissent être vagues et faites 
en Tair. 

D'autre part, Ladoucette {Histoire et topog, des Hautes- 
A/pe.s), assure qu'il est néàNévache. Cette affirmation paraît 
être tout aussi hasardée que la première. Car les actes de 
l'état civil de Névache. de Plampinet, du Val-des-Prés, de 
la Vachette, tout en mentionnant la naissance de nombreux 
Hilairc ne renferment aucun nom qui réponde soit au pré- 
nom d'Hilaire soit à l'époque présumée de sa naissance. 

On demeure donc dans l'incertitude sur le lieu et sur la 
date précise de sa naissance. Nous penchons à croire qu'il 
est né dans le Brianconnais mais en dehors de la vallée 
de la ^-..Clarée, nous fondant sur la continuation de ses 
relations avec s^^^jj™ ^Qj^pj^^PiQ^gg attestée par quelques élé- 
ments de corresporma>*ci;^^ce. 

Quoi qu'il en soit, natif ou . refoulement originaire du Brian- 
connais, Jean-Fançois Hilaire acqu.^^^^^^^^g j^ département 
de l'Isère quelque célébrité. Il ^ut à GrenN^j^ ^^^^^^^ ^^j^^jg. 
torial. A la Révolution dont il adopta les PriN^jp^g ^^^^ ^^n 
enthousiasme un peu bruyant et peut-être ave^SL^^ inten- 
tionnelle exaltation en vue de son avancement 3^^^^^ l^g 
fonctions publiques, il fut élu procureur syndic etlK^^j^^ 
national du district de Grenoble, de 171iO à 1795. De 17^1^^ 
17î)7, il fut commissaire du directoire exécutif près Tadi 

nistration centrale de l'Isère. 

Mais le zèle révolutionnaire d'Hilaire s'était refroidi. Il fut 

destitué. Les agitations politiques prolongées l'avaient con- 
verti à la conviction de la nécessité de la stabilité gouver- 
nementale; aussi s'empressa-t-il d'adhérer à la Révolution 
du 18 brumaire. Sous le nouvel ordre de choses, Hilaire 



— 203 — 

fut nommé Sous-Préfet de Vienne, le 30 mars 1800. Promu 
le 25 février 1804 Préfet de la Haute- Saône^ il exerç^a ses 
fonctions jusqu'au 3 janvier 1814, époque à laquelle il fut 
destitué. 11 se retira dans sa propriété de îSt-Nazaire où il 
mourut, comme nous l'avons dit, en 1825. 

Homme laborieux, administrateur éclairé, Hilaire se lit 
estimer et aimer par ses administrés de la Haute-Saône. Il 
était aimable et hospitalier. On trouve le témoignage de ces 
dispositions d'esprit et de caractère dans trois humoristi- 
ques pièces de vers qui lui furent successivement adressées 
par le bibliographe Gabriel Peignot sous ce titre : Ambas- 
sades des Bartavelles de Dauphinépour féliciter M. Hilaire 
sur le titre de baron et sur la dotation qu'il vient de rece- 
voir. Vesoul, 1810. Nouvelles ambassades des Bartavelles... 
Troisième ambassade. . . 

Ces feuilles volantes ont été réimprimé<îs luxueusement 
par la Société des bibliophiles. 

BIBLIOGHAPHIE 

Discours du cit. Hilaire, commissaire du Directoire 
exécutif près l'Administration centrale du Département de 
l'Isère, prononcé à la fête du 15 florial an v ; concernant la 
paix avec l'Europe. 4 p. in-8o, chez Ferry et Duciaud, près 
le pont de bois. 

LANNES, botaniste. 

Lannes (Jean- Joseph), est né à Aiguilles (Queyras), en 
1825, fils d'un simple préposé des douanes. Son père ayant 
été appelé au poste de Sainte-Gatherine-sous-Briançon, le 
jeune Lannes y put suivre les cours de l'Ecole primaire, 
puis pendant quelques années ceux du collège de la 
ville. H entra dans la douane et il obtint assez rapi- 
dement le grade de capitaine. Lannes s'était épris de 
la science de la botanique. Ge fut chez lui, ainsi que l'é- 
tude de l'entomologie une passion forte et vivace. Dans 
tous les postes qu'il occupa, à Saint- Véran (Queyras), à 
Névache, au Monètier-de-Briançon, à St-Tropez (Var), à la 
Condamine (Basses-Alpes), à Briançon enfin, il se livra à 



— 204 — 

des herborisations sans fin. Il composa par ses propres 
découvertes et par des échanges l'herbier le plus riche du 
département des Hautes-Alpes. Il put réunir aussi une 
belle collection de coléoptères. Membre de la Société bota- 
nique de France, de la Flora Selecta de Saint-Quentin, 
Lannes, entre autres distinctions, a reçu en 1894 une médaille 
d'or de l'Académie internationale de géographie botanique 
et les félicitations des plus savants botanistes de notre 
temps. 

Fixé à Briançon depuis sa retraite, cet excellent homme y 
a joui jusqu'à sa mort de Testime générale. Il s'y était 
concilié de solides amitiés. 

Lannes est décédé à Briançon, le 14 mai 1895. 

BIBLIOGRAPHIE 

Catalogue de la flore du bassin supérieur de l'Ubaye. 
(Publié dans le bulletin de la Société botanique de 
France, 1879.) 

Catalogue des plantes les plus intéressantes croissant 
dans la partie supérieure du département des Hautes- 
Alpes, Briançonnais, le Queyras et le haut du vallon de Var s. 
(Altitude minimum (sic) 1,100 m. et maximum (sic) 3,000 m. 
par M. Lannes, capitaine des douanes en retraite. Jouglard, 
Gap, 1885 (paru d^abord dans le bulletin de la Société 
d'études des Hautes-Alpes en 1885). 

A consulter : 

Excellent article de nécrologie de M. René Faure, ancien 
maire de Briançon, dans la Durance du 26 mai 1895. 

LATOUR André. 

Jean-André-Eléonor Latour est né à Briançon (Hautes- 
Alpes) le 22 nivôse an iv (12 mars 1796). 

Placé fort jeune au lycée de Mayence, il y fit de bonnes 
études. Son père, le commandant Claude Latour, oflfîcier 
supérieur plein de mérite, que la mort frappa dans la force 
de l'âge, l'avait d'avance voué à la carrière qu'il parcourait 
lui-même avec distinction ; le jeune orphelin crut devoir se 



— 205 - 

conformer avec un pieux respect au désir manifesté par son 
père^ quelque peu porté qu'il fût d'ailleurs par son inclina- 
tion vers la profession des armes. Peut-être aussi fut-il 
affermi dans cette résolution d'obéissance posthume par 
une généreuse pensée de patriotisme. C'était à la fin de 1813. 
La France était inquiète et comme oppressée par de sinis- 
tres pressentiments. On prévoyait de nouvelles luttes plus 
terribles à coup sûr, plus chanceuses peut-être. Dans les 
classes de la société que la guerre avait élevées en portant 
aux hauts grades beaucoup de leurs membres, dans les 
familles militaires, si l'on peut ainsi dire, bien des jeunes 
hommes, des adolescents même, — et les nécessités d'une 
guerre prolongée appelaient souvent ceux-ci avant le temps 
aux actes guerriers de la virilité, — se consacraient avec 
une louable spontanéité au maintien de la gloire de la 
patrie ; ils ne pensaient peut-être pas encore que c'était à 
sa défense. 

M. Latour entra à l'école militaire de Saint-Gyr le 18 octo- 
bre 1813. Il en sortait le 12 octobre 1814 pour entrer comme 
sous-lieutenant au 49« de ligne. Ainsi il débuta dans la vie 
de la manière la plus noble qu'il soit donné de le faire : il 
combattit pour défendre son pays contre l'invasion étran- 
gère. Mis en demi-solde après les Gent-Jours, et plus tard 
réintégré en son grade dans la légion du Bas-Rhin, il aban- 
donna tout à fait le service militaire à la fin de 1818. Il fit 
son cours de droit à Grenoble, et devint avoué près le tribu- 
nal de Briançon. Nommé, en 1830, substitut du procureur 
du roi à Briançon, puis devenu successivement juge d'ins- 
truction à Embrun, procureur du roi et président du tribu- 
nal à Briançon, M. Latour s'acquit dans'ce pays, qui était 
le sien, la considération générale et l'affection de ses com- 
patriotes ; en 1848, il reçut d'eux un témoignage honorable 
d'estime. Il fut porté au conseil général du département 
des Hautes-Alpes. Prophète dans son pays, il vit les élec- 
teurs du Briançonnais lui offrir leur vote pour la repré- 
sentation nationale. Il s'abstint néanmoins de toute can- 
didature. Au conseil général, les suffrages de ses collègues 
l'appelèrent à la présidence. 



— 206 — 

A cette époque, une distinction plus importante vint 
témoigner de l'appréciation flatteuse que les magistrats 
supérieurs de la cour d'appel de Grenoble avaient faite de 
ses services et de son aptitude. Il fut nommé président du 
tribunal civil de Grenoble. 

Jusqu'à sa mort (6 avril 1852), M. Latour a rempli ces 
hautes et délicates fonctions avec tact, avec une grande 
expérience des affaires et des hommes. 

Le souvenir du collègue aimable et spirituel, du magis- 
trat aux formes pleines de bienveillance et d'aménité, est 
demeuré vivant parmi MM. les juges du tribunal, comme 
parmi les avocats et avoués du barreau de Grenoble. 

M. Latour consacrait volontiers ses loisirs à des études et 
à des compositions littéraires. Ses œuvres attestent l'étendue 
de son instruction, le mouvement et la grâce de son esprit. 
Voici quelques rapides indications sur les plus notables de 
ses productions : 

Notes sur les avanlages qulil y aurait à obtenir Vacliève- 
ment de la route de Briançon à Turin par Suze, une corres- 
pondance de dépêches et la liberté d'établir des voitures 
publiques sur cette route. 

Ce travail remarquable, qui suppose des recherches 
préalables nombreuses et variées, a été inséré in extenso 
dans ï Histoire des Hautes- Alpes de M. Ladoucette, édition 
de 1848^ pag. 681 et suivantes. 

Il est rationnel de croire que cet excellent résumé d'une 
question d'un haut intérêt général, a dû influer sur les 
déterminations des gouvernements français et sarde, aux- 
quels il fut soumis, et hâter l'exécution des travaux de 
restauration réclamés par l'auteur et qu'il lui a été donné 
de voir s'accomplir. 

Episode de 1815 dans le Briançonnais, par Breistroff. — 
Grenoble, 1850. 

Cet opuscule contient l'histoire de l'invasion du Brian- 
çonnais, en 1815, par un corps d'armée sarde, du blocus de 
Briançon et de la noble résistance des Briançonnais qui, 
livrés à leurs propres forces et commandés par l'héroïque 
général Eberlé, conservèrent, vierge de Tinvasion, ce boule- 



— 207 — 

vard du sud-est de la France et rimmense matériel qui y 
était renfermé (1). II contient aussi le récit d'un drame 
judiciaire qui contrista profondément les populations du 
Briançonnais et les préoccupa un instant autant que la 
présence de l'ennemi sur leur territoire. 

Jean-Joseph M , natif de Saint-Ghaffrey, près Brian- 

çon, homme d'un courage emporté, d'habitudes violentes, 
voyait avec rage les avant-postes du corps d'armée sarde 
occuper le village qu'il habitait; toujours prêt à traduire 
en hostilité ouverte sa haine irréfrénable contre l'étranger, 
il trouvait dans ses compatriotes, dans les membres de sa 
famille, dans sa femme surtout, une surveillance vigilam- 
ment exercée à l'effet d'empêcher l'explosion de sa fureur. 

Il paraît qu'une nuit, le 15 août 1815, irrésistiblement 
emporté par sa pensée fixe d'agression^ il repoussa violem- 
ment sa femme qui voulait l'empêcher de franchir le seuil 

de la maison. M était armé d'un fusil. La malheureuse 

femme fut atteinte d'un coup de feu, qui ne fut peut-être 
que le résultat involontaire de cette lutte entre les deux 
époux. Dans tous les cas , un crime allait être commis 
pour dérober aux investigations de la justice les circons- 
tances plus ou moins imputables de ce fait. M dépose 

la victime dans une grange remplie de foin et met le feu 
au bâtiment. Un terrible incendie fut allumé : vingt-trois 

maisons lurent consumées (2). La justice informa. M 

fut arrêté, fit des aveux, fut condamné à mort et subit sa 
peine. Cette exécution est la seule que l'on cite dans les 
annales judiciaires de l'arrondissemeat de Briançon, où 
l'exhibition de la hideuse machine n'a jamais eu lieu 
depuis. 

Le récit de M. Latour est entraînant et porte l'empreinte 
de l'émotion profonde que cet épisode de l'invasion avait 
produite sur le Briançonnais. 



(1) Ce matériel a suffi plus tard pour armer Grenoble, Valence, Embrun 
et plusieurs autres places fortes. 

(2) Un premier incendie en avait dévoré cinquante-sept quelques jours 
auparavant. 



— 208 — 

Dans cet opuscule, l'auteur, à côté du portrait de Morand^ 
esquisse celui de deux personnages typiques. L'un, Eloi 
Gaudry (Eloi Giraud) chasseur, trappeur, arboriculteur, 
figure fine, narquoise, a laissé dans les Alpes Briançon- 
naises, dans la Drôme et l'Ardèche le plus vivant souvenir. 

On V rencontre mille traits de la vie aventureuse et 
cynégétique du grand loubatier (tueur de loups). Son nom 
est légendaire. (Voir ma Biographie du canton de la Grave 
et du Monêtier, et aussi mes notes sur les essais d'Antoine 
Froment.) 

L'autre personnage était Arnoulet (caricature qui n'était 
cependant au fond qu'un portrait assez fidèle.) Il s'agissait 
d'un honnête tabellion plein de sotte vanité, de lourd pédan- 
tisme, dont les aphorismes à la La Palisse ont longtemps 
défrayé la verve railleuse des loustics de Briançon. Sans 
valeur intellectuelle aucune, et sans instruction, ce parois- 
sien^ à plat ventre devant l'autorité, fut cependant, sous le 
second Empire, le premier des édiles de Briançon, cité réputée 
pour l'intelligence et l'instruction de ses habitants, et décoré 
de la Légion d'honneur! Sic fata Voluere! Ces choses-là 
se sont vues quelquefois. (Consulter le dictionnaire des 
ganaches.) 

La dernière publication d'André Latour a été posthume ; 
elle a pour titre : Scènes de mœurs judiciaires en Province, 

Ce sont des scènes gracieuses entremêlées de couplets 
spirituels. 

Numismate intelligent, investigateur heureux, M. Latour 
avait formé une collection de médailles dont les éléments 
ont été recueillis dans le Briançonnais (1). Il a légué au 
musée de Grenoble une urne cinéraire antique fort belle et 
quelques armes africaines, don de son ami et compatriote 
Texcellent Galice-Bey , colonel du génie au service du 
pacha d'Egypte. 

M. Latour a passé presque toute sa vie à Briançon, sa 



(1) M. Ladoucette a donné le catalogue de cette collection à la page 739 
de son Histoire des Hautes-AlpeSy édition de 1848. 



i i 



-209- 

patrie. L'estime de ses concitoyens, l'amitié d'un homme 
de cœur et de vaste intelligence, M. Benoît Bouchié de 
Golaud, qui l'a précédé dans la tombe, la vive affection qu'il 
portait à sa sœur, Mme Julie Turin, l'ont retenu dans ce 
pays dont les intérêts et l'avenir l'ont constamment préoc- 
cupé, ainsi qu'on a pu le voir par quelques-uns des titres de 
ses œuvres. Sa vie a été l'une de ces existences privilégiées 
toutes remplies par le travail, les études sérieuses et 
l'accomplissement de graves devoirs. Elle porte avec soi un 
enseignement moral élevé : celui du mérite conduisant à la 
considération ainsi qu'à une belle position sociale. 

BIBLIOGRAPHIE. 

Mémoire sur la route de Grenoble à Turin par le Lautaret 
et le Mont-Genèvre. (Imprimé dans ï Histoire des Hautes- 
Alpes de Ladoucette, édit. de 1848). 

Episode de 1815 dans le Briançonnais — Grenoble, par 
Breistroff, 1850. 

Scènes et mœurs judiciaires en Province parJ.-A.-E. 
Latour (de Briançon, ïlautes-Alpes), Grenoble, 1852. Grand 
in-8«, 191 p. 

L'usure dans les Hautes-Alpes, conseils à ses habitants, 
manuscrit. (A été donné à la Bibliothèque publique de Gre^ 
noble par A. Albert qui en était le possesseur.) 

Victoires, conquêtes et revers d'une paire de moustaches, 
roman humoristique. (Manuscrit resté dans la famille.) 

A consulter : 

M. Latour, ancien président du tribunal civil de Grenoble, 
par Aristide Albert, — in-18, — Grenoble, 1858. — Maison- 
ville, 18 p. 

LAUGER George. 

George Lauger, né à Briançon, dans la seconde moitié du 
xvp siècle, ne nous est connu que par un passage du livre 
d'Antoine Froment sur Tincendie de Briançon. Voici ce 
qu'on lit dans ce curieux livre p. 238 (édit. A. Albert) : 

« Le R. P. George Lauger, docteur es droit et en théolo- 

14 



— 210 - 

gie, de l'ordre des Jacobins réformés, prédicateur ordinaire 
du Roy, et lors prieur de St-Marcellin, fut aussi voir les 
cendres de son sol natal, visiter sa patrie en Testât et y 
consoler son propre frère le capitaine Lauger qui en estait 
second consul... Ce rare prédicateur, par des belles 
actions qu'il fit en chaire, consola grandement ses pauvres 
patriotes affligés et comme bannis de leur paradis terrestre 
par les feux de la cholère de Dieu. Il les repeut aussi de 
belles espérances par des grands bienfaits qu'ils auraient du 
Roy et des seigneurs de sa cour dont il estait fraischement 
arrivé; et tant que le pauvre peuple en sortait grandement 
satisfait. » 

Le P. Lauger avait le titre de prédicateur ordinaire du 
Roy. Etait-ce un titre honorifique ou bien l'indication d'une 
fonction effective ? C'est ce qu'il serait fort difficile d'éclair- 
cir aujourd'hui. 

La famille Lauger appartenait dès longtemps à la bour- 
geoisie briançonnaise. Elle était liée d^amitié avec celle 
d'Antoine Froment. Jeanne Lauger, femme du capitaine 
Lauger, fut la marraine de Tunique enfant de l'historien 
briançonnais. 

LAURENT de Brlançon. 

Laurent de Briançon, jurisconsulte et poète, a été recteur 
deTUniversité de Valence en 1560, puis avocat au parlement 
de Grenoble où il acquit de la célébrité; déjà, il avait été 
premier consul de la ville de Grenoble en 1576. lia composé 
en patois de Grenoble de petits poèmes qui ont été grande- 
ment en vogue lors de leur publication. Ils sont à peu près 
introuvables aujourd'hui. 

Il y a divergence entre les biographes et bibliographes 
Dauphinois sur le lieu de naissance de Laurent de Brian- 
çon et sur ses liens de famille. 

Guy-Allard, à la suite d'une notice étendue sur la famille 
de Briançon, venue de la Tarentaise et fixée en Dauphiné 
depuis le xii« siècle, après Ténumération des personnages 
de cette famille ayant occupé un rang élevé dans l'Eglise, 
dans les armes, dans les ordres religieux, ajoute ceci : 



— 211 — 

« C'est de Laurent de Briançon, recteur de l'Université 
de Valence l'an 1560 et natif de (xrenoble, qui fut après, 
l'un des plus célèbres avocats de ce parlement, que nous 
tenons ces admirables et spirituels poèmes en langage du 
pays, intitulés : Lo batifel de la Gisen, c^est-à-dire le caquet 
de l'accouchée ; le banquet de le Faye, qui veut dire le 
festin ou le régal des fées, et la Vieutenanci du courtizan 
qui signifie le portrait des courtisans de son temps. 

« On tient quHl était bâtard de la maison de Briançon, » 

Cette dernière vague indication de Guy-Allard sur la 
famille de Laurent de Briançon donne peu de créance à 
celle sur le lieu de sa naissance. On peut, ce semble, tenir 
pour certain qu'il n'y a dans le passage ci-dessus qu'une de 
ces allégations aventurées dont Guy-Allard était coutu- 
mier. 

Il y a une présomption plus sérieuse en faveur de la 
thèse de la naissance à Grenoble dans le fait de la compo- 
sition des poèmes humoristiques de Laurent, en patois de 
Grenoble. Ce n'est là toutefois qu'une simple présomption 
qui peut être combattue. 

MM. Colomb deBastines et Jules Ollivier ont adopté la 
version de Guy-Allard. 

D'autre part, le curé Albert (Hist. du diocèse d'Embrun) 
et Ladoucette {Hist. des Hautes- Alpes), ne doutent pas que 
Laurent ne soit un nom patronymique et de Briançon un 
lieu d'indication de naissance. Le savant bibliothécaire de 
Grenoble, M. Edmond Maignien, partage cette opinion. Ses 
recherches sur la famille Savoisienne de Briançon tixée 
dans le Dauphiné et l'absence du nom de Laurent dans la 
généalogie de cette famille l'ont confirmé dans cette pensée. 

Moréri dans son Dictionnaire historique énumère les 
hommes notables de la famille de Briançon et ne fait aucune 
mention de Laurent. 

M. de Terrebasse m'a dit un jour en présence de H. Gariel, 
qui n'y contredisait pas, qu'il croyait à l'origine briançon- 
naise de Laurent de Briançon. 

Adolphe Rochas, après avoir constaté la divergence des 
opinions entre Guy-Allard et le curé Albert, ajoute sage- 



— 212 — 

ment qu'en l'absence de documents plus certains, il est 
impossible de concilier ces deux opinions contradictoires : 
On peut donc dire : Adhuc $ub judice lis est, 

MARITAN Claude. 

Claude Maritan, est né à Névache, le 9 février 1806. Il 
était le fils de Claude Maritan et de Catherine Pascallet, 
propriétaires cultivateurs de cette commune. 

Il fît ses premières études à l'humble école primaire de 
Névache. En 1820, il entra au petit séminaire d'Embrun, il 
y resta trois ans et il obtint les plus brillants succès; il passa 
un an encore au collège des Jésuites à Forcalquier, entra 
au grand séminaire de Gap, y fit ses études théologiques et 
de là fut nommé professeur au petit séminaire d'Embrun. 
Il avait là, la table, le logement et 300 fr. d'émoluments. 

Le colonel du génie Izoard, qui avait entendu parler de 
l'instruction et de la remarquable intelligence du jeune 
professeur, l'invita à sa table. « Combien gagnez-vous par 
an?» demanda le colonel à Maritan. — « 300 francs», répondit- 
il.— «Je vous offre 2,000 fr. par an, la table et le logement, dit 
le colonel, sivousvoulezêtrele précepteur de mes deux fils. » 
Maritan accepta avec empressement. Le chiffre de ses 
émoluments fut au même moment porté à 3,000 fr. par 
l'adjonction d'un troisième élève, fils de M. Bontoux, prési- 
dent du tribunal d'Embrun. Dès lors Maritan quitta la sou- 
tane et refusa absolument d'embrasser l'état ecclésiastique, 
malgré les instances qui lui furent faites. 

En 1833, il est professeur à Grenoble dans l'institution de 
plein exercice dirigé par M. Froussart. C'était, me disait 
mon ami Emile Leborgne, qui avait été son élève, le plus 
brillant professeur de l'institution. Son ami Pascal^ de 
Névache, était professeur aussi dans la même pension. 

A la fin de l'année 1836, Maritan se rendit à Paris. Il y 
donna des leçons de littérature et de langues anciennes. Il 
donna des leçons de latin, en 1837, aux deux filles du comte 
d'Appony, ambassadeur dAutriche. Il publia l'année sui- 
vante, son livre sur l'étude du latin en général et par les 
femmes en particulier. Cet écrit est d'un style ferme et 



— 213 — 

clair. C'est l'œuvre d'un esprit indépendant, novateur, d'un 
homme savant, de morale pure et presque intransigeante. 

En 1843, Maritan se chargea de l'éducation des fils de 
M. le comte de Bondy. Son heureuse destinée le fixa au 
sein de cette famille où les sentiments élevés et généreux 
étaient de tradition et se révéleraient au besoin par ce seul 
fait de la délicate hospitalité exercée envers le professeur 
qui s'était montré digne d'une telle adoption. 

« M. Maritan, notre excellent ami, est mort à Paris chez 
mon père, le comte de Bondy, le 15 février 1883, emportant 
les respects et l'estime de toute notre famille dans laquelle 
il avait passé la plus grande partie de son existence, com- 
me précepteur d'abord de mon frère et le mien et ensuite 
comme ami. » (Lettre de M. le vicomte Ollivier de Bondy 
du 23 juin 1886.) 

Quel bel éloge de Maritan ! Quel bel éloge aussi de la 
famille de Bondy ! 

Par son testament, aux minutes de M« Segond, notaire à 
Paris, Maritan a légué au bureau de bienfaisance de Néva- 
che, la somme de 2,000 fr. et pareille somme à l'Eglise. 

BIBLIOGRAPHIE 

Les Jésuites dévoilés à leurs amis et à leurs ennemis 
(par G. Maritan de Névache.) Lyon, Guyot, 1829, in-8°, 
119 p. 

De l'étude du latin en général et par les femmes en par- 
ticulier. Diverses méthodes d'enseignement, par G. Maritan. 
— Paris, chez l'auteur, rue de TUniversité, 42, et chez 
Delaunay, 1838, in-8o, 64 p. 

Nouveau cours de géographie moderne, 1839, in-12 (en 
collaboration avec J.-F. Queyras). 

Géographie ancienne et du moyen-âge présentant les 
réponses aux questions du baccalauréat es lettres. Paris, 
Eug. Belin, 1848, in-12 (en collaboration avec J.-F. Queyras). 

MORAND Jean -Antoine. 

.Jean-Antoine Morand est né à Briançon, le 10 novembre 
1727. Sa famille, venue de longue date de la Vallouise, 



— 214 — 

comptait dans le passé de nombreux hommes d'affaires, 
avocats, procureurs, magistrats membres du bailliage, et a 
continué, à Briançon, dans le choix d'une carrière, les mê- 
mes traditions, jusque dans les premières années de ce 
siècle ; son père, Etienne Morand, son oncle, Edme-Charles 
Morand, étaient l'un et Fautre avocats au parlement, exer- 
çant près le bailliage de Briançon. Naturel et vif fut le désir 
des parents du jeune Morand de le voir embrasser la pro- 
fession qu'ils exerçaient eux-mêmes et qu'ils considéraient 
sans doute comme aussi lucrative qu'honorable. Mais ils 
rencontrèrent dans les goûts et les dispositions natives de 
l'enfant une opiniâtre résistance à leur volonté, signe d'une 
vocation déterminée. Il se sentait irrésistiblement entraîné 
vers les arts. 

Pour se soustraire à l'obsession de sa famille, il quitta 
furtivement la maison paternelle et se rendit à Lyon où il 
se mit avec ardeur à l'étude du dessin, travailleur infati- 
gable et s'assimilant rapidement la pensée et les procédés 
des grands modèles. Il se fit bientôt connaître par des tra- 
vaux qui témoignaient de ses rares aptitudes pour la déco- 
ration et l'architecture. 

La réputation de Servandoni était alors universelle. 
Morand quitta Lyon où sa famille continuait à violenter ses 
volontés et se rendit à Paris pour y apprendre, sous le 
célèbre artiste, la perspective et la décoration. Il revint 
ensuite à Lyon où il se fixa définitivement. 

La ville de Lyon avait résolu de construire sur l'empla- 
cement des jardins de l'Hôtel-de- Ville une salle de spectacle. 
On s'adressa au grand architecte Soufïïot, qui consentit à 
dresser les plans du théâtre projeté mais se refusa à en 
faire exécuter lui-même les travaux, retenu qu'il était à 
Paris par d'autres occupations. Avec l'assentiment de la 
ville de Lyon, il désigna pour cette tâche difficile Morand 
dont il connaissait le talent et Tactivité. 

Cette œuvre fut conduite avec autant de célérité que 
d'art. Le théâtre lut achevé en 1757 et mit en relief la supé- 
rieure habileté de l'architecte. La décoration tant extérieure 
qu'intérieure appartenait en entier à Morand. 



— 215 — 

« Parmi les peintures dont il décora le théâtre, dit 
M. Martin-Daussigny, l'un de ses biographes, on admira 
surtout le rideau d'avant-scène, peint à détrempe par 
Morand lui-même et représentant les noces d'Amphitrite 
amenée à Neptune, dans son palais, sur un char formé 
d'une coquille et traînée sur les eaux par deux dauphins. 
Cette peinture, d'une très grande dimension, démontra tout 
le talent artistique de Morand et prouva combien il avait 
profité des leçons de Servandoni. Ce dernier travail, loué 
de la ville entière, porta au comble la renommée du jeune 
architecte. » 

Le théâtre, œuvre de Soufflet et de Morand, a subsisté 
jusqu'en 1826. 

La réputation de Morand s'était étendue au loin. La ville 
de Parme l'appela en 1759 pour y construire un théâtre à 
machines et y dessiner divers groupes décoratifs, le tout en 
vue des fêtes projetées à l'occasion du mariage de l'archi- 
duchesse de Parme avec l'archiduc Joseph d'Autriche, 
devenu peu après empereur. 

Dans ces travaux artistiques divers, Morand réussit au 
delà des espérances de la ville de Parme et s'attira la 
jalousie des artistes italiens. 

De Parme, Morand se rendit à Rome où il étudia les chefs- 
d'œuvre de l'architecture antique. Son savoir et ses goûts 
artistiques déjà si remarquables s'élargirent encore à cette 
étude, à ces contemplations si fortement suggestives. Il 
regagna Lyon où l'appelaient de nouveaux et importants 
travaux. La ville, enrichie par le commerce, s'étendait vers 
la rive droite du Rhône et s'embellissait. On décida les 
constructions du quai Saint-Clair, malgré l'opposition de 
M. Tholosan (Briançonnais d'origine) et d'autres riches pro- 
priétaires qui redoutaient de voir les nouvelles construc- 
tions obstruer la vue superbe dont ils jouissaient sur le 
fleuve et sa rive gauche. Malgré cette opposition, le projet 
reçut exécution, et Morand fut chargé de la direction de ces 
travaux. 

Mais l'extension de la ville devant fatalement suivre le 
nombre toujours croissant de sa population, il fallait 



— 216 — 

enjamber le Rhône et diriger vers les Brotteaux, Tagran- 
dissement de la ville. Pour la réalisation d'une telle entre- 
prise, qui était dans la pensée de tous, un pont partant de 
l'Hôtel-de-Ville.. reliant les deux rives du Rhône, devenait 
d'une indispensable nécessité. La dépense faisait reculer le 
Conseil de ville. 

Après bien des tâtonnements et des essais infructueux 
pour diriger vers Perrache l'assiette de populeux quartiers, 
Topinion publique se rallia à la pensée de Morand qui dès 
l'abord avait signalé les Brotteaux comme devant être 
l'agrandissement normal de la ville et qui avait démontré 
la nécessité de la construction du pont partant de l'Hôtel- 
de-Ville. 

La dépense d'un pont de pierre effrayait le Conseil de la 
ville et les spéculateurs. Morand proposa la construction 
d'un pont en bois^ ce qui réduisait la dépense des deux 
tiers. 

« Ingénieurs et architectes se récrièrent^ dit M. Martin- 
Daussigny, affirmant qu'un pont de bois sur un fleuve 
aussi large et aussi rapide que le Rhône était impossible, 
et que si on parvenait à l'établir, il serait emporté à la 
première crue du fleuve. Morand répliquait que ses piles 
n'offrant aucune résistance au courant de l'eau, n'en se- 
raient point ébranlées, et' que d'ailleurs, en y établissant 
des éperons en amont afin de briser les lames^ la solidité de 
sa construction n'en recevrait aucune atteinte. La seule qui 
pourrait y causer quelque dommage serait un grand 
bateau venant se jeter en travers et offrant alors une large 
prise au courant, une arche pourrait être emportée. Mais 
encore ce dommage ne pouvant être que partiel, puisque 
toutes les arches étaient indépendantes les unes des autres, 
il serait facile de le réparer. » (C'est ce qui arriva en 1822 
ainsi que Morand l'avait prévu.) 

Les arguments de Morand l'emportèrent sur les alléga- 
tions et récriminations des adversaires de son projet. Une 
société se forma, la construction du pont fut résolue. Elle 
fat achevée au bout de 3 ans. Le pont fut assis sur 17 arches 
mesurant 14 mètres de largeur sur 213 de longueur. 



— 217 — 

Morand eut l'approbation compétente de l'Ecole des ponts 
et chaussées. Son nom acquit un degré de plus de célébrité. 
Le comte de Lille, depuis Louis XVIII, passant à Lyon en 1775 
décora Morand du cordon de Saint-Michel. 

Le pont Morand était la gloire de la charpente, à tel point 
que dans une vieille chanson de compagnonnage on célé- 
brait les gloires de l'œuvre de Morand dans ce refrain 
naïf : 

Vous y verrez le pont Morand 
Bâti si adroitement. 

Le pont Morand qui ne devait avoir, au dire des détrac- 
teurs de la première heure, qu'une éphémère existence a 
duré un siècle. Il n'a pas succombé sous le trait du temps 
ni sous les assauts du fleuve. Il a été démoli. 

La fQrtune avait longtemps souri à Morand. Vinrent les 
jours malheureux. Pendant le siège de Lyon en 1793, Mo- 
rand défendit le pont qui avait été son œuvre capitale. 
Jour et nuit, il veillait sur lui et il parvint à force d'art et 
de mesures habiles, à détourner les brûlots et les machines 
infernales employés par Dubois-Grancé pour le détruire. 
Pendant tout le siège, il s'était employé de tout soi) génie et 
de toute son activité à la défense de la ville. Il paya de sa 
tète ce dévouement. Il fut proscrit et mourut sur l'échafaud 
le 24 janvier 1794. 

Le fils de Morand, Antoine Morand de Jouffrev, et son 
petit-fils aîné Jean-Jacques Morand de Jouffrey, rentrèrent 
dans la carrière de leurs ancêtres briançonnais. Le pre- 
mier fut conseiller à la Cour royale de Lyon. Le second a 
été procureur général à Douai et successivement à Gre- 
noble. 

BIBLIOGRAPHIE 

L'art d'exploiter les mines de charbon déterre. S. L. 1768. 
Trois parties en un volume in-f®, nombreuses planches par 
Morand. (Attribution à vérifier.) 



- 218 — 

MOTTET Daniel. 

Daniel Mottet était, au xiv« siècle, notaire à Briançon. Il 
avait d'importantes possessions soit dans la ville soit dans 
la communauté du Monêtier. Il avait acquis, sans doute 
par sa valeur personnelle, une grande considération. Il fut 
témoin dans l'acte de la grande transaction du 29 mai 1343. 

A la suite des témoins du Dauphin, tous gens qualifiés 
(prœsentibus jurisperitis consiliariis dicti domini Dalphini) 
sont inscrits les noms de deux témoins Briançonnais : Daniele 
Motheti notario de Brianzonio et Durando Groseti, de Qua- 
dracio (du Queyras). 

Cette participation comme témoin à l'acte le plus solen- 
nel, le plus mémorable de la vie civile et politique du Brian- 
çonnais, atteste la réputation acquise par Mottet soit à 
Briançon soit à la cour du Dauphin. 

Gomme traits de mœurs du xiv« siècle, nous reproduisons 
ici les termes du testament de Daniel Mottet. Ils sont rap- 
portés dans Tinventaire de la Cour des comptes (au registre 
de rébus nobilibus ballivâtus Brianzonii) testament du 
19 septembre 1348, « par lequel le dit du Motet fonde une cha- 
pelle dans réglise de Saint-Nicolas de Briançon sous le voca- 
ble du Saint-Esprit, à l'honneur de Dieu et de la B. H. Vierge 
Marie et donne un calice d'argent et tous les ornements 
nécessaires pour le service divin, pour la dotation de laquelle 
il donne 28 septiers seigle, six septiers et une éminée fro- 
ment, 21 septiers avoine de Censé, ensemble tous les mou- 
tons qui lui appartenaient pour droits de pasquerages, 
les quelles rentes, il percevait dans la paroisse du Monêtier, 
plus une maison, cellier, granges, étables situés dans le 
bourg de Briançon, joignant la maison de François Allois, 
se réservant le droit de patronage et à ses successeurs et 
plus proches et qu'aucun ne puisse être nommé recteur de 
ladite chapelle s'il n^est in sacris et à la charge de célébrer 
ou faire célébrer tous les jours la messe. » 

Dans les vieux cadastres de la ville de Briançon on trouve 
mentionné : Campus motteti (plus tard champ Mottet). 



— 219 — 

MOTTET Jean. 

Jean Mottet. Jésuite, est né à Briançon en 1590. « Il pro- 
fessa longtemps les belles lettres, dit Ad. Rochas, et se livra 
aussi à la prédication. Nommé recteur du collège de Dijon, 
il assista, avec droit de suffrage, au dixième chapitre général 
tenu à Rome. Il fut ensuite provincial de Champagne et 
mourut dans la maison des Jésuites de Pont- à-Mousson, en 
Lorraine, le 15 décembre 1662. » 

BIBLIOGRAPHIE. 

Combat d'honneur concerté par les quatre éléments sur 
l'heureuse entrée de M™« la Duchesse de Lavalette en la 
ville de Metz, ensemble la réjouissance publique concertée 
par les habitants de la ville et du pays sur le même sujet. 
Metz, 1654, in-f«» fîg. 

Un autre Jean Mottet appartenant peut-être à la même 
famille et Briançonnais aussi assista aux états de Tours 
en 1483. 

PONGET, médecin. 

Marcellin Fornier signale parmi les hommes remarqua- 
bles du Briançonnais^ les deux médecins Poncet et Ar- 
douyn (1535) : 

« Les œuvres de Poncet, dit-il, sur le subject des poi- 
sons, accusé au commencement des disquisitions magiques 
du très savant del Rio, ont reçu quelques censures pour 
cause du subject qui ne sera jamais assez ignoré. Il ne 
laissera néanmoins d'avoir toute la réputation d'un homme 
accompli en la cognoissance de la nature et nommément 
en sa profession. » 

Nous avons vainement recherché dans Brunet, dans 
Quérard, etc., le nom et les titres des écrits de Poncet. 
Quant à del Rio {disquisitionum magicarum libra sex, 
Lugduni, 1612), il se borne à ces simples paroles : Ponceti 
et Ardoini libri de venenis legendi non videntur nisi a 
medicis conscientiœ timoratœ ac piœ, cœteris ea leciio in- 
tuta (p. 5, chap. 3, 9, 1). — S'agit-il bien des deux médecins 



— f» — 

bnantrcGSjis Poucet « Ardoin ? Marcellin Fornier Taf- 
rirai»;. 

Aiasi l«f3 •?cr:!:5 ziii s^fnblent perdus aujourd'hui avaient 
cr-Jki^ au\ pocsoos. :ivec an peu de magie sans doute, car 
deL Rio mes Les deux siédecios au nombre des auteurs qui 
onî îrAiîê de "u,;:À nar-i-iii <eu phtj<ica summaria brema, 

PRAT François. 

Fran^^-ois Prat est né au Val-des-Prés. vers 1734. Intelli- 
swnt et actif, il songea de bonne heure à chercher au de- 
hors, dans ie commerce, un emploi fructueux de ses facui- 
tes. En IT.^C. il se rendit, étant encore très jeune, à Gênes 
où étaient fixés déjà quelques-uns de ses compatriotes, et 
il entra dans le commerce. Son intelligence, sa sagacité, 
son activité et les habitudes d'économie qull devait à 
l'éducation de la maison paternelle, assurèrent rapidement 
à Fran«,>[)is Prat. et presque au delà de ses espérances, une 
fortune très considérable. Il sut user noblement de la ri- 
chesse. Si le soin de sa fortune le tixait à Gênes, le souve- 
nir de sa gracieuse vallée natale hantait toujours sa pen- 
sée et quelque nostalgie était le correctif de la satisfaction 
que lui donnait le succès de ses opérations commerciales. 
Aussi le négociant abandonnait-il de temps en temps à ses 
employés le soin des affaires pour revenir au pays où, sur 
les bords charmants de la Glarée, se réveillaient les sou- 
venirs de son enfance et s'avivaient les plus douces émo- 
tions. Il avait si bien gardé l'amour du pays qu'en 1784, il 
accepta les fonctions de consul de la communauté de 
Montgenèvre (le Val-des-Prés faisait partie à cette époque 
de cette communauté). Mais c'est à la Révolution et devant 
les menaces de l'invasion étrangère que s'affirma Tardent 
patriolism(^ do Prat. Dans les dons présentés à T Assemblée 
nationale, celui de Prat fut de .3,000 fr. 

Dans un moment où l'armée d'Italie éprouvait les plus 
^rrands brsoinH, Prat fait présent à ses compatriotes de 
400 pairos de souliers. Il engage, dans les termes les plus 
proHsants, tous les Français résidant à Gènes à faire un 



— 221 — 

semblable don. La Convention nationale décréta la men- 
tion honorable et l'insertion au bulletin, du don des négo- 
ciants français établis à Gènes. 

En Tan ii, le département des Hautes-Alpes et celui de 
risère manq uaient de subsistances. Il prête 100,000 francs 
aux deux départements et déclare qu'il ne veut point d'in- 
térêts de cette somme. 

Au mois de mai 1790, les habitants de treize municipa- 
lités du Briançonnais, réunis en assemblée générale, sen- 
tant la nécessité de se défendre dans un danger commun, 
et les diflicultés de leur position sur la frontière, organisent 
une garde nationale ; à l'unanimité, ils élisent François 
Prat pour leur colonel. Il assista, en cette qualité, à la fé- 
dération générale de 1790. Il habilla à ses frais 700 de ses 
compatriotes qui étaient hors d'état de faire face aux dé- 
penses de leur uniforme. 

Le soin de ses affaires commerciales réclamait impérieu- 
sement la présence à Gênes et la direction du généreux colo- 
nel. Il donne sa démission et l'annonce, le 15 mars 1791, aux 
treize communautés du Briançonnais dans les termes sui- 
vants : «Ce n'est point une froide indifférence pour ma patrie 
qui m'inspire ; arraché de son sein par les affaires de mon 
commerce, je vis et je respire pour elle. Quoique je sois 
éloigné de cinquante lieues, mon cœur se fait toujours 
gloire d'être au milieu des bons patriotes, dont je ne dé- 
mentirai jamais la qualité puisqu'elle est gravée dans mon 
cœur. » 

En 1784, François Prat fît construire au Val-des-Prés 
une maison spacieuse et commode. Il caressait le rêve de 
céder son commerce à ses enfants et de s'y retirer. Cette 
maison est encore, à ce jour, la plus belle habitation de la 
vallée de la Clarée. 

Atteint de maladie, François Prat espéra recouvrer la 
santé au sein de sa vallée natale. Il s'y rendit quoique très 
souffrant, mais ses jours étaient comptés. Il mourut au 
Val-des-Prés, le 3 octobre 1796. 

François Prat était un homme de remarquable intelli- 
gence. Il était grand et généreux; ardent patriote, il aimait 



.1 



— 222 — 

la France ; il adorait sa petite patrie briançonnaise. Son 
nom doit être honorablement classé dans le catalogue des 
Briançonnais dignes de mémoire. 

A consulter : 

Plaidoyer pour Elisabeth Prat, dame Reymond, contre 
Prat fils, 1808. 

RET Léoncie. 

M"« Léoncie Rey est née à Briançon, le 10 décembre 
1838. 

Son père, Guillaume Rey, notaire, avait de l'esprit et de 
la littérature. 

M^'« Léoncie Rey a publié des poésies. Les notes domi- 
nantes de son œuvre sont la ferveur religieuse et la déli- 
catesse des sentiments. 

Ses vers ne manquent ni de correction, ni d'élégance. 

Est-ce par estime pour nos fiers voisins d'Outre-Manche 
que M"« Rey a voulu anglicaniser son prénom? Nous 
croyons qu'il n'y a là qu'un pur enfantillage inspiré par la 
mode d'un jour. 

BIBLIOGRAPHIE 

Une fille de Gœcilius poème et roman chrétien, par 
M"« Léoncy Rey. Marseille, Gamoin, libraire, 1879, in-8°, 
194 p. 

Le premier bal, poésie par M"® Léoncy Rey (Extrait de 
la Revue de Marseille et de Provence), Marseille, 1873, in-8<>, 
4 p. 

L'Etoile, poésie (dans la Revue de Marseille et de Pro- 
vence). Janvier 1874, 5p.). 

RICHARD Marcellin. 

Marcellin Richard était, au commencement du xvi« siè- 
cle, curé de la paroisse de Puy-Saint-André. Il composa, en 
1512, le Mystère de Saint-André, qui fut représenté cette 
même année. Ce fut le vicaire de la paroisse, B. Ghancel, 



— 223 — 

qui présida aux répétitions et dirigea la représentation. 
« L'auteur de ce mystère, dit M. l'abbé Guillaume, le sa- 
vant archiviste des Hautes-Alpes (Société d'études des 
Hautes-Alpes, 1883) prend le titre de chapelain émérite ou 
mieux d'ancien chapelain, capellanus meritus. Très pro- 
bablement, cet ecclésiastique était originaire du Puy- 
Saint-André, petite commune du canton de Briançon, dans 
les archives de laquelle le manuscrit original de ce drame 
a été rencontré. Les familles portant le nom de Richard 
ont été et sont encore fort nombreuses au Puy-Saint- André 
et surtout au village de Puy-Saint-Pons qui, à cause de 
cette circonstance, a fini par s'appeler Puy-Richard.» (Loca- 
lité la plus voisine de Puy-Saint-André, quoique apparte- 
nant à la commune de Puy-Saint-Pierre). 

BIBLIOGRAPHIE 

Le mystère de Saint-André par Marcellin Richard, 1512, 
découvert en 1878 et publié avec une introduction, etc., 
par l'abbé J. Fazy, curé de Lettret. Aix, 1883, in-8o, 146 p. 

RIGNON Jacques. 

Jacques Rignon, dit Merle, né vers le milieu du 
xviip siècle aux Albert, commune de Montgenèvre, s'était 
établi à Gandia (gouvernement de Valence, Espagne) 
et y avait fait un commerce lucratif. Par testament reçu 
Py, notaire à Gandia, du 6 septembre 1806, il légua à Thos- 
pice du Montgenèvre 1500 piastres espagnoles. Le montant 
de ce legs, réalisé à 6,000 francs, ne fut acquitté définitive- 
ment qu'en 1831, par suite de l'opposition de l'un des héri- 
tiers. (Histoire de l'établissement du Mont-Genèvre, par 
l'abbé Aucel; manuscrit en ma possession.) 

RIGNON Jean- Antoine. 

Jean-Antoine Rignon est né aux Albert, commune du 
Montgenèvre, le 15 mars 1775. 

Il entra au service militaire dans les guides à pied de 
l'armée des Alpes le 20 avril 1793. Il était lieutenant dans 



— 224 — 

les chasseurs à pied de la garde consulaire le 1«' vendé- 
miaire an xi; le 5 ventôse an xii, capitaine dans le corps des 
vélites et chef de bataillon dans la garde impériale, le 
24 juin 1811. Le 7 août 1814, il était colonel et commandait 
le 47« de ligne. 

Il fut tué à Waterloo, le 18 juin 1815. Rignon avait été 
blessé à Marengo. C'était un vaillant militaire, digne frère 
d'armes de ses compatriotes les deux Ghapuzet, les Golom- 
ban, les Claude Finat, les deux Caire et autres officiers 
supérieurs Briançonnais ayant presque tous, ainsi que le 
général de division Jean-Baptiste Albert, débuté dans la 
carrière militaire, dans les guides à pied de l'armée des 
Alpes. Il était officier de la Légion d'honneur, chevalier de 
la Couronne de fer et baron de l'Empire. 

Son fils Emile - Nicolas - Victor est devenu lui aussi 
colonel d'infanterie. 

La succession de la fille de ce dernier, décédée sans 
héritiers directs et sans proches collatéraux, fut dévolue à 
des parents du Val-des-Prés et des Albert, héritiers au 
degré successible, qui furent aussi surpris que charmés de 
cette aubaine inattendue. Mais l'un d'eux, le sieur R..., 
ferblantier à Briançon, qui avait fondé sur le chiffre proba- 
ble de la part lui revenant les plus folles espérances et déçu 
dans son rêve de grandeur, par le résultat du partage, 
atteint du délire de la persécution, coupa la gorge à sa 
femme, dans un accès de folie furieuse, et alla se précipi- 
ter dans la Durance du haut du pont Asfeld. Ce drame 
épouvantable a eu lieu en 1889. 

RIGNON Nicolas. 

Rignon Nicolas est né aux Albert, commune du Montge- 
nèvre le 7 décembre 1773. 

Il entra au service militaire le 1«' pluviôse an m dans le 
bataillon des chasseurs des Hautes-Alpes. Un moment 
prisonnier de guerre et rentré en France, il entra au ser- 
vice de l'Italie (ordre du gouvernement français) dans les 
dragons cisalpins formés à Bourg-en-Bresse le 20 ventôse 
an viii. 



— 225 — 

Dans ce corps^ Nicolas Rignon fît bravement son devoir. 
Il fut nommé capitaine le 6 septembre 1813. Il prit part, 
depuis Tan m jusqu'au 30 juillet 1814, à toutes les grandes 
guerres. Il avait enlevé un jour une pièce de canon à l'en- 
nemi. Il fut blessé le 30 octobre 1813 d'un coup de feu au 
flanc droit. 

Il était chevalier de la Couronne de fer. Dans les dragons 
cisalpins^ il portait le nom de Rignoni. 

En 1830, sa pension de retraite qui avait été fixée en 1818 
au chiffre dérisoire de 625 fr. fut révisée. 

On ignore l'époque de son décès. 

Nous n'avons pu nous assurer s'il était aussi des bords 
de la Glarée cet autre Rignon, lieutenant de dragons, admiré 
dans nos armées d'Espagne et de Portugal pour son héroï- 
que bravoure. {Victoires et conquêtes, t. 21). Il est mort 
glorieusement en 1809 sous les plis du drapeau français 
aventuré, dans la noble péninsule, pour une cause déshon- 
néte, inspiration d'une insatiable ambition, dynastique 
flétrie par l'histoire. 

ROSTOLLAN Claude (le général). 

Claude Rostollan est né à Névache, le 23 mai 1762, fils de 
Laurent et de Catherine Rolland. 

L'acte de baptême porte que Laurent Rostollan était 
absent de la paroisse au moment de la naissance de son 
fils. Il était marchand colporteur comme beaucoup de ses 
compatriotes qui, partis de la vallée de la Clarée avec le 
fonds de première mise le plus chétif, ont fondé en Espa- 
gne et en Italie d'importantes maisons de commerce. 

Le jeune Rostollan débuta dans la vie en continuant les 
modestes errements de l'industrie paternelle. Mais bientôt, 
répugnant à ces occupations, il s'enrôla en 1783 dans le 
régiment de Toul artillerie. Il demeura huit années dans le 
grade subalterne de sous-ofïicier; mais il allait, comme 
nombre de militaires de cette époque, arriver rapidement 
à un grade élevé. Sous-lieutenant, le 16 mars 1791, dans la 
garde nationale soldée de Paris, il fut nommé capitaine, le 
25 novembre 1792, dans le premier bataillon de la Creuse. 

15 



- -226 — 

Après avoir assisté au blocus de Thion ville, il prit part à 
tous les combats qui eurent lieu dans les Ardennes en 1793. 
Elevé au grade d'adjudant général provisoire, le 13 bru- 
maire an II, il fit de nouveau remarquer ses talents mili- 
taires aux combats de Philippeville, de Boussu, à la prise 
de Thuin, à la reprise de Landrecies, de Valenciennes et du 
Quesnoy où il commandait la tête de tranchée de droite. 
Confirmé dans le grade d'adjudant général, chef de brigade 
le 25 prairial an m, ce fut lui qui, à la tête de l'avant-garde 
du général Marceau, enleva avec deux escadrons, à la 
bataille dç Sprinont, une compagnie d'artillerie légère 
avec ses pièces qu'il dirigea contre les Autrichiens et qu'il 
fit servir par leurs propres canonniers. 

L'afYaire de Duren sur la Roër, le combat qui eut lieu 
dans les plaines de Bologne, le blocus de Mayence et la 
journée de Platten lui olïrirent de nouvelles occasions de 
déployer sa valeur. Envoyé en Hollande, le 7 ventôse an vu, 
ilsoutintàlabataille de Bergen, pendant quatre heures, avec 
trois bataillons et deux escadrons, les efîortsdun corps d*ar- 
méerusse fort de quinze bataillons,et ne seretiraque lorsqu'il 
eût acquis la certitude que l'armée française était prête à 
recevoir l'ennemi. En récompense de cet éclatant fait d'ar- 
mes, le général Brune l'investit des fonctions de chef de son 
état-major. 11 servit en cette qualité à tous les combats qui 
eurent lieu jusqu'à la capitulation du duc d'York au mois de 
frimaire an viii. Il fut ensuite envoyé auprès du général Au- 
gereau comme chef d'état-major avec un corps de troupes gal- 
lobataves pour appuyer la gauche de l'armée du Danube. 
Après avoir exercé plusieurs commandements à l'inté- 
rieur, il fut envoyé le 29 floréal an xiii dans le département 
de la Doire, et fut nommé chef d'état-major de l'armée des 
Côtes le 25 fructidor. Il servit sous les ordres du maréchal 
Brune à l.'i grande armée. En 1809, il fut chef d'état-major 
du corps de troupes rassemblées sur l'Escaut. 

Le 9 septembre 1812, Rostollan se rendit par ordre du 
gouvernement à Corée, île des Pays-Bas, près l'embou- 
chure de la Meuse. Il fut fait prisonnier de guerre en 1814, 
rentra en France au mois de mai et fut appelé le 4 juin à 



0O7 

commander le département des Hautes - Alpes. (Voir : 
Fastes de la Légion d'honneur, t. 3, p. 529 et suiv.) 

A la rentrée de l'Ile d'Elbe, et à l'arrivée de la petite 
troupe de Napoléon à Gap, Rostollan, convaincu qu'il ne 
pouvait compter sur l'obéissance des soldats sous ses 
ordres et constatant l'enthousiasme des populations rurales 
pour rhomme extraordinaire qui les avait pourtant si bien 
et si longtemps décimées, Rostollan se retira à Embrun. 
Les événements se précipitaient. Napoléon avait ressaisi 
le pouvoir. Les alliés faisaient de nouveau mouvoir vers la 
France leurs formidables armées. Rostollan crut de son 
devoir de mettre son épée au service de sa patrie. Il se 
rendit à Paris, et reçut le commandement d'une brigade 
sous les ordres du général de division Tareyre. 

Au retour des Bourbons, Rostollan fut mis à la retraite 
le 4 septembre 1815. Il se retira à Passy, où il mourut le 
11 janvier 1846. Il était commandant de la Légion d'hon- 
neur. 

Un officier supérieur, dans une lettre qu il m'écrivait le 
29 juillet 1889, s'exprimait ainsi au sujet du général Rostol- 
lan : « Lors de la rentrée de Napoléon de l'Ile d'Elbe, il 
commandait à Gap et il s'est retiré à Embrun. Sa conduite 
m'a paru fort équivoque et il a cherché à en tirer parti 
auprès de Napoléon d'abord et ensuite auprès des Bour- 
bons. » 

D'autres lui ont reproché, ainsi qu'à d'autres généraux, 
d'avoir trahi le serment prêté en 1814 à Louis XVIII. 

Ces reproches et ces sévères appréciations me parais- 
sent injustes. 

Il y a serments et serments ! I 

Il en est un supérieur à tous les autres, primordial, 
immanent, non écrit, mais gravé en indélébiles caractères 
en toute âme de ferme droiture. C'est celui de servir sa 
patrie, de combattre pour elle envers et contre tous. Tous 
autres serments qui impliquent la violation de celui-là ne 
sont pas tenables, ne sont que formule vaine, car leur 
observation peut être dans certains cas un crime de lèse- 
patrie. 



C'est au regard de cette vérité qu'il faut juger la conduite 
des généraux et des fonctionnaires de tous ordres, qui, 
déliés de tous devoirs envers un roi qui avait fui à l'étran- 
ger, estimèrent que le devoir suprême était de combattre 
pour la France menacée d'une seconde invasion. Qu'im- 
portent d'ailleurs, quelques paroles prononcées à ces heures 
troublantes où le vœu de la nation était incertain, où ses 
destinées tenaient à un fil, où l'on se demandait où serait 
le salut de la patrie ! I 

Les Briançonnais ont toujours repoussé pour leur com- 
patriote le reproche de duplicité. Ils ont gardé leur estime 
au général Rostollan, à ce fils du Briançonnais qui, né dans 
une humble famille, au sein des populations rurales, ne dut 
son élévation qu'à son mérite et à sa bravoure. 

On a cité quelquefois, Ladoucette entre autres, comme 
étant de Névache et appartenant à la famille du général 
Rostollan, un autre général du même nom, qui a été gou- 
verneur des Antilles françaises. C'est une erreur. Le géné- 
ral Louis de Rostollan estnéàAix(Bouches-du-Rhône), le 
21 juillet 1791. Il était étranger à la famille de son 
homonyme. 

ROUX-LAGROiX Jean-Antoine. 

La famille Roux-Lacroix était représentée à Briançon, 
dans la seconde moitié du xvi° siècle, par Michel Roux- 
Lacroix, docteur-médecin, et par Jean Roux-Lacroix, avo- 
cat. 

Michel Roux-Lacroix avait épousé Magdeleine Prat, 
sœur de Jean Prat, seigneur de la Bâtie-des-Vignaux, 
lieutenant particulier au bailliage et qui fut anobli par 
Louis XIV. 

Michel Roux-Lacroix eut de nombreux enfants parmi 
lesquels Jean-Antoine, qui naquit à Briançon le 13 febvrier 
1673, et qui eut pour parrain son oncle maternel, Jean Prat. 

Jean- Antoine Roux- Lacroix devint avocat et président- 
juge des traites (ou fermes) au département des montagnes 
du Haut-Dauphiné, juridiction dont le siège était Brian- 
çon. 



- 229 - 

Jean- Antoine Roux-Lacroix fut premier consul de la ville 
de Briançon, en 1713 et 1725. 

M. Fauché-Prunelle rappelle, dans un article publié 
dans le Bulletin de VAcadémie delphinale (1856-1860, 
p. 617 et suiv.), un usage en vigueur alors qu'avaient lieu 
les élections des consuls de la ville de Briançon : 

« Soit immédiatement après son installation, soit à la 
première séance qu'il présidait, le premier consul de Brian- 
çon adressait au corps municipal une allocution ou un dis- 
cours tant en son nom qu'en celui de ses collègues. » 

M. Fauché-Prunelle reproduit le texte de trois de ces 
discours prononcés par Jean- Antoine Roux-Lacroix, à 
l'occasion de son double consulat de 1713 et 1725. Ces dis- 
cours ne sont pas de simples allocutions. Ils sont d'une 
certaine étendue, nourris de faits et de réflexions portant 
principalement sur les franchises et libertés briançon- 
naises et leur influence sur l'orientation de l'administra- 
tion politique et municipale de la cité. 

« On y remarque, dit M. Fauché-Prunelle, parmi les 
exhortations adressées au Conseil municipal pour l'accom- 
plissement de ses devoirs, l'oslentation de montrer une 
certaine érudition historique pour relever l'éclat des fonc- 
tions consulaires. » 

Le second de ces discours fut prononcé à la fin de Tan- 
née consulaire de 1713, pour, dit l'orateur, « avant de dépo- 
ser le chaperon, donner à ses concitoyens des témoignages 
authentiques de sa reconnaissance. » Ajoutons que la ha- 
rangue de 1725 est bien supérieure aux deux autres pour 
la gravité des pensées et la correction du style. 

Ces discours avaient été donnés par l'arrière-petit-fils de 
Jean-Antoine Roux-Lacroix à M. Fauché-Prunelle qui rend 
un témoignage élogieux de la conduite des divers mem- 
bres de cette famille ayant exercé à Briançon des fonc- 
tions publiques. 

M. Fauché-Prunelle donne à tort à Jean-Antoine le titre 
de seigneur de la Bâtie-des-Vignaux ; ce fut son fils, 
(jeorges Roux-Lacroix, qui acquit cette lilliputienne sei- 
gneurie des sieurs Prat ou du Prat, ses oncles maternels. 



— 230 - 

ROUX-LACROIX Georges. 

Georges Roux-Lacroix, fils du précédent, est né le 5 sep- 
tembre 1710. Il eut pour parrain son parent, Georges du 
Prat, seigneur de la Bàtie-des-Vignaux, lieutenant parti- 
culier et subdélégué de llntendant. (Soit dit entre paren- 
thèses, la famille Prat avait ainsi nobilisé son nom patro- 
nymique. Elle était, ainsi que d'autres hobereaux de 
noblesse équivoque, assoifïé(î de distinctions et de privi- 
lèges.) 

Georges Roux-Lacroix, avocat, fut investi, comme son 
père, de la charge de président juge des traites du siège de 
Briançon. Comme son père encore, il fut, à plusieurs re- 
prises, premier consul de la ville de Briançon. 

Son consulat de 1758 fut marqué par Taccomplissement 
d'un service public dont l'objet était commun à toutes les 
communautés du Briançonnais. 

De temps immémorial, les Briançonnais commis à la 
défense de la frontière et qui, pour cette noble tâche, 
avaient montré vaillance et habileté stratégique, étaient 
exempts en fait, sinon en droit, du tirage à la milice. Au- 
cune difficulté à ce sujet ne s'élevait au sein de leurs mon- 
tagnes ; mais lors des émigrations hivernales des jeunes 
Briançonnais, soit comme peigneurs de chanvre, mailres 
d'école ou marchands ambulants, ils étaient souvent in- 
quiétés au dehors à raison de ce tirage auquel on voulait 
les soumettre. 

Les communautés brîançonnaises assemblées en e^car- 
ton nommèrent M« Georges Roux- Lacroix chargé de faire 
les démarches nécessaires pour obtenir de lautorité com- 
pétente un titre régulier d'exemption. 

Georges Roux-Lacroix s'acquitta de sa mission à la satis- 
faction de ses mandants. La requête qu'il présenta pour cet 
objet à l'intendant fut suivie d'ordonnance conforme qui 
donna force obligatoire au vieil usage. Cette ordonnanee 
est à la date du 23 juin 1758. Elle autorise les communau- 
tés à faire imprimer le texte de ses dispositions. 

Les certificats délivrés depuis par les consuls des com- 



- 231 - 

munautés aux jeunes émigrants relatant le texte protec- 
teur de l'ordonnance les mirent à l'abri de toutes vexa- 
tions. 

Dans la requête adressée à l'intendant, Roux-Lacroix se 
qualifie ainsi : Maître Georges Roux-Lacroix^ seigneur de la 
Bâtie-deS'Vignaux, conseiller du roi, président et juge des 
fermes au département des montagnes du Haut-Dauphiné, 
premier consul et député des communautés. 

En dehors de sa participation à la gestion des affaires de 
la ville et du Briançonnais^ ainsi que des occupations de 
sa charge, Roux-Lacroix conçut la louable pensée d'étudier 
la situation économique de son pays, ses ressources, ses 
besoins et d'en dresser la statistique. Ce labeur était dans 
sa compétence comme dans ses goûts; ses connaissances 
locales, ses relations étendues devaient lui permettre de 
conduire à bien une telle monographie. Il écrivit dont; une 
notice statistique estimable et qui peut être consultée avec 
fruit pour l'étude du Briançonnais au xviii* siècle. Elle 
porte la date de 1747. 

M. Joseph Roman, homme de vaste érudition, habile 
explorateur de bibliothèques et d'archives, dénicha un jour 
aux archives des affaires étrangères, le manuscrit de la 
statistique de Roux-Lacroix. Il le publia dans le Bulletin 
de la Société d'études des Hautes- Alpes, (Il y eut un 
tirage à part.) 

M. Roman a fait précéder cette publication de quelques 
réflexions sur sa valeur et sur le mérite relatif de l'auteur. 
« La statistique du Briançonnais que l'on va lire, dit-il, 
est l'œuvre d'un homme qui parle db uisu, qui sait ce qu'il 
dit et que Ton peut croire. Les renseignements qu'il donne 
sont précis : la population, les bêtes de somme et de bou- 
cherie, les forêts, le revenu en céréales, en foin, la princi- 
pale occupation des habitants, les principaux passages des 
montagnes, tous ces détails sont d'autant plus curieux à 
connaitre qu'on ne sait, pour la plupart, où les trouver au- 
jourd'hui. L'auteur y ajoule également quelques bribes 
d'histoire et ne se trompe pas trop souvent. » 

Roux-Lacroix eut des visées plus hautes. Il voulut écrire 



— 232 — 

l'histoire du Dauphiné. Résolution généreuse, mais impru- 
dente 1 Quel que fût le degré de culture intellectuelle de 
Roux-Lacroix, sa tentative ne pouvait aboutir. Il vivait 
confiné dans sa petite patrie briançonnaise, en dehors des 
indispensables ressources offertes par les bibliothèques 
publiques, par les archives de la province concentrées à 
Grenoble , privé de la consultation des chartes, des mono- 
graphies historiques, des travaux antérieurs ; dans ces 
conditions de limitation de ses recherches, le laborieux 
Briançonnais ne pouvait mener à bien un tel projet. Et ce- 
pendant, il se mit à Tœuvre. Mais les obstacles se dressè- 
rent insurmontables devant son labeur. Il dut Tabandon- 
ner. 

Fut-il rebuté dès l'abord par la lourdeur et les difficul- 
tés de sa tâche, comme on Ta dit? Se borna-t-il, comme le 
prétendit un jour le journal VAllobroge, à une mirobolante 
préface ? Non. Il n'en fut pas ainsi. Il était encouragé et 
flatté dans ses espérances par des parents influents, les 
Ghateau-Villard du Gapençais, par des amis tels que l'in- 
tendant du Dauphiné, De la Porte, et le comte de Glermont- 
Tonnerre. J^ai sous les yeux une lettre de ce dernier à 
Roux-Lacroix, à moi remise par Eugène Ghaper, lettre où 
respire la plus grande bienveillance, où se lit la promesse 
chaleureusement exprimée de sa protection pour l'œuvre 
en cours de préparation et pour l'auteur. La lettre prouve 
qu'une partie plus ou moins importante du travail de Roux- 
Lacroix avait été adressée au comte de Glermont-Tonnerre 
pour être soumise à son appréciation. 

« Si tôt mon retour â Grenoble, dit le puissant protecteur 
(lettre du 18 octobre 1770), je préviendrai M. Tintendant. 
J'ai lieu d'espérer que vous trouverai an luy (sic) tous les 
secours qui seront en son pouvoir. Il est mieux à même 
que qui que ce soit de juger le mérite et le fruit de votre 
entreprise. Homme en place, il la protégera; homme de 
lettres, il la chérira. La bienfaisance est son caractère; 
ainsi vous réunissez plus d'une prérogative autour de luy... 

« Vous pouvez continuer, Monsieur, de m'adresser suc- 
cessivement les portions de votre ouvrage. » 



- 233 - 

A quel point et pour quelle cause immédiate fut aban- 
donné le travail, c'est ce qu'il ne nous a pas été permis de 

savoir. 

La courageuse entreprise de Roux-Lacroix a été sévère- 
ment jugée. La raillerie s'est mise de la partie. L'œuvre 
projetée et l'auteur ont été rudement traités. 

Et cela est-il juste et bien séant? Est-il désirable d'en- 
traver par le dédain et le sarcasme ces essais d'une dé- 
centralisation littéraire qui aviverait partout les aspira- 
tions vers les hautes cultures intellectuelles ? 

Georges Roux-Lacroix fut, en somme, un citoyen digne 
de toute estime. Ainsi l'ont jugé les Briançonnais ses con- 
temporains. Il est mort à Briançon, le 7 janvier 1774. 

L'honorable famille Roux- Lacroix est, à ce jour, hono- 
rablement représentée par M. Paul Roux-Lacroix, receveur 
de l'enregistrement à Marseille, par M°*« Doumet, née 
Roux-Lacroix et sa nièce, M"« Adélaïde Roux-Lacroix, qui 
habitent Grenoble. 

BIBLIOGRAPHIE 

Statistique du Briançonnais en 1747, par Roux-Lacroix, 
juge des fermes du roi à Briançon, publiée par J. Roman, 
correspondant du ministère de l'instruction publique. 
Gap, 1892, in-8° 42 p. 

SILVESTRE Antoine. 

Antoine Silvestre est né à Briançon vers le milieu du 
xv« siècle. On ignore en quel lieu il fit ses études universitai- 
res. Tout porte à croire que son instruction commencée à 
Briançon fut poursuivie dans un centre de lumières plus 
favorisé et plus étendu. Jean de Launoy {Joanes Launoii), 
l'historien du collège de Navarre, nous apprend seulement 
qu'après avoir enseigné pendant sept ans les belles lettres 
au collège de Montaigu {mons-acutus), il devint professeur 
de théologie au collège de Navarre, adjoint d'abord au titu- 
laire de cette chaire, Ollivier le Lyonnais, et qu^en 1523 fut 
conféré à Silvestre le grade de licencié. A la suite, il fut 
nommé sous-dialecticien (hypodidasculus) et peu après 



- 234 - 

professeur en titre (didasculus). Il est l'auteur, au dire de 
de Launoy, de la seconde partie du livre de Guillaume, 
cvêque de Paris, et d'un abrégé de la vie de ce prélat* 

Antoine Silvestre est décédé vers 1525. Il a été enterré 
dans le cimetière du collège de Navarre. L'épitaphe gravée 
sur sa tombe est ainsi conçue : 

Mortalis genitus Silvesler morte dolenda 
Omnibus occubuit, sic fera fata Jubent : 
Cujus, si vitam, si morum ornamenta recurras, 
Haud unquam dignus qui moreretur, erat. 
Nec totus tamen interiit : sed parte sepulta, 
Pulchrius et fama vivit et ingenio. 
Vivus hic immensum per scripta déambulât orbem, 
Scripta quidem. 

En dehors de sa participation à la composition du livre 
de l'évèque Guillaume, on ne connaît pas les autres écrits 
de Silvestre. De Launoy croit qu'il avait écrit d'autres 
livres mais qu'il n'a pu les connaître. (A ha scripsisse docet 
ejus epitaphium, sed ad meani cognitionem minime perve- 
nerunt) (1). 

On peut, en dehors des lumières et des œuvres d'Antoine 
Silvestre, lui reconnaître un autre mérite. Il accueillit avec 
bonté le jeune Oronce Fine qui arrivait de Briançon à 
Paris riche d'espérances et court d'argent. Silvestre aida 
très efRcacement et très généreusement son jeune compa- 
triote de ses conseils et de sa bourse. Il le fit entrer au 
collège de Navarre pour terminer ses études, et postérieu- 
rement le fit admettre au nombre des professeurs de ce 
collège célèbre dont il était devenu le régent (primarius), 

BIBLIOGRAPHIE. 

La collaboration de Silvestre à l'œuvre de Guillaume 
d'Auvergne, évéque de Paris, ne saurait être mise en doute 
par la date de la publication de ce livre, mais elle implique 



(1) Joannis Launott, Navarrœ gymnasii Parisiensis, historia. 



— 235 — 

l'idée de la jeunesse du collaborateur lors de la concep- 
tion de l'œuvre. Le livre de ce prélat : Rethorica divina quo 
nulla utilior. dulcior ac devotior est, a été publié en 1483, 
in-4° goth. (Le plus ancien livre imprimé à Gand). La 
2« édition imprimée à Orléans en 1674 : Gitillelmi aloerni 
episcopi parisiensis opéra {aureliœ, 1674, 2 vol. in-f°). 

TANE (Marcellin), l'abbé. 

L'abbé Tane est né le 8 novembre 1745. à Névache, fils de 
Claude et de Marie Rostollan-Ghalvet. 

L'abbé Tanc ne m'était connu que par de vagues ouï-dire 
au milieu desquels l'allégation qu'il était le véritable au- 
teur de la Grammaire de Lhomond, dont le manuscrit lui 
avait été soustrait et publié par autrui. Un jour, je reçois 
de mon ami Victor Vincent, esprit et plume alertes malgré 
ses 75 ans, une brochure, son œuvre, portant ce simple 
titre : A propos de l'abbé Tane, souvenirs briançonnais. 

Je lis les pages avec curiosité d^abord, puis avec un inté- 
rêt qui va crescendo. J'y trouve non une simple ébauche, 
mais un portrait en pied de l'abbé Tane, physionomie 
arrêtée dans les traits fermes et doux qui révèlent une 
individualité supérieure et s'emparent de vive force de 
l'attention. 

Raison droite, large instruction, idées primesautières, 
facultés inventives, glissement de plein abandon sur la pente 
de l'altruisme, ascétisme dans le régime de la vie, tels sont, 
dans le tableau biographique, tracé par Vincent, les traits 
saillants de cette physionomie originale, figure de solitaire 
du désert humanisée par le sentiment relativement moderne 
de l'amour des pauvres, éclairée par l'amour de la science. 

Est-ce là, me disais-je, le portrait d'un homme ayant 
existé en chair et en os, de notre temps? Une forte dose de 
scepticisme avait un instant suspendu tout jugement sur la 
réalité des choses. N'y a-t-il là que de pures idéalités, rêve 
généreux du cœur de Vincent? Mais non. Ce récit n'est que 
la relation des dires très explicites d'hommes graves insus- 
ceptibles d'enthousiasme irréfléchi, anciens élèves de 
l'abbé Tane, parmi lesquels, M. Vincent père et J.-B. 



- 236 - 

Caire, ancien greffier du tribunal, mort nonagénaire. Ils ont 
marqué de l'estampille de l'authenticité les détails biogra- 
phiques publiés sur leur foi. Vincent déclare d'ailleurs 
n'être qu'un rapporteur fidèle, un sténographe des opinions 
souvent émises devant lui sur l'homme de mérite transcen- 
dant dont il retrace l'existence. 

On est donc non en face d'un être de raison, mais en 
présence d'une de ces âmes d'élite s'élevant à de grandes 
hauteurs morales, par leur propre virtualité, indépendam- 
ment des circonstances de temps, de milieu, d'événe- 
ments extérieurs. 

Ce qui frappe dans la direction morale de la vie de l'abbé 
Tane, c'est la constance de ses opinions, l'unité dans sa 
règle de vie, à travers les orages des révolutions, dans ces 
jours sombres où sont mises en question les croyances, 
jusque-là les assises des institutions sociales et politiques. 
Sans déviation de son labeur sincèrement philanthropique, 
l'abbé Tane continue à semer autour de lui, et autant qu'il 
est en lui, l'instruction, à prêcher la morale de parole et 
d'exemple, à dire, avec éloquence, la nécessité de l'assis- 
tance envers les déshérités du sort. 

Au mois de février 1791, l'abbé Tane était vicaire aux 
Guibertes (commune du Monêtier), et malade depuis deux 
mois. Il s'était cassé une jambe. Pour ce motif, il ne put 
pas prêter alors le serment civique, mais il le fît au Monê- 
tier, le 2 juin suivant, en présence du conseil général de la 
commune et des fidèles. Prêtre intelligent et austère , 
citoyen patriote, l'abbé Tane n'hésita pas à obéir aux lois 
de la nation dont il se déclara toujours le serviteur fidèle. 

Ce serment civique, il le renouvela à Névache, le 30 sep- 
tembre 1792, et ne le rétracta jamais. Il était, depuis un an 
environ, curé à Plampinet. Il signe, en cette qualité, le 
3 novembre 1791, un acte de décès dans les actes de l'Etat 
civil de cette localité. 

Etre curé à Plampinet, paroisse de 250 âmes, auxabords 
de sa vallée natale, la gracieuse et toute verdoyante petite 
contrée de Névache, tel était le terme de l'ambition de 
l'abbé Tane. 



- 237 - 

Dès lors commence pour le desservant volontairement 
humble et solitaire, cette existence admirable de consécra- 
tion toute désintéressée à Tinstruction, à l'éducation des 
enfants et des hommes. Le bienfait en fut obtenu tout 
d'abord, sur place, au profit des enfants de la paroisse de 
Plampinet. Mais les actes de l'éminent accoucheur des 
intelligences et des noblesses natives des cœurs, ne tardè- 
rent pas à être connus dans un rayon assez étendu, et 
notamment à Briançon. Il se rassembla dès lors, autour du 
maître et dans une intimité plus étroite, un certain nombre 
d'élèves sortis des familles les plus anciennes et les plus 
éclairées de la région. Ici nous ferons de larges et textuels 
emprunts à la notice dé Vincent. Sa relation vaudra cent 
fois l'analyse incolore que nous pourrions faire de ses 

attachants récits 

« Faisant tout le bien possible, Tabbé Tane s'imposait le 
soin d'instruire quelques jeunes garçons de la commune, 
bien entendu gratuitement. Ce qui se sut à Briançon, dans 
ce temps de suspension d'étude, de désarroi du Collège. — 
Des pères de famille, peines et soucieux de leurs fils, aban- 
donnés au désœuvrement, sondèrent et sollicitèrent ce vé- 
nérable (Juré, qui, avec un généreux empressement, accepta 
cette charge nouvelle, occasicm nouvelle de faire le bien. Ah, 
certes, ce n'était point l'esprit de lucre qui pouvait entrer en 
la tète de ce saint homme ! Le prix de la pension en est suffi- 
samment expressif. Quel était-il? Sa minimité en est incroya- 
ble (ayant déjà été indiqué que l'instruction était gratuite), 
pour le logement et la nourriture, les parents payaient au 
Curé la somme de quatorze francs par mois! Ce n'était 
donc même pas cinquante centimes par jour ! ! Il est vrai que 
les parents fournissaient, envoyaient eux-mêmes le pain à 

leurs enfants 

a Ce respectable Curé, rien moins que riche, désintéressé 
quand même, quelle nourriture pouvait-il donner à cette 
jeunesse, ne retirant que si minime rétribution? de la 
volaille, des friandises? pas même de la viande! C'était le 
régime végétarien, qui était peut-être dans le système 
d'éducation de TAbbé, mais en certitude seul compatible 



I 

- ns - 



avec le prix de la pension. Pâques procurait la seule 
exception en cette alimentation ; un frère du Curé lui fai- 
sait, à ce jour, présent d'un mouton, que deux ou trois des 
plus grands pensionnaires allaient chercher à Névache. A 
ce régime d'antique sobriété, le Curé se soumettait lui- 
même, trouvant encore moyen de surenchérir par des 
jeûnes et abstinences, ce que ses élèves remarquaient bien 
puisqu'il prenait tous ses repas au milieu d'eux, leur con- 
sacrant tout le temps que lui laissaient ses fonctions sacer- 
dotales et ses devoirs envers ses paroissiens, malades ou 

affligés dont il était la Providence 

« ij'Abbé Tane était un penseur, observateur profond, 
chercheur passionné de curiosités scientifiques, insatiable, 
selon le mot expressif d'un sien compatriote, il voulait tout 
apprendre. D'habitudes très matinales , après journées 
toujours laborieusement remplies, ses veillées étaient lon- 
guement consacrées à l'étude. Hélas, dans ce petit repli des 
Alpes, vrai désert, loin de toutes relations, des foyers lu- 
mineux, que pouvait-il ! Il n'a abouti, dans la haute sphère 
spéculative, qu'à des essais attestant la hauteur de ses con- 
ceptions, l'ampleur de ses facultés. Je savais, et cela 
m'a été confirmé lors de ma dernière excursion à 
Névache, que ce vaillant prêtre a laissé des mémoires 
dans lesquels il a traité des diverses applications de la va- 
peur, de la combustion de certains gaz, propres à l'éclai- 
rage; la personne (M. Sébastien Garail, ancien maire), qui 
m'a affermi mes souvenirs, a vu et lu partie de ces écrits 
datant de bien plus loin que la création de tant d'usines et 
des chemins de fer. L'abbé Tane, en plus, était mécani- 
cien, employant ses loisirs à fabriquer des horloges en 
bois, des ustensiles aratoires, etc., il y avait en lui du 
grand savant Pascal, l'auteur des Provinciales et l'inven- 
teur de la brouette et du tombereau. 

« La seule satisfaction qui lui soit advenue et dont il ai- 
mait à se louer, pour être sa plus douce récompense, était 
d'avoir rendu aux parents, des jeunes gens, non très riches 
en sciences, mais sachant bien ce qu'ils avaient appris, 
donc très aptes à savoir davantage ; et, ce qui n'est point à 



— 239 — 

dédaigner, il les a rendus pleins de belle santé, robustes, 
agiles, rompus aux fatigues, accoutumés aux intempéries 
et à la sobriété. 

« Qu'on juge de son zèle I cet infatigable maître avait com- 
posé nouvelles grammaires pour l'enseignement du fran- 
çais et du latin et les avait écrites de sa propre main. Je 
touche ici au cœur de mon récit. Or, n'ayant que son seul 
manuscrit, il le confiait à ses élèves, qui en prenaient co- 
pie, s'en pénétraient mieux, et, au fur et à mesure d'avan- 
cement dans Tinstruction, se trouvaient, en finale, posses- 
seurs des deux grammaires complètes. » 

Les deux grammaires, suivant le dire de Vincent, étaient 
en un unique manuscrit qui fut adresse par l'abbé Tane 
au citoyen Rolland, ministre de l'Intérieur, qui avait alors 
dans ses attributions le service de l'instruction publique. 
Mais aucun accusé de réception ne parvint à Tauteur. La 
cause en était aux formidables perturbations politiques et 
sociales du moment. Les lettres de réclamation demeurè- 
rent sans réponse. 

L'abbé Tane avait fondé de grandes espérances, pour le 
bien de Tinstruction publique, sur l'adoption de ses gram- 
maires par l'Université. Il avait, par l'expérience faite, la 
ferme conviction de leur supériorité sur les livres élémen- 
taires alors en usage. Aussi fut-il désolé de la perte de son 
manuscrit. 

Plus tard, quand parurent les grammaires de Lhomond, 
la similitude de ses œuvres et de celles de l'abbé Tane pa- 
rut telle aux anciens élèves de l'abbé que ce fut, de leur 
part, un toile, une directe accusation de plagiat contre le 
pauvre Lhomond dont Tinnocence fut ultérieurement dé- 
montrée. Une même tournure d'esprit dans les deux abbés 
(Lhomond était prêtre aussi), avait donné naissance aux 
deux livres, frères Ménechmes, dont la similitude très ap- 
parente avait paru être l'identité même aux amis de l'au- 
teur Briançonnais. 

Le vénérable abbé Tane éprouva un véritable chagrin 
de la perte du fruit de ses veilles. Mais la pratique journa- 
lière de ses œuvres pies d'instruction et de paternelle 



— ->40 — 

assistance envers ses paroissiens fut un premier allége- 
ment à sa peine. Il en trouva sans aucun doute un autre 
dans la quotidienne contemplation des grandes Alpes, 
en parcourant les sentiers du pittoresque bois de mélè- 
zes des 'Cachets qui fait face à Plampinet, soit en mon- 
tant jusqu'au frais vallon des Âcles^ soit en gagnant par- 
fois l'ombreuse forêt des Bauches que traverse la route de 
Névache à Briançon. 

Combien calmante et douce est l'influence de la haute 
montagne et de la forêt sur l'âme humaine en proie au 
trouble, aux douloureuses agitations! Un autre prêtre, 
blessé dans la mêlée des luttes intellectuelles de la pre- 
mière moitié de ce siècle, Lamennais, a dit éloquemment 
cette faculté d'apaisement de la grande nature et des 
^^rands bois : 

« J'ai toujours éprouvé, dit-il, qu*en ces moments, la vue 
de la nature^ un plus étroit contact avec elle, calmait peu 
à peu le trouble intérieur. L'ombre des liois, le bruit de la 
source qui tombe goutte à goutte, le chant de Toiseau dans 
le buisson, les bourdonnements de l'insecte, l'éclat, le par- 
fum des fleurs, l'ondoiement de Therbe que la brise agite, 
toutes ces choses et surtout lïntarissable exhalaison de 
vie, de cette vie que Dieu verse à torrents au sein de son 
œuvre perpétuellement jeune, perpétuellement ordonnée 
pour l'ensemble des êtres et pour chaque être particulier 
à une visible fin de félicité mystérieuse, raniment l'âme 
flétrie, l'abreuvent d'une sève nouvelle, lui rendent sa vi- 
gueur qui s'éteignait. » (Voyage de Rome.) 

D'ailleurs, la dominante des aspirations de Tabbé Tanc : 

La concreata e pei'petua sete 

Del deiforme regnj... 

(Dante, Paracf.) 

eût suffi seule à dissiper ses regrets, nuées légères qui 
avaient pu estomper un instant le clair azur de ses pen- 
sées. 

Dans son humble presbytère de Plampinet, vraie cellule 
d'anachorète, l'abbé Tané passa paisiblement de longs 
jours de vieillesse. Elévations à Dieu dans sa petite église 



— 241 — 

aux naïves peintures murales; méditations de haut vol en 
tous lieux; œuvre de charité et d'amour de son prochain en 
tout temps; telle était la vie morale de l'humble desser- 
vant qui put conserver intacte et supérieure jusqu'au bout, 
son intelligence, confirmant cette pensée de l'Imitation du 
Christ, fixée sans doute dans son esprit : bona vita réfri- 
gérât mentem. 

C'est ainsi qu'insoucieux des biens terrestres, possesseur 
d'un inépuisable trésor, la sagesse, le digne abbé par- 
vint jusqu'aux limites de la vie humaine ayant, jusqu'à sa 
dernière heure, ordonné sa vie, au mieux des destinées de 
son âme immortelle. 

Il mourut à Plampînet, le 16 janvier 1826. 

Son presbytère avait reçu quelques réparations en 1824. 
Le bon octogénaire ne put jouir longtemps des minces com- 
modités créées par cette restauration. 

TOLOZAN Antoine. 

On lit dans une notice sur Louis Tolozan de Montfort, le 
dernier prévôt des marchands qu'ait eu la ville de Lyon 
(notice insérée dans le tome 6« de la Revue du Lyonnais 
sous la signature de J.-S. Passeron), ce qui suit sur Antoine 
Tolozan, son père, marchand de soie, banquier et fabricant 
de soieries : « Cet Antoine Tolozan qu'on dit être venu à 
Lyon, en sabots et avec une pièce de 24 sous dans sa poche, 
sortant d'un village du Haut-Dauphiné, dans les montagnes 
près de Briançon, n'en fut pas moins un de nos premiers 
négociants, un homme de la plus rare capacité pour les af- 
faires. Après y avoir amassé et même en assez peu de 
temps une fortune des plus considérables, on le vit, vers 
l'année 1740, faire bâtir Timmense maison qui coupe de la 
rue Longue à la place du Plâtre, et presque aussitôt, il en- 
treprit celle du quai Saint- Clair qui fut entièrement termi- 
née vers l'année 1746. Voulant établir son domicile dans 
cette dernière, il y fit déployer un luxe d'architecture, peu 
commun alors I Quelques jaloux contemporains se récriè- 
rent ; mais la noblesse et l'élégance qu'on admire encore 

aujourd'hui dans cette belle construction, convenaient par- 

16 



04 •> 

faitement à un homme qui avait pris le titre d'Ecuyer, qui 
possédait le noble fîef de Montfort, et qui depuis Tannée 
1736, était pourvu d'une charge de conseiller- secrétaire du 
roi en la chancellerie près la cour des Monnaies de Lyon. » 

Antoine Tolozan avait eu de son mariage avec Benoîte 
Gesse, tante de Gesse de Poizieux, lieutenant général en la 
sénéchaussée et siège présidial de Lyon, six enfants mâles, 
tous pourvus de charges considérables dans les finances, 
la magistrature et l'administration centrale. 

Antoine Tolozan mourut le 19 décembre 1754, âgé de 67 
ans, ayant survécu à trois de ses fils^. Les trois survivants 
furent Jean-François, intendant du commerce à Paris ; Louis, 
le dernier prévôt des marchands de la ville de Lyon, et 
Claude, introducteur des ambassadeurs, riche amateur et 
collectionneur de ta])leaux. 

Le curé Albert assigne à Antoine Tholozan un autre lieu 
de naissance et une autre origine. Influencé sans doute 
par Textension constatée à profusion de ce nom patronymi- 
que dans l'Embrunais, à Vars, à Saint-André, aux Orres, 
à Baratier, etc., il indique la paroisse de Saint-André comme 
étant le lieu d'origine d'Antoine Tholozan. « M. de Tholozan, 
dit-il, qui a été échevin de Lyon, ensuite maître des requê- 
tes, et après revêtu des charges les plus honorables, est 
originaire de la paroisse de Saint- André. Un de ses ancê- 
tres en sortit avec peu. La fortune seconda son industrie 
et sa diligence, et a fait monter ses descendants au point 
où ils sont parvenus. Il faut cependant dire à la gloire de 
cette famille qu'elle tenait un rang distingué dans le Brian- 
çonnais. » Hist. dudioc, d'Embrun, 1. 1. p. 136, et ailleurs : « La 
famille des Tholozan vient des anciens marquis de Cézanne, 
car on lit dans les Essais du sieur Froment que M. Antoine 
de Tholozan, docteur en droit au bailliage de Briançon, était 
issu des anciens marquis de Cézanne. » Id.,p. 251. 

Nous sommes en pleine fantaisie comme on le voit. Dans 
la notice documentée de J.-S. Passeron, marquée par la 
précision des détails, il s'agit du fondateur de la richesse 
et de la grandeur de la famille décédé en 1754. Le curé 
Albert attribue à un ancêtre, non indiqué ni désigné, 



— 243 — 

une situation qui était celle d'un de ses contemporains ! ! 
Il faut donc s'en tenir aux indications du biographe lyon- 
nais des Tolozan. 

Les Tolozan du Briançonnais n'avaient été, à aucune épo- 
que, marquis de Cézanne. Cette erreur de l'avocat P>oment 
avait été adoptée sans contrôle et répétée par le curé Albert. 
Les Comtes d'Albon, et plus tard les Dauphins du Viennois, 
furent seuls marquis de Cézanne (depuis le milieu du 
XI* siècle, s'il faut croire à l'authenticité de la charte de 1053 
rapportée dans le cartulaire d'Oulx, p. 135. qui contient des 
dispositions libérales de Guigues le Vieux (senex) et de son 
fils Guigues le Gras (pinguis.), dispositions qui supposent le 
plein domaine du territoire de Cézanne). Les comtes d'Al- 
bon et Dauphins du Viennois prennent dans tous les actes 
où ils figurent, le titre de marquis de Cézanne. Humbert II 
lui-même dans l'acte de cession du Dauphiné à la France se 
qualifie marquis de Cézanne ; tous les hommages et les re- 
connaissancns, actes de ventes ou d'échanges rapportés dans 
YInventaire de la cour des comptes, confirment la réalité 
du domaine plein et entier des Dauphins sur Cézanne et 
les Thures dépendant de la paroisse. Les Tholozan n^appa- 
raissent dans le Briançonnais qu'au xvi* siècle, confondus 
dans la noblesse nombreuse alors et pauvre du Briançon- 
nais, possessionnés de quelques biens ruraux dans les pa- 
roisses de Saint-Chafïrey et de la Salle ainsi que d'une bico- 
que à Briançon. 

Sans aucun doute, Antoine Tolosan ne songea jamais à 
requérir la dextérité d'un généalogiste famélique pour rat- 
tacher sa famille à celle d'un pauvre gentilhomme sans 
illustration du xvi« siècle. 11 préféra pour opérer le décras- 
sement de sa roture la savonnette à vilain accolée à son 
titre de conseiller en la chancellerie près la cour des 
Monnaies de Lyon, soit à son titre d'acquisition du noble fief 
de Montfort. Car c'est ainsi que, sans tambour ni trompet- 
tes, s'opérait l'anoblissement par l'acquisition, à prix d'ar- 
gent, de certaines charges de l'Etat. 



244 



VAGNAT Auguste (le D'). 

Le D"" Charles-Auguste Vagnat est né à Briançon, le 6 
novembre 1851. 

Son père, François Vagnat, a longtemps été régent de ma- 
thématiques au collège de Briançon. C'était un laborieux, 
attaché à son pays natal autant qu'à ses devoirs de profes- 
seur; nous avons eu sous les yeux une lettre du vénérable 
Antoine Farnaud de Gap qui ayant eu, à plusieurs reprises, 
la mission d'inspecter l'Ecole normale des Hautes-Alpes, ne 
tarissait pas d'éloges sur le jeune élève Vagnat dont il prédi- 
sait les succès dans l'enseignement et la carrière honorable. 

L'aïeul paternel de Vagnat, Vincent Vagnat, était un 
militaire d'éclatante bravoure décoré de la Légion d'honneur 
sous le premier Empire. 

Quand le jeune Vagnat, ses études universitaires termi- 
nées, commença celles en médecine à Paris, ce fut, dans sa 
ville natale, un désir et une espérance de voir s'y fixer un 
jour, le jeune étudiant, devenu médecin. 

Ses nombreux parents de la famille de sa mcrc^ée 
Blanchard, l'y appelaient de tous leurs vœux. Augus 
Vagnat, ses études (traversées et suspendues pendanf 
l'année terrible, par son volontaire enrôlement dans l'armée 
et sa participation en brave soldat à la défense de la 
patrie) une fois terminées, Auguste Vagnat regagna Brian- 
çon. Il y fut réputé tout d'abord comme le fils le plus dé- 
voué à une mère veuve depuis quelques années et bientôt 
comme un médecin instruit et précocement expérimenté, 
ayant été interne dans les hôpitaux. 

Le D'' Vagnat a réalisé toutes les espérances que sa belle 
intelligence et des qualités de cœur de premier ordre 
avaient fait concevoir à ses amis, à tous ses compatriotes.il 
est aujourd'hui le médecin en plein exercice de sa profes- 
sion, inspirant absolue confiance en ses lumières, sur pied 
le jour et la nuit à l'appel d'un malade pauvre ou riche, 
pauvre surtout, défiant la fatigue et la veille! Que dire de 
son désintéressement si peu compatible à ce jour pour tout 
le monde avec les exigences si multiples de la vie matérielle, 



— 245 — 

désintéressement dont tout bas ses amis désapprouvent 
l'excès? 

Les compatriotes du D"" Vagnat lui ont donné des preuves 
nombreuses de leur estime, de leur attachement, de leur 
gratitude, en l'appelant tout jeune aux fonctions publiques 
électives. Il est depuis longues années déjà membre du 
conseil général des Hautes-Alpes pour le canton de Brian- 
çon, et maire de la ville depuis le mois de septembre 1888. 
11 succédait à M. René Faure, homme intelligent, instruit, 
disciple éclairé d'Auguste Comte, qui avait marqué son 
administration par des mesures et des travaux d'utilité 
publique dénotant une initiative d'incontestable activité 
intellectuelle. 

M. René Faure, réélu maire à l'unanimité en 1888, avait 
basé son refus sur ce qu'il avait largement payé sa dette 
de dévouement à son pays et aussi sur son désir légitime 
de réserver son attention et ses soins à la gestion de ses 
intérêts privés. 

Le D»" Vagnat, comme son prédécesseur, s'occupa, avec 
ardeur, malgré les exigences de sa profession, des intérêts 
de la ville. On lui doit un aménagement plus étendu du 
bâtiment du collège avec construction d'un calorifère, la 
création de fontaines dans les villages de la banlieue (travail 
de première importance pour Sainte-Catherine notamment), 
Tagrandissementde l'abbatoir, la réorganisation du service 
des secours contre l'incendie, Féclairage électrique pour la 
ville et ses dépendances de Sainte-Catherine, le remplace- 
ment de riiorloge fonctionnant à l'église, la rectification de 
chemins communaux, etc.. et enfin la création d'une 
Bibliothèque municipale, pour la composition de laquelle, il 
a bien voulu requérir la collaboration de Tauteur de ces 
notes; etc., etc. 

Le conseil municipal de Briançon a secondé de son mieux 
la pensée qui a présidé à ces innovations heureuses et n'a 
jamais marchandé son concours au maire investi de toute 
sa confiance et de son réel attachement. 

MAL René Faure et Vagnat ont eu pour collaborateur 
intelligent le laborieux M. Paul Vollaire, qui occupe encore 



- 246 - 

aujourd'hui avec la compétence que donne l'exercice pro- 
longé d'une fonction, le poste de secrétaire en chef de la 
mairie de Briançon. Dans les travaux de recherches aux- 
quels j'ai eu à me livrer dans les archives de Briançon, 
j'ai trouvé enM. VoUaire, obligeance, courtoisie et parfois, 
utiles indications; je lui exprime ici ma gratitude. 

VIDEL (les). 

« La famille Laurent Videl, dit Guy-AUard {Dict. hist. du 
Duuphiné), fertile en gens savants, est originaire du Brian- 
çonnais. Jjaurent Videl fut un docte médecin. Il est le 
premier qui a écrit contre Noslradamus et qui a tâché de 
détromper les gens sur ses prétendues prophéties. Il a vécu 
sous Henri III et Henri IV. Louis Videl, son fils, secrétaire 
du connétable de Lesdiguières, a écrit l'histoire de son 
maître et des annotations sur celle du chevalier Bayard. » 

Il y a, dans ces quelques lignes de Guy-AUard, des 
erreurs de fait et d'appréciation critique. Louis Videl 
n'était pas le fils de Laurent, mais bien de Jacob Videl, et 
d'autre part, le livre de Laurent Videl contre Nostradamus 
n'était pas inspiré peut-être par le désir de détromper les 
gens sur ses prétendues prophéties, mais par l'inspiration 
d'un sentiment tout personnel de rancune et de haine : un 
mot d'explication sur ce dernier point : 

Le livre de Laurent Videl contre Nostradamus est 
rarissime. On trouve dans le bulletin du bibliophile Teche- 
ner (15™* série) qu(îlques passage de ce livre relevé par 
F. Buget qui a analysé tous les factums et libelles publiés 
contre Nostradamus. F. Buget est dur pour Videl. 

« J'ai lu, dit-il, à Sainte-Geneviève, ce libelle dont j'ai 
copié les passages qui m'ont paru de quelque valeur. L'au- 
teur a le ton d'un cafard et le venin de la vipère. Les deux 
passages du livre de Videl cités ne donne pas l'impression 
de cette critique. 

Dans le premier : « Laurent Videl au lecteur Sah/tei pair, 
on ne rencontre que le développement dune pensée que ne 
réprouvent pas les croyances religieuses de ce temps : <? Au- 
cune influence que les estoiles nous promettent et viennent 



— 247 — 

à signifier ne nous peut faire bien ou mal si ce n'est le bon 
plaisir de Dieu, car c'est celui qui peut détourner tous 
mouvements et les faire aller contre leur naturel, s'il est 
en son bon plaisir, qu'est chose bien évidente que les astro- 
logiens ne doivent parler ni dire qu'un tel fait viendra pour 
seur ainsi que fait ce phanatique de Nostradamus. . . » 

Le second passage est une apostrophe de Videl à 
Nostradamus : « Tu as montré, dit-il, que tu étais fortf/afeu.x 
et roigneux comme il appert par tous tes présages de l'an 
1557... Je te puis bien assurément dire que de la vraie 
astrologie, tu y entends moins que rien. . . Certes, si te vou- 
lais réciter toutes tes ignorances, abus et sottises que tu 
as mis en tes œuvres depuis 4 ou 5 ans en ça, il en faudrait 
faire un bien grand livre. . . tu ne te contentes de boire par 
toutes les bonnes maisons, mais vas boire par toutes les 
tavernes et cabarets comme un bon pion. . » Etc. 

On n'a que faire de ce tas d'injures et de cette querelle 
de boutique. Ce qu'on peut retenir de ces citation^ c'est 
que Videl, comme Nostradamus, s'occupait aussi d'astrolo- 
gie ; c'est qu'il publiait aussi des almanachs ; qu'il y avait 
entre eux antagonisme de science ou de, charlatanisme et 
opposition d'intérêts. De là les grossières injures qu'ils 
s'adressaient, genre de discussion du reste fort à la mode 
en ce temps-là. 

F. Boget présente à la suite de cette relation, quelques 
considérations qui tendraient à prouver que Laurent Videl 
n'était point l'auteur du libelle dont s'agit. « Je regarde, 
dit-il, ce libelle comme un pseudonyme où on a profité 
d'une querelle d'almanach entre Videl et Nostradamus, 

pour attaquer le second sous le masque de l'autre Je 

suppose que cette brochure vient de Genève, de la propa- 
gande calviniste et je l'attribue à Pierre Viret, ministre à 
Lausanne, ami de Bèze, dévoué à Calvin, pamphlétaire 
infatigable... etc. » 

Quoi qu'il en soit, il parait avéré que Laurent Videl avait 
dû quitter liriançon, sa ville natale, et se fixer à Avignon. 



— 248 



BIBLIOGRAPHIE. 



Déclaration des abus, ignorances et séditions de Michel 
de Nostradamus de Salon-de-Graux en Provence, œuvre 
très utile et profitable à un chacun. Nouvellement traduit 
de latin en français. Avignon, Pierre Roux et Jean Tram- 
blay, in-4o de 44 p. 

Alexandre Videl, de la même famille, né suivant toute 
apparence à Briançon, vers les premières années du 
XVII® siècle, y exerça la médecine pendant un certain nom- 
bre d'années. Il appartenait à la religion réformée. A la 
demande de ses coreligionnaires, les Vaudois du Piémont, 
il se transporta plusieurs fois dans leurs vallées pour y don- 
ner des soins aux malades. A la suite de controverses 
qu'il eut avec des théologiens soit protestants soit catholi- 
ques, après études sérieuses, affîrme-t-il, des questions 
débattues entre Genève et Rome, il se convertit à la foi 
catholique. Il publia les motifs de sa conversion. Quoique 
marié et père de famille, le converti ne laissait pas, paraît- 
il, d'oublier parfois la sainteté de la fidélité conjugale. Car 
on lit dans les actes de baptême de l'Etat civil de Briançon 
la mention suivante : Octobre 1636, Gasparde Videl, fille 
naturelle de Françoise Rostollan, veuve de François Faure, 
avocat, et d'Alexandre Videl, docteur. Attestation de Fantin, 
pharmacien, et de B.-J. Ferrus 

Alexandre Videl, assure Guy-Allard, savait parfaitement 
la chimie. Suivant Pilot, il mourutà Grenoble et fut inhumé 
dans le couvent de Sainte-Glaire, le 7 décembre 1686. 

BIBLIOGRAPHIE. 

Traité des motifs qui ont obligé le sieur Alexandre Videl, 
docteur en médecine, d'abjurer la religion prétendue réfor- 
mée pour embrasser la foy catholique, apostolique et 
romaine, etc. Grenoble, 1670, 274 p. in-8«. 

Jacob Videl, membre de la même famille, a été un des 
bourgeois des plus notables de Briançon. Il y fut appelé à 



— 2i9 — 

des fonctions importantes. Il fut premier consul de la ville 
en 1611. En 1613 il était au rapport du D»" Ghabrand qui a 
public une excellente étude sur la famille Videl, commis- 
saire des vivres et des munitions de guerre des places fortes 
du Dauphiné. Plus tard, en 1616, il fut nommé capitaine 
châtelain de la ville de Briançon. 

Il ne faudrait pas, sur ce titre pompeux, prendre une trop 
haute idée des attributions qui y étaient attachées. On lit 
dans un mémoire soumis en 1698, au parlement, par noble 
Sébastien de Ghaillot, vibailly du Briançonnais, contre 
Gabriel Bonnot, châtelain de Briançon, ce qui suit : «Jacob 
Videl en 1615 déclara lui-même que Toilice de châtelain de 
Briançon était sans revenu et sans juridiction ; qu'il n'était 
que geôlier; que pour cela, il avait le louage d'une maison 
de trente écus. » 

Ge même mémoire constate que les provisions de châte- 
lain obtenues par Jacob Videl lui furent conférées par le 
connétable de Lesdiguières pour lors lieutenant général et 
admiriistniteur perpétuel du gouvernement du Dauphiné, 
dont le fils de Jacob Videl était secrétaire ; qu'en 1630, Jacob 
Videl était encore châtelain de Briançon. 

Jacob Videl appartenait à la religion réformée. Malgré 
son influence sur ses concitoyens, il n'avait pu obtenir en 
1605 Texercice libre du culte protestant et l'autorisation de 
faire élever un temple dans l'enceinte de Briançon. L'oppo- 
sition de la communauté fut très vive et prévalut. Geuxde 
la religion durent se contenter de l'exercice du culte à 
Sainte-Gatherine. On ignore la date de la naissance de Jacob 
Videl et celle de son décès. 

A consulter : la famille Videl par le D' Ghabrand. Greno- 
ble, 1879. 15 p. petit in-8o. 

Louis Videl, fils de Jacob Videl, est né à Serres, vers 1598, 
disent les auteurs Dauphinois. La biographie de l'histo- 
rien du connétable de Lesdiguières a été écrite longuement 
par MM. Adolphe Rochas et II. Gariel, qui ont donné aussi 
des ouvrages qu'il a publiés une énumération complète. 

Gabriel Peignot et la Biographie Universelle deMichaud 



— 250 - 

font nailre à tort Louis Videl à Briançon. Il a lui-même 
aflirmé le fait de sa naissance à Serres. 

Jean Videl, dit le capitaine Videl, autre fils de Jacob Videl, 
est né à Briançon. Il est l'auteur d'une carte chorographi- 
que du bailliage de Briançon et côs frôs (confronts) 
faicte en 1664. L'excellent cartographe, Paul Guillemin, l'a 
fait reproduire en 1891 par la gravure. Guillemin a accom- 
pagné sa publication des observations qui suivent : « Jean 
Videl ne mérite pas l'oubli où il est resté. Sa carte qui est 
antérieure de 14 ans à celle de Borgonio est une œuvre 
originale bien personnelle. A côté d'une représentation bi- 
zarre de la région, elle renferme une profusion de détails 
des plus intéressants; nous y rencontrons même une vue 
en perspective de Briançon. L'original appartient aux ar- 
chives de la guerre. . . Le capitaine Jean Videl a encore 
dressé en 1670 une carte du diocèse d'Embrun. Elle appar- 
tient à la Bibliothèque nationale. » 

La carte dressée par Jean Videl est de bien plus grandes 
dimensions. Elle comprend le Dauphiné, le Piémont, la 
Provence et la Savoie. La publication de Paul Guillemin 
ne porte que sur un extrait de la grande carte qui a pour 
titre : La car^e manuscrite des Alpes dressée en I66k, par 
le capitaine Jean Videl, 

VINCENT Victor. 

Victor Vincent est né à Briançon, le 6 mars 1819. 

La famille Vincent, venue de la commune de Gervières, 
occupait au xviii» siècle une place honorable dans la bour- 
geoisie de Briançon. André Vincent, l'aïeul paternel de 
Victor, né vers 1754, était, en 1800, Tun des administrateurs 
du canton de Briançon. Il avait été antérieurement membre 
de Tadministration centrale du département. Il figure, avec 
cette désignation, dans la liste des notables du départe- 
ment des Hautes-Alpes de l'an x de la République. 

Son fils, Jean-Etienne- Victor Vincent, né le 27 décembre 
1787, reçut une bonne éducation. Il fut ainsi que J.-B. Caire 
qui a été greffier au tribunal, Zéphirin Faure-Durif, qui a 



— 251 - 

été avoué à Grenoble, et d'autres jeunes Briançonnais, 
rélève à Plampinet de Tabbé Tane. Il fit son droit à la 
faculté de Grenoble et fut admis à la licence le 28 août 1811. 

Vincent se fixa dans sa ville natale, y devint avoué près 
le tribunal, se maria avec l'aimable fille du président, 
M. Roubaud. Il fut bientôt à la tète d'une nombreuse clien- 
tèle. 

La nature avait été prodigue, on pourrait presque dire 
outre mesure, de ses dons envers cet homme remarquable 
à divers titres. C'était un très bel homme, de figure régu- 
lière et expressive ; d'aspect imposant; il y avait en lui delà 
gravité sans raideur ainsi qu'une grande distinction natu- 
relle. Doué d'une belle intelligence, de l'amour du travail, 
réputé pour sa scrupuleuse probité, Victor Vincent père 
acquit à Briançon une influence et une considération pres- 
que sans égales. Chef envié d'une belle famille, il tint, 
pendant le cours d'une longue existence, l'un des premiers 
rangs dans la société Briançonnaise; avocat-avoué près le 
tribunal jusqu'en 1848, Maire de Briançon à cette époque, 
il fut nommé Sous-Préfet de l'arrondissement de Briançon 
et s'ctant démis quelques années après de ces fonctions, il 
accepta celles de Juge de paix. Il exerçait cette ma- 
gistrature avec l'autorité que lui donnaient ses vastes 
connaissances et son caractère élevé lorsqu'il mourut le 
25 février 1864, à l'âge de 77 ans ; il avait cédé, depuis 15 ans 
déjà, son étude d'avoué à son fils Victor, le plus jeune de 
ses enfants. 

Victor Vincent fils a eu une enfance heureuse. Suivi, 
dans le cours de ses études par la sollicitude tendre mais 
quelque peu sévère de son père, choyé par sa mère qui 
était la bonté même, et par ses sœurs aimables autant que 
belles, il n'eut, comme on dit vulgairement, qu'à se Inisser 
rnvre. 

Vint l'heure des occupations sérieuses; Vincent qui 
avait le sentiment inné de la soumission au devoir, se con- 
formant aux désirs de son père, fit son cours de droit à la 
faculté de Paris, en étudiant attentif et studieux. Licencié 
en droit le 28 août 1840, il entra dans l'étude de son père, 



— 252 — 

devint son assidu cl zélé collaborateur et quelques années 
après, lui succéda. 

Victor Vincent avait reçu, lui aussi, de la nature de re- 
marquables facultés. Il était judicieux, clairvoyant en 
affaires, d'une extrême lucidité dans ses explications, 
prompt à mettre en garde un plaideur contre ses illusions 
sur l'issue d'un procès, subordonnant toujours ses intérêts 
personnels aux inspirations de sa droiture. Un trait qui 
doit être noté comme caractérisant l'esprit de Vincent, 
c'est Textrême clarté de ses exposés de fait et des principes 
du droit. Dans mes notes sur les Essais d'Antoine Froment, 
p. 340 (1868), je signalais cette sorte de supériorité de 
l'homme d'affaires : « Je n'ai jamais lu, disais-je, de corres- 
pondance en affaires aussi remarquable que celle de mon 
ami Victor Vincent, aujourd'hui receveur particulier des 
finances, ancien avocat-avoué à Briançon. » 

Vincent, de bonne heure, vendit son étude d'avoué pour 
entrer en qualité de receveur particulier dans l'administra- 
tion des finances. Pas n'est besoin de dire que ses connais- 
sances très étendues et très sûres en matière contentieuse, 
firent de lui, en cette nouvelle carrière, un fonctionnaire 
hors ligne. Il était receveur particulier à Tournon (Ardèche). 
poste important, lorsqu'il fut admis à la retraite. 

La retraite! C'est pour nombre de braves gens un dan- 
ger, un écueil, le vieux cap des tempêtes; pour quelques- 
uns assoiffés de récréations intellectuelles, c'est le cap de 
bonne espérance. 

Vincent n'était point dépourvu de viatique pour cette nou- 
velle existence. Au sortir de l'audience, l'avocat-avoué, une 
fois le dossier classé, s'était autrefois jeté sur le livre pré- 
féré, œuvre le plus souvent d'un grand esprit du. xvii« ou 
du xviii« siècle; plus tard et parallèlement à ses occupa- 
tions de bureau, il s'était livré à de graves et attachantes 
lectures, scrutant patiemment la part de vérité déposée 
dans chaque œuvre, composant inconsciemment, en sa 
pensée, par la méditation, un livre sur un livre. C'est ainsi 
qu'il conquérait un goût littéraire très sûr, qu'il acquérait 
des connaissances variées, qu'il se faisait une langue riche. 



— 253 — 

claire, ailée. C'est ainsi qu'il écartait de son front ce poids 
très lourd du rien de la petite ville dont Joseph de Maistre 
se plaignait si amèrement dans son trou de Ghambéry. 

Vincent écrivit de nombreux et bons articles d'histoire et 
d'économie politique dans les journaux de Gap, d'Apt, 
d'Orange, etc. 

Son opuscule que déjà nous avons mentionné : A propos 
de Vabbé Tane, est une vue synthétique de l'état social, des 
mœurs, de la situation économique du pays Briançonnais 
dans le passé et dans le présent; tout cela quelque peu 
flottant par la diversité des aperçus, mais ouvrant des 
horizons pleins de lumière sur des points restés obscurs 
dans l'état des personnes et des choses. Les appréciations 
de l'auteur qui sait, qui sait bien, qui est maître de son su- 
jet, sont au-dessus de toute discussion. 

La lecture de ces pages laisse en l'esprit de tout Brian- 
çonnais le regret que Vincent cantonné par des devoirs pro- 
fessionnels en des occupations d'autre nature, n'ait pu 
donner une bonne histoire du Briançonnais. Son nom eût 
honorablement figuré à côté de ceux de Fauché-Prunelle 
et du docteur Ghabrand. 

Vincent a été et est encore un père de famille d'ineffable 
tendresse pour les siens. Son grand et continuel dévoue- 
ment s'étend d'ailleurs à tous les membres de sa parenté. 

Quel ami sûr, de fidélité à toute épreuve et aimable ! 
Moins beau que son père, il est plus sympathique,possédant 
de sa mère l'exquise douceur du regard et le charme du 
sourire. 

Il y a quelques jours, je furetais à Briançon avec Mlle 
Gécilia Rey, dans les vieux papiers de sa famille. Dans une 
liasse de lettres, j'en découvris une que j'écrivais de Gre- 
noble en 1841 à son frère Gassius Rey, mon ami d'enfance. 
J'y lus ceci : « Voyez-vous Vincent quelquefois? G'est un 
esprit judicieux, un cœur droit, d'un commerce sûr. Voyez- 
le souvent, ajoutais-je, non sans une pointe de malice à 
l'adresse de mon correspondant, jeune homme excellent, 
mais ombrageux, Vincent est d'une charmante égalité 
d'humeur. »